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Londres Promet Des Mesures Sur Les Colonies En Cisjordanie

Londres promet d’agir sous peu contre les colonies en Cisjordanie. Miliband parle de ligne rouge, d’entreprises britanniques et d’un paquet de mesures. Ce qui se prépare reste encore à dévoiler.

La diplomatie britannique s’apprête à changer de ton. Dans les prochaines semaines, Londres doit présenter un ensemble de mesures visant les colonies installées en Cisjordanie occupée. L’annonce, formulée mardi par le nouveau ministre des Affaires étrangères Ed Miliband, s’accompagne d’une condamnation nette de ce qu’il a nommé des actes de terrorisme commis par des colons israéliens. Le propos n’est pas anodin. Il survient alors que le chef de la diplomatie britannique s’exprime pour la première fois au Parlement depuis sa prise de fonction à la fin du mois de juillet, et qu’il affirme ne plus vouloir rester passif face à ce qu’il décrit comme une destruction progressive de la solution à deux États.

Une promesse politique formulée depuis Westminster

Le cadre de l’annonce compte autant que son contenu. Ed Miliband s’est adressé aux élus britanniques dans un discours inaugural de sa fonction diplomatique. Il a choisi d’y placer, presque immédiatement, la question des colonies et celle des violences qui les entourent. Selon ses propres mots, les dernières semaines ont été marquées par des actes de terrorisme de colons absolument effroyables et par l’expulsion de Palestiniens de leurs foyers. La formule est dure. Elle nomme les faits tels qu’il les voit et elle les rattache à une responsabilité politique que Londres entend désormais assumer autrement.

Le ministre travailliste n’a pas seulement décrit une situation. Il a promis d’agir. Il a indiqué qu’il présenterait dans les prochaines semaines un ensemble complet de mesures. Il a ajouté qu’il souhaitait repenser en profondeur l’approche britannique. Cette double formulation, action proche et révision de doctrine, donne à l’intervention une portée qui dépasse une simple déclaration de circonstance. Elle suggère que le gouvernement britannique examine déjà les instruments dont il dispose, y compris ceux qui touchent aux relations économiques avec les territoires occupés.

Ce que le ministre a réellement dit

Les phrases prononcées mardi méritent d’être relues sans ornement. Ed Miliband a condamné des actes de terrorisme de la part de colons israéliens. Il a parlé d’actes absolument effroyables. Il a évoqué l’expulsion de Palestiniens de leurs foyers. Il a ensuite relié ces faits à un projet précis de colonisation, le programme dit E1, déjà dénoncé par lui au mois d’août. Ce projet, a-t-il répété, franchit une ligne rouge. Le gouvernement, a-t-il assuré, ne restera pas passif face à la destruction de la solution à deux États.

« Ces dernières semaines, nous avons assisté à des actes de terrorisme de colons absolument effroyables et à l’expulsion de Palestiniens de leurs foyers. »

La citation n’est pas un à-côté. Elle fixe le registre moral de l’intervention. En parlant de terrorisme de colons, le ministre britannique choisit un vocabulaire rarement employé à ce niveau par un chef de la diplomatie d’un pays allié d’Israël. En parlant d’expulsion de foyers, il inscrit la question dans le quotidien des habitants palestiniens de Cisjordanie, et non seulement dans le débat juridique sur le statut des colonies.

Le projet E1 comme ligne rouge

Dès le mois d’août, Ed Miliband avait demandé l’arrêt d’un vaste projet de colonisation en Cisjordanie occupée. L’alerte était née du lancement d’un appel d’offres pour la construction de plus d’un millier de logements. Ce programme, connu sous le nom d’E1, doit selon lui couper en deux le territoire palestinien. Mardi, il a repris cette analyse. Le projet franchit une ligne rouge. La formule indique qu’il ne s’agit plus, pour Londres, d’une simple préoccupation diplomatique, mais d’un seuil politique.

Couper un territoire en deux n’est pas une image abstraite. Dans le raisonnement exposé par le ministre, ce morcellement menace directement la possibilité d’un État palestinien viable, donc la solution à deux États elle-même. C’est pourquoi le gouvernement britannique affirme qu’il n’entend pas rester passif. La passivité, ici, serait de continuer à observer l’avancée d’un projet jugé incompatible avec l’architecture diplomatique que Londres dit encore défendre.

Le programme E1 n’est pas présenté comme un détail d’urbanisme. Il est présenté comme un fait politique capable de transformer la carte. Plus d’un millier de logements, un appel d’offres déjà lancé, une géographie qui sépare au lieu de relier : autant d’éléments que le ministre a choisi de rappeler pour justifier l’annonce d’un paquet de mesures. La répétition entre août et mardi n’est pas anodine. Elle montre une continuité de discours et une montée en exigence.

Repenser l’approche britannique

Ed Miliband a insisté sur un point qui dépasse le calendrier immédiat. Il souhaite que le Royaume-Uni repense en profondeur son approche. Cette phrase ouvre un champ plus large que la seule condamnation des violences. Elle invite à revoir la manière dont Londres parle, négocie, commerce et régule dès lors qu’il s’agit des territoires occupés. Le ministre a dit examiner les relations économiques entre le Royaume-Uni et ces territoires, ainsi que les différents leviers dont dispose Londres.

Les leviers, dans ce langage diplomatique, désignent des outils concrets. Ils peuvent toucher au commerce, aux investissements, à la promotion immobilière, aux garanties publiques ou aux relations d’entreprises. Le ministre a été explicite sur au moins un objectif : le Royaume-Uni ne veut pas que des entreprises britanniques financent, construisent ou fassent la promotion de nouvelles colonies. La phrase est opératoire. Elle nomme trois gestes économiques — financer, construire, promouvoir — et les écarte du champ acceptable.

« Nous ne voulons pas que des entreprises britanniques financent, construisent ou fassent la promotion de nouvelles colonies. »

Cette déclaration place le secteur privé britannique dans le débat. Elle ne dit pas encore comment l’interdiction ou la restriction sera formulée. Elle dit en revanche que l’État britannique estime légitime d’intervenir pour empêcher que des acteurs économiques nationaux participent à l’expansion coloniale. C’est précisément sur ce terrain que le secrétaire d’État Stephen Doughty a évoqué une piste plus précise : Londres pourrait interdire des échanges commerciaux avec les colonies israéliennes en Cisjordanie.

L’hypothèse d’une interdiction commerciale

Selon Stephen Doughty, une interdiction d’échanges commerciaux avec les colonies n’est plus un sujet tabou. Cette hypothèse s’appuie sur un constat juridique rappelé dans le même mouvement : l’ONU juge ces colonies illégales au regard du droit international. Le lien entre illégalité internationale et levier économique britannique devient alors le cœur possible du paquet de mesures à venir. Si Londres décide d’agir, ce ne sera pas seulement par communiqué. Ce pourra être par une restriction de marché.

Une telle orientation aurait une signification politique forte. Elle distinguerait le traitement des colonies de celui d’Israël dans ses frontières internationalement reconnues. Elle dirait que le Royaume-Uni refuse de normaliser économiquement ce qu’il considère, avec l’ONU, comme illégal. Elle dirait aussi que la défense de la solution à deux États n’est plus seulement un principe de discours, mais un critère pouvant orienter des décisions commerciales.

Rien, dans les propos tenus, ne fixe encore le périmètre exact d’une éventuelle interdiction. On ignore si elle viserait tous les produits originaires des colonies, certains services, certaines chaînes d’approvisionnement, ou seulement des opérations nouvelles. On sait en revanche que le gouvernement examine les relations économiques avec les territoires occupés. L’examen précède l’annonce. L’annonce, elle, est promise pour les prochaines semaines.

Le paysage humain derrière la décision

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500 000 Israéliens installés dans ces colonies. Ces chiffres, rappelés avec l’annonce britannique, donnent la mesure du sujet. Il ne s’agit pas d’un litige périphérique. Il s’agit d’un territoire peuplé, fragmenté, où deux populations vivent dans un rapport de force quotidien, sous un régime d’occupation et d’implantation que le droit international ne reconnaît pas comme légitime.

La coexistence numérique n’est pas une coexistence politique égale. Les colonies sont décrites comme un fait d’installation. Les Palestiniens sont décrits comme exposés à des expulsions de leurs foyers. Le ministre britannique a choisi de relier ces deux réalités. D’un côté, un projet immobilier de plus d’un millier de logements. De l’autre, des familles chassées. Entre les deux, une ligne rouge que Londres dit désormais vouloir faire respecter par des mesures, et non seulement par des mots.

Jérusalem-Est est explicitement mise à part dans le décompte. Occupée et annexée, elle n’entre pas dans le chiffre des trois millions de Palestiniens de Cisjordanie ni dans celui des plus de 500 000 colons installés hors de cette ville. Cette distinction géographique, présente dans l’état des lieux, rappelle que le dossier colonial ne se limite pas à un seul point de la carte. Il s’étend, se densifie, et redessine les possibilités d’un futur accord.

Une violence devenue quasi quotidienne

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l’attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Depuis cette date, les attaques de colons sont décrites comme quasi quotidiennes. Des raids réguliers visent des villages palestiniens. C’est dans ce climat que le ministre britannique parle d’actes de terrorisme de colons et d’expulsion de Palestiniens de leurs foyers. La chronologie n’efface pas les responsabilités. Elle situe l’aggravation.

Le 7 octobre 2023 sert ici de point de bascule statistique et politique. Il ne justifie pas, dans le discours de Londres, les actes commis ensuite par des colons. Au contraire, ces actes sont nommés pour être condamnés. L’explosion des violences en Cisjordanie est présentée comme un fait observé, presque mécanique dans sa répétition : attaques quasi quotidiennes, raids réguliers, foyers perdus. Le vocabulaire britannique refuse l’euphémisme.

Parler de terrorisme de colons, dans ce contexte, revient à classer certaines violences hors du registre de l’incident isolé. Cela revient aussi à dire que la sécurité des civils palestiniens en Cisjordanie n’est plus un sujet secondaire. Quand un ministre des Affaires étrangères choisit ce mot devant le Parlement, il engage la lecture officielle de son pays. Il prépare, en même temps, la légitimité des mesures qu’il promet de dévoiler.

Pourquoi la solution à deux États revient au centre

Le fil rouge du discours britannique n’est pas seulement sécuritaire. Il est diplomatique. Ed Miliband affirme que son gouvernement ne restera pas passif face à la destruction de la solution à deux États. Cette solution, longtemps présentée comme le cadre officiel de nombreux gouvernements occidentaux, est ici décrite comme menacée par des faits concrets : colonisation, projet E1, expulsions, violences. La destruction n’est pas évoquée comme une hypothèse lointaine. Elle est évoquée comme un processus déjà à l’œuvre.

Une solution à deux États suppose un territoire palestinien cohérent. Un projet qui coupe ce territoire en deux attaque précisément cette cohérence. C’est le sens donné au programme E1. C’est aussi le sens donné à l’accumulation des colonies, où plus de 500 000 Israéliens vivent désormais aux côtés de quelque trois millions de Palestiniens en Cisjordanie, hors Jérusalem-Est. Plus la carte se fige par l’installation, plus l’idée de deux États devient difficile à dessiner.

Londres dit vouloir empêcher cette destruction. Empêcher, dans le langage choisi, ne signifie pas seulement déplorer. Cela signifie agir. Agir par un ensemble complet de mesures. Agir en revoyant les relations économiques. Agir pour que des entreprises britanniques ne financent plus, ne construisent plus, ne promeuvent plus de nouvelles colonies. Le lien entre principe diplomatique et outil économique est donc assumé.

Ce que « ensemble complet de mesures » peut vouloir dire

Le ministre n’a pas publié la liste. Il a promis un ensemble complet. L’adjectif compte. Il suggère que Londres ne se contentera pas d’une déclaration isolée ou d’une sanction symbolique. Il suggère un paquet. Dans ce paquet, on trouve déjà, par les propos tenus, l’examen des relations économiques, l’usage de différents leviers, le refus de voir des entreprises britanniques participer à de nouvelles colonies, et l’hypothèse d’une interdiction d’échanges commerciaux avec les colonies.

Un ensemble complet peut aussi comprendre des mesures diplomatiques, des orientations à l’intention des opérateurs économiques, des précisions sur l’origine des produits, des restrictions sur certains financements, ou encore une doctrine publique plus ferme sur le projet E1. Rien de tout cela n’est détaillé au-delà de ce qui a été dit. Il faut donc s’en tenir à l’architecture annoncée : un réexamen de fond, des leviers identifiés, une échéance proche.

Les prochaines semaines deviennent alors le véritable horizon de l’information. Mardi a servi à poser le principe. Les semaines suivantes doivent servir à le traduire. Entre les deux, le gouvernement britannique laisse entendre qu’il travaille. Ed Miliband a pris ses fonctions à la fin du mois de juillet. En août, il s’est élevé contre E1. Mardi, il a promis des mesures. La séquence est courte. Elle est aussi cohérente.

Le rôle du Parlement dans cette inflexion

Le choix du Parlement n’est pas neutre. Premier discours depuis la prise de fonction, hémicycle, formulation solennelle : le ministre a voulu que l’annonce ait une audience nationale avant d’avoir une traduction technique. En s’adressant aux élus, il inscrit la question des colonies dans le débat public britannique, et non dans la seule correspondance diplomatique. Il rend plus difficile, ensuite, un recul discret.

Un gouvernement qui parle de ligne rouge devant le Parlement se lie. Il devra, dans les prochaines semaines, montrer que la ligne n’était pas rhétorique. C’est tout l’enjeu du paquet promis. S’il se limite à répéter l’opposition au projet E1, l’inflexion sera mince. S’il touche réellement aux échanges, au financement, à la construction et à la promotion, l’inflexion sera lisible. Stephen Doughty a déjà ouvert cette deuxième voie.

La politique étrangère britannique se joue souvent entre principe et intérêt. Ici, le principe invoqué est la solution à deux États. L’intérêt examiné est celui des relations économiques avec les territoires occupés. Le ministre affirme que les deux peuvent être réarticulés. Il affirme même que cette réarticulation est nécessaire, faute de quoi le Royaume-Uni resterait passif devant une destruction qu’il dit constater.

Entreprises britanniques et responsabilité économique

La phrase sur les entreprises britanniques mérite d’être dépliée. Financer une colonie, c’est lui donner les moyens de naître ou de s’étendre. Construire une colonie, c’est participer matériellement à son édification. En faire la promotion, c’est lui chercher des acheteurs, des investisseurs, une respectabilité commerciale. En écartant ces trois gestes, Londres désigne toute une chaîne, de l’argent à l’image.

Cette chaîne est précisément celle qui transforme un projet contesté en fait accompli. Un appel d’offres pour plus d’un millier de logements n’a de sens que s’il trouve des financeurs, des constructeurs et un marché. Le ministre britannique dit ne plus vouloir que ce marché, s’il est britannique, existe. Il ne dit pas encore par quel instrument juridique. Il dit l’intention politique avec une clarté rare.

Pour des entreprises, une telle orientation crée une zone de risque. Même avant la publication des mesures, le signal est donné. Participer à de nouvelles colonies n’est plus présenté comme une activité économiquement banale aux yeux de l’État britannique. C’est présenté comme une activité que le gouvernement souhaite voir cesser. Le droit international, invoqué via le jugement de l’ONU sur l’illégalité des colonies, sert de toile de fond à ce signal.

Le droit international comme référence explicite

Les colonies israéliennes en Cisjordanie sont jugées illégales par l’ONU au regard du droit international. Cette référence n’est pas un détail juridique ajouté après coup. Elle accompagne l’hypothèse d’une interdiction commerciale. Elle donne à Londres un point d’appui argumentaire. Si l’illégalité est établie dans le cadre onusien, alors un État peut estimer légitime de ne pas laisser son économie accompagner cette illégalité.

Le ministre n’a pas entrepris un cours de droit. Il a toutefois placé son action sous cette boussole. Occupée, la Cisjordanie n’est pas un espace neutre. Annexée, Jérusalem-Est relève d’un autre volet du même conflit de souveraineté. Les colonies, elles, sont le fait que Londres choisit de traiter en priorité dans cette séquence, parce qu’elles transforment le terrain et parce qu’elles s’accompagnent, selon le ministre, d’actes de violence et d’expulsions.

Le droit international ne construit pas à lui seul une politique. Il offre une justification. La politique, elle, se lira dans les mesures. C’est pourquoi l’examen des leviers économiques est si central. Un État peut condamner longtemps sans changer une ligne d’échange. Un État qui annonce vouloir empêcher ses entreprises de financer, construire ou promouvoir de nouvelles colonies cherche au contraire à faire coïncider sa parole et son marché.

Une séquence ouverte depuis la fin juillet

Ed Miliband est en fonction depuis la fin du mois de juillet. Le temps écoulé est bref. Il a pourtant suffi à produire deux moments publics : la demande d’arrêt du projet E1 en août, puis la promesse d’un ensemble de mesures mardi. Cette cadence donne l’impression d’une priorité fixée dès l’arrivée au Foreign Office. Elle donne aussi l’impression d’une montée en puissance : d’abord une opposition à un projet précis, ensuite une révision plus large de l’approche britannique.

Le premier discours au Parlement sert de révélateur. Ce n’est pas un entretien de couloir. Ce n’est pas une réponse écrite. C’est une prise de parole fondatrice de mandat. Y placer les colonies, les violences de colons, les expulsions, E1, la solution à deux États et les leviers économiques, c’est dire que le sujet n’est plus périphérique. C’est dire qu’il appartient désormais au cœur de la diplomatie britannique telle que ce gouvernement entend la pratiquer.

Dans les prochaines semaines, cette diplomatie devra passer de la promesse à l’instrument. Le public saura alors si « ensemble complet » désigne un tournant ou une formule. Pour l’heure, les mots sont là, et ils sont nets. Ligne rouge. Pas de passivité. Repenser en profondeur. Ne plus financer, construire ou promouvoir. Examiner les relations économiques. Envisager une interdiction d’échanges avec les colonies.

Ce que l’annonce change déjà, avant même les textes

Une annonce de mesures n’est pas encore une mesure. Elle produit pourtant des effets. Elle fixe un vocabulaire. Elle alerte des entreprises. Elle donne une grille de lecture aux élus. Elle place le projet E1 sous une pression diplomatique renouvelée. Elle relie publiquement violence de colons et avenir de la solution à deux États. Elle rappelle le chiffre des populations en présence. Elle rappelle aussi que, depuis le 7 octobre 2023, la Cisjordanie vit une explosion de violences, avec des attaques quasi quotidiennes et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Le changement immédiat est donc un changement de climat politique. Londres dit qu’il regardera désormais les colonies non seulement comme un obstacle diplomatique, mais comme un objet possible de régulation économique. Ce glissement, s’il se confirme, serait le véritable événement. Beaucoup d’États condamnent. Moins nombreux sont ceux qui promettent de revoir les leviers dont ils disposent pour que leur économie n’accompagne plus l’expansion contestée.

Reste l’inconnue du détail. Le ministre a parlé d’un ensemble complet, pas d’une mesure unique. Il a parlé de semaines, pas de mois lointains. Il a parlé d’approche à repenser en profondeur, pas d’ajustement cosmétique. Sur ces trois points, le rendez-vous est pris. L’article d’aujourd’hui ne peut que relayer cette promesse telle qu’elle a été formulée, sans lui prêter un contenu qu’elle n’a pas encore.

Les mots qui resteront de cette prise de parole

Certains mots, dans une déclaration diplomatique, circulent plus que d’autres. Ici, ce sont terrorisme de colons, ligne rouge, solution à deux États, leviers et entreprises britanniques. Chacun ouvre une porte. Le premier qualifie la violence. Le deuxième qualifie le projet E1. Le troisième qualifie l’objectif diplomatique. Le quatrième qualifie la méthode. Le cinquième qualifie le champ économique désormais regardé avec suspicion politique.

Ce qu’il faut retenir

Londres promet des mesures prochaines sur les colonies en Cisjordanie occupée, après la condamnation d’actes de colons et le rejet du projet E1 jugé capable de couper le territoire palestinien.

Autour de ces mots, les faits restent ceux qui ont été exposés. Plus d’un millier de logements visés par un appel d’offres. Trois millions de Palestiniens en Cisjordanie hors Jérusalem-Est. Plus de 500 000 Israéliens dans les colonies. Une occupation. Une annexion de Jérusalem-Est. Une illégalité constatée par l’ONU. Une violence qui a explosé après le 7 octobre 2023. Des villages palestiniens régulièrement la cible de raids. Des foyers dont des Palestiniens sont expulsés.

La politique britannique, telle qu’elle s’exprime aujourd’hui, prétend relier tous ces faits dans une même décision à venir. Elle ne les traite plus comme des dossiers séparés : d’un côté la carte, de l’autre la violence, ailleurs le commerce. Elle les tient ensemble. C’est peut-être là le geste le plus clair de ce premier discours. Non pas encore la mesure. Mais l’unité du diagnostic.

Attendre les semaines qui viennent sans broder

La tentation, après une telle déclaration, est d’imaginer le détail des sanctions, le calendrier exact, la réaction des acteurs concernés, le sort précis du programme E1. Cette tentation doit être écartée si l’on veut rester fidèle à ce qui a été dit. Ce qui a été dit, c’est une promesse d’action proche, un examen des relations économiques, un refus de voir des entreprises britanniques participer à de nouvelles colonies, et la possibilité d’interdire des échanges commerciaux avec ces colonies.

Ce qui a été dit, c’est aussi une condamnation. Des actes de terrorisme de colons absolument effroyables. Des expulsions de Palestiniens hors de leurs foyers. Un projet qui franchit une ligne rouge. Un gouvernement qui refuse la passivité. Un ministre qui veut repenser en profondeur l’approche de son pays. Un secrétaire d’État qui mentionne le levier commercial. Une référence à l’ONU et au droit international.

Sur cette base seulement, on peut déjà comprendre pourquoi l’annonce compte. Elle ne clôt rien. Elle ouvre une séquence. Elle place le Royaume-Uni dans une position où il devra, très vite, montrer la consistance de sa nouvelle fermeté. Les prochaines semaines diront si les leviers ont été actionnés. En attendant, le discours de mardi reste ce qu’il est : la première grande marque diplomatique d’Ed Miliband sur un dossier qu’il a choisi de hisser au premier plan.

La Cisjordanie occupée, les colonies, le projet E1, les violences de colons et la solution à deux États forment désormais, dans la bouche officielle britannique, un seul et même sujet. Ce sujet aura bientôt sa traduction en mesures. Jusque-là, il a déjà sa traduction en mots. Et ces mots, par leur dureté comme par leur précision économique, valent d’être lus pour ce qu’ils engagent, non pour ce qu’on voudrait leur faire dire.

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