Que reste-t-il d’une visite ministérielle lorsqu’elle se transforme en message politique filmé, diffusé à deux mois d’un scrutin et construit autour du témoignage d’une femme dont le visage est flouté ? La question s’impose dès que l’on relit les propos tenus dimanche par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, après qu’il s’est félicité de la dégradation des conditions de détention des prisonniers palestiniens. Le contenu est précis. Les mots sont tranchants. Le calendrier, lui, n’est pas anodin.
Une visite filmée et un message assumé
Le ministre s’est rendu auprès de détenues. Il a ensuite publié une vidéo. Dans cette séquence, une femme voilée, le visage flouté, décrit des conditions qu’elle juge extrêmement mauvaises. Elle affirme que les prisonnières n’ont aucun droit. Elle ajoute qu’elles ont des besoins particuliers en tant que femmes. Le témoignage n’est pas présenté comme un appel à l’amélioration. Il sert, dans le montage et dans le commentaire ministériel, d’illustration d’une ligne politique.
La femme déclare notamment : « Nous ne nous sommes pas lavées depuis trois jours et nous n’avons pas changé de sous-vêtements. » Cette phrase, isolée, suffit à poser le décor matériel. Trois jours sans toilette. Pas de linge de rechange. Un quotidien réduit à l’essentiel le plus étroit. Le ministre, loin de contester le tableau, s’en félicite. Il en fait une preuve de réussite.
Le témoignage de Yasmine Shaaban
La femme est identifiée par son mari comme étant Yasmine Shaaban. Selon les éléments rapportés, elle a de nouveau été arrêtée par les forces israéliennes en mai 2025, plusieurs mois après sa libération dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu à Gaza. Le détail biographique n’est pas un ornement. Il situe la détention dans une séquence plus large : libération, puis nouvelle arrestation, puis parole filmée depuis l’intérieur.
Le visage est flouté. Le voile est visible. La voix porte des griefs concrets : hygiène, droits, besoins spécifiques des femmes. Rien dans le récit public n’indique que le ministre ait cherché à infirmer ces griefs. Au contraire, il les accueille comme la confirmation d’une politique. La détention n’est plus présentée comme un régime à humaniser. Elle est présentée comme un régime à durcir jusqu’au strict minimum.
Nous ne nous sommes pas lavées depuis trois jours et nous n’avons pas changé de sous-vêtements.
Yasmine Shaaban, selon l’identification de son mari
Le témoignage insiste aussi sur l’absence de droits. La formule est nette. Elle ne décrit pas seulement un inconfort. Elle décrit un statut. Les prisonnières, dans cette parole, n’ont « aucun droit ». Le ministre retient le tableau et le convertit en argument. La vidéo n’est pas un document administratif. C’est un outil de communication politique.
La comparaison avec les otages du 7 octobre
Itamar Ben Gvir compare ces conditions à celles des otages retenus pendant près de deux ans par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens à Gaza après l’attaque du 7 octobre 2023. La comparaison est le cœur de son discours. Elle établit une équivalence morale qu’il revendique. D’un côté, des otages. De l’autre, des personnes qu’il désigne comme des terroristes. Entre les deux, une leçon de fermeté.
Nos otages n’avaient pas de shampoing et n’avaient pas de telles conditions. Je suis fier que nous ayons réussi à ramener les conditions de détention des terroristes au strict minimum. Les colonies de vacances dans les prisons, c’est terminé.
Itamar Ben Gvir
Le mot shampoing n’est pas anodin. Il réduit le débat à un objet du quotidien pour mieux souligner, selon lui, l’écart entre ce qu’il juge encore trop confortable et ce qu’ont vécu les otages. La formule sur les « colonies de vacances » vise un régime antérieur qu’il dit avoir aboli. Le ministre se dit fier. L’adjectif compte autant que le constat. Il ne s’excuse pas. Il revendique.
Allié du Premier ministre Benjamin Netanyahu au sein de la coalition gouvernementale, Itamar Ben Gvir est présenté comme coutumier des déclarations et des actions provocatrices. La visite aux détenues s’inscrit dans cette habitude. Elle n’est pas isolée. Elle s’ajoute à une série de gestes publics destinés à frapper, à polariser, à occuper l’espace.
Un calendrier électoral très proche
La séquence intervient à deux mois des législatives. Le scrutin est fixé au 27 octobre. Le temps politique est donc court. Chaque image compte. Chaque phrase peut circuler. Le ministre ne parle pas dans le vide institutionnel. Il parle devant une campagne qui s’approche et devant une coalition décrite comme en difficulté selon certains sondages.
Dans ce contexte, la vidéo n’est pas seulement un compte rendu de visite. Elle devient un signal envoyé à un électorat sensible à la fermeté. Le message est simple : les prisons ne sont plus des lieux de relâchement. Elles sont ramenées, selon lui, au minimum. Les mots « strict minimum » résument la doctrine affichée.
Le Premier ministre a appelé à renforcer les chances de la droite sortante en faisant liste commune avec un autre ministre d’extrême droite. Itamar Ben Gvir a refusé. Le refus pèse. Il montre qu’au-delà de la communication carcérale, le rapport de forces à l’intérieur du camp sortant reste tendu. La fermeté affichée dans les prisons n’efface pas le désaccord sur l’union des listes.
Ce que dit la vidéo, phrase après phrase
Reprenons le fil sans l’embellir. Une femme voilée apparaît. Son visage est flouté. Elle parle des conditions. Elle les juge extrêmement mauvaises. Elle dit l’absence de droits. Elle rappelle les besoins particuliers des femmes. Elle précise l’hygiène : trois jours sans se laver, pas de changement de sous-vêtements. Le ministre publie. Puis il commente.
Son commentaire ne promet pas de savon, de linge ou de droits supplémentaires. Il oppose ce récit à celui des otages. Il affirme que les otages n’avaient pas de shampoing. Il affirme qu’ils n’avaient pas de telles conditions. Il dit sa fierté d’avoir ramené le régime des « terroristes » au strict minimum. Il clôt par la fin des « colonies de vacances ».
Ce que la séquence met en regard
- Un témoignage de détenue sur l’hygiène et l’absence de droits
- Une identification familiale : Yasmine Shaaban
- Une nouvelle arrestation en mai 2025 après une libération liée à un cessez-le-feu à Gaza
- Une comparaison ministérielle avec les otages retenus près de deux ans
- Une fierté politique assumée à deux mois des législatives
La liste ci-dessus ne rajoute rien. Elle ordonne. Elle permet de voir que chaque élément du récit public s’emboîte : la parole de la détenue, l’identité donnée par le mari, le calendrier de l’arrestation, la mémoire des otages, la fierté du ministre. L’ensemble forme un dispositif de communication plus qu’un simple compte rendu de tournée.
Des précédents déjà très exposés
Plus tôt cette année, le ministre avait diffusé des images le montrant narguant des militants étrangers. Ces militants, issus d’une flottille affirmant vouloir briser le blocus de Gaza, avaient été interceptés. Sur les images, ils sont contraints de s’agenouiller, les mains menottées. Le ministre les nargue. Le geste s’ajoute à la collection des actions provocatrices qui lui sont associées.
Certains de ces militants ont fait état de violences physiques de la part des forces israéliennes. Une Australienne a affirmé avoir été agressée sexuellement. Israël a démenti. Le démenti fait partie du dossier public autant que l’accusation. Il n’appartient pas à ce texte d’arbitrer au-delà de ce qui est dit. Il appartient de rappeler que la polémique a existé et qu’elle a suivi la diffusion des images.
La méthode est reconnaissable : montrer, filmer, commenter, assumer. La visite aux détenues et la vidéo de dimanche prolongent cette méthode. Le ministre n’agit pas dans l’ombre. Il expose. Il transforme un lieu de détention en décor d’un message national.
Une autre déclaration déjà condamnée
Itamar Ben Gvir a également suscité des condamnations internationales en déclarant récemment qu’Israël devrait tuer chaque nuit 30 à 40 Palestiniens à Gaza. La phrase, par son chiffre et par sa périodicité, a choqué bien au-delà des cercles habituels. Elle s’ajoute au portrait d’un responsable habitué aux formules extrêmes.
Dans le même souffle politique, la vidéo sur les conditions de détention n’apparaît donc pas comme un accident de communication. Elle s’inscrit dans une continuité de propos durs, de gestes filmés, de revendications de fermeté. La fierté exprimée dimanche n’est pas un écart. Elle est cohérente avec la ligne déjà tenue.
Les réactions palestiniennes immédiates
La Commission des affaires des détenus de l’Autorité palestinienne a accusé le ministre de « brutalité, haine et racisme ». Trois mots. Trois chefs d’accusation politique. La commission ne discute pas un détail technique de règlement intérieur. Elle attaque l’intention et le registre moral du discours.
Le ministère des Prisonniers de Gaza, placé sous l’autorité du Hamas, a estimé que la vidéo « reflétait les profondeurs de la déchéance dans laquelle le régime d’occupation est tombé ». Ici encore, le commentaire ne porte pas sur un point d’intendance. Il porte sur le sens donné à l’image : une déchéance, un régime qualifié d’occupation, une profondeur jugée visible.
Brutalité, haine et racisme.
Commission des affaires des détenus de l’Autorité palestinienne, à propos d’Itamar Ben Gvir
Deux institutions palestiniennes, deux lectures convergentes dans la sévérité, deux cibles identiques : l’homme, le geste, la vidéo. L’une parle depuis l’Autorité palestinienne. L’autre depuis Gaza, sous autorité du Hamas. Le ministre, de son côté, maintient le cadre qu’il a choisi : otages contre « terroristes », minimum contre « colonies de vacances ».
Ce que le ministre nomme et ce qu’il refuse
Dans sa bouche, les détenus deviennent des terroristes. Les anciennes conditions deviennent des colonies de vacances. Le nouveau régime devient le strict minimum. Les otages deviennent la mesure de toute chose. Ce vocabulaire n’est pas neutre. Il organise le récit. Il désigne les uns et disqualifie les autres.
Il refuse, dans le même mouvement, l’idée qu’un témoignage sur l’hygiène doive conduire à un assouplissement. Trois jours sans lavage, pas de changement de linge : ces faits, tels qu’énoncés par la détenue, ne sont pas traités comme un scandale à corriger. Ils sont traités comme la preuve qu’une politique a réussi.
Le ministre ne dit pas que les conditions sont fausses. Il dit qu’il en est fier. Cette inversion du registre habituel — passer de la justification à la célébration — donne à la séquence sa charge. Beaucoup de responsables expliquent une rigueur. Lui la montre et s’en réjouit à voix haute.
Le statut des femmes dans le témoignage
La femme filme ou est filmée en rappelant des « besoins particuliers en tant que femmes ». La mention n’est pas développée au-delà de cette formule et du détail sur le linge et la toilette. Elle suffit pourtant à inscrire le récit dans une réalité genrée de la détention. L’hygiène n’est pas un thème abstrait. Elle touche le corps, l’intimité, la dignité quotidienne.
Le ministre n’entre pas dans cette dimension. Il ne discute pas les besoins particuliers. Il ne promet rien. Il replace immédiatement le propos dans la comparaison avec les otages. Le basculement est rapide. Du corps des détenues, on passe à la mémoire des otages. Du linge, on passe au shampoing absent. Du droit, on passe à la fierté.
Cette bascule est le geste politique central. Elle empêche le témoignage de rester un document sur la vie carcérale des femmes. Elle en fait un argument dans une guerre de légitimité. La détenue parle d’elle. Le ministre parle d’un rapport de force.
Une coalition sous tension
Alors que la coalition de Benjamin Netanyahu est en difficulté selon certains sondages, à l’approche du scrutin du 27 octobre, le ministre de la Sécurité nationale refuse les appels à l’union des listes d’extrême droite. Le désaccord est public. Il montre que la fermeté carcérale n’est pas le seul levier. La stratégie électorale, elle aussi, se joue à découvert.
Le Premier ministre demande de renforcer les chances de la droite sortante. Le ministre refuse la liste commune avec un autre ministre d’extrême droite. Deux lignes coexistent : l’une cherche l’agrégation des voix, l’autre préserve une autonomie politique. La vidéo des détenues s’insère dans cette autonomie. Elle parle à une base. Elle ne cherche pas le consensus.
Le personnage public d’Itamar Ben Gvir se nourrit de cette autonomie. Allié dans la coalition, il demeure un allié bruyant. Ses déclarations et actions provocatrices font partie du paysage. La visite de dimanche n’y déroge pas.
Replacer l’attaque du 7 octobre dans le discours
Le ministre ancre sa comparaison dans l’attaque du 7 octobre 2023 et dans la détention des otages pendant près de deux ans par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens à Gaza. Ce cadre historique immédiat est le seul qu’il convoque pour juger les prisons d’aujourd’hui. Tout le reste — hygiène, droits, besoins des femmes — est subordonné à cette mémoire.
Les otages, dit-il, n’avaient pas de shampoing. Ils n’avaient pas de telles conditions. La formule crée une échelle. Au sommet de la souffrance, les otages. En dessous, tout régime carcéral qui offrirait davantage. Le « strict minimum » devient alors une dette à payer, une correction, une riposte administrative à une violence première.
Ce raisonnement, tel qu’il l’expose, ne s’embarrasse pas d’une discussion juridique longue. Il va droit à l’émotion et à la parité des peines imaginée par lui. La prison n’est plus seulement un outil pénal. Elle devient un théâtre de réparation politique.
Ce que l’on sait de l’arrestation de 2025
Yasmine Shaaban a de nouveau été arrêtée en mai 2025. La nouvelle arrestation intervient plusieurs mois après une libération liée à un accord de cessez-le-feu à Gaza. Le va-et-vient — sortie puis retour en détention — donne au témoignage une densité particulière. La femme n’est pas une inconnue abstraite du système. Elle a déjà traversé le sas de la libération.
Son mari l’identifie. Cette identification familiale est le seul pont nommé entre l’image floutée et un nom public. Sans ce relais, la voix resterait anonyme. Avec ce relais, le récit s’ancre. Le ministre, lui, n’a pas besoin du nom pour parler. Il a besoin du tableau des conditions. Le nom circule pourtant, et avec lui l’histoire de la relibération interrompue.
Le cessez-le-feu à Gaza apparaît ici seulement comme le cadre de la première libération. Le texte ne dit rien de plus sur les termes de l’accord. Il dit assez, toutefois, pour comprendre que la détention actuelle n’est pas une première entrée dans le système. C’est un retour.
Une communication faite pour durer
Publier une vidéo, c’est choisir la durée. Une phrase orale s’efface. Une séquence circule. La femme voilée, le visage flouté, la voix sur l’hygiène, le commentaire ministériel sur le shampoing et les colonies de vacances : tout cela est conçu pour être repris. À deux mois des législatives, la reprise est précisément l’enjeu.
Le ministre sait que ses adversaires y verront de la brutalité. Il sait que ses soutiens y verront de la cohérence. Il parle aux seconds sans ménager les premiers. La Commission des affaires des détenus parle de haine et de racisme. Le ministère des Prisonniers de Gaza parle de déchéance. Lui parle de fierté. Les trois discours peuvent coexister dans l’espace public. Ils ne se rencontrent pas.
Trois registres, un même objet
Le ministre célèbre le minimum carcéral. L’Autorité palestinienne dénonce la brutalité. Gaza, par le ministère des Prisonniers, parle de déchéance. L’objet reste identique : une vidéo, une visite, des conditions décrites comme extrêmement mauvaises.
Le mot « terroristes » comme cadre unique
En parlant de « conditions de détention des terroristes », le ministre ferme d’avance le débat sur le statut individuel des personnes. Le mot recouvre l’ensemble. Il n’ouvre pas de distinction. Il ne discute pas le cas de Yasmine Shaaban en tant que cas. Il range. Il étiquette. Puis il justifie le minimum par l’étiquette.
Cette opération langagière est ancienne dans les conflits. Ici, elle est assumée en direct, après une visite, avec une vidéo à l’appui. Le ministre ne contourne pas le témoignage gênant. Il l’exhibe. Il le retourne. Il en fait la démonstration que la parenthèse des « colonies de vacances » est close.
Le public est dès lors invité à choisir son cadre. Soit l’hygiène et les droits tels que les décrit la détenue. Soit la mémoire des otages telle que le ministre la brandit. Les deux cadres ne s’additionnent pas dans sa bouche. Le second domine le premier.
La flottille, les agenouillements, le démenti
Le souvenir de la flottille éclaire la méthode. Des militants étrangers affirment vouloir briser le blocus de Gaza. Ils sont interceptés. Le ministre diffuse des images où ils sont agenouillés, menottés. Il les nargue. Certains relatent des violences physiques. Une Australienne parle d’agression sexuelle. Israël dément.
On retrouve la même grammaire : l’image d’abord, le commentaire ensuite, la polémique autour. Dimanche, l’image est celle d’une détenue. Le commentaire est celui d’une fierté. La polémique, déjà, s’écrit du côté palestinien. Le schéma n’est pas identique au détail près. Il est suffisamment proche pour qu’on y reconnaisse un style de pouvoir.
Ce style consiste à ne jamais laisser l’adversaire seul maître du récit visuel. Quand il existe une scène de faiblesse — genoux à terre, visage flouté, voix sur le linge — le ministre s’en empare. Il ne la cache pas. Il la signe.
Le chiffre de 30 à 40 et le choc international
La déclaration récente selon laquelle Israël devrait tuer chaque nuit 30 à 40 Palestiniens à Gaza a provoqué des condamnations internationales. Le chiffre est précis. La périodicité aussi. La phrase n’appartient pas à la vidéo de dimanche, mais elle appartient au même personnage public, au même moment politique, à la même réputation de provocation.
Elle aide à comprendre pourquoi la fierté exprimée sur les prisons ne surprend pas ceux qui suivent déjà ses prises de parole. Elle aide aussi à comprendre la virulence des réactions palestiniennes. Le ministre n’arrive pas sur ce terrain en inconnu. Il y arrive chargé de formules antérieures.
La vidéo des détenues n’efface pas cette phrase. Elle s’y ajoute. L’actualité les tient ensemble dans le même portrait : un ministre d’extrême droite, allié de Benjamin Netanyahu, qui choisit les mots les plus rudes et les images les plus sèches.
Ce que le texte ne dit pas, et qu’il ne faut pas inventer
Le récit public ne décrit pas le nom de la prison. Il ne donne pas le règlement intérieur. Il ne fournit pas de bilan médical. Il ne cite pas de chiffre global de détenues. Il ne détaille pas davantage les « besoins particuliers » des femmes. Il ne dit pas si le ministre a parlé face à face longtemps ou seulement le temps d’une caméra.
Rester fidèle, c’est s’arrêter là. C’est répéter que les conditions sont décrites comme extrêmement mauvaises par la femme. C’est répéter qu’elle dit n’avoir aucun droit. C’est répéter les trois jours sans lavage. C’est répéter la fierté du ministre. C’est répéter la comparaison avec les otages. Rien de plus n’est nécessaire pour comprendre le choc politique.
L’essentiel est déjà là : un responsable assume la dégradation, la filme, la commente, et la relie à la mémoire du 7 octobre 2023. Le reste est affaire de lecture, non d’invention.
Pourquoi le sujet dépasse une simple visite
Une visite ministérielle peut rester technique. Celle-ci ne l’est pas. Elle devient un manifeste. Elle dit qui mérite le minimum. Elle dit quelle mémoire sert de toise. Elle dit quelle fierté un allié du Premier ministre est prêt à afficher à deux mois d’un vote.
Elle dit aussi que les prisons sont devenues un langage. On y parle au pays autant qu’aux détenues. On y parle aux électeurs autant qu’à l’administration. On y parle aux ennemis autant qu’aux alliés de coalition. Le locataire de la Sécurité nationale a choisi ce langage-là.
Les réactions de la Commission des affaires des détenus et du ministère des Prisonniers de Gaza montrent que le message a été reçu, non comme une note de gestion, mais comme une déclaration de nature. Brutalité d’un côté. Déchéance de l’autre. Fierté au centre. Trois mots pour un même dimanche.
Le refus de la liste commune, dernier révélateur
On aurait pu croire qu’un ministre aussi exposé chercherait l’abri d’une liste unique de la droite sortante. Il refuse. Benjamin Netanyahu l’appelle à renforcer les chances du camp. Itamar Ben Gvir dit non. L’homme qui célèbre la fin des « colonies de vacances » dans les prisons ne cède pas sur son autonomie électorale.
Ce non a une valeur d’interprétation. Il suggère que la séquence carcérale n’est pas un service rendu à la coalition tout entière. Elle est aussi un service rendu à une figure. Une figure qui entend rester distincte, reconnaissable, irréductible. La vidéo y contribue. Le refus de la liste y contribue aussi.
À l’approche du 27 octobre, les deux gestes se lisent ensemble. Durer dans l’image. Durer dans l’indépendance. Parler dur. Ne pas fusionner. Le ministre d’extrême droite compose ainsi son espace, entre les murs qu’il dit avoir durcis et les urnes qu’il refuse de partager pleinement.
Une phrase pour tenir tout le dossier
Si l’on devait compresser l’affaire sans trahir les faits, elle tiendrait en peu de lignes. Un ministre israélien de la Sécurité nationale visite des détenues, publie une vidéo où une femme voilée au visage flouté décrit des conditions extrêmement mauvaises, l’absence de droits et trois jours sans toilette ni changement de linge. Identifiée comme Yasmine Shaaban, arrêtée de nouveau en mai 2025 après une libération liée à un cessez-le-feu à Gaza, elle sert de support à une fierté ministérielle.
Cette fierté s’appuie sur la comparaison avec des otages retenus près de deux ans après le 7 octobre 2023. Elle s’exprime par la fin proclamée des colonies de vacances carcérales et par le retour au strict minimum. Elle s’inscrit dans une série déjà marquée par les images de militants agenouillés d’une flottille, par un démenti israélien face à des accusations de violences, par une phrase sur 30 à 40 Palestiniens à tuer chaque nuit à Gaza, et par des condamnations internationales.
Face à cela, l’Autorité palestinienne parle de brutalité, de haine et de racisme. Gaza, par le ministère des Prisonniers sous autorité du Hamas, parle des profondeurs d’une déchéance. La coalition de Benjamin Netanyahu, dite en difficulté selon certains sondages, n’obtient pas du ministre l’union des listes d’extrême droite. Voilà le dossier. Rien de plus. Rien de moins.
Dimanche n’a pas inventé le personnage. Dimanche l’a montré dans l’exercice qu’il préfère : prendre une scène dure, la filmer, la commenter, et transformer la souffrance énoncée en preuve d’une politique. Les élections approchent. Les mots restent. La vidéo aussi.









