Et si une arme oubliée au fond d’un lac parlait enfin d’une tuerie restée sans visage depuis plus d’une décennie? Lundi soir, le parquet de Nanterre a confirmé qu’un pistolet remonté des eaux du lac d’Annecy faisait l’objet d’analyses. L’objectif est simple à formuler, beaucoup plus délicat à trancher: établir si cette découverte a un lien avec le quadruple meurtre de Chevaline, commis le 5 septembre 2012. L’affaire figure parmi les plus grandes énigmes criminelles du XXIe siècle en France. Rien, dans l’état actuel des investigations, ne permet encore de conclure. Tout, dans le dossier public, invite pourtant à regarder cette arme de très près.
Une arme remonte, une enquête se réveille
Le 20 août, des touristes britanniques qui se baignaient dans le lac d’Annecy, en Haute-Savoie, ont ramené à la surface un pistolet Luger. L’information a d’abord circulé, puis le parquet du pôle des crimes sériels ou non élucidés de Nanterre a confirmé que des investigations étaient en cours. Ce service instruit l’affaire depuis septembre 2022. Il ne s’agit pas d’un commentaire spectaculaire. Il s’agit d’un constat procédural: une arme existe, elle est désormais entre les mains de la justice, et elle doit être comparée à ce que l’on sait déjà du crime.
Le pistolet présente des similitudes avec l’arme utilisée pour la tuerie de Chevaline. Il s’agirait d’un pistolet automatique Luger P06, fabriqué en Allemagne et en Suisse à partir du début du XXe siècle. Des fragments de crosse avaient été retrouvés sur le lieu du crime. Ces éléments, à eux seuls, ne font pas une preuve. Ils font une piste. Une piste assez précise pour justifier des analyses, assez ancienne pour rappeler que le dossier n’a jamais été refermé.
Ce que l’on peut dire aujourd’hui
Une arme a été extraite du lac. Des similitudes existent avec le modèle retenu dans le dossier. Des analyses sont en cours. Aucun lien n’est encore officiellement établi.
Le cadre géographique, entre lac et route de campagne
Le lac d’Annecy n’est pas un détail de décor. Il est le lieu de la découverte récente. Chevaline, non loin de ce lac, est le lieu du crime de 2012. Une route de campagne, une voiture, des corps, un cycliste abattu. Le paysage alpin, souvent associé aux vacances, devient ici le théâtre d’un dossier judiciaire qui n’a jamais livré son mobile. L’enquête actuelle ne consiste pas à réécrire le paysage. Elle consiste à vérifier si un objet sorti de l’eau peut rejoindre la scène restée à terre.
Les touristes qui ont trouvé l’arme se baignaient. Ils n’étaient pas des enquêteurs. Ils n’ont pas rouvert le dossier. Ils ont seulement ramené un objet. C’est ensuite la justice qui a dû décider si cet objet méritait d’entrer dans une procédure aussi lourde. La réponse, confirmée lundi soir, est oui: des investigations sont en cours afin d’établir un éventuel lien avec le quadruple homicide.
Ce «éventuel» compte. Il protège le dossier contre les conclusions trop rapides. Il rappelle aussi que l’arme n’est pas encore une clé. Elle est un objet soumis à expertise. Tant que les analyses n’ont pas parlé, le lac garde une part de son secret, et Chevaline aussi.
Le 5 septembre 2012, quatre morts en quelques minutes
Le 5 septembre 2012, un Britannique d’origine irakienne de 50 ans, Saad al-Hilli, son épouse de 47 ans et sa belle-mère de 74 ans ont été retrouvés morts dans leur voiture. Ils ont été tués de plusieurs balles dans la tête. Un cycliste de la région, Sylvain Mollier, 45 ans, a également été abattu. Quatre personnes. Un même moment. Un même lieu proche de Chevaline.
L’une des fillettes du couple al-Hilli, âgée de 7 ans, a été grièvement blessée. La seconde, âgée de 4 ans, recroquevillée sous les jambes de sa mère, en est sortie physiquement indemne. Ces deux faits appartiennent au cœur du dossier. Ils disent la violence de la scène et, en même temps, la survie inattendue d’un enfant. Ils ne disent pas qui a tiré. Ils ne disent pas pourquoi.
Le tueur a tiré 21 fois en quelques minutes. Le mobile n’a jamais été établi.
Vingt et un coups de feu. Quelques minutes. Quatre victimes mortes. Deux enfants présents, l’une blessée, l’autre indemne physiquement. Voilà le noyau dur des faits tels qu’ils sont connus. Autour de ce noyau, l’enquête a examiné plusieurs pistes. Aucune n’a, à ce jour, transformé l’énigme en affaire résolue.
Les victimes, telles que le dossier les nomme
Saad al-Hilli avait 50 ans. Il était Britannique d’origine irakienne. Son épouse avait 47 ans. Sa belle-mère avait 74 ans. Sylvain Mollier, cycliste de la région, avait 45 ans. Ces identités ne sont pas des ornements de récit. Elles sont les seules certitudes humaines du dossier. Quatre vies interrompues au même endroit, dans un intervalle très court.
La voiture a servi de théâtre à trois des décès. Le cycliste a été abattu lui aussi. La juxtaposition de ces victimes a toujours donné à l’affaire son caractère hors norme. Une famille en déplacement. Un homme de la région à vélo. Un même déchaînement de tirs. Le dossier n’explique pas comment ces existences se sont croisées sous les balles. Il enregistre seulement qu’elles s’y sont croisées.
Les deux fillettes ajoutent une autre couche, plus douloureuse encore. L’une, 7 ans, grièvement blessée. L’autre, 4 ans, recroquevillée sous les jambes de sa mère, indemne physiquement. Le contraste est brutal. Il appartient aux faits. Il n’autorise aucune extrapolation sur ce que l’enfant a vu, compris ou retenu. Le dossier public ne le dit pas. Il dit seulement la blessure de l’une et l’intégrité physique de l’autre.
Route de campagne près de Chevaline, non loin du lac d’Annecy.
5 septembre 2012.
Pistolet automatique Luger P06, fragments de crosse sur place.
Pistolet Luger remonté le 20 août dans le lac d’Annecy.
Le Luger P06, une arme ancienne au centre du dossier
Le modèle cité dans l’affaire n’est pas une arme contemporaine banale. C’est un pistolet automatique Luger P06, fabriqué en Allemagne et en Suisse à partir du début du XXe siècle. Des fragments de crosse avaient été retrouvés sur le lieu du crime. L’arme extraite du lac est un pistolet Luger. Les similitudes sont donc d’abord de nature typologique. Elles justifient l’expertise. Elles ne la remplacent pas.
Une arme ancienne n’est pas, par elle-même, une signature. Elle est un objet technique, avec une histoire de fabrication, des pièces, une mécanique, éventuellement des traces. Les analyses en cours devront dire si l’objet sorti de l’eau peut être rapproché de l’objet utilisé en 2012, ou des fragments déjà saisis. Tant que ce travail n’est pas achevé, la prudence reste la seule lecture honnête.
Le parquet a confirmé l’existence d’investigations destinées à établir un éventuel lien. Le mot important demeure «éventuel». Il évite de transformer une découverte touristique en révélation judiciaire. Il inscrit l’arme dans une procédure, pas dans un dénouement. Le public peut s’interroger. L’institution, elle, doit comparer, mesurer, vérifier.
Le pôle de Nanterre et la continuité de l’instruction
Depuis septembre 2022, le dossier est instruit par le parquet du pôle des crimes sériels ou non élucidés de Nanterre, dans la banlieue de Paris. Ce transfert de compétence dit une chose simple: l’affaire n’était pas close. Elle était assez complexe, assez ancienne et assez grave pour rejoindre un pôle spécialisé dans les crimes non élucidés.
La confirmation de lundi soir s’inscrit dans cette continuité. Ce n’est pas une nouvelle enquête née de rien. C’est une investigation complémentaire à l’intérieur d’une instruction déjà ouverte. Une arme apparaît. Le service qui détient le dossier la fait examiner. La logique est administrative autant que judiciaire. Elle n’a rien d’un coup de théâtre garanti.
Le public voit souvent dans chaque objet trouvé la promesse d’une fin. Le dossier, lui, ne promet rien. Il enregistre une découverte, ordonne des analyses, attend des résultats. Entre ces trois temps, il n’y a que de la méthode. Pas de révélation automatique. Pas de mobile soudain. Pas de visage soudain.
Les pistes déjà examinées, sans mobile établi
Plusieurs pistes ont été examinées au fil de l’enquête. Un conflit autour d’un héritage. Un possible espionnage industriel. Un tireur isolé agissant de son propre chef. Ces trois axes appartiennent au dossier tel qu’il a été publiquement résumé. Aucun n’a permis d’établir le mobile. Le tueur a tiré 21 fois en quelques minutes. La raison de ces tirs n’a jamais été établie.
Dire qu’une piste a été examinée n’est pas dire qu’elle a été prouvée. Le conflit d’héritage reste une hypothèse de travail passée au crible. L’espionnage industriel aussi. Le tireur isolé également. Le dossier les a regardées. Il n’a pas, d’après ce qui est connu, transformé l’une d’elles en explication définitive. C’est précisément ce vide qui fait de Chevaline une énigme.
L’arme du lac ne crée pas, à elle seule, un mobile. Elle pourrait, si les analyses le permettent, rapprocher un objet d’une scène. Elle ne raconte pas encore pourquoi quatre personnes ont été abattues, pourquoi 21 coups ont été tirés, pourquoi un enfant a été gravement blessé et pourquoi un autre a survécu recroquevillé sous les jambes de sa mère. Ces questions restent ouvertes.
- Conflit autour d’un héritage: piste examinée, mobile non établi.
- Espionnage industriel: piste examinée, mobile non établi.
- Tireur isolé agissant de son propre chef: piste examinée, mobile non établi.
Ce que les analyses peuvent, et ne peuvent pas, dire
Les analyses visent à déterminer si l’arme découverte est liée au quadruple meurtre. Elles peuvent comparer un modèle, des caractéristiques, des traces possibles, une cohérence avec les fragments de crosse déjà connus. Elles peuvent aussi écarter le rapprochement. Les deux issues restent ouvertes. Le parquet l’a implicitement rappelé en parlant d’un «éventuel lien».
Une arme immergée n’arrive pas intacte comme un objet de vitrine. L’eau, le temps, le dépôt, la corrosion éventuelle appartiennent au réel technique de l’expertise. Le dossier public ne décrit pas l’état exact de l’arme. Il dit seulement qu’elle a été remontée, qu’il s’agit d’un pistolet Luger, et qu’elle présente des similitudes avec celle utilisée pour la tuerie. Le reste appartient au laboratoire et au juge.
Il faut donc séparer deux lectures. La lecture émotionnelle voit une arme sortir de l’eau et croit entendre la fin de l’histoire. La lecture judiciaire voit un objet à comparer à un dossier de 2012. Seule la seconde lecture est fidèle aux faits connus. La première peut habiter les conversations. Elle ne peut pas précéder les résultats.
Pourquoi cette affaire reste une énigme du siècle
Le quadruple meurtre de Chevaline est présenté comme l’une des plus grandes énigmes criminelles du XXIe siècle en France. Cette formule n’est pas un ornement. Elle résume un échec persistant: identifier l’auteur, comprendre le mobile, relier tous les éléments dans une démonstration complète. Les faits sont connus dans leur brutalité. Leur signification demeure opaque.
Une famille britannique. Un cycliste local. Une route de campagne. Vingt et un tirs. Des fragments de crosse. Deux enfants, l’une blessée, l’autre indemne physiquement. Puis, des années plus tard, un pistolet Luger remonté par des baigneurs. La succession est saisissante. Elle n’est pas encore une solution. Une énigme se nourrit précisément de cette tension entre des faits nets et une explication absente.
Le temps n’a pas effacé le dossier. Le passage de l’instruction au pôle de Nanterre en 2022 le montre. La découverte de 2024, confirmée par le parquet, le montre encore. Chevaline n’est pas un souvenir classé. C’est une procédure vivante, même quand elle avance sans bruit, même quand elle n’offre au public qu’une confirmation d’analyses en cours.
Le rôle du hasard, sans en faire une théorie
Des touristes britanniques se baignent. Ils ramènent un pistolet. L’affaire de 2012 concerne notamment une famille britannique. Le rapprochement frappe l’esprit. Il ne constitue pas une preuve. Le dossier connu ne dit pas que ces baigneurs ont un lien avec les victimes. Il dit seulement leur nationalité et le geste de la découverte. Confondre les deux serait ajouter ce que les faits n’autorisent pas.
Le hasard d’une baignade peut faire remonter un objet. Il ne reconstitue pas une scène de crime. Il ne désigne pas un tireur. Il ne choisit pas entre l’héritage, l’espionnage industriel et le tireur isolé. Il place seulement un pistolet Luger sur la table des experts. C’est déjà beaucoup. Ce n’est pas tout.
Rester fidèle aux faits, c’est accepter cette limite. On peut décrire la découverte. On peut rappeler les similitudes. On peut citer les victimes, le nombre de tirs, les enfants, le pôle de Nanterre, la date du 5 septembre 2012, la date du 20 août pour la remontée de l’arme. On ne peut pas inventer la conclusion. Le parquet lui-même ne l’invente pas.
Ce que l’on sait, phrase après phrase
Une arme a été découverte au fond d’un lac. Elle fait l’objet d’analyses. Le but est de déterminer si elle est liée au quadruple meurtre de Chevaline en 2012. Le parquet de Nanterre l’a indiqué lundi soir. Le 20 août, un pistolet Luger a été remonté à la surface par des touristes britanniques qui se baignaient dans le lac d’Annecy, en Haute-Savoie.
L’arme présente des similitudes avec celle utilisée pour la tuerie. Un pistolet automatique Luger P06, fabriqué en Allemagne et en Suisse à partir du début du XXe siècle. Des fragments de crosse avaient été retrouvés sur le lieu du crime. Le pôle des crimes sériels ou non élucidés de Nanterre instruit l’affaire depuis septembre 2022. Des investigations sont en cours afin d’établir un éventuel lien.
Le 5 septembre 2012, Saad al-Hilli, 50 ans, Britannique d’origine irakienne, son épouse de 47 ans et sa belle-mère de 74 ans ont été retrouvés morts dans leur voiture, tués de plusieurs balles dans la tête, sur une route de campagne près de Chevaline, non loin du lac d’Annecy. Sylvain Mollier, 45 ans, cycliste de la région, a également été abattu.
Une fillette de 7 ans a été grièvement blessée. Une fillette de 4 ans, recroquevillée sous les jambes de sa mère, est sortie physiquement indemne. Le tueur a tiré 21 fois en quelques minutes. Le mobile n’a jamais été établi. Plusieurs pistes ont été examinées: conflit autour d’un héritage, espionnage industriel, tireur isolé agissant de son propre chef.
Une lecture aérée des mêmes faits, pour ne rien ajouter
Il faut parfois répéter pour ne pas broder. Le crime est daté. Les victimes sont nommées. L’arme de référence est typée. Les fragments de crosse existent. Les enfants sont deux, avec deux sorts distincts. Les tirs sont au nombre de vingt et un. Le mobile manque. Les pistes sont trois. L’instruction a changé de siège en 2022. L’arme du lac apparaît le 20 août. Les analyses commencent. Le lien est possible, non démontré.
Cette litanie n’est pas un artifice. Elle est une discipline. Chaque phrase s’arrête où s’arrête le dossier connu. Au-delà, on quitterait le reportage pour la spéculation. Or le sujet n’a pas besoin de fiction. Il a déjà la force brute d’un massacre non expliqué et la surprise d’un pistolet remonté par des baigneurs.
Le lac d’Annecy continue d’être un lieu de baignade. Chevaline continue d’être le nom d’un crime. Entre les deux, une procédure cherche un pont. Si les analyses le construisent, le dossier changera de visage. Si elles ne le construisent pas, l’énigme demeurera ce qu’elle est déjà: quatre morts, deux enfants, vingt et un tirs, un mobile absent, une arme ancienne, et maintenant un objet supplémentaire à examiner.
Le temps long d’une affaire non élucidée
De 2012 à 2022, le dossier a vécu assez longtemps pour rejoindre un pôle dédié aux crimes non élucidés. De 2022 à la découverte du 20 août, il a vécu assez longtemps pour accueillir un objet nouveau. Ce temps long n’efface pas les premières heures du 5 septembre. Il les prolonge. Il les place sous une autre lumière, plus technique, plus lente, plus prudente.
Les affaires non élucidées avancent souvent ainsi: par fragments, par confirmations discrètes, par expertises. Le public voudrait une scène unique de révélation. La justice, elle, empile des vérifications. Un pistolet Luger sort de l’eau. On le compare. On attend. On ne proclame pas. Cette attente fait partie de l’information autant que la découverte elle-même.
Rien n’interdit d’espérer qu’une arme parle. Rien n’autorise à affirmer qu’elle a déjà parlé. Entre les deux, il y a exactement l’espace que le parquet a dessiné: des investigations en cours afin d’établir un éventuel lien entre cette découverte et le quadruple homicide.
Les enfants, au bord du récit et au centre des faits
On ne peut pas raconter Chevaline sans nommer les deux fillettes, et on ne peut pas les transformer en personnages de dramaturgie. L’une a 7 ans et elle est grièvement blessée. L’autre a 4 ans, elle est recroquevillée sous les jambes de sa mère, elle sort physiquement indemne. Ces deux phrases suffisent. Elles sont terribles. Elles appartiennent au dossier. Elles n’appellent aucun détail supplémentaire.
Le contraste entre la blessure grave et l’intégrité physique dit la chaos de la scène sans le reconstituer. Il dit aussi que le crime n’a pas seulement arrêté des vies d’adultes. Il a traversé une voiture où se trouvaient des enfants. Le reste, ce que l’on ignore, doit rester dans l’ombre. Fidélité oblige.
Aujourd’hui encore, l’arme du lac ne change rien à ces deux faits. Elle peut, éventuellement, éclairer l’outil du crime. Elle ne réécrit pas la présence des enfants. Elle ne dit pas davantage sur leur sort que ce qui est déjà établi. C’est une limite nécessaire.
Sylvain Mollier, le cycliste entré dans la scène
Sylvain Mollier avait 45 ans. C’était un cycliste de la région. Il a également été abattu. Sa présence donne au crime une configuration particulière: une famille dans une voiture, un homme à vélo, un même déferlement de tirs. Le dossier connu ne dit pas davantage sur la raison de cette coïncidence mortelle. Il enregistre le décès. Il l’inscrit dans le compte des quatre victimes.
Le cycliste empêche de réduire l’affaire à une seule unité familiale. Il élargit la scène. Il complique le mobile. Les pistes examinées — héritage, espionnage industriel, tireur isolé — doivent, pour être complètes, rendre compte aussi de cette quatrième mort. Aucune n’y est parvenue de façon établie. Le vide demeure.
L’arme extraite du lac, si elle était reliée au crime, ne raconterait pas à elle seule pourquoi le cycliste se trouvait là. Elle dirait éventuellement avec quoi l’on a tiré. Le «pourquoi» et le «qui» resteraient à démontrer. C’est toute la différence entre un objet et une résolution.
Vingt et un tirs, et rien derrière
Le chiffre est précis: 21 tirs en quelques minutes. Il donne la cadence du crime. Il ne donne pas son sens. Une telle quantité de coups de feu, concentrée dans un temps court, dessine une scène d’une violence extrême. Elle n’identifie personne. Elle n’explique rien. Elle mesure seulement l’intensité.
Les victimes dans la voiture ont reçu plusieurs balles dans la tête. Le cycliste a été abattu. Les deux informations se juxtaposent au chiffre global des tirs. Ensemble, elles composent le tableau officiel. Hors de ce tableau, toute reconstruction détaillée serait une invention. Elle n’a pas sa place ici.
Si l’arme du lac devait un jour être rattachée à ces 21 tirs, le dossier gagnerait un objet. Il ne gagnerait pas automatiquement un auteur. Relier une arme à des coups de feu n’est pas la même opération que relier un visage à une scène. Le parquet, en parlant d’éventuel lien, reste exactement sur cette ligne.
Héritage, espionnage, isolé: trois portes, aucune ouverte
Le conflit autour d’un héritage a été examiné. L’espionnage industriel a été examiné. Le tireur isolé agissant de son propre chef a été examiné. Trois portes. Aucune, d’après l’état connu du dossier, n’a livré le mobile. On peut les aligner. On ne peut pas les hiérarchiser au-delà de ce que les faits autorisent, car les faits ne les hiérarchisent pas.
Ces pistes ont une fonction: montrer que l’enquête n’est pas restée immobile. Elles ont une limite: aucune n’est devenue vérité judiciaire établie sur le mobile. Le massacre reste un acte dont on connaît le coût humain, pas la raison. C’est rare à ce degré, et c’est pour cela que l’affaire est dite énigmatique.
L’arme nouvelle n’en choisit aucune. Elle peut servir toutes ou n’en servir aucune, selon ce que diront les analyses et, plus tard, le reste de l’instruction. Aujourd’hui, elle n’est rattachée qu’à une hypothèse de travail: un possible lien matériel avec 2012.
Le lac comme lieu de conservation involontaire
Un lac peut cacher un objet pendant longtemps. Il peut aussi le rendre par accident, au passage d’une main, d’un pied, d’un regard sous l’eau. C’est ce qui s’est produit le 20 août. Des touristes britanniques se baignent. Un pistolet Luger remonte. Le lieu de villégiature redevient un lieu d’enquête possible. Rien de plus n’est affirmé.
Le fond d’un lac n’est pas une archive volontaire. C’est un milieu. L’objet qui en sort entre ensuite dans un autre milieu, celui de l’expertise. Entre les deux, le sens n’est pas donné. Il est cherché. C’est toute la distance entre une découverte et une preuve.
Le parquet de Nanterre a choisi de confirmer que cette distance était en train d’être mesurée. Confirmation minimale. Confirmation nécessaire. Elle évite le silence comme elle évite l’emballement. Elle dit: nous regardons. Elle ne dit pas: nous avons trouvé la solution.
Ce que le public peut retenir sans se tromper
On peut retenir qu’une arme a été trouvée. On peut retenir qu’elle ressemble, par son type, à celle du crime. On peut retenir que des fragments de crosse existaient déjà. On peut retenir que Nanterre instruit depuis 2022. On peut retenir les noms, les âges, les deux enfants, les 21 tirs, l’absence de mobile. On doit s’arrêter là.
On ne peut pas retenir qu’un coupable vient d’émerger. On ne peut pas retenir qu’une piste l’emporte enfin. On ne peut pas retenir que le lac a «avoué». L’eau ne parle pas. Les analyses, peut-être, parleront. Jusqu’à nouvel ordre, l’affaire reste ce qu’elle était: ouverte, grave, incomplète.
Des investigations sont en cours afin d’établir un éventuel lien entre cette découverte et le quadruple homicide.
Cette phrase officielle est la plus juste. Elle contient l’espoir d’un rapprochement et la réserve d’un doute. Un article fidèle ne doit pas en dire davantage. Il peut seulement déployer, avec clarté, tout ce que cette phrase recouvre: une arme, un lac, un massacre de 2012, une instruction toujours vive.
Une affaire qui n’a pas besoin d’être romancée
Le quadruple meurtre de Chevaline possède déjà tous les éléments d’un récit saisissant. Inutile d’en ajouter. Une route de campagne. Une voiture. Un vélo. Quatre adultes tués. Deux enfants. Une arme ancienne. Des fragments de crosse. Un pôle spécialisé. Un pistolet remonté par des baigneurs. La réalité dépasse ici n’importe quelle mise en scène.
Le travail d’information consiste à tenir ces éléments ensemble sans les forcer à conclure. C’est moins spectaculaire qu’un dénouement. C’est plus exact. L’exactitude, dans une affaire de cette nature, est une forme de respect envers les victimes comme envers la procédure.
Saad al-Hilli, son épouse, sa belle-mère, Sylvain Mollier: quatre noms, quatre absences. Les deux fillettes: deux survies différentes, l’une blessée gravement, l’autre indemne physiquement. Le tueur: inconnu. Le mobile: non établi. L’arme du lac: en cours d’analyse. Le dossier tient dans ces lignes. Il tient aussi dans tout ce qu’elles ne disent pas.
Après la confirmation, l’attente
Lundi soir, la confirmation est tombée. Depuis, le dossier public n’a pas livré le résultat des analyses. Tant que ce résultat n’existe pas dans l’information disponible, toute anticipation serait un écart. L’attente devient donc le dernier fait certain. Une arme est là. Une question est posée. La réponse n’est pas encore connue.
Cette attente n’est pas vide. Elle est occupée par le rappel des faits de 2012, par la description de l’objet trouvé, par le cadre institutionnel de Nanterre, par la liste des pistes déjà examinées. Elle est occupée, surtout, par la prudence. Dans un crime non élucidé, la prudence n’est pas une timidité. C’est une méthode.
Le lac a rendu un pistolet. La justice a accepté de le regarder à la lumière de Chevaline. Entre ces deux gestes, l’histoire n’est pas finie. Elle est seulement relancée, au sens strict du terme: remise en mouvement, sans garantie de destination. C’est ainsi qu’il faut lire cette actualité. Rien de plus. Rien de moins.
Au bout du compte, une seule phrase résume l’état du dossier: une arme extraite du lac d’Annecy est analysée pour savoir si elle a un rapport avec le quadruple meurtre de Chevaline. Tout le reste, pour l’heure, est mémoire des faits déjà connus, et silence sur ce qui n’est pas encore établi.









