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Peine Lourde Requise Contre Antonio Ferrara En Belgique

Dix-huit ans requis à Bruxelles contre Antonio Ferrara, figure déjà condamnée en France. Le projet visait un centre-fort allemand. Le tribunal doit encore trancher, et le verdict reste suspendu.

Qui aurait pu croire qu’un projet d’attaque à main armée, préparé depuis l’est de la Belgique et dirigé vers un établissement bancaire allemand, aboutirait un lundi à une réquisition aussi nette devant le tribunal correctionnel de Bruxelles? Le parquet a demandé une peine de dix-huit ans de prison contre le braqueur français Antonio Ferrara. L’homme, qui aura cinquante-trois ans en octobre, comparaît pour sa participation à une opération destinée à viser un centre-fort à Bochum au début de l’année 2025. Le dossier se juge en Belgique parce que le projet a été mis en échec à Eupen, non loin de la frontière allemande, par une vaste opération des unités spéciales de la police belge.

Un projet interrompu à la frontière belgo-allemande

Le récit judiciaire tient en quelques dates et en quelques lieux, mais il pèse lourd. Une bande de malfaiteurs avait établi sa base dans un appartement loué sur Airbnb, à Eupen, dans l’est du pays. De là devait partir l’attaque programmée contre un centre-fort de Bochum, en Allemagne, une installation où les banques entreposent des billets, des bijoux et d’autres valeurs. Le 27 février 2025, dix hommes ont été interpellés alors que l’attaque était imminente. Selon l’accusation, une partie de l’équipe s’était déjà rendue en Allemagne pour reconnaître les lieux.

Le choix de juger l’affaire à Bruxelles n’est pas un caprice de procédure. C’est à Eupen que le filet s’est refermé. C’est là que la police belge a interrompu le projet. C’est donc là, puis devant le tribunal correctionnel de la capitale, que se discute aujourd’hui la responsabilité de chacun. Antonio Ferrara n’est pas le seul prévenu. Il figure parmi neuf co-prévenus. Parmi eux se trouvent l’un de ses frères, Massimiliano, ainsi que plusieurs figures du grand banditisme en région parisienne, dont Walid Tarsim.

L’accusation a réclamé quinze ans de prison contre Massimiliano Ferrara et contre Walid Tarsim. Cinq prévenus, dont Antonio Ferrara et Yacine Bentouati, se voient réclamer dix-huit ans. Les peines demandées vont, dans l’ensemble du dossier, de dix ans dans un cas à dix-huit ans pour les plus lourdes réquisitions. Le jugement n’est pas attendu avant plusieurs semaines. Rien n’est donc tranché. Tout reste ouvert, y compris la contestation de participation formulée par l’intéressé.

Ce que le parquet reproche précisément

Le parquet de Bruxelles ne présente pas Antonio Ferrara comme un figurant. La procureure a déclaré, dans son réquisitoire, qu’il était bien impliqué dans cette tentative d’attaque et qu’il n’était pas un néophyte. Elle a aussi insisté sur ses compétences en matière d’explosifs. Ces phrases, prononcées lundi, résument la ligne de l’accusation. Elles ne disent pas encore ce que le tribunal retiendra. Elles disent ce que le ministère public demande au juge de retenir.

Il est bien impliqué dans cette tentative d’attaque, ce n’est pas un néophyte.

Pour étayer cette lecture, l’accusation s’appuie sur des écoutes téléphoniques, sur de multiples surveillances, et sur des traces d’ADN laissées par Antonio Ferrara sur plusieurs armes ou chargeurs retrouvés dans les véhicules du groupe, aux côtés d’explosifs et d’autres gilets pare-balles. Voilà le socle matériel décrit par le parquet. Voilà aussi le point de friction avec la défense, puisque l’intéressé conteste sa participation et que son avocat a rappelé, au début de la procédure, qu’aucune arme n’avait été retrouvée dans le véhicule où se trouvait Antonio Ferrara au moment de son arrestation.

La distinction est mince, et c’est précisément pour cela qu’elle occupe le prétoire. D’un côté, des traces attribuées à l’accusé sur des armes ou des chargeurs découverts dans les véhicules du groupe. De l’autre, l’absence d’arme dans le véhicule précis où il se trouvait. L’accusation relie l’homme au projet. La défense isole le moment de l’interpellation. Le tribunal devra dire comment ces deux lectures s’articulent, ou ne s’articulent pas.

Le surnom qui précède l’homme

Antonio Ferrara est bien connu de la justice en France. Il a été condamné pour des braquages et une tentative de meurtre, ainsi que pour deux évasions de prison. Ce parcours lui vaut le surnom de roi de la belle. Il était sorti de prison en juillet 2022 après avoir purgé sa dernière condamnation. Ces éléments figurent au dossier public de l’affaire belge. Ils ne constituent pas, à eux seuls, la preuve du projet de Bochum. Ils dessinent cependant le portrait que l’accusation convoque lorsqu’elle affirme qu’il n’est pas un néophyte.

Le surnom circule plus vite que les pièces. Il dit une réputation. Il ne dit pas, à lui seul, ce qui s’est passé dans l’appartement d’Eupen ni dans les véhicules contrôlés le 27 février 2025. Le tribunal correctionnel de Bruxelles n’est pas saisi d’un roman. Il est saisi d’un projet d’attaque à main armée mis en échec, d’une base arrière louée sur Airbnb, d’une reconnaissance des lieux en Allemagne, d’écoutes, de surveillances et de traces génétiques. Le passé français de l’accusé entre dans le récit, mais le débat belge porte sur le projet de 2025.

L’homme comparaît libre après une période de détention provisoire en 2025. Cette situation procédurale compte. Elle signifie qu’il n’est plus, au moment du réquisitoire, retenu dans le cadre de cette information. Elle ne préjuge ni de la culpabilité ni de l’innocence. Elle dit seulement l’état présent de la procédure. Le parquet demande dix-huit ans. La défense conteste la participation. Entre les deux, le tribunal a déjà écarté, lundi, une nouvelle suspension des débats.

Eupen, l’Airbnb et la base arrière

Eupen n’est pas un décor de hasard. La ville se situe dans l’est de la Belgique, tout près de la frontière allemande. C’est là qu’une bande de malfaiteurs avait établi sa base, dans un appartement loué sur Airbnb, avant le braquage programmé à Bochum. Le détail de la location courte durée donne au dossier une allure contemporaine. Il ne change rien à la gravité de ce qui était projeté, selon l’accusation: une attaque à main armée contre un centre-fort où les banques entreposent billets, bijoux et autres valeurs.

La proximité de la frontière explique la géographie du coup. Préparer depuis la Belgique une action en Allemagne, reconnaître les lieux de l’autre côté, puis revenir vers la base: tel est le schéma décrit par l’accusation. Le 27 février 2025, le schéma s’est brisé. Dix hommes ont été interpellés dans un coup de filet des unités spéciales de la police belge. L’attaque était imminente. Une partie de l’équipe s’était déjà rendue en Allemagne pour reconnaître les lieux.

Repères du dossier

Lieu de la base: appartement Airbnb à Eupen.

Cible visée selon l’accusation: centre-fort de Bochum.

Date du filet: 27 février 2025.

Nombre d’interpellations ce jour-là: dix hommes.

Ces quatre lignes ne remplacent pas le débat. Elles permettent seulement de ne pas perdre le fil. Le centre-fort de Bochum n’a pas été attaqué. Le projet a été stoppé avant. C’est précisément parce qu’il a été stoppé en Belgique que le parquet bruxellois s’exprime aujourd’hui. La compétence territoriale suit le lieu de l’échec, le lieu de la base, le lieu de l’interpellation. Le tribunal correctionnel de Bruxelles hérite donc d’un dossier dont la cible était allemande et dont plusieurs protagonistes sont connus de la justice française.

Les véhicules, les traces et le matériel saisi

Dans les véhicules du groupe, selon l’accusation, ont été retrouvés des armes ou des chargeurs, des explosifs et d’autres gilets pare-balles. Sur plusieurs armes ou chargeurs, des traces d’ADN attribuées à Antonio Ferrara. Voilà le cœur matériel du réquisitoire le concernant. Le parquet n’évoque pas une présence lointaine. Il évoque un contact avec des objets saisis dans le dispositif du groupe.

La défense, par la voix de l’avocat Olivier Martins, a fait valoir au début de la procédure qu’aucune arme n’avait été retrouvée dans le véhicule où se trouvait Antonio Ferrara à son arrestation. La phrase ne nie pas l’existence d’armes dans d’autres véhicules. Elle isole le lieu exact de l’interpellation de son client. Dans un procès, cette isolation a une fonction: elle cherche à desserrer le lien entre l’homme et le matériel collectif.

Aucune arme n’a été retrouvée dans le véhicule où se trouvait Antonio Ferrara à son arrestation.

Les écoutes téléphoniques et les surveillances complètent le tableau de l’accusation. Elles ne sont pas décrites mot à mot dans le réquisitoire public résumé ici. Elles sont citées comme appuis. Elles disent qu’au-delà des traces génétiques, le parquet invoque un suivi dans la durée. Le mot multiples accompagne les surveillances. Le dossier n’est donc pas présenté comme le fruit d’une seule saisie fortuite, mais comme le résultat d’un travail d’écoute et d’observation, puis d’un filet le 27 février 2025.

Les explosifs et les gilets pare-balles donnent au projet, tel que le décrit l’accusation, une dimension d’attaque préparée et non d’improvisation. La procureure a d’ailleurs insisté sur les compétences en matière d’explosifs attribuées à Antonio Ferrara. Cette insistance n’est pas un ornement. Elle vise à qualifier le rôle, à sortir l’intéressé d’une éventuelle marge, à le placer dans le noyau technique du projet. Lui conteste sa participation. Le tribunal tranchera.

Les co-prévenus et l’échelle des peines demandées

Le dossier ne se réduit pas à un seul nom. Neuf co-prévenus comparaissent avec Antonio Ferrara. L’un d’eux est Massimiliano, l’un de ses frères. Un autre est Walid Tarsim, présenté parmi les figures du grand banditisme en région parisienne. Contre ces deux hommes, l’accusation a réclamé quinze ans de prison. La différence avec les dix-huit ans demandés contre Antonio Ferrara et contre quatre autres prévenus dessine une hiérarchie aux yeux du parquet.

Yacine Bentouati occupe une place particulière. De nationalité algérienne, il est jugé aussi pour tentative de meurtre. Le parquet lui reproche d’avoir renversé en voiture un policier des unités spéciales en tentant d’échapper au coup de filet. Il compte, avec Antonio Ferrara, dans le groupe des cinq prévenus contre lesquels dix-huit ans d’emprisonnement ont été demandés. La tentative de meurtre s’ajoute donc, pour lui, au projet d’attaque à main armée.

Les peines réclamées vont de dix ans, dans un cas, à dix-huit ans de prison. Cette fourchette dit que le parquet ne met pas tous les prévenus sur la même ligne. Elle dit aussi que même la réquisition la plus basse reste une peine lourde. Dix ans, quinze ans, dix-huit ans: trois paliers apparaissent dans les demandes publiques. Le jugement, répétons-le, n’est pas attendu avant plusieurs semaines. Les réquisitions ne sont pas la décision.

Personne ou groupe Élément retenu par l’accusation Peine requise
Antonio Ferrara Participation au projet d’attaque 18 ans
Yacine Bentouati Projet et tentative de meurtre sur un policier 18 ans
Trois autres prévenus du même groupe de cinq Implication dans le projet selon le parquet 18 ans
Massimiliano Ferrara Co-prévenu, frère d’Antonio Ferrara 15 ans
Walid Tarsim Figure du grand banditisme en région parisienne selon l’accusation 15 ans
Un prévenu Rôle moindre selon la fourchette exposée 10 ans

Ce tableau n’ajoute rien au dossier. Il range ce qui a déjà été dit. Il montre que le parquet a choisi de distinguer. Il montre aussi que la tentative de fuite attribuée à Yacine Bentouati pèse dans la colonne des faits les plus graves, puisqu’elle emporte une qualification de tentative de meurtre contre un policier des unités spéciales.

La tentative de fuite et le policier renversé

Le coup de filet du 27 février 2025 n’a pas seulement interrompu un projet. Il a donné lieu, selon l’accusation, à une tentative d’échapper à l’interpellation. Yacine Bentouati est jugé pour avoir renversé en voiture un policier des unités spéciales. La scène se greffe au dossier principal. Elle ne concerne pas Antonio Ferrara dans les termes publics du réquisitoire. Elle concerne l’un des cinq hommes visés par la peine de dix-huit ans.

Un policier des unités spéciales a été heurté. L’homme au volant, selon l’accusation, tentait de fuir. De cette séquence naît la qualification de tentative de meurtre. Le tribunal devra examiner ce geste à part, tout en le maintenant dans le cadre du même procès. Le dossier belge unit ainsi un projet d’attaque contre un centre-fort allemand et un affrontement immédiat avec les forces qui ont fait échec au projet.

Les unités spéciales de la police belge occupent donc deux places dans le récit. Elles sont l’outil du filet d’Eupen. Elles sont aussi, à travers l’un de leurs policiers, la victime désignée de la tentative de fuite. Cette double présence donne au procès une tension particulière. Ce n’est plus seulement une affaire de préparation. C’est aussi une affaire de confrontation au moment de l’arrestation.

Un procès retardé par la procédure

Initialement prévu fin avril, ce procès devant le tribunal correctionnel de Bruxelles a été retardé par de multiples incidents de procédure et par des contestations des avocats d’Antonio Ferrara. Le calendrier a glissé. Les débats n’ont pas suivi la date d’abord retenue. Lundi, le tribunal a considéré qu’une seconde demande de récusation des juges, déposée par les avocats en fin de semaine dernière, ne devait pas conduire à une nouvelle suspension des débats.

La phrase est technique. Elle dit beaucoup. Elle dit qu’il y a déjà eu une première demande de récusation. Elle dit qu’une seconde a suivi, tout récemment. Elle dit que le tribunal refuse, cette fois, d’arrêter encore l’audience. Le procès avance donc, malgré les incidents. Le réquisitoire a pu être prononcé. Les peines ont pu être requises. Le jugement, pourtant, reste éloigné de plusieurs semaines.

Les contestations des avocats d’Antonio Ferrara ont ainsi marqué le rythme. Elles n’ont pas effacé le fond. Elles ont déplacé le moment où le fond serait discuté. Lundi, le fond est revenu au premier plan: la procureure a parlé d’implication, de compétences en explosifs, de traces, d’écoutes, de surveillances. La défense, elle, maintient que la participation est contestée et que le véhicule de l’arrestation ne contenait pas d’arme.

Ce que signifie comparaître libre

Antonio Ferrara comparaît libre après une période de détention provisoire en 2025. La formule mérite d’être lue lentement. Il y a eu détention provisoire. Cette détention a pris fin. L’homme est présent à l’audience sans être retenu. Dans l’opinion, cette situation se confond parfois avec un jugement anticipé. Dans la procédure, elle n’en est pas un. Elle dit seulement que les conditions d’un maintien derrière les murs n’ont plus été retenues jusqu’au verdict.

Le parquet peut demander dix-huit ans contre un homme qui s’assoit libre dans le prétoire. La défense peut contester la participation d’un homme déjà connu de la justice française. Les deux choses coexistent. Le surnom de roi de la belle, lié à deux évasions de prison prononcées et jugées en France, n’efface pas le fait belge du jour: l’intéressé n’est plus en détention provisoire dans ce dossier au moment du réquisitoire.

Sorti de prison en juillet 2022 après avoir purgé sa dernière condamnation française, il se retrouve, moins de trois ans plus tard selon le calendrier du dossier, au cœur d’une affaire belge née d’un projet allemand. Le parquet relie ces temporalités en insistant sur l’expérience. La défense isole le dossier présent. Le juge, plus tard, écrira la ligne qui restera.

Bochum, le centre-fort et la cible manquée

Le centre-fort de Bochum n’a pas livré ses billets, ses bijoux ni ses autres valeurs. L’attaque n’a pas eu lieu. Elle devait avoir lieu au début de l’année 2025. Elle a été jugée imminente le 27 février. Une partie de l’équipe, selon l’accusation, avait déjà franchi la frontière pour reconnaître les lieux. Le projet s’arrête donc au seuil. Le droit, lui, n’attend pas toujours le seuil franchi pour qualifier une tentative d’attaque à main armée.

C’est cette zone, entre la préparation et l’exécution, que le tribunal correctionnel de Bruxelles doit habiter. Qu’est-ce qu’une base dans un appartement Airbnb? Qu’est-ce qu’une reconnaissance des lieux? Qu’est-ce qu’un véhicule contenant explosifs et gilets pare-balles? Qu’est-ce qu’une trace d’ADN sur une arme ou un chargeur? Chaque question appartient au dossier. Aucune n’est tranchée par le seul réquisitoire.

L’Allemagne est le pays de la cible. La Belgique est le pays de l’échec et du jugement. La France est le pays du casier déjà connu d’Antonio Ferrara, de ses condamnations pour braquages, pour tentative de meurtre, pour deux évasions. Trois pays pour une même chaîne de faits allégués. Un seul tribunal, aujourd’hui, pour dire le droit applicable à ceux qui ont été arrêtés à Eupen.

La parole de l’accusation, la parole de la défense

Deux phrases se font face. Celle de la procureure: l’homme est impliqué, ce n’est pas un néophyte, il a des compétences en explosifs. Celle de l’avocat, au début de la procédure: aucune arme dans le véhicule de l’arrestation. Autour de ces phrases gravitent les écoutes, les surveillances, l’ADN, l’appartement d’Eupen, le centre-fort de Bochum, le frère Massimiliano, Walid Tarsim, Yacine Bentouati, le policier renversé, les dix interpellations.

Le style d’un réquisitoire n’est pas celui d’une plaidoirie. L’une accumule et qualifie. L’autre sépare et doute. Ici, la séparation proposée par la défense porte sur le véhicule précis. L’accumulation proposée par l’accusation porte sur l’ensemble du dispositif: traces, matériel, suivi, imminence. Le lecteur peut tenir les deux discours ensemble sans les confondre. C’est même la seule manière honnête de suivre un procès encore ouvert.

Antonio Ferrara conteste sa participation. Cette contestation n’est pas un détail de dernière minute. Elle est le socle de sa position. Elle oblige le parquet à démontrer, et non seulement à raconter. Les traces d’ADN, les écoutes et les surveillances sont précisément les instruments de cette démonstration telle que le ministère public la présente. Leur force, leur lecture, leur contestation possible appartiennent désormais au tribunal.

Pourquoi le dossier reste ouvert plusieurs semaines

Le jugement n’est pas attendu avant plusieurs semaines. Après un réquisitoire, après des incidents de procédure, après une seconde demande de récusation écartée, le temps judiciaire reprend son allure lente. Les neuf co-prévenus, les qualifications différentes, la tentative de meurtre jointe au projet d’attaque, tout cela demande plus qu’une audience de réquisitions. Il faudra encore entendre, délibérer, écrire.

Plusieurs semaines, ce n’est pas une formule vague destinée à remplir le silence. C’est l’horizon donné publiquement. D’ici là, rien de ce qui a été requis n’est acquis. Dix-huit ans restent une demande. Quinze ans restent une demande. Dix ans restent une demande. L’homme de cinquante-trois ans en octobre peut encore être suivi, dans le débat public, à travers son surnom. Le tribunal, lui, devra suivre le dossier.

Les multiples incidents de procédure ont déjà montré que le chemin vers la décision n’était pas linéaire. Fin avril n’a pas été la date du procès. La fin de semaine dernière a encore produit une demande de récusation. Lundi a clos cette tentative de suspension. Le calendrier, désormais, se mesure en semaines jusqu’au jugement, non plus en reports successifs annoncés comme tels.

Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas encore

On sait que le parquet de Bruxelles a réclamé lundi dix-huit ans de prison contre Antonio Ferrara. On sait que le projet visait un établissement bancaire en Allemagne au début de 2025, plus précisément un centre-fort à Bochum. On sait que la base se trouvait dans un appartement Airbnb à Eupen. On sait que dix hommes ont été interpellés le 27 février 2025. On sait qu’une partie de l’équipe s’était déjà rendue en Allemagne pour reconnaître les lieux, selon l’accusation.

On sait qu’Antonio Ferrara a un passé judiciaire français fait de braquages, d’une tentative de meurtre et de deux évasions. On sait qu’il est sorti de prison en juillet 2022. On sait que l’accusation invoque écoutes, surveillances et ADN sur armes ou chargeurs, près d’explosifs et de gilets pare-balles. On sait que la procureure parle d’implication et de compétences en explosifs. On sait que l’intéressé conteste et qu’il comparaît libre après une détention provisoire en 2025.

On sait que Massimiliano Ferrara et Walid Tarsim se voient réclamer quinze ans. On sait que Yacine Bentouati, de nationalité algérienne, est aussi jugé pour tentative de meurtre pour avoir renversé un policier des unités spéciales. On sait que cinq prévenus, dont Antonio Ferrara et Yacine Bentouati, sont visés par dix-huit ans. On sait que les peines demandées descendent jusqu’à dix ans dans un cas. On sait que le jugement viendra plus tard.

On ne sait pas encore ce que le tribunal écrira. On ne sait pas encore si la contestation de participation l’emportera, en tout ou partie. On ne sait pas encore comment seront lues les traces et l’absence d’arme dans le véhicule de l’arrestation. On ne sait pas encore le sort de chacun des neuf co-prévenus. Ces inconnues ne sont pas un manque d’information journalistique. Elles sont la nature même d’un procès en cours.

Une affaire de frontière, de temps et de preuves

Tout, dans ce dossier, se joue à la lisière. Lisière entre la Belgique et l’Allemagne. Lisière entre la préparation et l’exécution. Lisière entre un passé judiciaire français et un projet attribué en 2025. Lisière entre des traces trouvées dans des véhicules du groupe et un véhicule d’arrestation sans arme, selon la défense. Lisière entre une détention provisoire déjà close et une peine de dix-huit ans encore seulement requise.

Les unités spéciales de la police belge ont choisi le moment du filet. L’accusation dit que l’attaque était imminente. Ce mot, imminente, porte tout le poids de la tentative. S’il est retenu, le projet n’est plus une intention lointaine. S’il est discuté, le tribunal devra dire à quel point le seuil était proche. La reconnaissance des lieux en Allemagne sert précisément à cette discussion: elle suggère, pour le parquet, que l’équipe n’en était plus aux discours.

Le temps, lui aussi, est une preuve indirecte. Sortie de prison en juillet 2022. Filet en février 2025. Réquisitoire un lundi, après des reports depuis la fin avril. Demande de récusation déposée en fin de semaine dernière. Refus de suspendre encore. Jugement dans plusieurs semaines. Chaque date encadre la suivante. Aucune date, à elle seule, ne dit la culpabilité. Ensemble, elles racontent la durée d’une affaire qui n’est pas close.

Le grand banditisme nommé sans être romancé

Parmi les co-prévenus figurent plusieurs figures du grand banditisme en région parisienne, dont Walid Tarsim. La formule appartient à la présentation de l’accusation. Elle situe un milieu. Elle ne remplace pas les faits belges. Elle explique pourquoi le dossier attire le regard au-delà d’Eupen et de Bochum. Un frère, Massimiliano, se trouve aussi sur le banc. La famille et le milieu se croisent dans la liste, sans que le tribunal ait encore dit le rôle exact de chacun.

Quinze ans requis contre Massimiliano Ferrara et contre Walid Tarsim. Dix-huit ans contre Antonio Ferrara. L’écart de trois ans, dans la bouche du parquet, signale une différence d’appréciation. Il ne dit pas encore la décision. Il dit seulement que le ministère public n’a pas choisi une peine unique pour tous. Dans un dossier à dix interpellations le même jour, cette modulation est un message: les rôles, aux yeux de l’accusation, ne sont pas interchangeables.

Le grand banditisme de la région parisienne entre donc dans un prétoire belge parce que la base était belge et la cible allemande. La carte de l’Europe judiciaire se lit ici sans métaphore inutile. On prépare d’un côté, on vise de l’autre, on est arrêté d’un troisième point qui est le même que le premier. Bruxelles hérite du nœud.

Lire un réquisitoire sans le prendre pour un verdict

Un réquisitoire est une demande. Dix-huit ans, quinze ans, dix ans sont des demandes. La procureure peut insister sur les explosifs, sur l’absence de statut de néophyte, sur l’implication. Le tribunal peut suivre, écarter, réduire, requalifier. Tant que le jugement n’est pas rendu, chaque phrase d’audience reste une phrase d’audience. Cette précaution n’affaiblit pas l’information. Elle la tient droite.

Antonio Ferrara aura cinquante-trois ans en octobre. L’âge ne change pas les faits allégués. Il situe seulement l’homme dans le temps. Connu de la justice française, sorti en juillet 2022, interpellé dans le cadre belge du 27 février 2025, il entend aujourd’hui une peine de dix-huit ans requise contre lui. Il conteste. Il est libre à l’audience. Ces trois phrases peuvent coexister sans se dévorer.

Le public aime les surnoms. Roi de la belle en est un. Le tribunal devra aimer les preuves. Écoutes, surveillances, ADN, matériel saisi, reconnaissance des lieux, imminence du projet: tel est le langage du parquet. Véhicule sans arme au moment de l’arrestation, participation contestée, incidents de procédure: tel est le langage déjà entendu du côté de la défense. Entre les deux langages, plusieurs semaines.

Au terme de l’audience du réquisitoire

Lundi, à Bruxelles, le parquet a parlé. Il a demandé une peine lourde contre Antonio Ferrara pour sa participation à un projet d’attaque à main armée destiné à frapper un établissement bancaire en Allemagne au début de 2025. Il a demandé d’autres peines, de dix à dix-huit ans, contre les co-prévenus. Il a rappelé Eupen, l’Airbnb, Bochum, le 27 février, les dix hommes, les traces, les explosifs, les gilets, les écoutes, les surveillances.

Le tribunal a refusé de s’arrêter encore sur une seconde récusation. Les débats ont donc eu lieu. Ils ne sont pas finis, puisque le jugement n’est pas écrit. Ils ont seulement changé de saison: on n’est plus dans le temps des reports depuis la fin avril, on est dans le temps des réquisitions prononcées et de l’attente. Cette attente n’est pas vide. Elle est occupée par tout ce qui a déjà été dit, et par tout ce qui reste à décider.

Le projet d’attaque n’a pas atteint le centre-fort. Le procès, lui, a atteint le réquisitoire. Entre l’échec du premier et l’aboutissement du second, il y a une ville de l’est belge, une frontière, une équipe en partie déjà partie reconnaître les lieux, un policier renversé selon l’accusation, un frère, des figures de la région parisienne, un homme qui conteste et un parquet qui requiert dix-huit ans. Voilà l’état du dossier, sans rien y ajouter, et sans rien en retirer.

Dans plusieurs semaines, une autre audience ou un autre jour d’écriture donnera la décision. Jusque-là, les mots justes restent ceux du prétoire. Participation alléguée. Participation contestée. Peine requise. Jugement attendu. Sur cette ligne étroite, l’affaire Antonio Ferrara à Bruxelles continue, fidèle aux seuls éléments déjà exposés, et à rien d’autre.

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