Les bureaux ont ouvert à l’aube, sous une pluie qui s’effaçait à peine, et déjà la journée prenait le visage d’un choix lourd. En Guinée-Bissau, le scrutin de dimanche n’est pas un vote ordinaire. Il s’agit d’un référendum constitutionnel destiné à remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort, dans un pays dirigé par une junte qui affirme vouloir rendre le pouvoir aux civils au début du mois de décembre. L’enjeu dépasse le oui ou le non. Il touche à la manière dont l’État sera gouverné, à la place du Parlement, à celle du Premier ministre, et à la concentration des prérogatives entre les mains du chef de l’État.
Un Scrutin Décisif Dans Un Pays Sous Transition
Dans la capitale, Bissau, le vote a commencé à 07H00 locales, heure également valable en GMT. Des correspondants sur place ont vu des files encore minces dans certains quartiers, plus tardives ailleurs, après une averse intense à l’aube. La saison des pluies est forte à cette période. L’eau a ralenti les déplacements, mais n’a pas reporté l’ouverture des urnes. Le scrutin doit durer jusqu’à 17H00. Les premiers résultats provisoires sont attendus à partir de mardi.
Ce calendrier court donne à la journée une densité particulière. Le référendum précède de quelques mois les élections générales prévues le 6 décembre, présentées comme le moment du retour des civils au pouvoir. Le climat politique, pourtant, reste tendu. L’opposition a appelé à boycotter, au premier rang le PAIGC, parti historique de l’indépendance de 1974. Le débat n’est pas seulement juridique. Il est politique, institutionnel, et profondément marqué par l’histoire récente du pays.
Question posée aux électeurs : « Êtes-vous d’accord sur l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution approuvée par le Conseil national de transition ? » Réponse attendue : oui ou non.
Ce Que Change Le Projet De Constitution
Le cœur du texte consiste à abandonner le modèle semi-parlementaire. Dans l’ancien équilibre, le Premier ministre sortait de la majorité au Parlement. Cette mécanique a produit des cohabitations difficiles, notamment après les législatives de 2023. Le projet nouveau donne au chef de l’État le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre, de former et de défaire le gouvernement, et de dissoudre le Parlement.
Les autorités de transition présentent cet basculement comme un moyen de stabiliser les institutions avant la présidentielle du 6 décembre. L’argument officiel est simple : trop de conflits entre la présidence et la Primature ont miné le pays. Un régime présidentiel fort, selon cette lecture, réduirait les blocages. Un membre du Conseil national de transition, Nelson Moreira, a déclaré que le projet permettrait d’éviter ces affrontements institutionnels qui ont pesé sur la stabilité.
Cette consultation populaire sert d’outil pour réécrire la loi fondamentale truffée de lacunes.
Nelson Moreira, membre du Conseil national de transition
Le Conseil national de transition, organe législatif de 65 membres nommés par la junte, avait adopté en janvier 2026, à l’unanimité, une modification de la Constitution. C’était un mois et demi après le coup d’État du 26 novembre qui a renversé le président Umaro Sissoco Embalo. Dimanche, les électeurs ne rédigent pas article par article. Ils se prononcent sur l’entrée en vigueur du texte déjà approuvé par cet organe de transition.
Une Journée Sous Sécurité Renforcée
La sécurité a été renforcée dimanche aux points stratégiques de la capitale. Des membres de la garde nationale et de la police étaient postés à ces endroits. L’image est celle d’un État qui veut éviter tout débordement pendant un exercice présenté comme démocratique, mais contesté dans une partie de la classe politique et de la société civile.
Les frontières du pays ont été fermées depuis dimanche 00H00 locales, et pour toute la journée, afin de « garantir l’ordre et la sécurité pendant le référendum », selon le ministère de l’Intérieur. Cette mesure isole le territoire le temps du vote. Elle s’ajoute à la présence visible des forces de l’ordre dans Bissau. Le vote, dans ce cadre, se déroule sous une vigilance particulière, alors que certains quartiers commençaient doucement et que d’autres attendaient que la pluie se dissipe.
Le chef de la junte, le général Horta N’Tam, avait exhorté ses compatriotes, avant le scrutin, à une participation massive et ordonnée. Il a présenté le référendum comme un « important exercice démocratique ». Dans son message, il a appelé à voter pour une « nouvelle étape », pour renforcer les institutions et pour une Guinée-Bissau « stable, unie et confiante dans le futur ».
Votez pour une nouvelle étape, pour renforcer les institutions et pour une Guinée-Bissau stable, unie et confiante dans le futur.
Général Horta N’Tam, chef de la junte
Le Boycott Et La Critique Du Présidentialisme
Le PAIGC a dénoncé l’organisation d’un référendum « dans un contexte de restriction des libertés publiques ». Le parti historique, qui a mené le pays à l’indépendance en 1974, n’est pas seul dans le refus. Une partie de la classe politique et de la société civile a contesté avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu.
Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l’Homme, a récemment déclaré à la presse que le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme, et que cela est dangereux pour la démocratie. Cette phrase résume le clivage du jour : d’un côté, la promesse de clarté institutionnelle ; de l’autre, la crainte d’une concentration excessive.
Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie.
Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l’Homme
Le boycott n’annule pas le scrutin. Il en change toutefois la lecture politique. Une participation massive, souhaitée par la junte, serait présentée comme une validation populaire. Une abstention forte, si elle se confirmait, serait brandie par les opposants comme un désaveu de la méthode. Les premiers chiffres provisoires, attendus à partir de mardi, diront d’abord le score du oui et du non. Ils diront aussi, en creux, qui s’est déplacé malgré l’appel au retrait.
Le Fil Des Institutions Depuis 2023
Pour comprendre pourquoi le texte insiste tant sur la nomination du Premier ministre et la dissolution du Parlement, il faut revenir aux années récentes. Après les législatives de 2023, la cohabitation s’est révélée difficile. Le président Embalo a dissous le Parlement dominé par l’opposition en décembre 2023, à la suite de ce qu’il a présenté comme une tentative de putsch. Il a ensuite dirigé par ordonnances jusqu’à sa destitution en novembre 2025.
La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre dernier par des militaires. Cette date correspond à la veille de l’annonce prévue des résultats provisoires de la présidentielle et des législatives. Les militaires ont suspendu le processus électoral. Le pays lusophone côtier d’Afrique de l’Ouest a connu cinq coups d’État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis l’indépendance. Cette mémoire des ruptures pèse sur chaque réforme présentée comme un remède à l’instabilité.
Les militaires prennent le pouvoir, la veille de l’annonce prévue des résultats provisoires.
Le CNT adopte à l’unanimité une modification de la Constitution.
Référendum oui/non sur l’entrée en vigueur du nouveau texte.
Élections générales annoncées pour le retour des civils.
Le Conseil national de transition n’est pas une assemblée issue du suffrage. Ses 65 membres ont été nommés par la junte. C’est cet organe qui a voté le changement constitutionnel à l’unanimité. Le référendum de dimanche vient ensuite, comme une consultation populaire sur un texte déjà adopté. Les défenseurs du processus y voient une étape de légitimation. Les critiques y voient une inversion : d’abord la décision d’un pouvoir non élu, ensuite le vote des citoyens.
Un Mouvement Plus Large Sur Le Continent
Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l’Ouganda ou le Tchad ces dernières années, la Guinée-Bissau devient le dernier exemple en date d’un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d’âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif. Le cas bissau-guinéen s’inscrit dans cette série, avec une particularité : le changement est porté par une junte qui promet un retour civil proche.
Le projet local ne parle pas seulement de durée de mandat ou d’âge. Il redessine l’architecture du pouvoir. Nommer et révoquer le Premier ministre, former le gouvernement, dissoudre le Parlement : ces leviers placent l’exécutif au centre. L’ancien modèle, où le chef du gouvernement procédait de la majorité parlementaire, est présenté comme une source de blocage. Le nouveau modèle est présenté comme une source d’ordre. Entre les deux lectures, le même texte devient soit un instrument de stabilité, soit un instrument de concentration.
Cette tension n’est pas abstraite. Elle se joue dans les files d’attente mouillées de Bissau, dans les consignes de boycott, dans la fermeture des frontières, dans les appels à une participation massive. Elle se joue aussi dans le calendrier : voter en août ou à la fin de la saison concernée, puis aller vers le 6 décembre. Le référendum n’est pas la fin de la séquence. Il en est un seuil.
Ce Que Les Électeurs Tranchent Concrètement
La question est unique. Elle ne demande pas si tel article plaît, si telle formulation devrait être amendée, si le Premier ministre devrait garder un ancrage parlementaire. Elle demande si l’on est d’accord sur l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution approuvée par le Conseil national de transition. Le oui ouvre la porte au régime présidentiel fort tel qu’il a été conçu. Le non refuse cette entrée en vigueur.
Dans la pratique, cela signifie un basculement de culture institutionnelle. Le chef de l’État n’aurait plus à composer de la même manière avec une majorité hostile à l’Assemblée. Il pourrait nommer, révoquer, dissoudre. Les partisans du texte affirment que cette clarté évitera les conflits entre présidence et Primature. Les opposants affirment qu’elle place trop de clés dans une seule main.
Le pays a déjà vu un président diriger par ordonnances après la dissolution de décembre 2023. Il a ensuite vu un pouvoir militaire suspendre le processus électoral en novembre. Le référendum arrive donc après une période où les équilibres classiques ont déjà été bousculés. Le texte nouveau prétend écrire une règle plus nette. Une partie de la société civile répond que la règle, pour être démocratique, ne peut pas être réécrite en profondeur par un pouvoir de transition non élu.
Bissau, La Pluie Et Le Rythme Des Bureaux
Le détail météorologique n’est pas anodin. Une pluie intense à l’aube, puis une dissipation progressive, une saison des pluies encore forte : le vote commence dans un décor physique qui ralentit. Dans certains quartiers, le scrutin démarre doucement. Dans d’autres, les électeurs tardent. Les correspondants ont vu cette inégalité de rythme dès l’ouverture. Le temps long de la journée, jusqu’à 17H00, doit absorber ces retards.
La capitale concentre le regard. C’est là que la sécurité est la plus visible aux points stratégiques. C’est là que se lit, dès les premières heures, la participation réelle face aux consignes de boycott. Le reste du territoire vote aussi, mais Bissau donne le ton médiatique de la journée. La fermeture des frontières, elle, concerne l’ensemble du pays et encadre le scrutin comme un moment isolé, dédié à l’ordre et à la sécurité.
Rien dans cette scène ne ressemble à une formalité. Même les files clairsemées disent quelque chose : soit une prudence, soit un effet de la pluie, soit un écho du boycott, soit les trois à la fois. Les autorités appellent à l’ordre et à la masse. L’opposition historique appelle au retrait. Entre les deux, l’électeur avance ou reste chez lui.
La Junte, Le Message Et La Promesse De Décembre
Le général Horta N’Tam a choisi le registre de l’exercice démocratique et de la nouvelle étape. Il a lié le bulletin de vote à la stabilité, à l’unité, à la confiance dans le futur. Ce langage place le référendum dans une narration de reconstruction institutionnelle. La junte, au pouvoir depuis le 26 novembre, se présente comme un intermède chargé d’organiser le retour des civils. Les élections générales du 6 décembre sont le horizon affiché de cette narration.
Stabiliser avant d’élire : tel est l’objectif affiché. Le CNT a voté le texte. Le peuple est appelé à l’entériner. Puis le calendrier électoral reprendrait, selon cette séquence. Le PAIGC répond que le contexte de restriction des libertés publiques entache l’exercice. La Ligue des droits de l’Homme répond que le présidentialisme voulu concentre trop. Deux récits s’affrontent sur le même bulletin.
Le pays lusophone a une mémoire courte des transitions réussies et une mémoire longue des ruptures. Cinq coups d’État, de nombreuses tentatives, des dissolutions, des ordonnances, une suspension du processus électoral : chaque réforme arrive chargé de ce passé. Dimanche n’efface pas cette charge. Il l’ajoute à la pile des rendez-vous où l’architecture du pouvoir a été rediscutée sous pression.
Pourquoi Le Semi-Parlementarisme Est Mis En Accusation
L’ancien modèle n’est pas décrit par les autorités de transition comme un simple héritage juridique. Il est décrit comme une machine à friction. Le Premier ministre issu de la majorité parlementaire pouvait se trouver en désaccord durable avec le président. Après 2023, cette friction est devenue un argument central. La dissolution de décembre 2023, justifiée par ce que le chef de l’État d’alors a présenté comme une tentative de putsch, a achevé de montrer que le conflit institutionnel pouvait déboucher sur une rupture des règles ordinaires.
Le nouveau texte coupe ce nœud en déplaçant la source de l’autorité gouvernementale. Ce n’est plus le Parlement qui donne le Premier ministre. C’est le chef de l’État qui nomme et révoque. Le gouvernement dépend de lui. Le Parlement peut être dissous par lui. La lecture officielle dit : moins de cohabitation, plus de cohérence. La lecture critique dit : moins de contrepoids, plus de solitude du sommet.
Nelson Moreira, au CNT, insiste sur l’évitement des conflits entre présidence et Primature. Abubacar Ture insiste sur le danger d’un seul homme. Les deux phrases peuvent être lues l’une après l’autre sans se mélanger. Elles décrivent le même levier vu de deux rives. Le référendum demande aux citoyens de choisir la rive, sans leur demander de rédiger le pont.
Une Loi Fondamentale Jugée « Truffée De Lacunes »
L’expression utilisée par Nelson Moreira est nette : la loi fondamentale serait « truffée de lacunes ». Le référendum devient alors un outil pour réécrire. Dans cette optique, le vote populaire n’est pas un luxe. Il est l’instrument qui permet de sortir d’un texte jugé insuffisant. Le CNT a déjà adopté la modification. La consultation sert à faire entrer le nouveau cadre dans la vie publique.
Les contestataires ne nient pas que la Constitution puisse avoir des faiblesses. Ils contestent le moment, l’auteur et la direction de la réécriture. Un pouvoir de transition non élu, un organe nommé, une unanimité de janvier 2026, puis un oui ou non global : cette méthode, pour eux, n’est pas une révision ordinaire. Elle est une refonte conduite hors du cadre d’une assemblée issue du suffrage.
Le mot « lacunes » et le mot « concentration » occupent ainsi le même espace public. L’un justifie d’agir vite. L’autre justifie de refuser d’agir ainsi. Dimanche, les bureaux de vote sont le lieu où ces deux vocabularies se rencontrent sans se réconcilier.
Le Calendrier Serré Avant Le 6 Décembre
Le référendum n’est pas isolé dans l’année. Il est calé avant les élections générales du 6 décembre. L’objectif affiché est de stabiliser les institutions avant cette échéance. En d’autres termes, le pays voterait d’abord sur la forme du pouvoir, ensuite sur les personnes chargées de l’exercer dans le cadre civil annoncé.
Ce séquençage a une logique interne. Si le régime présidentiel fort entre en vigueur, le scrutin de décembre se tiendrait dans un paysage juridique nouveau. Si le non l’emportait, le paysage resterait celui de l’ancien modèle, déjà éprouvé par la crise de 2023 et par la rupture de novembre. Dans les deux cas, le 6 décembre reste la date avancée pour le retour des civils. Le contenu exact de ce retour dépend pourtant du bulletin de dimanche.
Les résultats provisoires, à partir de mardi, ouvriront une semaine politique où chaque camp interprétera la participation autant que le score. Le PAIGC a choisi le boycott. La junte a choisi l’appel à la foule ordonnée. Mardi ne clôturera pas le débat. Il lui donnera des chiffres.
Ce Que Révèle La Fermeture Des Frontières
Fermer les frontières dès minuit, pour toute la journée, est une décision lourde. Le ministère de l’Intérieur la justifie par l’ordre et la sécurité pendant le référendum. Le pays se referme le temps que les urnes restent ouvertes. Cette parenthèse territoriale accompagne la parenthèse constitutionnelle. On vote à l’intérieur d’un espace contrôlé.
Combinée à la présence de la garde nationale et de la police aux points stratégiques de Bissau, la mesure dessine un dispositif d’ensemble. Le scrutin doit se tenir. Il doit se tenir sans désordre. Il doit se tenir jusqu’à 17H00. L’État de transition affiche sa capacité à encadrer le jour du vote autant qu’à proposer le texte soumis au vote.
Pour une partie des observateurs politiques locaux déjà cités dans le débat public, cet encadrement nourrit le soupçon d’un exercice trop tenu. Pour les autorités, il est la condition d’un vote lisible. Encore une fois, le même fait produit deux phrases opposées.
Le Poids Du Parti De L’indépendance
Le PAIGC n’est pas un parti parmi d’autres dans la mémoire nationale. Il a mené le pays à l’indépendance en 1974. Son appel au boycott a donc une résonance particulière. Il ne s’agit pas seulement d’une tactique d’opposition contemporaine. Il s’agit d’un refus porté par une formation liée à la naissance de l’État.
En dénonçant un référendum organisé dans un contexte de restriction des libertés publiques, le PAIGC déplace la discussion du contenu constitutionnel vers les conditions du vote. Même un texte présenté comme un remède aux lacunes peut, dans cette logique, manquer de légitimité si le climat public est jugé trop étroit. Le boycott devient alors un langage : ne pas valider la méthode.
La junte répond par l’invitation à participer. Le général Horta N’Tam parle d’exercice démocratique important. Les deux stratégies ne se rencontrent pas au milieu. L’une remplit les bureaux. L’autre les vide. Le résultat de mardi dira quelle stratégie a le plus pesé sur le réel.
Cinq Coups D’État Et La Quête D’Une Règle Stable
Depuis l’indépendance, cinq coups d’État et une kyrielle de tentatives ont rythmé la vie politique. Cette phrase, à elle seule, explique pourquoi le mot stabilité revient dans presque toutes les prises de parole officielles. Un pays qui a tant basculé cherche une architecture moins fragile. Le régime présidentiel fort est vendu comme cette architecture.
Pourtant, l’histoire récente montre aussi que les ruptures peuvent naître au sommet comme dans les frictions entre institutions. La dissolution de 2023, la direction par ordonnances, la destitution de novembre 2025, la suspension du processus électoral : autant d’épisodes où la règle n’a pas suffi à contenir le conflit. Réécrire la règle est une réponse. Savoir si la nouvelle règle tiendra en est une autre, que le seul référendum ne tranche pas encore.
Le texte soumis dimanche promet d’éviter les conflits entre présidence et Primature. Il ne promet pas, à lui seul, d’effacer la mémoire des putschs. Il change la carte des compétences. Il ne change pas, en un jour, la culture politique d’un État habitué aux à-coups.
Ce Que L’On Saura Mardi, Ce Que L’On Ne Saura Pas
À partir de mardi, des résultats provisoires devraient commencer à circuler. On saura, au moins dans une première approximation, si le oui l’emporte, et dans quelle proportion. On pourra comparer la participation aux appels lancés de part et d’autre. On pourra lire la carte des bureaux, quartier par quartier, région par région, si ces détails sont communiqués.
On ne saura pas, en revanche, si le nouveau régime apaisera vraiment les institutions. On ne saura pas si le 6 décembre se tiendra dans la sérénité annoncée. On ne saura pas si la concentration des prérogatives produira de l’ordre ou de l’inquiétude durable. Le référendum tranche l’entrée en vigueur d’un texte. Il ne tranche pas la suite vivante de ce texte.
Entre dimanche 07H00 et dimanche 17H00, l’essentiel reste matériel : aller voter ou non, sous la pluie dissipée, devant des forces visibles, dans un pays aux frontières fermées. Après 17H00, l’essentiel devient politique : interpréter, revendiquer, contester, préparer décembre.
Une Consultation, Deux Lectures Du Pouvoir
Il existe désormais deux manières stables de raconter cette journée. Première manière : un peuple appelé à refermer le chapitre des cohabitations douloureuses, à doter l’exécutif d’outils clairs, à préparer un scrutin civil dans un cadre moins ambigu. Seconde manière : un pouvoir non élu qui fait adopter un texte par un conseil nommé, puis demande un oui global, pendant que l’opposition historique se retire et que des voix des droits humains parlent de danger pour la démocratie.
Les deux récits s’appuient sur des faits déjà publics. Le CNT a voté à l’unanimité. Le général a appelé à participer. Le PAIGC a appelé à boycotter. Les frontières sont fermées. La sécurité est renforcée. La question est binaire. Le Premier ministre, dans le projet, sort du giron parlementaire pour entrer dans celui du chef de l’État. Rien de cela n’est secondaire. Tout cela tient dans un seul bulletin.
La Guinée-Bissau n’invente pas, ce dimanche, le débat africain sur le renforcement de l’exécutif. Elle y ajoute sa version, née d’une transition militaire, d’un parlement dissous en 2023, d’un président destitué en 2025, d’un organe de 65 membres et d’une élection générale promise pour le 6 décembre. Le continent a vu d’autres révisions. Celle-ci a le visage précis de Bissau sous la pluie, des files inégales, et d’une question unique posée à un pays fatigué des blocages autant que des ruptures.
Quand les bureaux fermeront à 17H00, le texte n’aura pas encore force définitive aux yeux de tous. Il aura seulement achevé son passage devant les urnes. Mardi commencera le temps des chiffres. Décembre, s’il tient l’échéance, ouvrira le temps des civils. Entre les deux, le régime présidentiel fort, accepté ou refusé, restera la mesure de ce que les Bissau-Guinéens auront consenti à changer dans la loi fondamentale de leur État.









