Quand une liste nationale se referme, le public retient souvent les noms les plus brillants. Cette fois, l’essentiel se joue aussi dans l’ombre des quatre dernières places. Cinq jours après l’officialisation de huit Françaises évoluant en WNBA, le staff a achevé samedi le groupe des douze pour la Coupe du monde de basket féminin, prévue du 4 au 13 septembre à Berlin. Marième Badiane, Romane Bernies, Aminata Gueye et Mamignan Touré rejoignent un collectif déjà marqué par l’argent olympique de Paris et par une génération qui refuse de considérer le Mondial comme une simple parenthèse entre deux saisons de clubs.
Un Groupe Fermé, Une Ambition Qui Reste Ouverte
Le calendrier n’a rien d’anodin. La compétition commence vendredi 4 septembre contre la Hongrie, se poursuit samedi face à la Corée du Sud, puis reprend lundi 7 septembre contre le Nigeria. Dans un tournoi élargi à seize nations, la première de poule file directement en quarts. Les deuxièmes et troisièmes passent par un barrage. Autrement dit, trois matchs suffisent à dessiner un destin, ou à le compliquer. La France n’a plus le luxe d’un rodage public prolongé. La préparation s’est faite à huis clos, entre l’INSEP et un ultime test prévu à Berlin contre la Chine, mardi 1er septembre, trois jours seulement avant le coup d’envoi.
Ce format comprimé explique le choix du staff. Il fallait un noyau capable d’absorber le décalage horaire, la fatigue de fin de saison américaine et le besoin immédiat de repères tactiques. Huit joueuses WNBA apportent le rythme et l’intensité. Quatre internationales européennes apportent la continuité du travail déjà entamé en France. Le mélange n’est pas un compromis administratif. C’est une tentative de coller un collectif à une fenêtre trop courte pour bricoler.
Ce Que Dit Vraiment La Liste Des Douze
La composition officielle dessine un cinq de base possible très mobile, avec une raquette plus complémentaire que monumentale. Chez les meneuses et arrières, on retrouve Pauline Astier (New York Liberty), Romane Bernies (Lattes-Montpellier), Marine Johannès (New York Liberty), Leïla Lacan (Connecticut Sun) et Carla Leite (Portland Fire). Sur les ailes, Valériane Ayayi (Phoenix Mercury), Janelle Salaün (Golden State Valkyries), Mamignan Touré (Besiktas Istanbul) et Gabby Williams (Golden State Valkyries) offrent des profils capables de défendre plusieurs postes. Dans la raquette, Marième Badiane (Schio), Aminata Gueye (Saragosse) et Dominique Malonga (Seattle Storm) forment un trio de pivots aux missions distinctes.
Les 12 Bleues pour Berlin
Meneuses / arrières : Pauline Astier, Romane Bernies, Marine Johannès, Leïla Lacan, Carla Leite.
Ailières : Valériane Ayayi, Janelle Salaün, Mamignan Touré, Gabby Williams.
Pivots : Marième Badiane, Aminata Gueye, Dominique Malonga.
On le voit d’un coup d’œil : le périmètre est riche, presque saturé de joueuses capables de créer. La raquette, elle, mise sur l’intelligence plus que sur la seule domination physique. Badiane apporte l’expérience et le jeu de relais. Gueye, plus jeune, incarne la continuité intérieure après un apprentissage accéléré en sélection. Malonga, plus grande, reste l’arme de protection et de présence près du cercle. Ce n’est pas un hasard si le staff a choisi deux pivots européennes pour accompagner la jeune intérieure de Seattle. Il fallait quelqu’un déjà installé dans les automatismes du groupe élargi.
Pourquoi Ces Quatre Noms Changent La Texture De L’équipe
Marième Badiane n’est pas une surprise de dernière minute. Née à Brest, formée dans le sérail français, passée par l’ASVEL, Montpellier, Fenerbahçe puis Schio, elle connaît les exigences d’EuroLigue autant que celles du maillot bleu. Intérieure à 1,90 m, elle ne cherche pas le numéro spectaculaire à chaque possession. Elle occupe l’espace, parle, écrante, punit le relâchement adverse sous le cercle et sert de point d’ancrage quand le rythme extérieur s’emballe. Dans un Mondial où les minutes seront fragmentées, ce genre de présence compte davantage qu’un gros match isolé.
Romane Bernies, elle, est la mémoire vive du collectif. Meneuse de 1,70 m à Lattes-Montpellier, elle a longtemps tenu le rôle de régulatrice quand les stars américaines n’étaient pas encore rentrées. Son jeu n’est pas fait pour les extraits vidéo. Il est fait pour les fins de quart-temps, les rotations serrées, les consignes défensives répétées à voix haute. À Berlin, sa valeur tiendra à sa capacité à calmer un match trop ouvert ou à accélérer sans perdre le fil. Dans un groupe où Johannès, Lacan, Astier et Leite peuvent toutes initier, il fallait une voix capable de relayer le staff depuis le parquet.
Aminata Gueye représente l’autre versant du choix. Pivot de Saragosse, 1,90 m, elle a gravité autour du groupe depuis la préparation de l’Euro 2025. La Coupe du monde devient pour elle une scène plus large, plus exposée. Son profil intérieur permet de soulager Badiane et Malonga sans changer totalement le système. Elle devra gagner des minutes par la discipline : rebonds de combat, écrans francs, fautes évitées, courses dans le non-porteur. Les tournois courts récompensent souvent celles qui acceptent d’être utiles avant d’être visibles.
Mamignan Touré, parfois appelée Migna, referme la liste avec un profil d’arrière-ailière de 1,83 m. Club actuel : Besiktas Istanbul. Parcours déjà long, entre Landes, Montpellier, Gérone, un passage éclair en WNBA et désormais la Turquie. Elle apporte du tir, de la défense de conservation et une lecture de match de joueuse qui a déjà connu les grands rendez-vous, y compris en 3×3. Face à des adversaires qui tenteront de figer le jeu français, son énergie sur les ailes peut servir de soupape.
Une liste de douze n’est jamais un palmarès. C’est un outil. Ici, l’outil cherche à tenir trois matchs de poule avec un banc capable de défendre sans que le score s’écroule.
Le Socle Wnba, Force Et Contrainte En Même Temps
Valériane Ayayi, capitaine, arrive de Phoenix. Gabby Williams et Janelle Salaün débarquent de Golden State. Marine Johannès et Pauline Astier quittent New York. Leïla Lacan vient du Connecticut. Carla Leite de Portland. Dominique Malonga de Seattle. Huit trajectoires américaines, huit calendriers différents, huit états de fraîcheur à synchroniser en quelques jours. C’est la grande force du basket français actuel. C’est aussi sa fragilité structurelle avant un Mondial de septembre.
Le staff l’avait anticipé en officialisant d’abord les WNBA, « par souci de clarté » vis-à-vis des franchises et des joueuses. Leïla Lacan a rejoint le groupe en région parisienne dès le 27 août. Ayayi, Salaün et Williams étaient attendues le 29. Leite, Astier et Johannès le 30. Malonga, dernière, le 31. Autrement dit, certaines Bleues auront à peine posé leurs valises que le match contre la Chine, déjà à huis clos, servira de répétition grandeur nature. Puis viendra la Hongrie.
Dans ces conditions, la continuité européenne de Badiane, Bernies, Gueye et Touré n’est pas un lot de consolation. C’est le ciment. Ces quatre-là ont davantage partagé les semaines de stage, les consignes répétées, les deux oppositions d’entraînement face à l’Italie. Elles connaissent déjà le langage du staff dirigé par Jean-Aimé Toupane, avec Céline Dumerc à la direction sportive du collectif féminin. Quand les Américaines arriveront avec leurs automatismes de club, il faudra un pont. Ces quatre noms sont ce pont.
Berlin, Seize Équipes, Une Poule Qui Ne Pardonne Rien
Le Mondial 2026 n’est plus le tournoi à douze nations d’autrefois. Seize sélections, quatre poules, un premier de groupe qualifié d’office pour les quarts, un barrage pour les deuxième et troisième. La France est tombée dans le groupe B avec la Hongrie, la Corée du Sud et le Nigeria. Sur le papier, le favori continental paraît évident. Sur le parquet, rien n’est automatique. Une poule dite « abordable » devient vite un piège si le premier match est poussif, si les rotations sont mal dosées, si le jet à trois adverse commence à rentrer trop tôt.
La Hongrie, adversaire d’ouverture le 4 septembre, n’est plus une nation de figuration. Elle a retrouvé le Mondial après une longue absence et arrive avec l’énergie d’une équipe qui n’a rien à perdre. La Corée, le 5 septembre, imposera un autre problème : rythme périphérique, circulation rapide, tirs tôt dans la possession. Le Nigeria, champion d’Afrique, le 7 septembre, apportera de l’athlétisme, du contact et une fierté de contestataire. Trois styles, trois lectures, trois risques de se tromper de plan.
| Date | Adversaire | Enjeu immédiat |
|---|---|---|
| 4 septembre | Hongrie | Pose le ton, évite le piège du premier match |
| 5 septembre | Corée du Sud | Contrôler le rythme et le tir extérieur |
| 7 septembre | Nigeria | Gagner le combat physique et les rebonds |
Le premier de poule évite le barrage. C’est l’objectif réaliste d’un groupe français qui se voit encore dans le dernier carré, voire sur un podium. Mais viser la première place impose de gérer l’effort. Trois matchs en quatre jours, après une saison WNBA et des voyages transatlantiques, ce n’est pas un sprint isolé. C’est une gestion de carburant. Les quatre dernières sélectionnées serviront précisément à ça : tenir le banc, défendre des séquences, permettre aux cadres de souffler sans que le niveau chute.
Le Fantôme De 2022 Et Le Test Chinois
Lors de la précédente Coupe du monde, en 2022, les Françaises s’étaient arrêtées en quarts de finale contre la Chine, 85-71. Le score est resté dans les mémoires comme un rappel : le talent ne suffit pas si le match échappe par le rebond, par les pertes de balle ou par une adresse adverse trop libre. Mardi prochain, à huis clos, ces deux équipes se retrouvent en préparation. Ce n’est pas une revanche officielle. C’est un laboratoire. La Chine, versée dans une autre poule à Berlin, reste un adversaire de référence, capable d’imposer un rythme intérieur-extérieur très structuré.
Jouer à huis clos change la nature de la répétition. Pas de public pour porter, pas de mise en scène, seulement le bruit des consignes et le crissement des baskets. Pour un groupe encore en cours d’assemblage, c’est peut-être mieux ainsi. On travaille les sorties de presse, les aides défensives, les cinq de fin de match. On observe qui parle, qui court après la perte de balle, qui accepte un rôle plus sale. Les quatre nouvelles titulaires du groupe final seront jugées là, avant même la Hongrie.
Une Génération Entre Argent Olympique Et Faim De Titre
Depuis Paris 2024, le récit des Bleues est celui d’une équipe qui a touché le sommet sans le franchir. Finale olympique perdue d’un point contre les États-Unis. Ensuite, un Euro 2025 plus heurté, conclu à la quatrième place. Le Mondial de Berlin arrive donc comme un examen de caractère autant que de talent. Le public français aime les épopées. Le staff, lui, parle davantage de détails : récupération, communication, défense de transition, choix de tirs.
Valériane Ayayi porte le brassard et l’expérience. Gabby Williams reste la joueuse capable de basculer un match par l’activité. Marine Johannès, absente de certains rendez-vous récents, revient avec son tir et sa capacité à casser une zone. Janelle Salaün grandit à vue d’œil dans le rôle d’ailière moderne. Leïla Lacan et Carla Leite incarnent la relève déjà opérationnelle. Dominique Malonga, à vingt ans à peine, pèse déjà dans la raquette internationale. Autour d’elles, Badiane, Bernies, Gueye et Touré empêchent le groupe de devenir une addition de solistes.
Il y a aussi des absences, inévitables dans toute liste de douze. Marine Fauthoux, cadre des dernières années, n’a pas été retenue parmi les WNBA officialisées plus tôt dans la semaine. D’autres internationales du groupe élargi de trente-deux joueuses sont restées à quai. C’est la loi d’un Mondial : on ne part pas avec un effectif de club. On part avec une idée de jeu. Celle de Toupane semble claire. Beaucoup de permutation à l’extérieur, une raquette mobile, une défense qui commence très haut et un banc capable de maintenir l’intensité.
Le Rôle Caché De La Préparation Sans Vitrine
Dès l’été, la fédération avait annoncé une préparation atypique. Pas de tournée publique longue. Un rassemblement commencé à l’INSEP avec une partie du groupe élargi, deux oppositions à huis clos contre l’Italie, puis le déplacement en Allemagne. Le choix a déçu certains amateurs de matches amicaux spectaculaires. Il répond pourtant à une réalité : les meilleures Françaises n’étaient pas disponibles en même temps. La saison WNBA ne s’arrête officiellement pour le Mondial que très tard. Construire un calendrier de vitrine aurait été un leurre.
Les deux séances contre l’Italie, troisième de l’Euro 2025, ont servi de filtre. C’est après ces oppositions que le staff a tranché les quatre dernières places. On imagine le débat interne. Faut-il une deuxième meneuse de métier ? Une intérieure plus grande ? Une ailière de rupture ? La réponse a été un peu des trois : Bernies pour la conduite, Badiane et Gueye pour la raquette, Touré pour la polyvalence arrière. Ce n’est pas un groupe bâti pour éblouir sur le papier. C’est un groupe bâti pour tenir dix jours.
La dimension humaine n’est pas un à-côté. Plusieurs cadres sont aussi mères de famille. Le rythme des allers-retours entre clubs, sélection et vie privée pèse. Dans un vestiaire, cela crée une autre autorité, plus calme, parfois plus exigeante. Badiane et Ayayi incarnent cette génération de « daronnes » qui parlent autant de responsabilités que de systèmes. Un Mondial n’est pas seulement une affaire de pick-and-roll. C’est aussi une affaire de cadre mental quand le premier tir ne rentre pas.
Comment La France Peut Gagner Ses Minutes Décisives
Sur le plan tactique, trois chantiers sautent aux yeux. Premier chantier : la défense de transition. Contre la Corée et le Nigeria, le moindre relâchement après un tir manqué peut coûter un panier facile. Il faudra sprinter en recul aussi vite qu’on attaque. Deuxième chantier : le rebond offensif adverse. La Hongrie et le Nigeria aiment seconde chance. Badiane, Gueye et Malonga devront décider qui boxe, qui part au rebond, qui sécurise la première passe. Troisième chantier : la gestion du jet à trois. L’équipe française crée beaucoup. Encore faut-il choisir les bons tirs au bon moment, surtout en fin de possession.
Le cinq majeur ne sera pas figé. On peut voir Johannès et Williams ensemble pour étirer la défense. On peut voir Lacan ou Leite accélérer dès le premier quart. On peut voir Ayayi défendre le meilleur ailier adverse pendant trente minutes. On peut voir Bernies entrer pour poser le jeu quand le rythme devient trop nerveux. Touré peut prendre le meilleur scoreur adverse sur une séquence. Gueye peut avaler cinq minutes sales en milieu de second quart. C’est ainsi que se gagnent les Mondiaux modernes : par couches, pas par un seul héros.
La question du leadership partagé sera aussi centrale. Ayayi porte le titre. Williams et Johannès portent l’aura. Les plus jeunes portent l’envie. Les quatre dernières convoquées portent la continuité. Si ces strates se parlent, la France a un onze de rotation capable d’inquiéter n’importe qui hors États-Unis. Si elles se marchent dessus, le groupe B peut devenir un labyrinthe. Le talent est là. L’enjeu, désormais, est l’ordre.
Portraits Croisés Des Quatre Dernières Convoquées
Marième Badiane est née le 24 novembre 1994. Fille de basketteurs, elle a grandi dans une culture de parquet avant même de choisir un club. Son jeu d’intérieure moderne, capable de sortir, de passer et de défendre en aide, correspond au basket international actuel. Schio, en Italie, lui offre un contexte d’EuroLigue exigeant. En Bleue, elle n’a plus à prouver qu’elle appartient au cercle. Elle doit seulement rappeler qu’une équipe a besoin d’une intérieure qui ne cherche pas la lumière à chaque action.
Romane Bernies, née le 27 juin 1993 à Agen, est la doyenne du groupe. 1,70 m, poste 1, Lattes-Montpellier. Son palmarès de club est celui d’une professionnelle de l’ombre lumineuse : titres de jeunesse à Bourges, retour durable à Montpellier, passages par les compétitions européennes. En sélection, elle a déjà connu Coupe du monde, Euro et Jeux. On la choisit rarement pour le show. On la choisit pour que le show des autres reste cadré.
Aminata Gueye, née le 10 juillet 2002, 1,90 m, Saragosse. Elle a peu de sélections au compteur comparé aux cadres. C’est précisément ce qui rend sa convocation parlante. Le staff n’a pas voulu d’une raquette uniquement composée d’habitudes. Il a voulu une joueuse encore en phase de conquête, capable de grandir en dix jours. Son défi sera simple à formuler, difficile à tenir : être prête dès qu’on l’appelle, sans chercher à tout faire.
Mamignan Touré, née le 19 décembre 1994 à Nevers, 1,83 m, Besiktas. Parcours de nomade maîtrisé, de Arras à Istanbul en passant par Nice, Landes, Braine, Montpellier et Gérone. Elle a aussi brillé en 3×3, discipline qui affine la lecture des espaces réduits. À Berlin, son utilité passera par le tir d’écartement et la défense de conservation. Dans un groupe déjà fourni à l’extérieur, elle devra gagner sa place action après action.
Ce Que Le Public Peut Attendre Dès Le Match D’ouverture
Contre la Hongrie, la France devra éviter le scénario classique des premiers matches de tournoi : trop d’enthousiasme, trop de tirs tôt, trop de fautes de prévention. Le plus probable est un départ chahuté, le temps que les automatismes WNBA et européens s’alignent. Puis, si la défense tient, l’adresse française peut faire la différence. Johannès, Williams, Ayayi, Lacan, Leite : le volume de création est réel. Encore faut-il que la raquette nettoie les rebonds et que Bernies, ou Astier, tiennent le tempo.
Le lendemain, la Corée demandera une autre patience. Les équipes asiatiques de ce niveau punissent la nonchalance périphérique. Il faudra fermer les lignes de passe, contester sans bondir à chaque feinte, et faire payer le petit gabarit dans la raquette. Là, Gueye et Badiane peuvent peser. Face au Nigeria, le défi s’inversera : encaisser le contact, ne pas se laisser entraîner dans une bataille d’ego athlétique, imposer le jeu de passes. Malonga sera regardée de près. Williams aussi, pour sa capacité à défendre plusieurs postes.
Si la France termine première, le barrage est évité et les quarts deviennent un match à préparation plus sereine. Si elle termine deuxième ou troisième, une rencontre supplémentaire s’invite, avec son risque de blessure et de fatigue. C’est pourquoi la première place de poule n’est pas un caprice de classement. C’est une stratégie de santé. Dans un tournoi de dix jours, chaque possession de trop se paie plus tard.
Le Mondial Vu Depuis Les Clubs Et Les Territoires
Derrière les franchises américaines, le maillage européen reste essentiel. Schio, Lattes-Montpellier, Saragosse, Besiktas : quatre clubs, quatre championnats, quatre manières de jouer. Cette diversité peut sembler un handicap. Elle est aussi une richesse. Badiane arrive d’un basket italien très tactique. Bernies d’un championnat français qu’elle connaît par cœur. Gueye d’Espagne, terre de jeu collectif. Touré de Turquie, où l’intensité physique est souvent brutale. Mis bout à bout, ces regards différents aident à lire des adversaires eux-mêmes très disparates.
Les territoires français se reconnaîtront aussi dans ces trajectoires. Brest pour Badiane. Agen et l’Aquitaine pour Bernies. Le vivier hexagone pour Gueye. Nevers et les clubs de l’ouest pour Touré. Le basket féminin français n’est pas seulement une vitrine WNBA. Il reste une filière, avec ses centres de formation, ses saisons de Ligue, ses joueuses qui attendent parfois des années une fenêtre de douze places. Cette liste le rappelle. On peut briller outre-Atlantique et manquer le wagon. On peut rester en Europe et prendre le dernier siège.
Les Favorites Du Tableau Et La Place Des Bleues
Les États-Unis restent la référence, avec un effectif WNBA pléthorique et une culture de Mondial quasi industrielle. L’Australie, la Belgique, l’Espagne, la Chine et, selon les soirs, la France elle-même composent le cercle des prétendantes. L’Allemagne, pays hôte, aura le public. L’Italie revient après une très longue absence. Le Japon et la Turquie peuvent créer l’accident. Dans ce paysage, les Bleues ne sont plus outsiders. Elles sont attendues. C’est plus lourd à porter qu’un statut de surprise.
Être attendu change la préparation mentale. Chaque perte de balle sera commentée. Chaque rotation sera soupçonnée. Chaque match accroché contre la Hongrie sera lu comme un signal d’alarme, même s’il n’en est pas un. Le staff devra donc protéger le groupe de la rumeur autant que de l’adversaire. Les joueuses européennes du onze, moins exposées médiatiquement que certaines WNBA, peuvent aider à garder un vestiaire terre à terre.
Le souvenir de la finale olympique reste un carburant ambigu. Il donne de la confiance. Il peut aussi figer. Berlin n’est pas Paris. Le public n’est pas le même. Le format n’est pas le même. Les États-Unis seront dans une autre poule. Le chemin vers une possible revanche, s’il existe, passera d’abord par la Hongrie, la Corée et le Nigeria. Toute autre lecture serait de la magie de salon.
Ce Qui Se Joue Au-Delà Du Score
Un Mondial féminin en 2026, c’est aussi une vitrine pour le basket français dans son ensemble. Les audiences, les détections, les vocations, les contrats européens, les discussions avec les franchises WNBA : tout cela se nourrit de dix jours à Berlin. Une équipe qui joue vite, qui défend, qui fait circuler le ballon, parle à un public plus large qu’un cercle d’initiés. Les quatre dernières convocations participent à ce récit. Elles montrent qu’il existe encore un chemin hors de la seule scène américaine.
Il se joue aussi une transmission. Malonga, Lacan, Leite, Gueye regardent Ayayi, Badiane, Bernies, Johannès, Williams. Dans quatre ans, la hiérarchie aura bougé. Les Jeux suivants se préparent déjà, même si personne ne le dira trop fort pendant le tournoi. Une Coupe du monde réussie n’est pas seulement une médaille. C’est une culture d’équipe qui survit au changement de génération. C’est précisément ce que cherche un staff quand il mélange cadres et jeunes intérieures, meneuses de métier et créatrices WNBA.
Le public, lui, attend autre chose : des matches qui avancent, des défenses qui mordent, une équipe reconnaissable. Depuis plusieurs étés, les Bleues ont une signature. Elles contestent, elles courent, elles tentent de rendre le match étouffant. Si Berlin confirme cette identité, la liste de samedi aura fait son travail, même avant d’ouvrir le palmarès. Si l’identité se dilue, les débats sur les absentes reviendront plus vite que le premier barrage.
Les Détails Qui Feront La Différence En Fin De Match
Les dernières minutes d’un quart de finale se gagnent rarement sur un schéma de cahier. Elles se gagnent sur les lancers, les fautes à donner, les changements défensifs, la qualité de la première passe après rebond. Bernies peut y être précieuse. Badiane aussi, pour occuper le meilleur intérieur adverse sans commettre la faute inutile. Touré peut prendre un tir de circulation que l’on n’attendait pas. Gueye peut arracher un rebond offensif anonyme qui vaut un nouveau départ de possession.
Il faudra aussi gérer les jours sans. Un Mondial de dix jours laisse peu de place à la convalescence. Une cheville gonflée, un dos raide, un jet à trois qui refuse de rentrer : le banc devient alors le vrai luxe. C’est pourquoi une liste n’est pas un onze de gala. C’est une assurance. Les quatre joueuses annoncées samedi sont cette assurance. Pas moins. Peut-être plus, si l’une d’elles capte le tournoi comme cela arrive parfois à celles que l’on croyait complémentaires.
Le plus beau compliment que l’on puisse faire à une sélectionnée de l’ombre, c’est que l’équipe ne bascule pas quand elle entre. À Berlin, ce compliment vaudra autant qu’un gros scoring.
Une Semaine Pour Assembler, Dix Jours Pour Trancher
À partir de maintenant, le récit quitte la feuille de sélection. Il bascule vers le quotidien : séances vidéo, recoveries, discussions de couloir, cinq qui collent, cinq qui coincent. Le match chinois du 1er septembre donnera un premier cliché, forcément imparfait. Puis la Hongrie imposera le vrai chrono. Les Bleues n’auront pas besoin d’un chef-d’œuvre d’entrée. Elles auront besoin d’un match propre, d’une défense reconnaissable et d’un banc qui ne fait pas baisser le son.
Marième Badiane, Romane Bernies, Aminata Gueye et Mamignan Touré n’effacent pas les huit WNBA. Elles les rendent possibles. Sans elles, le groupe serait une constellation trop brillante et trop tardive. Avec elles, il redevient une équipe, avec ses aspérités, ses rôles, ses silences utiles. C’est moins glamour qu’une affiche de stars. C’est plus proche de la manière dont se gagnent vraiment les tournois courts.
Berlin n’attendra personne. Ni les retards d’avion, ni les ajustements de dernière minute, ni les débats de vestiaire. Le Mondial commencera le 4 septembre, que la chimie soit parfaite ou seulement suffisante. La liste est complète. Le travail, lui, ne fait que changer de pièce. De la salle de réunion à la ligne de touche, il reste à transformer douze noms en un seul rythme. C’est là, et nulle part ailleurs, que se jouera la valeur de cette sélection de fin août.









