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La Norvège Pleure Le Roi Harald Et Accueille Haakon Viii

Deux jours après la disparition du roi Harald, Haakon VIII s’est recueilili à Asker tandis que le pays entier s’est mis en file. Avant le serment de mardi, un détail du règne reste encore en suspens.

Deux jours seulement après la disparition du souverain, la Norvège s’est arrêtée un instant. Devant l’église d’Asker, au sud d’Oslo, des habitants se sont massés dès le matin, non pour un spectacle, mais pour apercevoir le nouveau roi et pour partager un deuil que beaucoup décrivent comme collectif. Le roi Haakon, âgé de cinquante-trois ans, est arrivé avec la famille royale peu avant le début de l’office fixé à onze heures, neuf heures GMT. Dans ce pays où la monarchie se veut proche, le geste paraissait simple. Il était pourtant lourd de sens.

Un pays en recueillement autour d’un souverain très populaire

Le défunt roi jouissait d’une immense popularité. Cette popularité n’a pas effacé la série de scandales qui avaient éclaboussé sa famille sur la fin d’un règne de trente-cinq ans. Elle l’a toutefois largement emporté dans les conversations de file d’attente, dans les églises et sur la place du Palais. Harald V, monté sur le trône en 1991, était perçu comme l’incarnation d’une Norvège ouverte et tolérante. On le saluait aussi pour avoir dirigé une monarchie moderne et modeste. Ces deux formules, entendues et répétées, dessinent le portrait public qu’il laisse derrière lui.

Des cérémonies commémoratives étaient prévues dans des églises à travers le pays. Le recueillement n’était donc pas seulement osloïte. Il s’étendait, de clocher en clocher, comme une habitude nationale plus que comme une consigne. Devant la cathédrale d’Oslo, où le gouvernement assistait à l’office, des centaines de personnes ont commencé à faire la queue dès la matinée pour tenter d’obtenir une place. La patience de la file disait autant que les discours. On venait voir. On venait surtout être là.

À Asker, le premier visage public du nouveau règne

L’église d’Asker n’est pas un décor de carte postale improvisé. C’est un lieu proche, au sud de la capitale, choisi pour un office religieux au lendemain immédiat de la mort du roi. Le nouveau souverain de Norvège, Haakon VIII, y a rendu hommage à son père. La famille royale l’accompagnait. Des Norvégiens s’étaient massés devant l’édifice dans l’espoir d’apercevoir le nouveau souverain. L’attente n’avait rien d’hostile. Elle avait quelque chose de familier, presque de quotidien, comme si la monarchie, même dans le deuil, restait un point de passage dans la vie civile.

Haakon a cinquante-trois ans. Ce chiffre, répété dans les récits du jour, ancre le changement de génération. Le fils succède au père. Le nom change de chiffre. Le pays, lui, reste le même décor : drapeaux, files, églises, Palais. Sans attendre les funérailles royales, dont la date n’a pas été annoncée et qui marqueront la fin du deuil national, le nouveau souverain prêtera serment d’allégeance à la Constitution mardi. Le calendrier est serré. Le deuil n’efface pas l’ordre institutionnel.

Ce que le dimanche a rendu visible
Un office à Asker, des files devant la cathédrale d’Oslo, des cérémonies dans le pays, des fleurs et des bougies sur la place du Palais, un serment annoncé pour mardi.

Les voix de la file : un chagrin dit simplement

Dans la file d’attente, Aud Ragnhild Skar, enseignante à l’université d’Oslo, a confié qu’il lui semblait « naturel » de participer à la cérémonie. La phrase est courte. Elle porte pourtant toute une idée de la monarchie norvégienne : on n’y vient pas seulement par protocole, on y vient parce que cela paraît aller de soi. « Le décès du roi Harald m’a profondément touchée. J’ai ressenti le besoin de faire partie de la communauté et de partager le chagrin causé par son décès », a-t-elle expliqué. Le mot communauté revient comme un refuge. Le chagrin n’est pas seulement privé. Il cherche des voisins.

Également dans la file d’attente, l’infirmière Sissel Engedal a décrit Harald comme « un roi très marquant, important et bien-aimé ». Trois adjectifs, aucun effet de manche. Marquant, important, bien-aimé : le portrait populaire tient dans cette accumulation sans artifice. On peut lire, derrière ces mots, la raison pour laquelle des centaines de personnes acceptent de patienter devant un porche d’église. On ne fait pas la queue seulement pour un nom. On la fait pour une figure que l’on croit avoir connue, même de loin.

Le décès du roi Harald m’a profondément touchée. J’ai ressenti le besoin de faire partie de la communauté et de partager le chagrin causé par son décès.

Aud Ragnhild Skar

Ces témoignages ne prétendent pas résumer un pays. Ils donnent toutefois le ton du dimanche. Naturel. Communauté. Bien-aimé. Le vocabulaire reste concret. Il évite les grandes théories sur la Couronne. Il parle d’un homme dont la disparition a « profondément touché » une enseignante et qu’une infirmière juge encore « important ». Dans un deuil national, ces phrases ordinaires pèsent davantage que bien des communiqués.

Un hommage filial avant le serment de mardi

Avant tout, tu étais une personne restée fidèle à tes valeurs et dévouée à tes devoirs. C’est en ces termes que le roi Haakon a parlé de son père, lors de son premier discours public, diffusé samedi à la télévision nationale. La phrase ne célèbre pas d’abord la couronne. Elle célèbre une fidélité. Des valeurs. Des devoirs. Le fils place le père du côté de la constance, non du faste. Dans une monarchie qui se veut modeste, le mot devoir sonne comme une clé.

Le nouveau souverain a également dit avoir été « profondément ému de voir toutes ces personnes, ces bougies, ces messages et ces fleurs remplir la place du Palais ». L’image est précise. Personnes. Bougies. Messages. Fleurs. La place n’est plus seulement un espace officiel. Elle devient un lieu de dépôt, presque un album collectif. « Nous sommes en deuil, mais en même temps, le fait de voir que tant de personnes partagent notre peine nous apporte réconfort et force », a-t-il témoigné. Le deuil royal cherche ici une consolation dans le deuil partagé.

Nous sommes en deuil, mais en même temps, le fait de voir que tant de personnes partagent notre peine nous apporte réconfort et force.

Le roi Haakon

Ce premier discours public du nouveau règne précède de peu le serment. Mardi, Haakon prêtera serment d’allégeance à la Constitution. Il ne devrait pas être couronné, pratique abolie en 1908. Il pourrait toutefois choisir, comme son père et son grand-père, de faire bénir son règne lors d’une cérémonie en la cathédrale de Trondheim, où les rois norvégiens ont été couronnés entre 1814 et 1906. La continuité passe alors par un lieu plus ancien que le sacre disparu. Trondheim reste une possibilité, non une obligation annoncée.

Trente-cinq ans de règne, une monarchie dite moderne et modeste

Harald V a régné trente-cinq ans. Le chiffre donne la mesure du temps. Une génération entière a grandi avec le même nom au sommet de l’État symbolique. Monté sur le trône en 1991, il a été perçu comme l’incarnation d’une Norvège ouverte et tolérante. L’ouverture et la tolérance ne sont pas ici des slogans ajoutés après coup. Elles font partie du récit public attaché à sa personne. On le saluait pour avoir dirigé une monarchie moderne et modeste. Moderne, parce qu’elle acceptait de se rapprocher. Modeste, parce qu’elle évitait l’emphase.

Cette image n’a pas empêché les difficultés de la fin de règne. Une série de scandales avait éclaboussé sa famille. Le texte public du deuil ne les efface pas. Il les place toutefois en retrait derrière la popularité. Immense popularité, dit-on. Le contraste est assumé : popularité d’un côté, turbulences familiales de l’autre. Le dimanche des hommages a choisi de mettre en avant le premier terme, sans prétendre que le second n’existait pas.

1991
Montée sur le trône de Harald V.
1908
Abolition de la pratique du couronnement.
1814-1906
Période des couronnements à Trondheim.
Mardi
Serment d’allégeance à la Constitution.

Le refus d’abdiquer appartient aussi à ce portrait. Depuis plusieurs années, Harald était confronté à de multiples problèmes de santé, qui l’avaient contraint à réduire ses engagements officiels. Mais il a toujours exclu d’abdiquer, faisant valoir qu’il avait prêté un serment à vie devant le Parlement. Le serment du père répond, par avance, au serment du fils. L’un se voulait pour la vie. L’autre sera prêté mardi. Entre les deux, il y a une mort, un office, des files et une place couverte de fleurs.

La maladie, l’hôpital et la fin d’un engagement réduit

Hospitalisé depuis le 17 août, Harald souffrait d’une anémie hémolytique, une maladie du sang provoquée par une destruction anormalement rapide des globules rouges et qui entraîne fatigue et essoufflement. L’explication médicale, telle qu’elle circule dans le récit public, reste factuelle. Fatigue. Essoufflement. Une hospitalisation commencée le 17 août. Deux jours avant l’hommage de dimanche, la mort est survenue. Le calendrier est bref. Le pays n’a pas eu le temps d’oublier qu’il était déjà un souverain diminué dans ses apparitions.

Les problèmes de santé n’étaient pas nouveaux. Depuis plusieurs années, ils multipliaient les contraintes. Les engagements officiels avaient été réduits. La réduction n’avait pas entraîné le retrait de la couronne. Le roi s’en tenait à son serment à vie. Dans une monarchie parlementaire, ce rappel a une résonance particulière : le souverain lie sa personne à une parole donnée devant la représentation nationale. Abdiquer aurait été, de son point de vue public, trahir cette parole.

Le deuil national, lui, attend encore sa clôture formelle. Les funérailles royales n’ont pas de date annoncée. Elles marqueront la fin de cette période. En attendant, le pays enchaîne les gestes : office religieux, cérémonies locales, serment constitutionnel. Le protocole avance par étapes. Les habitants, eux, avancent par files et par bougies.

Une famille éprouvée bien avant le décès

Ces derniers mois ont été mouvementés pour la famille royale norvégienne. La formule est sobre. Elle recouvre plusieurs épreuves distinctes, toutes déjà connues du public. La reine Sonja, également âgée de quatre-vingt-neuf ans, avait elle-même été brièvement hospitalisée en mai en raison de problèmes cardiaques. L’âge est le même que celui du roi disparu. L’hospitalisation de mai précède celle d’août. Le palais a donc vécu, en peu de temps, deux alertes de santé au sommet de la famille.

La santé de la nouvelle reine Mette-Marit suscite aussi des inquiétudes. Âgée de cinquante-trois ans, comme le nouveau roi, et atteinte d’une maladie pulmonaire incurable, elle a reçu une greffe des poumons en juin. Le mois de juin s’inscrit dans la même année déjà chargée. Une greffe. Une maladie présentée comme incurable. Des inquiétudes qui demeurent, même après l’opération. Le nouveau couple royal arrive ainsi au pouvoir dans un climat de fragilité physique assumée.

Mette-Marit est par ailleurs sous le feu des critiques pour ses liens avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein. Cette phrase appartient au bilan des mois mouvementés. Elle n’est pas développée davantage dans le récit du dimanche, mais elle fait partie du décor public dans lequel le nouveau règne commence. Le deuil n’efface pas les controverses antérieures. Il les laisse en arrière-plan, visibles, non commentées dans l’office d’Asker.

Son fils, Marius Borg Hoiby, né d’une précédente relation, a de son côté été condamné en juin à quatre ans de prison pour deux viols, une peine dont il a fait appel. Juin encore. Une condamnation. Un appel. La famille royale entre dans le nouveau règne avec ce dossier judiciaire non clos. Le contraste est saisissant avec les files pieuses d’Oslo et d’Asker. D’un côté, le « roi bien-aimé ». De l’autre, une actualité familiale lourde, déjà installée avant la mort de Harald.

Ce que le deuil national organise, et ce qu’il laisse ouvert

Le deuil national a une architecture. Il commence avec la mort. Il se déploie dans les églises. Il se voit sur la place du Palais. Il se dira encore mardi par un serment. Il se clôturera, plus tard, par des funérailles dont la date n’est pas connue. Cette architecture n’empêche pas les zones d’ombre. On ne sait pas si Haakon choisira la bénédiction à Trondheim. On ne sait pas quand le cercueil royal sera exposé au rituel dernier. On sait seulement que le couronnement, lui, n’est plus dans les usages depuis 1908.

La cathédrale d’Oslo a accueilli le gouvernement. Asker a accueilli le nouveau roi et la famille. Le reste du pays a accueilli d’autres offices. Cette répartition dessine une géographie du recueillement. Capitale politique d’un côté, église d’Asker de l’autre, réseau d’églises partout. La monarchie norvégienne, même en deuil, reste territorialisée. Elle ne se concentre pas dans une seule salle.

Les habitants, eux, ont apporté ce que le nouveau roi a vu depuis le Palais : des personnes, des bougies, des messages, des fleurs. Le détail matériel compte. Une bougie n’est pas un discours. Une fleur n’est pas un serment. Pourtant, Haakon a dit y trouver réconfort et force. Le pouvoir symbolique, dans cette séquence, circule du bas vers le haut autant que l’inverse. La foule console la Couronne autant que la Couronne rassemble la foule.

Fidélité, devoirs, Constitution : les mots qui basculent d’un règne à l’autre

Le vocabulaire du passage est étroit. Fidélité aux valeurs. Dévouement aux devoirs. Serment à vie. Serment d’allégeance à la Constitution. Peu de mots, beaucoup de continuité. Haakon ne parle pas d’abord d’un programme. Il parle d’une personne. Harald n’est pas seulement « le roi ». Il est « une personne restée fidèle ». Cette humanisation est cohérente avec l’image d’une monarchie modeste. On pleure un homme de devoir autant qu’un chef d’État symbolique.

Mardi, le devoir changera de titulaire. Le serment d’allégeance à la Constitution n’est pas une bénédiction religieuse. C’est un acte institutionnel. Il dit que la Couronne s’inscrit dans un texte. Harald justifiait son refus d’abdiquer par un serment à vie devant le Parlement. Haakon s’apprête à lier sa propre personne à la Constitution. Les deux gestes se répondent sans se confondre. L’un a clos un règne par l’obstination à rester. L’autre ouvre le règne suivant par une prise de parole juridique.

Entre les deux, le dimanche religieux a occupé l’intervalle. L’église d’Asker a servi de sas. On y est entré avec un père mort. On en est ressorti avec un roi vivant, encore non assermenté, déjà visible. Les Norvégiens massés devant l’édifice ont eu ce qu’ils étaient venus chercher : apercevoir le nouveau souverain. Voir, dans un deuil, que la continuité a un visage.

Popularité et fractures : tenir les deux fils du récit

Il serait inexact de raconter seulement les fleurs. Il serait tout aussi inexact de raconter seulement les affaires de famille. Le récit public du week-end tient les deux fils. Immense popularité. Série de scandales en fin de règne. Mois mouvementés. Hospitalisations. Condamnation en appel. Liens critiqués. Greffe. Problèmes cardiaques. Anémie hémolytique. Tout cela coexiste. Le deuil n’est pas un filtre qui rendrait la Couronne transparente. C’est un moment où l’affection collective prend le dessus sans annuler le reste.

Sissel Engedal parle d’un roi bien-aimé. Aud Ragnhild Skar parle d’un besoin de communauté. Haakon parle de réconfort et de force. Ces trois voix, différentes par le statut, se rejoignent sur un point : le chagrin se partage. Le partage ne résout rien des dossiers familiaux. Il donne toutefois une forme au dimanche. Une forme d’église, de file, de place, de discours télévisé.

La Norvège ouverte et tolérante que Harald était censé incarner reste le cadre officiel du souvenir. On peut y entendre une demande adressée au nouveau règne autant qu’un hommage au règne passé. Haakon VIII hérite d’une image. Il hérite aussi d’une famille sous tension et d’une épouse dont la santé inquiète. L’héritage n’est pas seulement un titre. C’est un ensemble déjà chargé.

Asker, Oslo, Trondheim : trois lieux pour une même transition

Asker a eu l’office du dimanche. Oslo a eu la cathédrale, le gouvernement et la place du Palais. Trondheim pourrait avoir, plus tard, une bénédiction de règne. Trois lieux, trois fonctions. Le premier est l’hommage filial immédiat. Le deuxième est le recueillement institutionnel et populaire dans la capitale. Le troisième est la mémoire longue des rois, celle des couronnements d’autrefois, convertie en bénédiction possible. La carte du deuil est aussi une carte de l’histoire monarchique norvégienne.

Entre 1814 et 1906, on couronnait à Trondheim. En 1908, on a cessé de couronner. Le père et le grand-père de Haakon ont pourtant choisi une cérémonie de bénédiction dans cette même cathédrale. Le fils « pourrait » faire de même. Le conditionnel compte. Rien n’est annoncé comme certain de ce côté-là, contrairement au serment de mardi. Le nouveau souverain a une marge. Le deuil, lui, n’en a pas : il est déjà là, national, en attendant les funérailles.

Cette géographie calme contraste avec la brutalité du calendrier sanitaire. 17 août : hospitalisation. Mai : hospitalisation de la reine Sonja. Juin : greffe des poumons de Mette-Marit et condamnation de Marius Borg Hoiby. Puis la mort. Puis l’office. Puis le serment. L’année a compressé trop d’événements dans trop peu de mois. Le mot « mouvementée » paraît presque faible. Il est pourtant celui qui décrit ces derniers mois pour la famille royale.

Ce que l’on savait déjà, ce que le dimanche a seulement confirmé

On savait la popularité. On savait la modestie affichée de la monarchie. On savait les ennuis de santé. On savait le refus d’abdiquer. On savait les tensions autour de Mette-Marit et de son fils. Le dimanche n’a pas révélé un autre Harald. Il a confirmé que, malgré tout cela, des files se formaient. Que des enseignantes trouvaient « naturel » de venir. Que des infirmières parlaient encore d’un roi « bien-aimé ». Que le fils, à la télévision, choisissait les mots valeurs et devoirs.

Confirmer n’est pas rien. Dans les heures qui suivent une mort d’État, un pays peut se diviser. Ici, le récit dominant est celui du recueillement. Il n’interdit pas de rappeler les affaires. Il refuse seulement d’en faire le centre de la journée. Le centre, ce dimanche, c’était l’église d’Asker, la cathédrale d’Oslo, les églises du pays, la place du Palais. Le centre, c’était aussi une phrase de fils à père : tu étais une personne fidèle à tes valeurs.

Reste mardi. Reste le serment. Restent les funérailles sans date. Reste l’hypothèse Trondheim. Le deuil national n’est donc pas un instantané. C’est une séquence. Le premier acte a été religieux et populaire. Le deuxième sera constitutionnel. Le troisième sera funéraire. Après seulement, le règne de Haakon VIII cessera d’être une entrée en matière pour devenir une durée.

Une monarchie qui avance sans couronne, mais non sans rites

L’absence de couronnement depuis 1908 pourrait laisser croire à une monarchie dépouillée de tout rite. Le week-end prouve le contraire. Il y a office. Il y a files. Il y a fleurs. Il y aura serment. Il pourra y avoir bénédiction. Le rite a changé de forme. Il n’a pas disparu. Une monarchie moderne et modeste n’est pas une monarchie sans cérémonie. C’est une monarchie qui déplace la cérémonie vers l’église locale, vers la place, vers le texte constitutionnel.

Haakon VIII entre dans ce dispositif à cinquante-trois ans, aux côtés d’une reine de cinquante-trois ans dont la santé reste un sujet d’inquiétude. Le couple a l’âge d’une génération déjà éprouvée. Il n’a pas l’insouciance d’un commencement. Le commencement, ici, est chargé. Pourtant le pays, devant Asker et devant Oslo, a choisi le geste le plus simple : venir, attendre, regarder, se taire, parfois parler d’un roi bien-aimé.

Le nouveau souverain a dit trouver force dans cette présence. La phrase peut se lire comme une politesse. Elle peut aussi se lire comme un aveu. Un règne qui débute dans le chagrin a besoin de voir que le chagrin n’est pas solitaire. Les bougies de la place du Palais ont cette fonction. Elles ne soignent ni l’anémie ni les poumons ni les affaires judiciaires. Elles disent seulement que le Palais, ce week-end, n’était pas une maison vide.

Après les fleurs, la parole juridique

Quand les fleurs commenceront à se faner, il restera le serment. Mardi n’est pas une parenthèse sentimentale. C’est le basculement juridique. Haakon VIII deviendra pleinement le titulaire d’une allégeance donnée à la Constitution. Le père avait refusé d’abandonner un serment à vie. Le fils en prononcera un autre, dans un autre temps, sous un autre chiffre. Entre les deux serments, il y a un cercueil encore sans date de funérailles et un peuple qui a déjà commencé à faire la queue.

La Norvège en deuil a rendu hommage au roi Harald. Cette phrase, au fond, suffit à nommer le dimanche. Tout le reste n’en est que le détail : l’heure de l’office, le nom de l’église, les deux témoignages de la file, le discours de la veille, l’anémie, mai, juin, Epstein, l’appel de Marius Borg Hoiby, Trondheim, 1908, 1991, trente-cinq ans. Le détail est nécessaire. Il empêche l’hommage de devenir une affiche. Il rappelle qu’un règne se termine dans un corps fatigué et qu’un autre commence dans une famille déjà éprouvée.

Au sortir d’Asker, le pays n’avait pas encore de date pour dire adieu une dernière fois. Il avait toutefois un visage pour dire la suite. Cinquante-trois ans. Haakon VIII. Un serment annoncé. Des églises ouvertes. Une place couverte de messages. Et cette idée, répétée sans relâche, qu’un roi peut rester populaire au terme d’un règne tourmenté, pourvu que beaucoup le voient encore comme un homme de devoir. Mardi, le devoir changera de main. Le deuil, lui, n’aura pas fini de faire la queue.

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