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Ras Le Bol À Bruxelles Contre Les Fusillades Du Narcotrafic

Des centaines de familles ont défilé à Saint-Gilles. Chorale d’enfants, ras-le-bol du deal et des tirs. Le procureur a déjà tiré la sonnette d’alarme. Ce qui s’est dit dans la rue...

Des centaines de personnes ont pris la rue dimanche à Bruxelles. Parmi elles, de nombreux parents d’élèves. Le mot d’ordre tenait en trois syllabes déjà entendues partout dans la capitale : ras le bol. Ras le bol des fusillades. Ras le bol du narcotrafic. Ras le bol de voir le deal s’installer là où les enfants jouent encore.

Une mobilisation familiale au cœur de Saint-Gilles

Le cortège s’est formé à Saint-Gilles, commune populaire du sud de Bruxelles. C’est là que les tirs se sont multipliés ces dernières semaines. L’ambiance, pourtant, voulait rester familiale. Une chorale d’enfants a chanté. Des animations musicales ont ponctué le rassemblement. Plusieurs associations avaient appelé à venir. Les familles ont répondu.

Le contraste saisissait. D’un côté, des voix d’enfants. De l’autre, le souvenir immédiat des détonations. Saint-Gilles n’est plus seulement un quartier de vie. C’est devenu, pour beaucoup de riverains, le décor répété de scènes de guerre urbaine liées au trafic. Les organisateurs ont choisi ce lieu précisément parce que les fusillades s’y enchaînent.

Les parents d’élèves formaient une part visible du public. Ils ne venaient pas commenter une statistique lointaine. Ils venaient dire que l’école, le square, le bas de l’immeuble ne sont plus des espaces neutres. Le deal se fait au grand jour. Les tirs suivent les rivalités. Les enfants voient. Les enfants entendent. Les enfants ont peur.

Le cri des habitants de Saint-Gilles

Niels Ladefoged habite Saint-Gilles. Il est fonctionnaire européen. Dimanche, il a résumé le sentiment dominant auprès de l’agence qui recueillait les propos sur place. Il a parlé des violences des gangs. Il a parlé du deal ouvertement installé dans tous les lieux où jouent les enfants.

Il y en ras le bol des violences des gangs, du deal ouvertement dans tous les lieux où jouent les enfants.

La phrase ne cherche pas l’effet. Elle dit une saturation. Le deal n’est plus caché. Il occupe l’espace public. Les squares, les abords d’écoles, les rues où l’on rentre le soir. Niels Ladefoged ajoute une seconde accusation, tout aussi nette : les autorités ne font pas assez pour protéger les enfants. Personne ne se sent responsable. Chacun se renvoie la balle.

Les autorités ne font pas assez pour protéger nos enfants, personne ne se sent responsable, ils se renvoient la balle.

Ce renvoi de responsabilité revient comme un fil. Police locale, police judiciaire, communes, Région, fédéral. Les familles, elles, restent au rez-de-chaussée du problème. Elles voient le dealer. Elles entendent la rafale. Elles accompagnent l’enfant qui n’ose plus rentrer.

La peur racontée par les parents

Dorothée Bernier a cinquante-et-un ans. Elle appartient au collectif citoyen La ville aux enfants. Elle décrit une réalité quotidienne : les enfants sont confrontés à des situations qui leur font peur. Ce n’est plus une hypothèse. C’est un constat de rue.

Les enfants sont confrontés à des situations qui leur font peur.

Elle confie un détail précis. Sa fille de treize ans a eu peur de rentrer à la maison. Un homme se défonçait devant chez elles. Le seuil du domicile n’offre plus l’évidence de la sécurité. Le dealer n’est plus ailleurs. Il est devant la porte.

J’ai une fille de 13 ans qui a eu peur de rentrer chez nous car un mec se défonçait devant chez nous.

Le collectif La ville aux enfants porte un nom qui sonne comme un programme. La ville devrait appartenir aussi aux plus jeunes. Or la rue appartient trop souvent aux réseaux. Le deal structure les trottoirs. Les fusillades rappellent qui contrôle le point de vente. Les parents manifestent pour que cette géographie change.

La chorale d’enfants n’était pas un décor. Elle disait que le quartier contient encore une vie ordinaire. Des voix, des chansons, des familles. Cette vie ordinaire se heurte à une autre vie, celle des gangs qui se disputent le bitume. Dimanche, les deux scènes se sont croisées dans la même commune.

L’alerte lancée vendredi par le procureur

Deux jours avant la manifestation, le procureur de Bruxelles avait sonné l’alerte. Vendredi, face à une nouvelle série de fusillades liées au narcotrafic, il a demandé un renforcement de la police judiciaire. L’objectif annoncé : démanteler les réseaux criminels.

Julien Moinil s’est exprimé devant la presse. Sa formule a circulé immédiatement. N’importe qui peut se prendre une balle. Ce n’est plus seulement une affaire entre bandes. La balle sort du cercle des rivaux. Elle peut atteindre le passant, le riverain, l’enfant qui rentre de l’école.

N’importe qui peut se prendre une balle.

Le procureur inscrit la séquence dans une logique de réseaux. Les tirs ne sont pas des accidents isolés. Ils relèvent du trafic. Ils relèvent de la lutte pour les points de deal. Renforcer la police judiciaire, c’est viser le démantèlement, pas seulement la présence visible dans la rue le soir d’une rafale.

Les familles, dimanche, ont donné un écho de terrain à cette alerte institutionnelle. L’une parle depuis le palais. L’autre parle depuis le trottoir de Saint-Gilles. Les deux constatent la même multiplication. Les deux décrivent un danger qui n’épargne plus le voisinage.

Les chiffres qui pèsent sur la capitale

Quelque cent soixante-dix fusillades ont eu lieu à Bruxelles depuis 2025. Parmi elles, soixante-neuf cette année. Le décompte est sec. Il ne dit pas le bruit dans l’escalier. Il ne dit pas la fillette qui refuse de rentrer. Il dit toutefois l’ampleur.

En 2025, deux personnes avaient été tuées par ces tirs. L’écrasante majorité des faits est liée au trafic de drogue. Les homicides restent moins nombreux que les salves. Mais chaque salve rappelle que la mort peut sortir d’une rive à l’autre de la rue.

Repères retenus

170 fusillades à Bruxelles depuis 2025, dont 69 cette année. Deux personnes tuées en 2025. Majorité des tirs liée au narcotrafic.

Ces chiffres accompagnent désormais chaque discussion de palier. Ils donnent un cadre aux récits individuels. Une fille de treize ans qui hésite devant chez elle. Un fonctionnaire européen qui ne supporte plus le deal sous les fenêtres des aires de jeux. Un procureur qui dit que n’importe qui peut être atteint.

Soixante-neuf faits depuis le début de l’année, c’est un rythme. Ce rythme a de nouveau accéléré à la fin du mois d’août. Trois fusillades en trois jours. La série a convaincu des associations de sortir le dimanche. Elle a aussi convaincu le parquet de parler fort dès le vendredi.

Trois jours, trois tirs, un commissariat visé

La nouvelle vague de la fin août a une scène particulièrement lourde. Un commissariat de quartier a été mitraillé. L’arme : une kalachnikov. Les auteurs : deux individus cagoulés. Le symbole n’échappe à personne. Ce n’est plus seulement un règlement entre points de vente. C’est une attaque contre un lieu de l’État au bas de l’immeuble.

Mitrailler un commissariat, c’est afficher une impunité. C’est aussi semer la peur au-delà des réseaux. Les riverains voient que même le bâtiment de police du quartier peut recevoir des projectiles. Le message des familles, dimanche, s’en nourrit. Si le commissariat est pris pour cible, que reste-t-il du sentiment de protection dans la rue d’à côté ?

Deux hommes cagoulés. Une arme de guerre. Un local de proximité. Le récit tient en peu de mots. Il suffit pourtant à expliquer pourquoi des parents ont jugé nécessaire de marcher avec leurs enfants, une chorale et des associations, plutôt que de laisser passer encore une semaine de tirs.

Le procureur avait déjà décrit le risque pour « n’importe qui ». Le commissariat mitraillé donne un visage institutionnel à ce risque. La balle ne choisit plus seulement le rival. Elle peut viser le bâtiment qui est censé rassurer le quartier.

La Belgique, plaque tournante du trafic

La Belgique est l’une des plaques tournantes du trafic de drogues en Europe. Ce cadre dépasse Saint-Gilles. Il éclaire pourtant Saint-Gilles. Depuis quelques années, les violences armées se sont intensifiées entre réseaux rivaux. L’enjeu est le contrôle des points de deal.

Le point de deal n’est pas une abstraction. C’est un angle de rue. C’est un hall. C’est un square. C’est l’endroit où un homme se défonce devant la porte d’une adolescente de treize ans. Quand deux réseaux se disputent ce point, les armes sortent. Les fusillades suivent.

Bruxelles reçoit donc à la fois le flux du trafic et le choc des rivalités. Les familles de Saint-Gilles ne parlent pas de géopolitique du stupéfiant. Elles parlent de la rue où l’on joue. Mais la rue où l’on joue est devenue un enjeu de contrôle pour des réseaux qui s’affrontent par armes à feu.

Renforcer la police judiciaire, comme le demande le procureur, vise ces réseaux. Démanteler, et pas seulement déplacer le deal de cinquante mètres. Les manifestants, eux, demandent d’abord que les enfants puissent traverser le quartier sans apprendre le bruit d’une rafale.

Des associations et un dimanche organisé

La manifestation n’est pas née d’un appel isolé. Plusieurs associations l’ont organisée. Le choix du dimanche, le choix de Saint-Gilles, le choix d’une chorale et d’animations musicales : tout indique une volonté de rassembler des familles, pas seulement des militants aguerris.

L’ambiance familiale a été soulignée sur place. Elle n’efface pas la colère. Elle la rend lisible. On peut chanter et dire ras le bol. On peut faire jouer les enfants et réclamer que les lieux de jeu cessent d’être des scènes de deal.

Le collectif La ville aux enfants s’inscrit dans cette logique. Dorothée Bernier en est membre. Son témoignage sur la peur de sa fille donne un visage au slogan. Les associations fournissent le cadre. Les parents fournissent les récits. Ensemble, ils occupent la rue un dimanche, au moment où la série de tirs de fin août est encore dans toutes les têtes.

Des centaines de personnes, ce n’est pas une foule immense au regard d’une capitale. C’est assez, toutefois, pour montrer que le ras-le-bol n’est plus confiné aux conversations de cuisine. Il prend l’air. Il se dit à voix haute, entre deux chansons d’enfants.

Protéger les enfants : le cœur du grief

Tous les propos recueillis reviennent aux enfants. Les lieux où ils jouent. La peur de rentrer. Les situations qui leur font peur. Les autorités qui, selon Niels Ladefoged, ne font pas assez pour les protéger. Le sujet n’est pas seulement le volume de drogue qui transite. Le sujet est l’exposition des plus jeunes à la violence des gangs.

Un parent d’élève n’a pas besoin d’une carte des routes européennes du trafic pour comprendre qu’un dealer devant la porte change la vie familiale. Il voit l’enfant qui ralentit. Il entend les questions. Il calcule l’itinéraire du retour. La manifestation de dimanche a mis ces calculs privés sur la place publique.

La chorale, dans ce contexte, n’est pas une parenthèse légère. Elle montre ce que les familles veulent préserver. Des enfants qui chantent à Saint-Gilles, pendant que d’autres enfants, les mêmes parfois, ont déjà appris à reconnaître un climat de fusillade.

Personne ne se sent responsable, a dit le Saint-Gillois. La formule pique. Elle désigne un vide. Entre la commune, la police de proximité, la judiciaire, les niveaux de pouvoir, le sentiment des riverains est celui d’un ballon renvoyé. Pendant ce temps, le deal reste visible. Pendant ce temps, les tirs continuent de s’ajouter à la liste depuis 2025.

Le deal à ciel ouvert

Le mot revient : ouvertement. Le deal se fait ouvertement. Pas dans une arrière-cour invisible. Dans les lieux de vie. Cette visibilité alimente la colère davantage encore que le chiffre global des fusillades. On peut ignorer un réseau lointain. On n’ignore pas l’homme qui se défonce devant chez soi.

Les points de deal sont l’objet de la guerre entre réseaux. Les contrôler, c’est tenir le commerce. Tenir le commerce, c’est accepter d’envoyer des hommes cagoulés, parfois jusqu’au commissariat. La chaîne est brutale. Elle aboutit dans le salon des familles sous la forme d’une peur simple : rentrer ou ne pas rentrer.

Les animations musicales du dimanche se tenaient donc dans un espace déjà marqué par cette économie de la rue. Chanter là où l’on deal, marcher là où l’on a tiré, c’était une manière de reprendre le trottoir pour quelques heures. Reprendre le trottoir n’efface pas les soixante-neuf faits de l’année. Cela dit au moins que le quartier refuse d’être réduit à ses rafales.

Ce que le procureur demande, ce que la rue exige

Le parquet demande davantage de police judiciaire. Les familles demandent que quelqu’un se sente responsable de la protection des enfants. Les deux exigences ne sont pas identiques. Elles se croisent. Sans démantèlement des réseaux, le point de deal reste. Sans présence et sans décision politiques claires, le sentiment de balles renvoyées demeure.

Julien Moinil a parlé vendredi. Les associations ont fait marcher les gens dimanche. Entre les deux, le week-end a servi de caisse de résonance. L’alerte institutionnelle a trouvé un écho populaire à Saint-Gilles, là même où les tirs se sont multipliés ces dernières semaines.

Démanteler les réseaux criminels : la formule du procureur est nette. Elle suppose des moyens. Elle suppose du temps. Les parents, eux, parlent au présent. Leur fille a déjà eu peur. Leur square est déjà occupé. Leur commissariat de quartier a déjà été mitraillé à la kalachnikov.

Le décalage entre le temps judiciaire et le temps du palier nourrit le ras-le-bol. On peut annoncer un renforcement. On vit déjà sous les tirs. La manifestation a tenu les deux bouts : reconnaître l’alerte du vendredi, et dire que cela ne suffit pas encore à rassurer ceux qui rentrent le soir avec un enfant de treize ans.

Saint-Gilles, miroir d’une capitale sous tension

Pourquoi Saint-Gilles ? Parce que les fusillades s’y sont multipliées récemment. Parce que la commune populaire du sud porte à ciel ouvert les tensions de toute la ville. Bruxelles n’est pas seulement le théâtre de cent soixante-dix faits depuis 2025. C’est une mosaïque de rues où le trafic trouve des prises.

Une commune populaire, des familles, un fonctionnaire européen, un collectif citoyen, un commissariat visé : le tableau est local et national à la fois. Local, car on parle d’une porte, d’une fille, d’un square. National et européen, car la Belgique reste une plaque tournante et que les réseaux se disputent le marché avec des armes.

Les riverains ne prétendent pas redessiner les routes du trafic continental. Ils demandent que la capitale ne normalise pas le bruit des armes dans les rues d’école. Ils demandent que le deal cesse d’être une évidence du paysage. Ils demandent que la responsabilité cesse d’être un ballon.

Dimanche, Saint-Gilles a donné à voir cette exigence sans slogans compliqués. Ras le bol. Trois mots. Assez pour rassembler des centaines de personnes autour d’une chorale et d’une colère précise.

La kalachnikov comme bascule

Parmi tous les faits de la fin août, le mitraillage du commissariat marque une bascule dans les esprits. Deux cagoulés. Une arme automatique. Un bâtiment de quartier. Les familles n’ont pas besoin d’un rapport pour comprendre le message. Si l’on tire sur le commissariat, la rue d’à côté n’est plus un refuge par défaut.

Cette scène s’ajoute aux soixante-neuf fusillades de l’année et aux cent soixante-dix depuis 2025. Elle s’ajoute aux deux morts de 2025. Elle s’ajoute à la phrase du procureur. Elle s’ajoute au témoignage de la mère de treize ans. Ensemble, ces éléments forment la matière du rassemblement.

Les animations musicales n’effacent pas la kalachnikov. Elles tiennent juste à côté. C’est toute l’étrangeté de ce dimanche bruxellois : chanter après les rafales, marcher après le mitraillage, parler des enfants après avoir entendu que n’importe qui peut recevoir une balle.

Ce que les familles refusent de banaliser

Banaliser le deal devant chez soi. Banaliser la peur de rentrer. Banaliser les tirs entre réseaux. Banaliser un commissariat criblé. Voilà ce que le cortège refuse. Le ras-le-bol est un refus de l’habitude. On s’habitue trop vite au bruit. On s’habitue trop vite à l’homme devant la porte. On s’habitue trop vite au chiffre qui grimpe.

Les associations ont voulu casser cette habitude un dimanche. Pas par un discours technique sur les filières. Par une présence familiale. Par des chants. Par des phrases courtes. Les autorités se renvoient la balle. Les enfants ont peur. Le deal est ouvert. N’importe qui peut être touché.

Il n’y a pas, dans ces propos, de plan détaillé rendu public. Il y a une demande de sursaut. Le mot figurait déjà dans l’appel initial : un sursaut face au narcotrafic et face à la multiplication des fusillades. Sursaut des moyens, comme le parquet le réclame pour la judiciaire. Sursaut de responsabilité, comme les parents le réclament pour que quelqu’un cesse de renvoyer le dossier.

Une capitale face à ses réseaux rivaux

Depuis quelques années, la violence armée s’est intensifiée entre réseaux rivaux. Cette phrase décrit la tendance. Bruxelles la vit dans sa chronologie récente : 2025, deux tués, une longue liste de tirs ; cette année, déjà soixante-neuf faits ; fin août, trois journées, trois fusillades, un commissariat.

Les rivalités ne se règlent plus seulement à coups de territoires symboliques. Elles se règlent à coups d’armes. Le contrôle d’un point de deal justifie, aux yeux des réseaux, d’ouvrir le feu. Les familles en subissent le souffle. Elles n’ont pas choisi d’habiter un champ de bataille. Elles habitent Saint-Gilles, une commune du sud, avec des écoles et des enfants.

Le fonctionnaire européen qui parle des gangs ne parle pas d’un autre monde. Il parle de sa commune. Le collectif La ville aux enfants ne parle pas d’une utopie lointaine. Il parle de la peur concrète au bas de l’immeuble. La manifestation a tenu ces deux langages en même temps : celui du quotidien et celui de l’alerte publique.

Après le cortège, les mêmes rues

Quand les chants s’arrêtent, Saint-Gilles redevient Saint-Gilles. Les mêmes rues. Les mêmes seuils. Les mêmes questions pour une adolescente qui doit rentrer. La manifestation n’a pas démantelé un réseau. Elle n’a pas annulé les cent soixante-dix faits. Elle a inscrit noir sur blanc, dans l’espace public, que les familles ne considèrent plus la situation comme acceptable.

Le procureur avait prévenu dès vendredi. Les associations ont relayé dès dimanche. Entre les deux, le message est cohérent : le narcotrafic produit des fusillades, les fusillades menacent au-delà des bandes, la police judiciaire doit être renforcée, les enfants doivent cesser d’être spectateurs de la rue criminelle.

Ras le bol. Le slogan restera. Il était déjà dans les bouches avant le cortège. Il l’est encore après. Tant que le deal restera ouvert dans les lieux de jeu, tant que des hommes cagoulés pourront viser un commissariat, tant que soixante-neuf tirs s’ajouteront à une année déjà longue, le mot trouvera des parents pour le porter.

Bruxelles a vu des familles marcher. Elle a entendu une chorale. Elle a relu les chiffres. Elle a réentendu le procureur. Elle a écouté Niels Ladefoged et Dorothée Bernier. Le reste appartient aux autorités auxquelles on demande de ne plus se renvoyer la balle, et à une police judiciaire dont le parquet réclame le renforcement pour viser enfin les réseaux, pas seulement les éclats de la dernière rafale.

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