Et si le rebond spectaculaire de Bitcoin ces derniers jours n’était que le début d’un mouvement bien plus ample ? Après avoir passé une grande partie de l’été autour de 60 000 à 65 000 dollars, la première cryptomonnaie a bondi d’environ 24 % en seulement sept jours pour flirter avec les 77 000 dollars. Ce regain de vigueur a poussé l’un des plus grands établissements bancaires mondiaux à reconsidérer sa propre prévision de fin d’année. Selon son responsable mondial de la recherche sur les actifs numériques, l’objectif de 100 000 dollars pourrait désormais s’avérer trop prudent. Le scénario d’un retour vers le record historique de 126 000 dollars avant la clôture de 2026 n’est plus écarté.
Un rebond porté par les liquidations et le retour des flux ETF
Le mouvement actuel ne s’explique pas uniquement par un regain d’enthousiasme spontané. D’après Geoff Kendrick, global head of digital asset research chez Standard Chartered, la hausse a d’abord été alimentée par des liquidations massives de positions short. Quand le prix grimpe rapidement, les vendeurs à découvert sont contraints de racheter pour limiter leurs pertes, ce qui crée un effet boule de neige haussier. Ce mécanisme technique a joué un rôle déterminant dans la remontée des derniers jours.
En parallèle, les flux vers les ETF Bitcoin au comptant américains montrent des signes de reprise. Après une période de sorties nettes qui avaient pesé sur le marché plus tôt dans l’année, les entrées d’argent institutionnel recommencent à se manifester. Ces achats « structurels » ne dépendent pas de la spéculation à court terme et apportent une demande plus durable. Kendrick souligne que la combinaison de ces deux facteurs – liquidations forcées et retour des ETF – a permis à Bitcoin de sortir rapidement de la zone des 60 000-65 000 dollars où il stagnait depuis près de deux mois.
À l’heure où ces lignes sont écrites, Bitcoin évolue autour de 76 800 à 77 600 dollars selon les plateformes. Cela représente encore un écart d’environ 39 % par rapport à l’objectif officiel de 100 000 dollars de la banque, et de près de 64 % par rapport au sommet historique de 126 000 dollars. Pourtant, pour la première fois cette année, Kendrick reconnaît ouvertement qu’il existe désormais un risque que sa prévision de fin d’année soit trop basse.
Une date charnière : le 6 octobre
L’analyste place une attention particulière sur le 6 octobre. Cette date correspond approximativement à l’anniversaire du pic de marché de 2025, après lequel Bitcoin avait entamé une longue phase de correction qui s’est prolongée jusqu’en 2026. Kendrick estime que le rebond pourrait s’accélérer une fois ce jalon passé, à condition que la dynamique actuelle se maintienne.
Il ne s’agit pas d’une prédiction magique, mais d’une observation de calendrier de marché. Les anniversaires de sommets ou de creux majeurs ont parfois un effet psychologique sur les acteurs. Si Bitcoin parvient à consolider ses gains au-delà de cette date, les investisseurs institutionnels et les traders pourraient interpréter le mouvement comme la confirmation que le cycle baissier de 2026 a touché son point bas.
Standard Chartered n’a pas officiellement remplacé son objectif de 100 000 dollars par une cible à 126 000 dollars. Kendrick se contente de décrire le record historique comme un niveau que la cryptomonnaie pourrait revisiter si le momentum actuel se renforce. Cette nuance est importante : la banque conserve sa prévision officielle, tout en admettant que le scénario haussier s’est nettement amélioré.
Retour sur les prévisions de 2026 : un parcours mouvementé
Pour bien comprendre la portée de cette déclaration, il faut replacer le contexte. En février 2026, Standard Chartered avait déjà revu ses ambitions à la baisse. L’objectif de fin d’année pour Bitcoin était passé de 150 000 à 100 000 dollars, tandis que celui d’Ether était abaissé de 7 500 à 4 000 dollars. À l’époque, Kendrick anticipait même un possible plongeon vers 50 000 dollars avant une reprise.
Les raisons invoquées étaient claires : sorties massives des ETF, macroéconomie moins favorable, attentes réduites de baisses de taux de la Réserve fédérale, et repositionnement des investisseurs. Bitcoin n’a finalement pas touché les 50 000 dollars. Son plus bas du cycle s’est situé dans la zone haute des 50 000 dollars, avant que les acheteurs ne reviennent progressivement.
En juin, alors que le prix s’approchait brièvement des 61 000 puis des 59 000 dollars, la banque avait maintenu son objectif de 100 000 dollars. Kendrick qualifiait alors la zone des 59 000 dollars de « probable point bas du cycle », attribuant la baisse à des ventes forcées, des flux ETF faibles et des tensions de liquidité. Depuis ce creux de juin, Bitcoin a progressé de plus de 17 000 dollars.
Même en juillet, alors que la volatilité restait élevée et que certains s’inquiétaient de l’évolution de la stratégie de trésorerie en Bitcoin de certaines sociétés cotées, Standard Chartered a réaffirmé sa prévision. Le 10 juillet, alors que le prix évoluait au-dessus de 64 000 dollars, Kendrick estimait que ces inquiétudes n’étaient pas suffisantes pour modifier la vision de long terme.
Les niveaux de résistance de juillet désormais loin derrière
Durant une bonne partie de l’été, Bitcoin a lutté autour de 65 000 dollars. Plusieurs tentatives de franchissement ont échoué. Le 16 juillet, après des données d’inflation américaines plus douces, le prix a brièvement touché 65 470 dollars avant de reculer sous 64 400 dollars, accélérant les liquidations. Les baleines et les détenteurs de long terme ont également vendu, limitant le mouvement.
Le 21 juillet, un nouveau rallye a porté Bitcoin jusqu’à 66 965 dollars, mais la zone des 67 000 dollars a de nouveau fait office de plafond. Les flux ETF positifs, les avancées réglementaires aux États-Unis et les liquidations de shorts ont soutenu la hausse, tandis que la hausse des prix du pétrole liée aux tensions géopolitiques a freiné l’enthousiasme.
Aujourd’hui, ces niveaux de résistance de juillet se situent plus de 10 000 dollars sous le cours actuel. Le marché a clairement changé de dimension en l’espace de quelques semaines. Ce qui était perçu comme un plafond difficile à franchir est devenu un simple point de passage.
Open interest bas : une réserve de potentiel haussier
Un autre élément souligné par Kendrick mérite attention : le niveau d’open interest reste relativement bas. Cela signifie que moins de positions à effet de levier sont actuellement ouvertes par rapport aux périodes où la spéculation est à son paroxysme. Dans un marché trop « chargé », un rallye peut s’effondrer rapidement sous le poids des liquidations en cascade. Ici, la situation est différente.
Un open interest modéré laisse de la place aux investisseurs pour reconstruire des positions au fur et à mesure que le prix monte. Si la confiance revient, les nouveaux entrants peuvent accompagner le mouvement sans créer immédiatement une surcharge de levier. Kendrick voit dans cette configuration un facteur favorable : la hausse actuelle n’est pas encore « surpeuplée ».
Cette observation technique est souvent sous-estimée. Les marchés de dérivés crypto ont la particularité d’amplifier les mouvements dans les deux sens. Un open interest trop élevé peut transformer un simple pullback en crash. À l’inverse, un open interest bas offre un matelas de sécurité relatif pour une continuation haussière.
Les voix du marché : d’autres regards sur le possible point bas
Standard Chartered n’est pas isolé dans son analyse. D’autres observateurs du secteur ont également commencé à chercher des signes que le marché baissier de 2026 aurait atteint son terme. Cory Klippsten, dirigeant de Swan Bitcoin, a évoqué la possibilité d’un point bas en octobre. Markus Thielen, fondateur de 10x Research, a quant à lui indiqué qu’une clôture mensuelle d’août au-dessus de 63 000 dollars pourrait confirmer la fin du cycle baissier.
Bitcoin a déjà largement dépassé ce seuil de 63 000 dollars bien avant la fin du mois d’août. La condition de Thielen dépend toutefois du niveau de clôture mensuelle, et non d’un simple franchissement intraday. Même si le prix se maintient largement au-dessus, la confirmation technique reste liée à la bougie mensuelle.
Ces convergences d’opinion entre banques, analystes indépendants et acteurs du secteur renforcent l’idée que le sentiment de marché est en train de basculer. Après des mois de prudence, voire de pessimisme, les regards se tournent à nouveau vers le haut.
Le rôle central des ETF Bitcoin au comptant
Les flux vers les ETF Bitcoin au comptant restent l’un des indicateurs les plus suivis. En début d’année, les sorties nettes avaient contribué à la pression vendeuse. La situation a commencé à s’améliorer en juillet. Le 2 juillet, les fonds américains ont enregistré 221,7 millions de dollars d’entrées nettes, mettant fin à une série de dix jours négatifs. Bitcoin évoluait alors autour de 61 700 dollars.
Le 21 juillet, les entrées s’étaient étendues à cinq séances consécutives, tandis que le prix repassait au-dessus de 65 000 dollars. Ces flux, même s’ils restent volatils, apportent une demande réelle et mesurable. Contrairement aux liquidations de shorts, qui sont ponctuelles, les achats d’ETF représentent un engagement plus structurel de la part d’investisseurs institutionnels et de particuliers via des véhicules régulés.
Kendrick insiste sur ce point : si les flux ETF continuent de se redresser, ils fourniront un soutien indépendant des mécanismes purement techniques. C’est précisément cette combinaison – short covering + demande ETF – qui a permis le rebond rapide observé ces derniers jours.
Ce que change réellement le discours de Standard Chartered
La déclaration de Geoff Kendrick ne constitue pas un changement officiel de cible. La banque conserve son objectif de 100 000 dollars pour la fin 2026. Pourtant, le simple fait d’admettre que cette prévision pourrait être trop basse marque un tournant. Dans un environnement où les institutions financières restent traditionnellement prudentes, ce type de commentaire est rare.
Il reflète une évolution tangible des conditions de marché. Les forces qui avaient justifié la baisse de l’objectif en février (sorties ETF, macroéconomie, positionnement) se sont en partie inversées. Les liquidations de juin ont nettoyé une partie de l’effet de levier excessif. Les flux institutionnels montrent des signes de reprise. Et le prix a clairement cassé les résistances qui avaient freiné le marché pendant des semaines.
Pour les investisseurs, cela signifie que le scénario de base de Standard Chartered (100 000 dollars) reste valable, mais qu’un scénario alternatif plus haussier (retour vers 126 000 dollars) entre désormais dans le champ des possibles. La distinction est importante : la banque n’annonce pas un nouveau prix cible, elle reconnaît que le risque de sous-estimer le mouvement existe.
Les risques qui restent présents
Aucun rallye n’est linéaire. Même dans un contexte favorable, plusieurs facteurs peuvent freiner ou inverser la tendance. Les tensions géopolitiques, comme celles observées en juillet autour du conflit américano-iranien, ont déjà montré leur capacité à peser sur les actifs risqués. Une reprise de la volatilité macroéconomique ou un nouveau cycle de sorties ETF pourrait également ralentir la progression.
Le niveau d’open interest, actuellement bas, peut rapidement augmenter si le FOMO s’installe. Une accumulation trop rapide de positions à effet de levier rendrait le marché plus fragile. Enfin, la psychologie collective autour de la date du 6 octobre reste un élément d’incertitude : si le prix échoue à consolider après cette échéance, certains acteurs pourraient y voir un signal de faiblesse.
Ces risques n’invalident pas le scénario haussier, mais ils rappellent que le chemin vers 100 000 ou 126 000 dollars ne sera probablement pas une ligne droite. Les consolidations, les prises de bénéfices et les phases de digération resteront inévitables.
Une dynamique de marché qui change de nature
Ce qui frappe dans le discours actuel de Standard Chartered, c’est le changement de ton. En février, la banque abaissait ses cibles et envisageait un scénario de baisse vers 50 000 dollars. En juin, elle maintenait 100 000 dollars tout en qualifiant les 59 000 dollars de probable point bas. Aujourd’hui, elle conserve officiellement 100 000 dollars, mais reconnaît que le risque de sous-estimation existe et que le record de 126 000 dollars redevient envisageable avant la fin de l’année.
Ce glissement progressif reflète l’évolution réelle du marché. Bitcoin a d’abord stabilisé, puis cassé des résistances techniques importantes, avant d’accélérer sous l’effet des liquidations et du retour des flux institutionnels. La structure du marché a changé : moins d’effet de levier excessif, plus de demande « réelle » via les ETF, et un sentiment qui bascule lentement du pessimisme vers une prudence haussière.
Pour les observateurs de long terme, ce type de transition est souvent plus significatif qu’un simple mouvement de prix. Les institutions qui avaient réduit leurs ambitions commencent à admettre que le scénario baissier a peut-être atteint ses limites. Et lorsque ce type de reconnaissance se généralise, le marché a tendance à tester les niveaux qui paraissaient inatteignables quelques mois plus tôt.
Ce qu’il faut retenir pour la suite de 2026
Bitcoin a repris plus de 17 000 dollars depuis son point bas de juin. Il a franchi sans trop de difficultés les zones de résistance qui avaient bloqué le marché en juillet. Les flux ETF montrent des signes de reprise. L’open interest reste raisonnable. Et l’un des analystes les plus suivis du secteur bancaire reconnaît désormais que son objectif de 100 000 dollars pourrait s’avérer trop prudent.
Le prochain test important se situera autour du 6 octobre. Si la dynamique se maintient au-delà de cette date, le scénario d’un retour vers le sommet historique de 126 000 dollars avant la fin 2026 gagnera en crédibilité. Standard Chartered n’a pas encore formalisé ce niveau comme nouvelle cible officielle, mais le simple fait de l’évoquer marque un tournant dans le discours institutionnel.
Dans un marché où les prévisions évoluent aussi vite que les prix, la prudence reste de mise. Pourtant, pour la première fois depuis le début de l’année, le risque de sous-estimer Bitcoin semble désormais plus important que le risque de le surestimer. Et c’est précisément ce changement de perspective qui pourrait accompagner la prochaine phase de hausse.
Le rebond de 24 % en une semaine n’est peut-être qu’un début. Les conditions techniques, les flux institutionnels et le positionnement des acteurs convergent vers une configuration plus constructive. Reste à voir si le marché confirmera ce scénario dans les semaines et les mois qui viennent, et si le record de 126 000 dollars redeviendra, avant la fin 2026, un objectif réaliste plutôt qu’un simple souvenir.









