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Pologne Autorise Fouilles Ukrainiennes Et Relance Le Dossier Mémoriel

Varsovie vient d’autoriser des fouilles ukrainiennes à Laskow pour retrouver des victimes de 1944. Un geste rare, salué par Kiev, alors qu’un vieux dossier mémoriel continue de peser sur l’alliance. Mais ce signal suffit-il vraiment?

Peut-on honorer des victimes oubliées sans rouvrir une blessure que deux États alliés n’ont jamais vraiment refermée? C’est précisément la question que pose l’autorisation donnée par la Pologne à une fondation ukrainienne de mener des travaux archéologiques dans l’est du pays. Le dossier n’est pas technique. Il est mémoriel, politique et diplomatique. Il touche à 1944, aux morts des deux côtés, et à la manière dont Varsovie et Kiev racontent encore aujourd’hui la Deuxième Guerre mondiale.

Un geste rare dans un dossier qui empoisonne encore les relations

La Pologne a autorisé Kiev à conduire des fouilles pour retrouver des victimes ukrainiennes tuées en 1944 par des partisans polonais. L’autorisation concerne le village de Laskow, dans la région de Lublin. Elle a été accordée à une fondation ukrainienne. Le conservateur des monuments historiques de la région, Dariusz Kopciowski, a confirmé cette décision.

Pour Kiev, le signal n’est pas anodin. L’ambassadeur d’Ukraine en Pologne, Vasyl Bodnar, y voit la preuve que les deux pays avancent. Il a rappelé qu’une précédente autorisation avait déjà été délivrée en 2025. Selon lui, il existe aussi des victimes ukrainiennes de l’affrontement pendant la Deuxième Guerre mondiale, et ces victimes ont besoin d’être honorées.

À retenir. L’autorisation porte sur des travaux archéologiques à Laskow, dans la région de Lublin. Elle s’inscrit dans une tentative d’apaisement d’un contentieux mémoriel hérité de la guerre, alors que Varsovie et Kiev restent alliés face à l’invasion russe de l’Ukraine.

Pourquoi Laskow devient un test diplomatique

Le village de Laskow n’est pas seulement un lieu de chantier. Il devient le symbole d’une capacité, ou d’une incapacité, à traiter ensemble la mémoire des morts. Depuis des décennies, Varsovie et Kiev s’opposent sur l’interprétation des massacres commis de part et d’autre pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les deux pays sont aujourd’hui alliés. Ce différend historique continue pourtant de peser sur leurs relations, à un moment où leur coopération est jugée essentielle.

La Pologne est un soutien important de Kiev. Elle est aussi une plateforme cruciale pour l’acheminement de l’aide occidentale vers l’Ukraine. Autrement dit, le dossier des tombes n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une relation stratégique où chaque geste mémoriel peut être lu comme un geste politique.

C’est déjà un indicateur que nous sommes sur une bonne voie.

Vasyl Bodnar, ambassadeur d’Ukraine en Pologne

Cette phrase résume l’espoir ukrainien. Elle ne referme pas le dossier. Elle dit seulement qu’une porte, longtemps restée étroite, s’est rouverte. Une précédente autorisation en 2025 avait déjà été présentée comme un premier pas. Celle de Laskow prolonge cette logique. Elle ne la clôt pas.

Le cœur du différend: Volhynie et les lectures opposées de 1943-1945

Au cœur du contentieux figurent les massacres de Volhynie. Cette région appartenait à la Pologne avant la Deuxième Guerre mondiale. Elle fait aujourd’hui partie de l’Ukraine. C’est là que s’est cristallisée une mémoire concurrente, presque inconciliable dans le langage officiel des deux capitales.

Selon Varsovie, entre 70.000 et 100.000 civils polonais ont été tués entre 1943 et 1945 par l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, l’UPA. Les représailles ont fait, toujours selon cette lecture, entre 10.000 et 12.000 victimes ukrainiennes. Varsovie parle de génocide contre la minorité polonaise. L’Ukraine, qui célèbre l’UPA comme une organisation liée au mouvement indépendantiste ukrainien et qui combattait l’Armée rouge soviétique, considère ces événements comme une tragédie en temps de guerre.

Point de friction Lecture polonaise Lecture ukrainienne
Nature des massacres Génocide contre la minorité polonaise Tragédie de guerre
Bilan évoqué 70.000 à 100.000 civils polonais tués Aussi des victimes ukrainiennes à honorer
UPA Responsable des massacres Combattants de la liberté
Représailles 10.000 à 12.000 victimes ukrainiennes Partie de l’affrontement à reconnaître

Ces chiffres et ces mots ne sont pas de simples détails historiques. Ils organisent le débat public. Dire génocide n’a pas la même portée que dire tragédie. Célébrer l’UPA n’a pas la même signification à Varsovie et à Kiev. C’est dans cet écart que s’inscrit désormais le chantier de Laskow.

Les exhumations comme épreuve de vérité politique

La question des exhumations est devenue un test majeur de la capacité des deux pays à dépasser leurs divergences historiques. Relancée depuis 2024 après plusieurs années de blocage, la coopération dans ce domaine reste fragile. Elle a été assombrie en mai lorsque le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté de donner à une unité militaire le nom de l’UPA. Cette décision a provoqué un conflit diplomatique majeur avec Varsovie.

Le calendrier compte. Depuis l’invasion de la Russie en 2022, l’UPA est honorée en Ukraine comme une force qui a combattu pour l’indépendance vis-à-vis de Moscou à l’époque de l’Union soviétique. Mais cette organisation a parfois collaboré avec les nazis. Elle s’est heurtée à la résistance polonaise. Elle a tué des Polonais, des Juifs et d’autres civils. Ces faits, rappelés dans le dossier, expliquent pourquoi un nom d’unité militaire peut devenir une crise diplomatique.

Il y a aussi des victimes ukrainiennes de l’affrontement pendant la Deuxième Guerre mondiale et elles ont besoin d’être honorées.

Vasyl Bodnar

Honorer ne signifie pas s’accorder sur le récit. C’est tout le paradoxe du moment. Les deux États peuvent ouvrir la terre et rester en désaccord sur les mots. Ils peuvent chercher des corps et continuer à nommer autrement les responsables. Laskow n’efface pas Volhynie. Laskow dit seulement qu’une reconnaissance des victimes ukrainiennes est désormais possible sur le sol polonais.

Ce que change, et ce que ne change pas, l’autorisation de 2025 puis celle de Laskow

Une autorisation avait déjà été délivrée en 2025. Celle qui concerne Laskow s’ajoute à ce précédent. Pour Kiev, la répétition du geste vaut confirmation. Pour Varsovie, elle s’inscrit dans un effort d’apaisement. Ni l’une ni l’autre lecture n’annule le contentieux. Elles le rendent seulement moins bloqué qu’il ne l’était pendant les années d’interruption.

Le conservateur régional des monuments historiques a précisé le cadre: des travaux archéologiques, une fondation ukrainienne, un site identifié. Le langage est administratif. La charge, elle, est historique. Derrière l’autorisation se trouve une demande simple et lourde à la fois: retrouver des victimes ukrainiennes tuées en 1944 par des partisans polonais, puis leur donner une place dans la mémoire publique.

Ce que l’autorisation permet

  • Des recherches archéologiques à Laskow, région de Lublin.
  • Un travail conduit par une fondation ukrainienne.
  • Une reconnaissance, au moins procédurale, de victimes ukrainiennes de 1944.
  • Un signal diplomatique après des années de blocage, relancé depuis 2024.

Ce que l’autorisation ne règle pas apparaît tout aussi clairement. Elle ne tranche pas le mot génocide. Elle ne transforme pas l’UPA en figure consensuelle. Elle n’efface pas le conflit né, en mai, du nom donné à une unité militaire ukrainienne. Elle n’annule pas le fait que la Pologne demeure un corridor vital pour l’aide occidentale, donc un partenaire que Kiev ne peut pas traiter à la légère.

Alliance de guerre, mémoire de guerre: deux agendas en tension

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, Varsovie et Kiev se présentent comme des partenaires indispensables. La Pologne soutient Kiev. Elle sert de plateforme d’acheminement. Cette réalité stratégique n’a pas fait disparaître le dossier mémoriel. Elle l’a plutôt rendu plus visible, parce que chaque friction historique peut désormais être lue comme une menace pour la coopération du moment.

Le contentieux n’est pas né en 2022. Il s’est seulement déplacé dans un nouveau décor. L’Ukraine honore davantage l’UPA depuis l’invasion russe, en insistant sur le combat pour l’indépendance face à Moscou à l’époque soviétique. La Pologne, elle, continue de placer au centre les civils polonais tués en Volhynie. Deux mémoires, un même calendrier diplomatique, une même frontière devenue stratégique.

Dans ce décor, Laskow fonctionne comme un compromis limité. On autorise des fouilles. On ne réécrit pas l’histoire officielle. On ouvre un chantier. On ne ferme pas le débat sur l’UPA. On accepte qu’il y ait des victimes ukrainiennes à honorer. On ne retire pas le mot génocide du vocabulaire polonais. C’est peu, et c’est déjà beaucoup, dans un dossier resté bloqué pendant des années.

1944, les partisans polonais et la demande d’honneur des victimes ukrainiennes

Le point de départ de l’autorisation est précis: des victimes ukrainiennes tuées en 1944 par des partisans polonais. Ce n’est pas le même récit que celui des massacres de Volhynie portés au premier plan par Varsovie. C’est l’autre versant, celui que l’ambassadeur ukrainien met en avant lorsqu’il affirme que ces morts ont besoin d’être honorés.

Honorer, ici, passe par le sol. Par des fouilles. Par l’identification possible de restes. Par un travail présenté comme archéologique, donc scientifique dans sa forme, politique dans sa réception. Chaque os retrouvé, s’il l’est, pourra être lu de deux manières: comme preuve d’une souffrance ukrainienne longtemps reléguée, ou comme élément d’un bilan déjà intégré par Varsovie dans le chapitre des représailles.

Le texte du dossier rappelle que les représailles ont fait entre 10.000 et 12.000 victimes ukrainiennes selon Varsovie. Il rappelle aussi que Kiev insiste sur la nécessité d’honorer ces victimes. Laskow se situe dans cet intervalle: entre un chiffre déjà avancé côté polonais et une demande de geste concret côté ukrainien.

L’UPA, nœud de toutes les tensions

Impossible de parler de ce dossier sans revenir à l’UPA. L’Armée insurrectionnelle ukrainienne est au centre des lectures opposées. Pour une part de la mémoire ukrainienne actuelle, surtout depuis 2022, elle incarne une lutte pour l’indépendance face à Moscou. Pour Varsovie, elle est associée aux massacres de civils polonais entre 1943 et 1945.

Le dossier rappelle une réalité que Kiev et Varsovie ne pesent pas de la même façon: l’UPA a parfois collaboré avec les nazis, s’est heurtée à la résistance polonaise et a tué des Polonais, des Juifs et d’autres civils. Cette phrase concentre ce que le contentieux a de plus inflammable. Elle explique aussi pourquoi le choix, en mai, de donner à une unité militaire le nom de l’UPA a provoqué un conflit diplomatique majeur.

Un nom n’est jamais seulement un nom. Dans ce dossier, il devient une déclaration sur le passé. Autoriser des fouilles à Laskow après une telle crise, c’est tenter de séparer deux plans: celui des morts à retrouver, et celui des héros que l’on choisit de célébrer. Rien n’indique que cette séparation soit durable. Tout indique qu’elle est, pour l’instant, utile.

Depuis 2024, une coopération relancée mais sans cesse assombrie

La coopération sur les exhumations a été relancée depuis 2024, après plusieurs années de blocage. Ce détail chronologique compte autant que le lieu des fouilles. Il dit qu’un canal existait, qu’il s’est refermé, puis qu’il s’est rouvert. L’autorisation de 2025, puis celle de Laskow, s’inscrivent dans cette séquence de reprise contrôlée.

Relancer n’est pas apaiser. Le mois de mai l’a montré. Le nom d’une unité a suffi à assombrir une coopération déjà fragile. Dans un tel climat, chaque autorisation de chantier devient un baromètre. Trop de gestes d’un côté, et l’autre y verra une relativisation. Trop d’hésitation, et l’autre y verra un refus d’honorer ses morts.

Séquence du dossier

Blocage pendant plusieurs années. Relance de la coopération depuis 2024. Autorisation déjà délivrée en 2025. Crise diplomatique en mai autour du nom d’une unité lié à l’UPA. Nouvelle autorisation pour Laskow, présentée par Kiev comme un indicateur d’une bonne voie.

Pourquoi ce dossier pèse maintenant plus qu’avant

Le contentieux mémoriel n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est le prix stratégique de la relation. La Pologne n’est plus seulement un voisin avec lequel on discute du passé. Elle est un soutien important et une plateforme cruciale pour l’aide occidentale. Chaque crispation mémorielle se projette donc sur un présent militaire et humanitaire.

Kiev le sait. Varsovie aussi. D’où l’intérêt d’un geste limité, local, procédural: une fondation, un village, des travaux archéologiques. Le format réduit le risque politique immédiat. Il n’empêche pas les deux récits de continuer à s’opposer. Il permet seulement de travailler sur le terrain pendant que le désaccord officiel demeure.

C’est peut-être la définition même d’un apaisement imparfait. On ne réconcilie pas les mots. On autorise un chantier. On ne partage pas une commémoration unique. On accepte que des victimes ukrainiennes soient cherchées en Pologne. Dans un dossier aussi chargé, ce minimum opérationnel a une valeur diplomatique.

Les mots qui fâchent encore: génocide, tragédie, liberté

Trois mots organisent le désaccord. Génocide, du côté polonais, pour nommer ce qui a été fait à la minorité polonaise. Tragédie, du côté ukrainien, pour inscrire les massacres dans le temps de guerre. Liberté, encore du côté ukrainien, pour parler de l’UPA face à l’Armée rouge soviétique. Tant que ces trois mots ne trouveront pas un usage commun, Laskow restera un geste, pas un règlement.

Le langage diplomatique actuel contourne l’obstacle. Il parle d’autorisation, de fondation, de travaux, de voie, d’indicateur. Il évite de rouvrir en public la querelle de qualification. C’est une méthode. Elle peut durer aussi longtemps que les deux États ont besoin l’un de l’autre. Elle peut aussi se briser au prochain symbole, comme le nom d’une unité l’a déjà montré.

Les victimes, elles, restent au centre du discours ukrainien. L’ambassadeur le dit sans détour: elles ont besoin d’être honorées. Varsovie, en autorisant les fouilles, n’adopte pas pour autant la lecture ukrainienne de l’UPA. Elle accepte une opération de recherche. La distinction est étroite. Elle est pourtant essentielle pour comprendre la portée réelle de la décision.

Laskow, Lublin, l’est de la Pologne: la géographie d’une mémoire

Le choix du lieu n’est pas abstrait. Laskow se trouve dans la région de Lublin, à l’est du pays. C’est de cet est que partent beaucoup des récits frontaliers de la guerre. Autoriser des fouilles ici, c’est accepter que la mémoire ukrainienne s’inscrive dans un paysage polonais contemporain, sous le contrôle d’un conservateur des monuments historiques.

Dariusz Kopciowski donne à la décision un visage institutionnel. Ce n’est pas seulement un échange entre capitales. C’est aussi une administration régionale qui encadre un chantier sensible. Le cadre patrimonial sert de langage commun: monuments, fouilles, conservation. Derrière ce vocabulaire, le politique reste intact.

On comprend alors pourquoi Kiev parle de signal positif. Une administration polonaise ouvre un site à une fondation ukrainienne. Après des années de blocage, puis une relance en 2024, puis une autorisation en 2025, le geste de Laskow confirme qu’un mécanisme existe. Un mécanisme n’est pas une réconciliation. C’est déjà une procédure.

Ce que le public doit retenir sans confondre les récits

Le public risque de tout mélanger: Volhynie, Laskow, UPA, aide militaire, invasion russe, fouilles de 1944. Or le dossier, tel qu’il est exposé, demande de distinguer. Les massacres de Volhynie forment le cœur historique du différend. Laskow concerne des victimes ukrainiennes tuées en 1944 par des partisans polonais. L’UPA est le nom qui fait basculer le débat du deuil vers la politique. L’aide occidentale via la Pologne est le cadre stratégique qui rend le dossier urgent.

Distinguer n’est pas minimiser. C’est refuser qu’un seul mot recouvre tous les morts. C’est aussi refuser qu’un seul chantier serve de preuve à l’ensemble du récit. Les fouilles de Laskow ne démontrent pas, à elles seules, la nature juridique des massacres de Volhynie. Elles ne lavent pas davantage l’UPA des faits rappelés: collaboration parfois avec les nazis, affrontement avec la résistance polonaise, tueries de civils.

Elles disent autre chose, plus modeste et plus immédiat: deux États qui ont besoin l’un de l’autre tentent de faire une place, sur le sol polonais, à des victimes ukrainiennes. Cette place est archéologique avant d’être commémorative. Elle est autorisée avant d’être partagée. Elle est locale avant d’être nationale.

Un apaisement possible seulement s’il reste concret

Les grandes formules ont déjà échoué. Les années de blocage l’ont montré. Ce qui avance, depuis 2024, ce sont des autorisations ponctuelles. 2025 d’abord. Laskow ensuite. Le réalisme du dossier tient à cette échelle. Moins on parle d’une réconciliation générale, plus on peut ouvrir un site. Plus on nomme l’UPA dans l’espace militaire contemporain, plus le site risque de se refermer politiquement.

Vasyl Bodnar parle d’une bonne voie. La formule est prudente. Elle ne promet pas l’accord sur Volhynie. Elle ne demande pas à Varsovie d’abandonner le mot génocide. Elle dit qu’honorer des victimes ukrainiennes est devenu possible dans un cadre polonais. Pour un contentieux qui empoisonne régulièrement les relations bilatérales, cette possibilité a une valeur propre.

Reste la fragilité. Une décision de mai a suffi à provoquer un conflit diplomatique majeur. Une autre décision, demain, sur un nom, une plaque, une cérémonie, un chiffre, peut produire le même effet. Laskow n’est donc pas une conclusion. C’est une trêve de terrain dans une guerre de mémoire qui n’est pas terminée.

La mémoire comme condition cachée de la coopération

On présente souvent l’alliance du moment comme une affaire d’armes, de couloirs logistiques et de soutien politique. Le dossier de Laskow rappelle une autre condition, moins visible: la capacité à traiter les morts de 1943, 1944 et 1945 sans faire exploser la relation présente. Sans cette capacité, même limitée, le partenariat stratégique avance avec une écharde permanente.

La Pologne et l’Ukraine n’ont pas le luxe d’un oubli confortable. Trop de familles, trop de récits nationaux, trop de commémorations officielles empêchent l’effacement. Il ne reste alors que la gestion. Autoriser. Encadrer. Fouiller. Identifier si possible. Honorer sans aligner les doctrines. C’est peu romantique. C’est exactement le registre dans lequel s’inscrit la décision concernant Laskow.

Le conservateur des monuments historiques, l’ambassadeur, la fondation ukrainienne, le village de la région de Lublin: ces acteurs concrets remplacent pour un temps les grandes formules incompatibles. Tant qu’ils peuvent travailler, le contentieux reste ouvert mais praticable. S’ils ne le peuvent plus, le passé redevient un obstacle immédiat.

Ce que Laskow révèle de 2022 sans appartenir à 2022

L’invasion russe de 2022 n’a pas créé le différend. Elle a changé la manière dont l’Ukraine parle de l’UPA. Depuis cette date, l’organisation est honorée comme une force ayant combattu pour l’indépendance vis-à-vis de Moscou à l’époque de l’Union soviétique. Ce déplacement de l’accent a des conséquences à Varsovie, où l’UPA reste associée aux civils polonais tués entre 1943 et 1945.

Laskow se trouve donc à l’intersection de deux temporalités. D’un côté, 1944 et des victimes ukrainiennes attribuées à des partisans polonais. De l’autre, 2022 et une relecture ukrainienne du combat contre Moscou. Au milieu, 2024, 2025 et maintenant le nouveau chantier. Comprendre l’autorisation, c’est tenir ces dates ensemble sans les fusionner.

Si l’on ne tient que 2022, on réduira Laskow à un geste d’alliés. Si l’on ne tient que 1943-1945, on y verra seulement un épisode du contentieux de Volhynie. Le dossier demande les deux lectures. L’alliance rend le geste nécessaire. La mémoire le rend difficile.

Honorer sans s’entendre: la seule voie encore ouverte

Le plus honnête, au vu des éléments connus, est de dire ceci: Varsovie et Kiev n’ont pas rapproché leurs interprétations. Ils ont rapproché une procédure. La fondation ukrainienne pourra travailler à Laskow. Les victimes ukrainiennes de 1944 pourront, en principe, être cherchées. L’ambassadeur pourra parler d’une bonne voie. Le mot génocide restera d’un côté. Le mot tragédie restera de l’autre. L’UPA restera un héros pour les uns, un nom impossible pour les autres.

Cette coexistence n’est pas élégante. Elle est peut-être la seule disponible. Après des années de blocage, après une relance en 2024, après une autorisation en 2025, après la crise de mai, le chantier de Laskow est une manière de ne pas laisser le passé interdire tout travail commun sur les morts. Rien de plus. Rien de moins.

Alors, la question initiale demeure. Peut-on honorer des victimes oubliées sans rouvrir la blessure? À Laskow, la réponse officielle est prudente. On peut autoriser. On peut fouiller. On peut saluer un indicateur. On ne peut pas encore écrire une mémoire commune. Dans l’est de la Pologne, c’est déjà le cadre dans lequel les deux voisins ont choisi d’avancer.

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