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Nagui Surprend Avec Un Rendez-Vous Intime Sur France Inter

Deux mois après avoir tout arrêté, Nagui est déjà de retour. Plus lent, plus proche, presque déroutant. Sa première invitation a fait basculer l’entretien ailleurs. Ce qu’il a entendu ce jour-là change la suite.

Deux mois, c’est peu. Trop peu, presque, pour qu’un départ annoncé comme un vrai coup de frein se transforme déjà en nouveau rendez-vous. Pourtant, c’est exactement ce qui vient de se produire. Après avoir quitté La Bande originale, Nagui n’a pas disparu. Il a seulement changé de rythme, de format et, plus encore, de ton. Le quotidien s’est effacé. À la place, une conversation plus lente, plus personnelle, presque gênante par moments, a pris l’antenne le week-end.

Un Retour Plus Calme, Mais Loin D’être Anodin

On aurait pu croire que l’animateur voulait vraiment s’éloigner. Il l’avait dit sans détour : trop de travail, trop de soirées sacrifiées, trop de week-ends qui n’en étaient plus. L’expression qu’il a employée reste collée à l’histoire. Il parlait d’overdose de taff. Pas d’une fatigue passagère. D’un trop-plein. D’un calendrier qui mangeait tout le reste.

La suite n’a pas ressemblé à une retraite. Elle a ressemblé à un compromis. Garder une voix à l’antenne, oui. Retrouver la pression d’une quotidienne, non. Le week-end est devenu le terrain d’entente. Quarante minutes. Un invité. Une idée simple : regarder une vie autrement que par l’actualité du moment.

Ce qu’il faut retenir d’emblée
Nagui n’a pas rompu avec la radio. Il a négocié un autre souffle. Les ailes de géant n’est pas une quotidienne allégée. C’est un autre contrat, avec l’auditeur comme avec lui-même.

Pourquoi Ce Départ Avait Taquiné Tout Le Monde

Douze années à la tête d’une quotidienne, cela construit une habitude collective. On s’habitue à une voix, à une heure, à une manière de relancer. Quand cette voix s’arrête, le vide n’est pas seulement professionnel. Il est familier. Les auditeurs ont le sentiment qu’on leur retire un rituel. Les équipes sentent un basculement. Les collègues comprennent qu’un cycle se ferme.

Nagui n’a pas quitté la radio par caprice. Il a décrit un rythme devenu trop serré. Les plateaux du soir, les sorties, les dimanches qui basculent en préparation, tout cela s’additionne. À un moment, la machine continue. La personne, elle, commence à compter ce qu’elle rate. Ce n’est pas forcément spectaculaire. C’est souvent plus banal, et donc plus vrai.

Le plus intéressant, dans cette séquence, n’est pas le mot “arrêt”. C’est le mot “ralentir”. Beaucoup d’animateurs parlent de pause. Peu acceptent de le faire sans disparaître complètement. Ici, le choix a été plus rusé. Moins d’heures. Plus de densité. Un autre rapport au direct.

Le Compromis Trouvé Avec La Station

La radio publique n’aime pas les vides. Une case, même usée, reste une case. Quand une voix historique s’en va, il faut à la fois remplacer et préserver. Dans le cas de Nagui, le remplacement de la quotidienne a suivi son cours. Lui, de son côté, n’a pas voulu couper tous les fils. Il reste. Autrement.

Le week-end offre une respiration que le lundi matin n’offre jamais. L’auditeur n’est pas le même. Il n’écoute pas en courant. Il peut rester. Quarante minutes, à 13h20, ce n’est plus une parenthèse entre deux rendez-vous. C’est un temps choisi. Cette bascule d’horaire change déjà le contrat d’écoute.

On peut y voir une ruse de programmation. On peut aussi y voir quelque chose de plus simple : un homme qui refuse de tout quitter, mais qui refuse aussi de recommencer exactement la même vie. Entre les deux, il y a cette émission. Ni retraite dorée, ni retour en force. Un entre-deux assumé.

Les Ailes De Géant, Un Titre Qui Dit Déjà Beaucoup

Le nom n’est pas neutre. Les ailes de géant évoque l’élan, l’élévation, mais aussi le poids. On ne déploie pas des ailes sans effort. On ne devient pas “géant” sans avoir d’abord été trop petit, trop exposé, trop regardé. Le titre porte cette contradiction. La force et la vulnérabilité dans la même image.

Nagui a résumé le projet avec une phrase nette. Chaque émission doit raconter comment un invité a déployé ses ailes malgré le regard des autres, jusqu’à transformer une différence en force. L’idée n’est pas nouvelle. Beaucoup d’entretiens promettent “l’humain derrière la star”. Ici, le cadre est plus précis. Il ne s’agit pas seulement de raconter une carrière. Il s’agit de chercher la faille qui a permis l’élan.

Chaque émission explore comment notre invité a déployé ses ailes malgré le regard des autres pour faire d’une différence une force qui fait rêver.

Cette promesse engage. Si l’invité reste dans la langue de bois, le titre sonne faux. Si l’animateur reste dans la promotion, le concept s’effondre. La première émission avait donc une responsabilité particulière. Elle devait prouver que le format n’était pas un habillage. Qu’on pouvait vraiment sortir du communiqué de tournée.

Un Changement De Registre, Pas Seulement De Grille

Ceux qui connaissent Nagui par le jeu, le quiz, la chanson ou l’énergie de plateau pourraient s’étonner. L’homme public a longtemps incarné le rythme. La relance. Le sourire. La machine à divertir. Passer d’une quotidienne festive à un entretien de quarante minutes sur les échecs, la filiation et la mort, ce n’est pas un simple ajustement d’horaire. C’est un déplacement de posture.

Cela ne signifie pas qu’il devient un autre. Cela signifie qu’il accepte de ralentir assez pour entendre autre chose. Dans une quotidienne, le temps est un ennemi. Il faut enchaîner. Ici, le silence peut exister. Une phrase peut rester en suspens. Un souvenir peut occuper trois minutes sans que l’on ait besoin de “relancer le pace”.

Ce déplacement dit aussi quelque chose de l’époque. Le public n’est plus seulement friand de punchlines. Il veut des récits. Pas forcément des larmes. Des récits. Des zones grises. Des décisions qui ont coûté. Les plateaux le savent. La radio, plus encore, car elle n’a que la voix pour tout faire tenir.

Avant

Une quotidienne, un rythme serré, l’actualité qui presse, le week-end qui disparaît.

Maintenant

Un rendez-vous hebdomadaire, quarante minutes, un parcours, moins de bruit autour.

Pierre Arditi Pour Ouvrir, Un Choix Qui Pèse

Pour la première, Nagui n’a pas choisi un jeune phénomène ni une actualité légère. Il a choisi Pierre Arditi. Quatre-vingt-un ans. Une carrière déjà lue, commentée, célébrée. Un homme que l’on croit connaître parce qu’on l’a vu cent fois. C’est précisément pour cela que le choix est intéressant. Plus une figure est familière, plus il est difficile d’entendre autre chose que le déjà-dit.

L’acteur vient parler d’une pièce. Le Père. Le titre seul oriente déjà l’entretien. On n’entre pas dans cette œuvre comme on entre dans une comédie de boulevard. Le rôle attire les zones douloureuses : la mémoire qui se défait, la filiation, le temps qui ne revient pas. La promotion aurait pu rester polie. Elle a basculé ailleurs.

Nagui a cherché à faire tomber les barrières habituelles de l’interview. Ce n’est pas une formule magique. Cela veut dire relancer au bon endroit. Ne pas se contenter de l’anecdote brillante. Accepter qu’une phrase trop nette cache souvent une autre phrase, plus tardive, plus coûteuse.

Quand La Promotion Lâche Prise

Derrière l’affiche de la pièce, la conversation a glissé. Pierre Arditi a parlé de Robert Hirsch, qui avait incarné le rôle avant lui. Il a raconté l’avoir vu sur scène alors qu’il avait lui-même “une soixantaine d’années” et qu’il se trouvait encore, selon ses mots, “un petit peu jeune”. Il était en larmes. Cette image dit beaucoup. Un comédien déjà immense peut encore se sentir petit devant un autre.

Quand j’ai découvert Robert dans Le Père, j’avais une soixantaine d’années, j’étais encore un petit peu jeune, et j’étais en larmes.

L’admiration n’est pas un accessoire ici. Elle ouvre une brèche. Elle montre qu’une carrière, même longue, n’abolit pas le trouble. On peut avoir tout joué et rester sensible à une présence. Nagui a poussé plus loin. Non pas vers la légende du théâtre. Vers le père. Vers le fils. Vers ce qui n’a pas été donné à temps.

Le Père Sur Scène, Le Père Dans La Vie

Il y a les rôles que l’on joue. Il y a les rôles que l’on habite malgré soi. Pierre Arditi a évoqué les moments où son fils avait souffert de son absence. La phrase est nette, presque trop nette pour être mise de côté. Petit, l’enfant demandait des baisers, des marques d’affection. Elles n’ont pas toujours été données. L’acteur parle d’un chancre. Quelque chose qui reste à l’intérieur. Qui ne s’efface pas.

Petit, mon fils m’a demandé des baisers et des marques d’affection que je n’ai pas donnés. C’est un chancre, à l’intérieur de moi, ça ne s’effacera jamais.

On peut lire cela comme une confidence de plateau. On peut aussi y entendre une vérité plus large, presque banale dans les métiers de représentation. On est là pour les autres, beaucoup. Trop. Assez pour manquer ceux qui attendent à la maison. Le public applaudit. L’enfant, lui, retient autre chose. Des absences. Des retards. Des portes qui se referment trop vite.

Nagui n’avait pas besoin d’en faire un procès. Il devait seulement laisser la phrase exister. C’est souvent cela, un bon entretien : ne pas recouvrir trop vite ce qui vient d’être dit. La radio le permet mieux que l’image. Personne n’a besoin de “réagir avec le visage”. On écoute. On reste.

La Maladie, La Mort, Et Ce Qu’On Laisse Derrière Soi

L’acteur s’est aussi livré sur son père, atteint de la maladie d’Alzheimer. Le sujet n’est pas nouveau dans l’espace public. Il reste pourtant d’une violence particulière dès qu’il cesse d’être général. La mémoire qui part n’est pas seulement un diagnostic. C’est une relation qui change de forme. On parle à quelqu’un qui est encore là et déjà ailleurs.

Jusqu’au bout de l’entretien, Pierre Arditi a accepté d’aller vers sa propre disparition. Pas avec une pose tragique. Avec une phrase qui ressemble à un adieu sans en avoir l’étiquette. Il dit croire aux forces de l’esprit. Il dit qu’il ne quittera pas. Il prend cette phrase comme un testament possible.

Je crois aux forces de l’esprit, je ne vous quitterai pas. Je prends cette phrase comme un testament qui pourrait être le mien.

Dans une quotidienne, cette phrase aurait été recouverte par la suite du programme. Ici, elle peut rester. Quarante minutes, ce n’est pas infini. C’est déjà assez pour qu’un silence après une telle déclaration ne soit pas une erreur de timing. C’est un choix.

Ce Que Ce Premier Entretien Révèle Du Format

Une première émission sert de mode d’emploi. Elle dit aux futurs invités jusqu’où l’on peut aller. Elle dit aux auditeurs ce qu’ils sont en droit d’attendre. Avec Pierre Arditi, le curseur a été placé haut. Pas forcément dans le sensationnel. Dans la permission. On peut parler d’échec. On peut parler de remords. On peut parler de la mort sans transformer l’antenne en cérémonie.

Le risque existe. Trop d’intime tue l’intime. Si chaque invité doit “craquer” pour que l’émission existe, le dispositif devient prévisible. Le public le sent immédiatement. La réussite de Les ailes de géant dépendra donc d’une tension fragile : aller assez loin sans transformer la confidence en numéro.

Nagui a un avantage. Il n’est pas un inconnu face aux artistes. Il sait comment une promotion fonctionne. Il sait aussi quand elle s’essouffle. S’il utilise cette connaissance pour sortir de la langue officielle, le format tiendra. S’il se contente d’un portrait chaleureux, l’émission deviendra une vitrine élégante. Rien de plus.

La Radio, Encore Capable D’Intimité

On répète souvent que la radio a perdu du terrain. Les plateformes, les extraits courts, les visages partout. Pourtant, dès qu’une voix s’installe vraiment, le média retrouve une force ancienne. On n’est pas distrait par le vêtement, le décor, le plan serré. On est seul avec une respiration.

C’est précisément ce que cherche ce nouveau rendez-vous. Pas un scoop. Une présence. Le week-end favorise cela. On écoute en rangeant, en cuisinant, en roulant, parfois sans rien faire. La radio redevient un compagnon. Pas un flux. Un compagnon.

Nagui, dans ce cadre, n’a plus besoin d’être le chef d’orchestre permanent. Il peut être l’accompagnateur. La nuance est décisive. Un chef d’orchestre accélère. Un accompagnateur soutient. Le titre de l’émission, encore une fois, oriente le rôle. Il s’agit d’aider quelqu’un à déployer ce qui, d’habitude, reste plié.

Ralentir Sans Disparaître, Un Geste Rare

Le milieu de l’antenne aime les départs définitifs ou les retours triomphants. L’entre-deux dérange. On ne sait pas comment le raconter. Nagui a choisi cet entre-deux. Il a dit qu’il étouffait. Puis il a accepté une case plus étroite, plus rare, plus lente.

Ce geste parle au-delà de sa propre biographie. Beaucoup de métiers de l’attention fonctionnent à saturation. On accumule les présences jusqu’à ne plus être présent nulle part. L’animateur a mis des mots dessus. Ensuite, il a testé une autre équation : moins de jours, plus de gravité.

On verra si cette équation tient. Une hebdomadaire peut elle aussi devenir une contrainte. Un concept peut lui aussi s’user. Pour l’instant, le mouvement est lisible. Il refuse l’effacement. Il refuse aussi la cadence d’avant. C’est déjà une position.

  • Moins de présence — le week-end seulement, loin de la quotidienne.
  • Plus de durée utile — quarante minutes pour un seul visage, une seule histoire.
  • Un autre contrat — réussites, fragilités, échecs, pas seulement l’actualité.
  • Une première preuve — Pierre Arditi n’est pas resté dans le rôle du comédien de passage.

Ce Que Les Auditeurs Viennent Chercher Maintenant

Le public de Nagui n’est pas monolithique. Certains viennent pour l’énergie. D’autres pour la complicité. D’autres encore par habitude, cette chose immense et sous-estimée. Le nouveau format leur demande un effort. Il faut accepter de ne pas retrouver le même climat. Il faut accepter qu’une émission puisse être plus grave sans devenir solennelle.

Ceux qui resteront le feront sans doute pour une raison simple. Ils veulent entendre des gens connus parler comme s’ils n’étaient pas en représentation. C’est un désir ancien. Il revient par vagues. Chaque époque croit l’inventer. Chaque époque le met en scène à sa manière.

La différence, ici, tient à la voix qui pose les questions. Nagui n’arrive pas en biographe froid. Il arrive avec une familiarité. Cette familiarité peut aider. Elle peut aussi gêner. Un invité peut se sentir trop à l’aise et rester à la surface. Il peut au contraire se sentir assez en confiance pour dire ce qu’il n’aurait pas dit ailleurs. La première émission penche vers la seconde hypothèse.

Une Grille Qui Bouge, Des Voix Qui Se Répondent

Autour de ce retour, la station n’est pas restée immobile. Une quotidienne a changé de visage. D’autres rendez-vous se réinventent. Le paysage radiophonique, en cette rentrée, donne le sentiment d’un jeu de chaises qui n’est jamais seulement technique. Chaque voix déplacée raconte une idée du direct, du temps, de l’actualité.

Nagui n’occupe plus le même territoire. Il n’ouvre plus une matinée ni une fin de matinée festive au même rythme. Il arrive après le repas du week-end, dans une plage où l’écoute peut être plus disponible. Ce n’est pas un détail. L’heure fabrique le propos. On ne parle pas de la mort de la même façon à 11h15 et à 13h20 un samedi.

Le public, lui, compare malgré lui. Il met l’ancien rituel à côté du nouveau. Il cherche ce qui reste de l’animateur d’avant. Il cherche aussi ce qui, enfin, n’était pas possible avant. Cette comparaison durera quelques semaines. Ensuite, l’émission existera pour elle-même, ou elle s’effacera dans le flux des nouveautés de rentrée.

Le Travail Vu Autrement, Après L’Aveu De Saturation

L’aveu de saturation mérite qu’on s’y arrête. Dans les métiers du spectacle et de l’antenne, reconnaître que l’on n’en peut plus reste délicat. On craint d’avoir l’air moins solide. Moins disponible. Moins “pro”. Nagui a choisi de le dire. Il a même choisi une formulation rude, presque familière, qui a circulé parce qu’elle ne ressemblait pas à un communiqué.

Ce n’est pas un manifeste. C’est un constat. Trop de travail finit par voler le reste. Les dîners. Les week-ends. Les parenthèses sans micro. On peut aimer son métier et refuser qu’il devienne la seule pièce du décor. Cette idée n’appartient pas aux animateurs. Elle parle à beaucoup de gens qui n’ont jamais poussé une porte de studio.

Le nouveau projet peut alors se lire de deux manières. Comme un produit de rentrée. Comme une tentative de travailler autrement. Les deux lectures peuvent coexister. Une émission reste une émission. Elle a une case, une promotion, un invité à mettre en avant. Elle peut aussi être le lieu où l’on applique, concrètement, ce que l’on a dit vouloir changer.

Ce Que “Faire D’Une Différence Une Force” Veut Dire

La formule du concept est belle. Elle est aussi glissante. Toutes les différences ne deviennent pas des forces. Tous les regards des autres ne se transforment pas en élan. Certaines vies restent marquées par ce qui n’a pas été converti en légende. Un bon entretien devrait aussi laisser cette possibilité ouverte. Tout n’est pas un destin exemplaire.

Pierre Arditi, dans cette première, n’a pas seulement raconté une victoire. Il a laissé paraître ce qui continue de faire mal. C’est plus précieux qu’un récit d’ascension. Le public n’a pas besoin qu’on lui vende encore une leçon de résilience. Il a besoin d’entendre qu’une vie longue contient des zones qui ne se réparent pas complètement.

Si Les ailes de géant accepte cela, l’émission aura une couleur propre. Si elle transforme chaque blessure en morale inspirante, elle rejoindra une bibliothèque déjà pleine. La nuance se jouera dans les relances. Dans la capacité à ne pas conclure trop vite. Dans le refus d’ajouter une phrase de consolation dès que ça devient trop vrai.

Pourquoi Cette Première Émission A Pu Bouleverser

On dit d’une émission qu’elle bouleverse quand elle déborde le cadre prévu. Ici, le cadre était déjà large. L’invité l’a encore élargi. Le père malade. Le fils trop peu embrassé. Le collègue admiré jusqu’aux larmes. La mort envisagée sans grandiloquence. Ce n’est pas une accumulation gratuite. C’est une cohérence. Tout cela parle du temps. De ce qu’on donne. De ce qu’on n’a pas donné.

Nagui, face à cela, n’avait pas à “performer l’émotion”. Il avait à tenir la conversation. La distinction compte. Un animateur qui surjoue casse l’instant. Un animateur qui accompagne le laisse exister. Les retours autour de cette première insistent sur le caractère émouvant de l’échange. L’émotion n’était pas un effet. Elle était une conséquence.

À partir de là, la suite devient plus délicate. Comment renouveler cela sans le répéter ? Comment accueillir un sportif, un écrivain, une femme politique, un inconnu devenu visible, sans recoller le même schéma ? Le format vivra s’il accepte d’être inégal. Toutes les vies n’offrent pas la même densité au même moment. Tant mieux.

Un Portrait D’Animateur En Déplacement

On a trop souvent enfermé Nagui dans une seule silhouette. L’homme du jeu. L’homme du divertissement. L’homme capable de porter une mécanique d’émission pendant des années. Cette silhouette n’est pas fausse. Elle est incomplète. Derrière la cadence, il y a toujours eu un goût pour les artistes, pour la chanson, pour la conversation quand elle cesse d’être un numéro.

Le nouveau rendez-vous rend cette part plus visible. Il ne l’invente pas. Il lui donne enfin le temps. C’est peut-être cela, le vrai changement. Pas une conversion soudaine. Une part longtemps contrainte par le format qui, soudain, dispose de quarante minutes d’affilée.

Les carrières longues sont faites de ces déplacements. On croit qu’une figure publique reste identique. Elle se déplace. Parfois d’un millimètre. Parfois davantage. Le public met du temps à le voir, parce qu’il a besoin de stabilité. Puis un jour, le cadre change, et l’on s’aperçoit que la voix savait déjà faire autre chose.

Ce Que L’On Peut Attendre Des Prochaines Invitations

Après une première aussi marquée, la tentation serait de rechercher le même effet. Ce serait une erreur. Le plus juste serait de chercher des parcours différents, y compris moins spectaculaires. Une différence discrète. Une reconstruction lente. Un choix professionnel qui a coûté cher sans devenir une légende.

Le concept parle de forces qui font rêver. Le rêve, ici, ne devrait pas signifier l’éclat. Il peut signifier la persévérance, le retrait, la fidélité à une idée. Si l’émission n’invite que des monuments, elle se fermera. Si elle ose des voix moins attendues, elle élargira son territoire.

Nagui a l’expérience des plateaux assez variés pour aller chercher ces profils. Encore faut-il que le dispositif reste souple. Qu’un invité plus réservé ne soit pas poussé hors de sa zone jusqu’à la rupture. L’intime n’est pas un trophée. C’est un accord temporaire entre deux personnes et ceux qui écoutent.

Une Rentrée Qui Parle Du Temps Qu’Il Nous Reste

Il y a quelque chose de très contemporain dans cette séquence. Un animateur connu dit qu’il n’en peut plus. Il réduit. Il revient malgré tout. Il installe une conversation sur ce qui construit une vie. Son premier invité a plus de quatre-vingts ans et parle de ce qu’il n’effacera jamais. Autour d’eux, une rentrée médiatique continue d’enchaîner les nouveautés.

Le contraste est saisissant. D’un côté, la machine à programmes. De l’autre, une tentative de ralentir le récit. On peut sourire. On peut y voir une stratégie. On peut aussi y voir un besoin réel. Le public, comme les animateurs, est saturé. Il veut moins de bruit et plus de matière. Pas toujours. Assez souvent pour que ce type de rendez-vous trouve une place.

Le week-end, à 13h20, n’est pas l’heure la plus bruyante. C’est peut-être pour cela qu’elle convient. On n’y vient pas pour être bousculé. On y vient pour rester. Si l’émission tient cette promesse, elle durera au-delà de l’effet de surprise lié au retour de Nagui.

Ce Qui, Déjà, Distingue Ce Rendez-Vous

D’autres émissions dressent des portraits. D’autres animateurs savent faire parler. La différence, pour l’instant, tient à trois éléments. Le moment de diffusion. La durée unique consacrée à une seule personne. Et la position de Nagui, à la fois très connu et récemment sorti d’un trop-plein. Cette position change la manière dont on l’écoute. Il n’arrive pas en surplomb. Il arrive après avoir dit qu’il devait lever le pied.

Cela crée une étrange égalité. L’animateur a parlé de sa saturation. L’invité parle de ses manques. Personne n’est parfaitement lisse. L’antenne gagne à cela. Moins de vernis. Plus de frottement. Pas nécessairement plus de secrets. Juste moins de surface.

Reste à savoir si cette égalité survivra aux habitudes. Une émission, même intime, produit ses tics. Ses questions récurrentes. Ses musiques de fin. Son “merci d’avoir été si vrai”. Si Nagui échappe à ces automatismes, le projet restera vivant. Sinon, il rejoindra la longue liste des belles intentions de rentrée.

Une Histoire De Regard, Encore Et Toujours

Le regard des autres est au cœur du concept. C’est un thème immense. Les artistes le connaissent mieux que quiconque. Ils vivent de ce regard. Ils en souffrent aussi. Faire d’une différence une force, c’est souvent apprendre à habiter ce regard sans s’y dissoudre. Facile à dire. Long à vivre.

Pierre Arditi, en évoquant Robert Hirsch, a montré un autre regard : celui de l’admiration entre pairs. Ce regard-là n’humilie pas. Il élève. Il peut aussi rendre humble. Les larmes dans la salle ne sont pas seulement de l’émotion esthétique. Elles disent qu’on peut encore être dépassé, même tard, même après une vie de scène.

Nagui, en relançant vers la paternité, a déplacé encore le regard. Plus celui du public. Celui de l’enfant. Le plus difficile, parfois. Parce qu’il ne s’achète pas avec une salve d’applaudissements. Parce qu’il reste, des années plus tard, sous la forme d’un manque.

Au Fond, Une Question Simple

Que vient-on chercher dans une vie racontée à la radio ? Une chronologie ? Un secret ? Une leçon ? Peut-être seulement la preuve qu’une trajectoire visible contient encore des zones d’ombre. Cette preuve rassure. Elle rapproche. Elle empêche de croire que les autres ont tout réussi sans reste.

Les ailes de géant part de cette intuition. Deux mois après un départ qui avait surpris, Nagui la met à l’épreuve. Pas avec un grand discours sur lui-même. Avec un premier invité capable d’ouvrir des portes que l’actualité, d’ordinaire, laisse fermées. La suite dira si le geste était un accident heureux ou le début d’une manière durable d’occuper l’antenne.

Pour l’heure, une chose est claire. Il n’a pas disparu. Il n’est pas non plus revenu à l’identique. Entre les deux, il a installé un silence plus long, une question plus nette, un week-end un peu moins vide. Ce n’est pas spectaculaire. C’est peut-être pour cela que l’on a envie d’écouter la suivante.

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