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Gabon Infini Mobilise 170 Millions D’Euros Pour La Nature

Plus de 170 millions d’euros, dix ans, un pays recouvert à plus de 80 % de forêts tropicales : voilà le cadre annoncé samedi par les autorités gabonaises pour un projet baptisé Gabon Infini. L’annonce n’est pas un slogan isolé. Elle relie conservation de la nature et développement des communautés locales, avec un partenaire nommé : l’ONG environnementale américaine The Nature Conservancy, souvent désignée par le sigle TNC. La question qui s’impose dès les premières minutes d’une telle conférence de presse est simple. Comment un État du bassin du Congo entend-il protéger 30 % de ses écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce d’ici 2030 tout en promettant des bénéfices économiques durables aux populations qui vivent au contact de ces milieux ?

Gabon Infini, un projet de financement sur dix ans

Le gouvernement gabonais a annoncé samedi le lancement de Gabon Infini. Il s’agit d’un projet de financement destiné à mobiliser plus de 170 millions d’euros sur dix ans. L’argent annoncé doit servir deux objectifs présentés ensemble : la conservation de l’environnement et le développement des communautés locales. Rien, dans l’annonce, ne sépare ces deux volets comme s’ils pouvaient avancer l’un sans l’autre.

Le partenariat avec The Nature Conservancy place le projet dans une logique internationale. Selon TNC, Gabon Infini s’inscrit dans l’engagement du Gabon à protéger 30 % de ses écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce d’ici 2030. Le même message insiste sur la génération de bénéfices économiques durables pour les populations locales. Le calendrier 2030 n’est pas un détail : il cadre l’ambition et le rythme attendu des décisions.

En bref. Nom du projet : Gabon Infini. Durée : 10 ans. Enveloppe visée : plus de 170 millions d’euros. Partenaire : The Nature Conservancy. Horizon politique cité : 30 % d’écosystèmes protégés d’ici 2030.

La phrase du vice-président et le sens donné au projet

Lors d’une conférence de presse samedi, le vice-président gabonais Hermann Immongault a fixé le ton. « Notre vision est claire : au-delà de la simple valorisation de nos ressources, nous voulons placer l’humain et nos communautés au cœur du développement. » La citation mérite d’être lue lentement. Elle oppose une valorisation des ressources qui resterait « simple » et une autre lecture, où l’humain et les communautés deviennent le centre.

Notre vision est claire: au-delà de la simple valorisation de nos ressources, nous voulons placer l’humain et nos communautés au cœur du développement

Hermann Immongault, vice-président gabonais

Cette formulation ne décrit pas un montant. Elle décrit une priorité. Gabon Infini est présenté comme un instrument financier, mais le discours officiel refuse de le réduire à une ligne budgétaire. La conservation y est liée à la place des communautés. Le développement y est lié à autre chose qu’une extraction vue comme une fin en soi.

Dans un pays dont le sous-sol et les forêts attirent l’attention mondiale, le mot « au-delà » n’est pas anodin. Il dit qu’une politique de ressources existe déjà dans l’esprit public, et qu’il faudrait désormais déplacer le curseur. L’annonce de samedi s’appuie sur cette bascule de langage.

Pourquoi le Gabon est décrit comme un pilier écologique

Le Gabon est présenté comme un pilier écologique majeur du bassin du Congo et comme un régulateur climatique pour une grande partie de l’Afrique. Ces deux formules, placées côte à côte dans le récit officiel et associatif, donnent au projet une échelle qui dépasse les frontières nationales. Un pays n’est pas seulement un territoire administratif. Il est aussi un ensemble de fonctions écologiques.

Le territoire est couvert à plus de 80 % par des forêts tropicales. Il dispose en outre d’un territoire marin aussi vaste que sa superficie terrestre. Cette égalité d’ampleur entre terre et mer change la manière de parler de conservation. Protéger 30 % des écosystèmes ne peut pas signifier seulement dessiner des parcs dans l’intérieur forestier. Le littoral et les eaux entrent dans le même engagement.

Le pays abrite des écosystèmes-clés comme des tourbières et des zones côtières. Ces milieux sont décrits comme absorbant plus de CO2 qu’ils n’en émettent. Autrement dit, le Gabon n’est pas seulement un stock de biodiversité. Il est aussi un acteur du bilan carbone, selon les termes mêmes de la présentation.

Élément cité Ce que l’annonce en dit
Forêts tropicales Couverture supérieure à 80 %
Territoire marin Aussi vaste que la superficie terrestre
Écosystèmes-clés Tourbières et zones côtières
Bilan carbone évoqué Absorption de CO2 supérieure aux émissions

Ces données ne sont pas des ornements. Elles expliquent pourquoi un projet de financement de plus de 170 millions d’euros est présenté comme un levier national et, en même temps, comme une contribution à un équilibre plus large. Le bassin du Congo n’est pas un décor. Il est le cadre géographique dans lequel le Gabon est qualifié de pilier.

3,7 millions d’hectares nouveaux, 3,8 millions à mieux gérer

Gabon Infini prévoit la création de 3,7 millions d’hectares de nouvelles aires protégées. Il prévoit aussi l’amélioration de la gestion de 3,8 millions d’hectares déjà protégés. Les deux chiffres se répondent. L’un parle d’extension. L’autre parle de qualité de gestion sur un patrimoine déjà classé.

Créer des aires protégées, dans le langage de l’annonce, n’épuise pas le travail. Améliorer la gestion d’espaces déjà protégés signifie que le statut juridique ne suffit pas. Il faut des moyens, des pratiques, un suivi. Le projet de financement est donc présenté comme un outil pour les deux mouvements à la fois : agrandir la carte et renforcer ce qui existe.

Les hectares nouveaux et les hectares déjà protégés concernent un pays dont les écosystèmes sont terrestres, marins et d’eau douce. L’engagement de 30 % d’ici 2030 donne une cible. Les 3,7 et 3,8 millions d’hectares donnent une traduction spatiale, telle qu’elle a été communiquée.

On peut relire ces surfaces comme deux chantiers administratifs et écologiques. Premier chantier : dessiner et instaurer de nouvelles aires. Second chantier : faire en sorte que les aires déjà reconnues soient mieux gérées. Gabon Infini est annoncé comme le financement qui doit accompagner ces deux chantiers sur dix ans.

Ce que le financement doit concrètement soutenir

Le projet financera notamment des projets communautaires. Les domaines cités ne sont pas abstraits. Il s’agit de la sylviculture durable, de l’écotourisme, de l’atténuation des conflits homme-faune, ainsi que d’initiatives d’adaptation au changement climatique face aux inondations ou à l’érosion côtière.

La sylviculture durable place la forêt dans une économie qui n’est pas seulement extractive au sens le plus brut. L’écotourisme place le paysage et la faune dans une activité de visite et de revenus locaux. L’atténuation des conflits homme-faune nomme une tension réelle : les communautés et les animaux partagent des territoires. L’adaptation aux inondations et à l’érosion côtière nomme deux risques climatiques déjà identifiés dans l’annonce.

  • Sylviculture durable — un usage forestier présenté comme compatible avec la durée.
  • Écotourisme — une activité économique liée à la nature protégée et visitée.
  • Conflits homme-faune — un travail d’atténuation auprès des communautés.
  • Adaptation climatique — inondations et érosion côtière comme situations visées.

Ces quatre familles d’actions expliquent le lien répété entre conservation et développement. Un hectare protégé n’est pas, dans ce discours, un hectare retiré de toute vie humaine. Il devient un espace où des projets communautaires doivent trouver un financement. Gabon Infini est le nom donné à cette intention budgétaire.

L’érosion côtière relie le volet marin au quotidien des populations du littoral. Les inondations relient le climat aux villages, aux routes, aux terres. L’atténuation des conflits homme-faune relie les éléphants, les gorilles et les autres espèces citées plus loin à la sécurité des cultures et des habitants. Rien de tout cela n’est présenté comme un luxe esthétique.

The Nature Conservancy et le Cadre mondial pour la biodiversité

Jennifer Morris, PDG de The Nature Conservancy, a salué l’engagement du Gabon « envers les besoins d’une conservation menée par les communautés ». Elle a souligné que « le pays se distingue par son adhésion au Cadre mondial pour la biodiversité », un accord international adopté en décembre 2022 lors de la COP15. Cet accord a pour ambition de stopper et inverser la perte de biodiversité d’ici 2030.

Le pays se distingue par son adhésion au Cadre mondial pour la biodiversité

Jennifer Morris, PDG de The Nature Conservancy

La date de décembre 2022 ancre Gabon Infini dans une séquence diplomatique. La COP15 n’est pas un souvenir lointain dans cette présentation : elle fournit le cadre auquel le Gabon est dit adhérer. L’horizon 2030 de l’accord et l’horizon 2030 de la protection de 30 % des écosystèmes gabonais se superposent dans le calendrier public.

La formule « conservation menée par les communautés » rejoint la déclaration du vice-président. D’un côté, un responsable gabonais place l’humain et les communautés au cœur du développement. De l’autre, la dirigeante de TNC insiste sur une conservation conduite avec et par ces communautés. Les deux voix, samedi, ont parlé le même langage de priorité.

Stanislas Stephen Mouba, directeur pays de TNC, a rappelé le contenu vivant des écosystèmes gabonais. Les espèces uniques ne sont pas une liste décorative. Elles justifient, dans le récit du partenaire, l’urgence d’un financement de longue haleine.

Éléphants de forêt, gorilles, perroquets et milieu marin

Selon le directeur pays de TNC, les écosystèmes gabonais abritent des espèces uniques, dont « plus de la moitié des éléphants de forêt restants dans le monde et un quart des gorilles des plaines survivants, ainsi que des perroquets gris d’Afrique, des dauphins à bosse de l’Atlantique, des chimpanzés, des crocodiles et des tortues marines. »

Plus de la moitié des éléphants de forêt restants dans le monde et un quart des gorilles des plaines survivants

Stanislas Stephen Mouba, directeur pays de TNC

Plus de la moitié des éléphants de forêt restants dans le monde : la phrase donne au Gabon un rôle de refuge. Un quart des gorilles des plaines survivants : même logique de responsabilité. Les perroquets gris d’Afrique, les dauphins à bosse de l’Atlantique, les chimpanzés, les crocodiles et les tortues marines élargissent le tableau de la terre à la mer.

Cette faune explique aussi pourquoi l’atténuation des conflits homme-faune apparaît parmi les projets communautaires à financer. Là où vivent encore des éléphants de forêt et des gorilles, la coexistence n’est pas un thème théorique. Elle devient un poste de dépense et d’organisation.

Les dauphins à bosse de l’Atlantique et les tortues marines rappellent que le territoire marin, aussi vaste que la superficie terrestre, n’est pas un appendice. Gabon Infini, tel qu’annoncé, doit parler à la fois de la canopée et de la côte.

Pression climatique et demande mondiale de ressources

Le Gabon fait face à une pression croissante due au changement climatique et à la demande mondiale en minerais, pétrole, denrées alimentaires, bois et produits d’origine animale. Cette phrase de contexte est essentielle. Elle dit que Gabon Infini n’arrive pas dans un paysage calme.

Le changement climatique apparaît deux fois dans l’annonce : comme pression générale, et comme motif d’initiatives d’adaptation face aux inondations ou à l’érosion côtière. La demande mondiale, elle, nomme cinq familles de ressources : minerais, pétrole, denrées alimentaires, bois, produits d’origine animale. Le pays est donc décrit à la fois comme réservoir écologique et comme objet d’appétit économique international.

Placer l’humain et les communautés au cœur du développement, selon les mots du vice-président, prend alors un sens plus tendu. Valoriser les ressources existe déjà comme horizon. La demande mondiale existe déjà. Le projet de financement se présente comme une autre manière d’organiser la durée : conservation, aires protégées, projets communautaires.

Le bois et les denrées alimentaires touchent directement la sylviculture durable et l’usage des terres. Les produits d’origine animale touchent la faune citée par TNC. Les minerais et le pétrole rappellent que l’économie extractive n’a pas disparu du tableau. Gabon Infini ne prétend pas, dans le texte communiqué, effacer cette pression. Il s’y superpose.

Donateurs internationaux cités : Bezos Earth Fund et FEM

Le projet est soutenu par des donateurs internationaux, dont le Bezos Earth Fund et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM). L’annonce ne détaille pas ici la part de chacun dans les plus de 170 millions d’euros. Elle nomme toutefois deux appuis, l’un et l’autre clairement identifiés.

Ce soutien international complète le partenariat avec The Nature Conservancy. Gabon Infini n’est pas présenté comme un budget uniquement national. Il est présenté comme une mobilisation de financements sur dix ans, avec des donateurs et une ONG environnementale américaine.

Le Fonds pour l’environnement mondial apparaît sous son sigle FEM. Le Bezos Earth Fund apparaît sous son nom. Ensemble, ils donnent au projet une architecture de soutien qui dépasse Libreville, tout en restant ancrée dans une décision gabonaise annoncée samedi.

Sur dix ans, plus de 170 millions d’euros doivent ainsi relier une cible de 30 % d’écosystèmes protégés, des millions d’hectares à créer ou à mieux gérer, et des projets de terrain dans les communautés. Les donateurs cités sont une pièce de ce montage, pas toute l’histoire.

Ce que « 30 % d’ici 2030 » engage dans le discours officiel

Protéger 30 % des écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce d’ici 2030 : l’engagement est cité par TNC comme le cadre dans lequel s’inscrit Gabon Infini. Trois milieux. Une proportion. Une date. La phrase est courte. Sa mise en œuvre, telle qu’esquissée, passe par 3,7 millions d’hectares nouveaux et 3,8 millions d’hectares à mieux gérer.

Les écosystèmes d’eau douce élargissent encore le regard. Forêts, mer, rivières et zones humides ne sont pas trois dossiers séparés dans l’engagement. Ils forment un seul pourcentage. Les tourbières, déjà nommées parmi les écosystèmes-clés, appartiennent à cette famille de milieux qui stockent et régulent.

L’ambition du Cadre mondial pour la biodiversité, adopté en décembre 2022 lors de la COP15, est de stopper et inverser la perte de biodiversité d’ici 2030. Le Gabon, selon Jennifer Morris, se distingue par son adhésion à ce cadre. Gabon Infini devient alors une traduction financière d’une adhésion diplomatique.

Stopper et inverser la perte de biodiversité n’est pas la même chose que classer des hectares. L’annonce relie pourtant les deux. Les aires protégées sont l’outil spatial. Les projets communautaires sont l’outil social. Le financement sur dix ans est l’outil budgétaire.

Communautés locales : le fil qui traverse toute l’annonce

On peut relire l’ensemble du communiqué à partir d’un seul mot : communautés. Le vice-président les place au cœur du développement. La PDG de TNC parle d’une conservation menée par les communautés. Le projet doit financer des projets communautaires. Les bénéfices économiques durables sont promis aux populations locales.

Ce fil n’efface pas les chiffres. Il les oriente. 170 millions d’euros, 3,7 millions d’hectares, 3,8 millions d’hectares, 30 %, 2030, dix ans : tous ces indicateurs sont présentés comme au service d’un développement qui ne laisserait pas les habitants hors champ.

L’écotourisme, la sylviculture durable, l’atténuation des conflits homme-faune et l’adaptation aux inondations ou à l’érosion côtière sont autant de portes d’entrée vers le quotidien. Ce n’est pas un catalogue d’ONG. C’est la liste des actions que le financement doit notamment soutenir.

Dans un pays décrit comme régulateur climatique pour une grande partie de l’Afrique, les communautés gabonaises deviennent, dans ce discours, les premières interlocutrices d’une politique qui se veut à la fois nationale et globale. L’humain n’est pas ajouté en post-scriptum. Il est déclaré central.

Terre et mer : deux surfaces, une même cible

Un territoire marin aussi vaste que la superficie terrestre : cette égalité mérite qu’on s’y arrête. Beaucoup de récits sur le Gabon commencent par la forêt. L’annonce de Gabon Infini refuse d’oublier la mer. Dauphins à bosse de l’Atlantique, tortues marines, zones côtières, érosion côtière : le littoral revient sans cesse.

Protéger 30 % des écosystèmes marins autant que terrestres et d’eau douce impose de penser des aires protégées en mer comme en forêt. L’amélioration de la gestion de 3,8 millions d’hectares déjà protégés peut concerner l’un ou l’autre de ces milieux, selon la carte réelle des classements. L’annonce donne les totaux, pas le détail parc par parc.

Les zones côtières absorbent du CO2, dans les termes de la présentation, aux côtés des tourbières. Le climat n’est donc pas seulement une affaire de canopée. Il est aussi une affaire de rivage. L’érosion côtière transforme cette fonction écologique en risque pour les habitants.

Gabon Infini, en promettant des initiatives d’adaptation, relie la carte marine à la sécurité des communautés du littoral. Le financement n’est pas seulement un outil de sanctuarisation. Il est aussi un outil face à un rivage qui recule ou qui s’abîme, tel que le projet le formule.

Dix ans pour tenir une promesse chiffrée

Dix ans, ce n’est ni un sprint ni une éternité. C’est la durée officielle de mobilisation de plus de 170 millions d’euros. C’est aussi une période qui s’achève au voisinage de 2030 si l’on part de l’annonce de samedi, selon le calendrier politique déjà fixé pour les 30 %.

Sur cette décennie, le projet doit à la fois créer des aires, améliorer la gestion d’aires existantes, financer des projets communautaires et s’appuyer sur des donateurs internationaux. The Nature Conservancy est le partenaire nommé. Le Bezos Earth Fund et le FEM sont les donateurs cités parmi d’autres possibles, puisque le texte dit « dont ».

La durée de dix ans dit aussi que la conservation n’est pas traitée ici comme une campagne d’un été. Les éléphants de forêt, les gorilles des plaines, les chimpanzés, les perroquets gris d’Afrique ne se protègent pas en une saison budgétaire. Les tourbières non plus. Les zones côtières non plus.

Le mot Infini, dans le nom du projet, contraste avec la durée finie de dix ans. L’un parle d’horizon. L’autre parle de contrat de financement. L’annonce superpose les deux sans les expliquer davantage. Elle laisse le nom porter une ambition plus longue que le calendrier monétaire.

Ce que l’annonce ne détaille pas, et ce qu’elle affirme clairement

L’annonce de samedi affirme un lancement, un montant à mobiliser, une durée, un partenaire, des surfaces, des types de projets, un engagement de 30 % d’ici 2030, une liste d’espèces, une pression climatique et extractive, deux donateurs nommément cités. Elle n’invente pas, dans le texte source, un calendrier mois par mois ni une répartition euro par euro.

Rester fidèle à cette matière, c’est refuser d’ajouter des chiffres qui n’y figurent pas. C’est aussi refuser d’ignorer ce qui y figure avec insistance : l’humain, les communautés, la conservation menée avec elles, la forêt et la mer, le CO2 absorbé, la faune encore présente en proportions mondiales remarquables.

Plus de la moitié des éléphants de forêt restants dans le monde. Un quart des gorilles des plaines survivants. Ces deux proportions, rappelées par Stanislas Stephen Mouba, donnent à Gabon Infini une gravité qui dépasse un communiqué de financement. Elles disent pourquoi un pays de forêts et de côtes parle de régulateur climatique pour une grande partie de l’Afrique.

La demande mondiale en minerais, pétrole, denrées alimentaires, bois et produits d’origine animale reste le contre-champ. Gabon Infini s’annonce dans ce contre-champ, pas en dehors.

Une lecture d’ensemble pour retenir l’essentiel

Samedi, le Gabon a lancé Gabon Infini. Le projet vise à mobiliser plus de 170 millions d’euros sur dix ans. The Nature Conservancy est partenaire. L’engagement rappelé est celui de protéger 30 % des écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce d’ici 2030, tout en générant des bénéfices économiques durables pour les populations locales.

Hermann Immongault a voulu placer l’humain et les communautés au cœur du développement, au-delà de la simple valorisation des ressources. Jennifer Morris a salué une conservation menée par les communautés et une adhésion au Cadre mondial pour la biodiversité issu de la COP15 de décembre 2022. Stanislas Stephen Mouba a dressé la liste vivante des espèces.

3,7 millions d’hectares de nouvelles aires protégées. 3,8 millions d’hectares déjà protégés à mieux gérer. Sylviculture durable, écotourisme, atténuation des conflits homme-faune, adaptation aux inondations et à l’érosion côtière. Soutien du Bezos Earth Fund et du Fonds pour l’environnement mondial.

Le Gabon reste ce pays couvert à plus de 80 % de forêts tropicales, doté d’un espace marin comparable à sa terre, riche de tourbières et de côtes qui absorbent plus de CO2 qu’ils n’en émettent, exposé au climat et à la demande mondiale de ressources. Gabon Infini est le nom donné, samedi, à la tentative de financer ensemble la nature et les communautés qui y vivent.

Repères à emporter

Gabon Infini n’est pas seulement un montant. C’est une durée de dix ans, une carte d’hectares, une liste de projets communautaires et une alliance affichée entre Libreville, TNC et des donateurs internationaux, dans un pays du bassin du Congo qui assume un rôle climatique et une faune encore exceptionnelle.

Au terme de cette lecture, l’information tient en quelques lignes denses. Un État a annoncé un projet de financement. Une ONG environnementale américaine l’accompagne. Des hectares doivent être ajoutés à la protection. D’autres doivent être mieux gérés. Des communautés doivent voir des projets concrets. Des donateurs sont déjà nommés. La pression, elle, n’a pas disparu. Elle est même écrite noir sur blanc : climat, minerais, pétrole, nourriture, bois, produits animaux.

C’est dans cet écart — entre la richesse écologique décrite et la pression économique admise — que Gabon Infini prend son sens public. Non pas comme une conclusion, mais comme un lancement. Samedi n’était pas la fin d’un processus. C’était le moment où le nom, le montant et la durée ont été posés sur la table.

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