Et si la prochaine histoire qui vous tient éveillé la nuit n’était plus tout à fait de la fiction ? Depuis bientôt une décennie sur la grande plateforme de streaming, Black Mirror a transformé chaque innovation en possible cauchemar intime. Aujourd’hui, une information circule avec insistance : le tournage de la saison 8 a commencé cet été 2026. Charlie Brooker, le créateur britannique de la série, ne promet pas un simple retour. Il annonce des épisodes plus frappants, plus dérangeants, conçus au moment où le réel commence, selon ses propres mots, à rattraper l’imaginaire. Pour les spectateurs, cela veut dire une attente longue, une curiosité fiévreuse, et cette question que l’on se pose déjà : jusqu’où ira-t-il cette fois ?
Pourquoi Cette Saison 8 Fait Déjà Parler
La nouvelle n’a rien d’un simple communiqué administratif. Après six épisodes mis en ligne en avril 2025 pour la saison 7, la machine créative a repris. Des sources professionnelles ont confirmé que les caméras tournaient dès l’été 2026. Aucune date de diffusion officielle n’a encore été gravée dans le marbre. La piste la plus raisonnable reste 2027. Beaucoup espèrent ne pas devoir patienter jusqu’en 2028. Dans l’univers Brooker, le calendrier n’est jamais anodin : plus le monde accélère, plus la série doit arriver au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard.
Ce qui change, ce n’est pas seulement le numéro de saison. C’est le contexte. Les outils dont parlait la série il y a dix ans appartiennent désormais au quotidien. Reconnaissance faciale, clones numériques, recommandations opaques, deepfakes, assistants conversationnels, surveillance douce. Black Mirror n’a plus besoin d’inventer un gadget complètement absurde pour faire mal. Il lui suffit parfois de décaler d’un cran ce que nous acceptons déjà. C’est précisément ce terrain glissant que Charlie Brooker semble vouloir fouler à nouveau.
À retenir tout de suite
Tournage lancé à l’été 2026. Sortie pressentie en 2027. Ton annoncé plus « Black Mirror » que jamais. Casting encore secret. Format anthologique conservé.
Une Série Née Pour Faire Mal Au Bon Endroit
Avant d’être un phénomène mondial, Black Mirror a d’abord été une série britannique d’anthologie, diffusée au Royaume-Uni sur Channel 4, puis proposée à l’international par Netflix à partir de 2016. Chaque épisode raconte une histoire autonome. Pas de héros récurrent obligatoire. Pas de bible figée. Un thème, un dispositif, une bascule. Le titre lui-même évoque l’écran éteint : cette surface noire qui nous renvoie notre propre reflet. Brooker a toujours joué avec cette idée simple et glaciale. Nous regardons la machine. La machine nous regarde aussi.
Le succès ne vient pas seulement des twists. Il vient d’une sensation persistante : celle d’avoir vu quelque chose de trop proche. Un réseau social qui note les gens. Une mémoire implantée que l’on peut revivre. Un jeu qui emprisonne une conscience. Une relation amoureuse filtrée par un algorithme. Certains récits sont devenus des références culturelles. D’autres ont moins marqué. C’est le risque de l’anthologie. Mais l’ensemble a installé une griffe. Quand on dit « c’est très Black Mirror », tout le monde comprend. Rare sont les séries capables de devenir une expression courante.
Depuis 2016 sur la plateforme, le rythme des saisons a oscillé. Parfois un volume généreux. Parfois une pause plus longue. La saison 7, avec ses six nouveaux épisodes au printemps 2025, a relancé l’appétit. Le public n’attendait pas seulement « encore des histoires sombres ». Il attendait une réponse à un monde qui, en quelques années, a basculé plus vite que beaucoup de scénarios. L’intelligence artificielle générative, les avatars, la désinformation industrielle, le travail algorithmique : tout cela n’est plus un décor d’anticipation. C’est le salon, le bureau, le téléphone posé sur la table de nuit.
Charlie Brooker Et La Méthode De L’Album
Le créateur a une façon très particulière de parler de son travail. Il compare souvent l’écriture d’une saison à celle d’un album. Pas une playlist jetable. Un objet avec des dynamiques, des silences, des morceaux plus immédiatement accrocheurs et d’autres plus durs à écouter. Il se demande ce qui n’a pas encore été fait. Quelle tonalité il cherche. Où une piste s’inscrit dans l’ensemble. Vers quelle direction musicale on avance. Cette métaphore n’est pas un caprice d’auteur. Elle explique pourquoi Black Mirror refuse de se répéter trop visiblement, même quand les thèmes reviennent.
La série sera de retour et elle sera plus « Black Mirror » que jamais.
Charlie Brooker
La formule est courte. Elle est aussi calculée. « Plus Black Mirror que jamais » ne veut pas forcément dire « plus gore » ou « plus cynique ». Cela peut signifier plus fidèle à l’esprit d’origine : une idée technologique apparemment brillante, un usage humain imparfait, une conséquence que l’on n’avait pas vue venir. Brooker a également insisté sur un point plus troublant. La série a un avenir, a-t-il dit, et elle reviendra juste au moment où la réalité commence à la rattraper. Derrière la boutade, on sent une angoisse de créateur. Comment inventer plus fort que l’actualité, quand l’actualité elle-même ressemble déjà à un épisode ?
Ce processus d’album implique des choix de tempo. Un récit plus intimiste après une fable spectaculaire. Une satire après une tragédie. Une histoire presque réaliste après une plongée dans le virtuel. Les spectateurs les plus fidèles le savent : la série n’est pas une machine à produire le même frisson. Elle cherche des variations. Parfois elle rate la note. Parfois elle décroche un standard. USS Callister, souvent cité, appartient à cette deuxième catégorie. Au point d’avoir eu droit à une suite. Ce précédent compte pour la saison 8. Il prouve que certaines portes restent ouvertes.
Ce Que L’On Sait Vraiment Du Tournage
Les faits solides tiennent en quelques lignes, et c’est déjà beaucoup. Le tournage de la saison 8 a démarré pendant l’été 2026. L’information a été confirmée récemment dans le circuit professionnel. Charlie Brooker a parlé du retour de la série sur le blog officiel de la plateforme. Aucun nom d’acteur n’a été officialisé au moment où ces lignes sont écrites. Aucun synopsis d’épisode n’a filtré de manière fiable. Aucun nombre exact d’épisodes n’a été verrouillé dans les déclarations publiques les plus claires. Le brouillard fait partie du rituel.
Cette opacité n’est pas qu’une stratégie marketing. Dans une anthologie, révéler trop tôt un plateau, c’est souvent révéler le thème. Un visage connu oriente déjà l’interprétation. Un lieu de tournage donne une couleur. Brooker a toujours compris la valeur du secret. Le public de Black Mirror n’achète pas seulement une intrigue. Il achète une bascule. Si l’on sait trop, le vertige diminue. D’où cette discipline : on confirme que ça avance, on promet l’intensité, on refuse le catalogue.
La fenêtre 2027 paraît cohérente avec un tournage estival 2026. Une anthologie exige du montage, des effets, parfois beaucoup d’étalonnage, souvent plusieurs équipes qui ne travaillent pas au même rythme. Tous les épisodes ne se tournent pas comme un feuilleton linéaire. Certains récits sont presque chamber drama. D’autres demandent des décors complexes, du numérique, des figurants, une architecture visuelle entière. Entre la fin des prises et la mise en ligne, il n’est pas rare de voir plusieurs mois s’écouler. Promettre 2027, c’est rester prudent sans casser l’élan.
Tournage été 2026, retour acté, ton plus sombre annoncé, format anthologique.
Casting, nombre d’épisodes, date exacte, éventuelles suites à des récits anciens.
Pourquoi La Réalité Rattrape Enfin La Fiction
Il y a dix ans, beaucoup de dispositifs de la série faisaient encore figure d’exagération élégante. Aujourd’hui, le spectateur arrive avec un autre bagage. Il a vu des voix clonées. Il a parlé à des agents conversationnels capables d’imiter un ton amical. Il a croisé des filtres qui rajeunissent, des avatars de personnes disparues, des recommandations qui semblent lire dans ses pensées. Le « trop tard » n’est plus seulement un twist de scénario. C’est une expérience quotidienne. Brooker le sait. Son public aussi.
Cette proximité change le contrat. Si la série se contente de recoller une étiquette dystopique sur un outil déjà banal, l’effet retombe. Si elle descend trop dans le pamphlet, elle perd sa grâce cruelle. Le défi de la saison 8 n’est donc pas d’empiler les gadgets. C’est de retrouver la faille humaine. Qui profite de l’outil. Qui le subit. Qui croit le contrôler. Qui découvre trop tard qu’il a vendu une part de lui-même. Les meilleures heures de Black Mirror ne sont pas des catalogues de tech. Ce sont des portraits. Un couple. Un employé. Une célébrité. Un enfant. Un soldat. Une conscience coincée quelque part.
Les avancées récentes offrent pourtant une matière immense. La génération d’images. La synthèse vocale. Les jumeaux numériques. Les plateformes qui monétisent l’attention jusqu’à l’épuisement. Les systèmes de notation informels qui décident d’un logement, d’un emploi, d’une réputation. Les bulles de recommandation. Les deepfakes politiques. Les thérapies assistées par machine. Les souvenirs reconstitués. On peut presque entendre Brooker se demander, comme pour un album : quelle piste n’a pas encore été jouée dans cette gamme-là ? Quelle tonalité n’a pas encore été poussée jusqu’à la fausse note volontaire ?
Il y a aussi le risque inverse, souvent sous-estimé. Quand le réel devient spectaculaire, la fiction peut paraître sage. Un créateur d’anthologie dystopique doit alors choisir. Soit il force le trait, au risque du grotesque. Soit il revient à des récits plus étroits, plus domestiques, plus glaçants précisément parce qu’ils semblent possibles dès demain matin. Les déclarations de Brooker penchent vers la deuxième voie, même s’il n’écarte jamais le grand écart formel. « Plus Black Mirror » peut aussi vouloir dire : plus juste dans le malaise, moins dans l’esbroufe.
Le Fantôme Des Épisodes Qui Ont Compté
Impossible de parler d’une nouvelle saison sans convoquer la mémoire du public. Certains récits sont devenus des totems. On les cite dans les dîners. On les enseigne parfois en école de cinéma ou en cours de sociologie des médias. D’autres se sont dissous. C’est le destin d’une anthologie longue. Tout le monde n’a pas la même liste. Pourtant quelques titres reviennent. Des fables sur la notation sociale. Des plongées dans le deuil assisté par machine. Des satires du divertissement. Des cauchemars de réalité virtuelle. USS Callister reste un cas à part : assez fort pour justifier une continuation, assez singulier pour ne pas devenir la norme.
Cette possibilité de suite pèse sur l’attente de 2027. Les fans se demandent déjà si un ancien univers reviendra. Ce serait un geste commercial évident. Ce serait aussi un piège. Black Mirror tire une partie de sa légende de l’idée que chaque porte peut se refermer définitivement. Rouvrir trop souvent, c’est transformer l’anthologie en franchise. Brooker n’a jamais semblé allergique à une exception. Il a simplement intérêt à ce que l’exception reste rare. Une suite n’a de sens que si elle dit quelque chose de neuf sur le temps qui a passé, pas si elle recycle une punchline déjà célèbre.
Le casting, lui, relève encore du fantasme organisé. La série a toujours attiré des interprètes capables de porter un récit en une heure. Des visages déjà connus. D’autres moins attendus. Le format offre une liberté rare : un acteur peut tout donner sans s’enfermer cinq saisons. Pour le public, le plaisir consiste à découvrir qui accepte de se jeter dans la machine. Jusqu’à l’annonce officielle, chaque rumeur restera ce qu’elle est : du bruit. Mieux vaut regarder ailleurs, vers la méthode, vers les thèmes, vers ce que Brooker dit vraiment quand il parle d’album et de réalité qui accélère.
Anthologie, Rythme Et Patience Du Spectateur
Une saison de Black Mirror ne se consomme pas comme une série feuilletonnante. On peut binge-watcher, bien sûr. Beaucoup le font. Mais le format invite plutôt à une digestion. Un épisode, une conversation, une nuit un peu mauvaise, puis le suivant. Les récits les plus réussis laissent un résidu. Pas seulement un plot twist. Une question de vie quotidienne. Est-ce que je laisserais un algorithme choisir à ma place ? Est-ce que je voudrais revoir un souvenir douloureux en haute définition ? Est-ce que j’accepterais qu’une copie de moi survive quelque part ?
Cette digestion explique aussi l’impatience autour de 2027. Après la saison 7, le public a eu le temps de comparer la fiction à l’actualité. Chaque scandale technologique, chaque outil lancé en fanfare, chaque débat sur l’identité numérique a servi de rappel. « Ça aurait pu être un épisode. » La phrase est devenue un réflexe. Elle est flatteuse pour la série. Elle est aussi un avertissement. Si tout « aurait pu être un épisode », alors le prochain vrai épisode doit viser plus juste, plus intime, plus inattendu. Sinon le réflexe se transforme en ennui.
Le calendrier de diffusion joue là-dessus. Une sortie en 2027 placerait la saison 8 dans un monde encore plus saturé d’outils génératifs qu’en 2025. Deux années, aujourd’hui, ce n’est plus un intervalle calme. C’est une génération d’usages. Des habitudes naissent et meurent en dix-huit mois. Brooker le sait mieux que quiconque. Son travail consiste à viser un point mobile. D’où cette phrase sur le retour « au moment où la réalité commence à la rattraper ». Ce n’est pas seulement une punchline. C’est un cahier des charges.
Ce Que Les Nouveaux Épisodes Pourraient Explorer
Sans inventer de synopsis fantômes, on peut tracer des zones de tension. La première, évidente, concerne la copie de soi. Voix, visage, style, mémoire. Que reste-t-il d’une personne quand on peut en extraire un double assez convaincant pour consoler, séduire, travailler, mentir ? La deuxième zone touche au consentement flou. Nous cliquons. Nous acceptons. Nous déléguons. Puis nous découvrons le prix. La troisième zone, plus politique sans être partisane, concerne la fabrique de la réalité partagée. Si plus personne ne s’accorde sur ce qui a eu lieu, la société devient un montage contradictoire.
Une quatrième piste, moins spectaculaire, pourrait être celle du travail. Les plateformes ont déjà transformé l’emploi en flux de micro-tâches, de scores, de disponibilités permanentes. Une cinquième piste serait affective. L’amour filtré, le deuil assisté, l’amitié simulée, le coaching émotionnel automatisé. Black Mirror a souvent été plus fort quand il parlait de lien que quand il parlait de puce. Une sixième piste, enfin, serait formelle : changer de genre à l’intérieur de la saison. Comédie sèche. Horreur feutrée. Conte presque réaliste. Thriller d’entreprise. La métaphore de l’album autorise ces écarts.
Rien de tout cela n’est confirmé. C’est précisément pour cela que l’attente reste saine. Trop de prédictions tuent le plaisir. Le plus honnête, à ce stade, est de dire ceci : Brooker cherche encore ce qui n’a pas été fait. Il cherche une tonalité. Il sait que le public arrive informé, saturé, un peu blasé, et pourtant encore capable de tressaillir si l’idée est juste. La saison 8 n’a pas besoin d’être plus grande. Elle a besoin d’être plus vraie dans son mensonge. Plus proche de nos compromis. Plus impitoyable avec nos excuses.
Le Public, Les Forums Et La Machine À Théories
Dès l’annonce du tournage, les communautés de fans ont recommencé à broder. C’est inévitable. On recoupe des lieux. On imagine des retours d’acteurs. On relit d’anciennes interviews. On cherche un fil rouge secret entre tous les épisodes, alors que Brooker a souvent plaisanté sur ces architectures trop savantes. Une partie du public aime croire à un univers unique. Une autre partie défend l’idée d’îlots séparés. Les deux lectures peuvent coexister. L’anthologie le permet. Elle accueille même la contradiction.
Cette énergie collective fait partie du phénomène. Black Mirror n’est plus seulement une série. C’est un langage. On s’en sert pour décrire un produit, une appli, une polémique. On s’en sert aussi pour se prévenir. « Attention, ça dérive. » Dans une culture saturée de contenus, peu d’objets conservent cette fonction de boussole morale un peu tordue. La saison 8 hérite donc d’une responsabilité étrange. Elle devra à la fois divertir, surprendre, et justifier qu’on continue d’employer son nom comme un avertissement.
Il faudra aussi gérer l’effet de comparaison. Chaque nouvel épisode sera mesuré aux meilleurs, rarement aux plus faibles. C’est injuste. C’est humain. Les spectateurs n’arrivent plus naïfs. Ils arrivent avec une filmographie mentale. Ils savent reconnaître un twist trop signalé. Ils sentent quand une idée brillante s’étire. Ils pardonnent moins l’arrogance technologique de façade. En 2027, le niveau d’exigence sera plus haut qu’en 2016. Brooker semble le revendiquer. Tant mieux. Une série qui a peur de son public vieillit plus vite qu’une série qui le provoque encore.
Netflix, L’Anthologie Et La Logique Des Plateformes
Sur une plateforme, une anthologie occupe une place particulière. Elle n’enchaîne pas les abonnés par un cliffhanger hebdomadaire obligatoire. Elle les relance par la conversation. Un épisode fort circule. Un épisode faible disparaît. La marque, elle, reste. C’est à la fois une force et une fragilité. Black Mirror vend un label de qualité inquiète. Si le label s’use, tout l’édifice souffre. D’où l’intérêt, pour la plateforme comme pour Brooker, de viser juste plutôt que de viser large à tout prix.
Le créateur a rappelé que la série avait un avenir. La phrase compte. Elle signifie qu’il n’est pas dans une logique d’adieu. Après la saison 7, certains pouvaient craindre l’essoufflement. Le tournage de 2026 referme cette hypothèse. Le projet continue. Il continue même avec une ambition affichée de densité. Dans l’économie actuelle des catalogues, ce n’est pas rien. Beaucoup de titres disparaissent sans bruit. Ici, au contraire, on prépare un nouveau volume en pleine lumière relative, sans tout dévoiler, mais sans laisser mourir la rumeur.
Reste la question du volume. Six épisodes pour la saison 7 avaient offert une respiration claire. Moins qu’un fleuve. Plus qu’une parenthèse. Ce format sert bien l’idée d’album. Assez de pistes pour varier. Pas trop pour noyer la proposition. Si la saison 8 s’inscrit dans une fourchette comparable, le public saura à quoi s’attendre en termes de charge. Si elle s’écarte, ce sera déjà un signal. Pour l’heure, mieux vaut ne pas transformer une habitude en promesse. Seul le calendrier de 2027, une fois officialisé, tranchera.
Comment Regarder Une Série Qui Nous Ressemble Trop
Il existe une manière paresseuse de consommer Black Mirror : attendre le twist, pousser un « ah », passer à autre chose. Il en existe une autre, plus intéressante. Observer nos propres réflexes pendant l’épisode. À quel moment on justifie le personnage. À quel moment on se dit que soi-même, évidemment, on n’aurait jamais accepté ça. Puis, le lendemain, remarquer que l’on a signé une nouvelle autorisation, installé une nouvelle appli, confié une nouvelle donnée. La série fonctionne alors comme un miroir différé. Pas seulement un écran noir. Un rappel.
Cette lecture plus lente sera particulièrement utile pour la saison 8. Si Brooker dit vrai, les récits seront plus proches de nos usages. Donc plus tentants à relativiser. « C’est exagéré. » « Ce n’est pas encore ça. » « Moi je maîtrise. » Ces trois phrases sont le terreau idéal d’un bon épisode. Elles sont aussi le terreau d’un aveuglement quotidien. Le plaisir un peu coupable de la série vient de là. On se croit spectateur. On est déjà figurants.
On peut aimer la série sans verser dans la technophobie naïve. Brooker n’a jamais été un simple procureur des machines. Il observe surtout ce que les humains font des machines, et ce que les machines révèlent des humains. L’outil n’est pas toujours le monstre. Le monstre est souvent un désir : être vu, être aimé, être efficace, ne plus souffrir, ne plus vieillir, ne plus se tromper. La saison 8, si elle tient sa promesse, devra encore viser ces désirs-là. Pas seulement les interfaces.
Ce Qu’il Faudra Surveiller D’Ici La Diffusion
D’ici 2027, plusieurs signaux mériteront attention. Une première photo de plateau. Un nom d’interprète. Une durée d’épisode inhabituelle. Une bande-annonce volontairement trompeuse. Une interview où Brooker lâche une métaphore de trop. Dans cette série, les paratextes font presque partie du jeu. Ils orientent sans confirmer. Ils excitent sans livrer. Le public aguerri a appris à lire ces miettes avec distance. La rumeur n’est pas une source. Le désir de savoir, lui, est un moteur.
Il faudra aussi regarder le monde autour. Chaque lancement technologique majeur pourra, malgré lui, servir de bande-annonce involontaire. Un outil de clonage vocal. Un assistant trop présent. Une polémique sur des images synthétiques. Une affaire de réputation détruite en ligne. La saison 8 n’aura pas besoin de tout citer. Le contexte parlera pour elle. C’est même l’une des raisons pour lesquelles Brooker peut affirmer que la réalité le rattrape. Elle lui écrit, en quelque sorte, une partie de la préface.
Enfin, il faudra accepter de ne pas tout aimer. Une anthologie honnête contient des écarts. Le contrat n’est pas « chef-d’œuvre garanti à chaque heure ». Le contrat est « une vision, une exigence, une prise de risque ». Si la saison 8 ose des tonalités différentes, certains épisodes déstabiliseront. Tant mieux. Un album dont tous les morceaux cherchent le même refrain s’oublie plus vite. Brooker l’a dit à sa manière. Il cherche encore la direction musicale. Le public, lui, devra accepter d’écouter jusqu’au dernier titre avant de juger l’ensemble.
Pourquoi Cette Attente Dit Quelque Chose De Nous
On n’attend pas seulement une série. On attend une confirmation. Celle que quelqu’un, quelque part, continue de mettre des mots et des images sur un malaise diffus. Le téléphone dans la poche. Le flux sans fin. La comparaison permanente. La peur d’être remplacé, recopié, mal compris, trop vu, jamais vraiment connu. Black Mirror n’invente pas ce malaise. Elle lui donne une forme assez belle pour qu’on accepte de le regarder. Assez cruelle pour qu’on ne puisse pas faire semblant.
Le début du tournage, en 2026, agit donc comme un signal culturel autant que comme une news de production. Cela veut dire que le miroir n’est pas rangé. Que la conversation continue. Que le créateur estime encore avoir quelque chose à dire, alors même que le réel semble parfois plus extravagant que ses anciens scénarios. Il y a de l’orgueil là-dedans. Il y a aussi du métier. Inventer après que le monde a copié vos inventions, c’est un exercice de funambule. Brooker a choisi de remonter sur le fil.
En attendant 2027, chacun peut relire les anciens épisodes avec un œil neuf. Pas pour chasser les easter eggs. Pour mesurer l’écart, ou l’absence d’écart, entre hier et maintenant. Certaines prédictions font sourire. D’autres font taire. C’est peut-être le meilleur prologue possible à une saison 8. Se souvenir que la série n’a jamais prétendu tout prévoir. Elle a seulement montré des pentes. À nous de voir lesquelles nous avons déjà commencées à descendre.
Le Verdict Provisoire D’Une Saison Encore Invisible
Aujourd’hui, on ne peut pas juger des images que l’on n’a pas vues. On peut seulement lire l’intention. Tournage lancé. Promesse d’une série plus fidèle à elle-même. Conscience aiguë que le réel accélère. Méthode d’album. Casting secret. Horizon 2027. C’est peu. C’est déjà une direction. Pour une anthologie de cette envergure, la direction compte autant que le budget. Elle dit si l’on cherche encore, ou si l’on se contente de signer un produit dérivé de sa propre légende.
Heureusement, la série a un avenir donc je peux confirmer qu’elle reviendra juste au moment où la réalité commence à la rattraper.
Charlie Brooker
Cette phrase devrait rester accrochée au-dessus du projet jusqu’à la mise en ligne. Elle contient l’enjeu entier. Revenir trop tôt, c’est parler d’un monde que le public a déjà dépassé. Revenir trop tard, c’est commenter une habitude déjà installée. Revenir pile au moment du basculement, c’est retrouver la fonction première de Black Mirror : non pas prédire, mais révéler. Montrer le geste que nous faisons déjà, et la pièce suivante que nous refusons d’imaginer.
Les fans peuvent donc ranger la fébrilité sans l’éteindre. Il n’y a pas encore de bande-annonce à disséquer image par image. Il y a un créateur au travail, des équipes en tournage, une plateforme prête à accueillir le prochain volume, et un public qui, malgré la saturation, continue de réclamer des récits capables de le déranger pour de bon. Si la saison 8 tient cette ligne, 2027 ne sera pas seulement une date de catalogue. Ce sera le moment où l’écran noir se rallumera, une fois encore, pour nous renvoyer un visage un peu trop familier.
Jusque-là, la plus raisonnable des impatiences consiste à observer le monde avec la même attention que Brooker. Chaque nouvel outil, chaque petite concession, chaque confort qui demande une part de nous. La série reviendra. Elle sera, dit-on, plus elle-même que jamais. Reste à savoir si, de notre côté, nous aurons encore la lucidité de supporter ce que le miroir voudra bien nous montrer.









