Imaginez une capitale entière qui sort dans la rue. Des milliers de voix qui scandaient le même nom, des drapeaux verts, rouges et jaunes qui flottaient partout, et une équipe de footballeuses au centre de tout cela. Dimanche dernier, le Cameroun a écrit une page inédite de son histoire sportive en remportant pour la première fois la Coupe d’Afrique des Nations féminine. Face au Malawi, les Lionnes ont s’imposées 3-0, et la fête qui a suivi a dépassé tout ce que l’on pouvait imaginer. Dimitri Lipoff, le coordonnateur français de la sélection, a accepté de revenir sur cette aventure hors du commun, juste avant de regagner le Cameroun.
Une histoire qui commence bien avant le trophée
Quand on regarde le parcours de cette équipe, on comprend vite que rien n’était écrit d’avance. Trois ans et demi plus tôt, Dimitri Lipoff avait déjà travaillé avec la sélection féminine camerounaise. Depuis, le lien n’avait jamais vraiment été rompu. Samuel Eto’o, devenu président de la fédération, l’avait contacté à l’époque. Et puis il y avait Gaëlle Enganamouit, Ballon d’Or africain 2015, qu’il avait entraînée en Chine entre 2016 et 2021. Aujourd’hui, elle occupe un rôle central dans le projet féminin de la fédération. La confiance mutuelle entre ces trois personnes a fini par concrétiser un projet que tout le monde imaginait depuis longtemps.
Le contrat de Lipoff avec Al Ahly en Égypte s’est terminé, et l’occasion s’est présentée. Mais personne, au départ, n’imaginait vraiment aller au bout de cette compétition. « On n’avait pas ces ambitions-là parce qu’on était sur une équipe malade », confie-t-il. L’équipe n’avait pas réussi à se qualifier pour cette CAN. Elle avait été repêchée. Elle n’avait pas non plus participé à la précédente édition. Le tableau n’était pas rose. Pourtant, quelque chose a changé.
Le pari sur la jeunesse et les moyens mis en place
La chance du Cameroun, c’est d’appartenir à une grande fédération du football africain. Samuel Eto’o a mis des moyens, porté des projets, et décidé de construire sur des bases saines. Le choix a été clair : parier sur la jeunesse. Le groupe est « presque trop jeune », selon les propres mots du coordonnateur. Mais cette jeunesse a apporté une énergie nouvelle, une capacité à rebondir, et une envie de prouver sa valeur.
Valentine Nguélé, la sélectionneuse camerounaise, diplômée et ancrée dans le football local, a été placée au centre du dispositif. Le rôle de Dimitri Lipoff était de constituer le meilleur staff possible, avec les compétences nécessaires pour performer rapidement. Il s’agissait de pilotage global, de coordination, de mise en place d’un environnement de travail performant. Le résultat est là : un sacre historique.
« On avait besoin d’une coach diplômée, d’une coach africaine, camerounaise, capable de connaître ce football local. Mon rôle était de constituer le meilleur staff possible. »
— Dimitri Lipoff
L’éclosion de Michaely Bihina, symbole d’une génération
Parmi les révélations de cette CAN, la gardienne Michaely Bihina, 22 ans, a particulièrement marqué les esprits. Mais pour ceux qui suivent le football féminin camerounais, sa performance n’a pas été une surprise totale. Le pays possède une tradition de formation de gardiennes exceptionnelle. Trois joueuses de haut niveau étaient disponibles. Le choix s’est porté sur Bihina, qui évolue au Portugal depuis 2022, d’abord en deuxième division avec le Racing Power FC, puis désormais à Benfica.
Sa maturité, sa capacité à rester concentrée dans les moments clés, et sa lecture du jeu ont été déterminantes. Elle n’a pas attendu cette compétition pour être une bonne gardienne. Elle a simplement confirmé, sous les projecteurs continentaux, ce que certains savaient déjà. Son parcours illustre parfaitement la stratégie mise en place : repérer les talents, leur donner de la confiance, et les placer dans un environnement qui leur permet de grandir.
Une fête qui a dépassé toutes les attentes
Après la victoire, le retour à Yaoundé a été triomphal. « Toute la ville de Yaoundé était dehors pour acclamer les joueuses », raconte Dimitri Lipoff. Il avait été prévenu, mais il n’arrivait pas à y croire. La réalité a dépassé l’imagination. La parade dans les rues, Gabrielle Aboudi Onguene brandissant le trophée, les émotions à fleur de peau… Tout cela a laissé une empreinte durable.
Ce n’était pas seulement de la fierté. C’était quelque chose de plus profond, d’exacerbé. Les Camerounais vivent pour le football. Parfois, cela peut être agaçant. Mais dans ces moments-là, cela devient une source de bonheur collectif immense. Sur les réseaux sociaux de Lipoff, les messages d’amour et de remerciement n’ont pas cessé. Pour beaucoup, le football arrive juste après la foi dans l’ordre des priorités émotionnelles.
« C’était triomphal, c’était exceptionnel, c’était beau, c’était plein d’émotions, c’était fabuleux. »
Samuel Eto’o et le projet féminin : un engagement de longue date
On pourrait penser qu’un tel sacre marque un avant et un après. Dimitri Lipoff relativise. Pour Samuel Eto’o, le football féminin est son « bébé ». Cela a été son leitmotiv dès le départ, notamment pour convaincre Lipoff de rejoindre le projet. Il croit profondément qu’on peut accomplir de grandes choses. La preuve est désormais tangible : le Cameroun est champion d’Afrique.
Cette victoire ne change pas fondamentalement la trajectoire. Elle la confirme. Les moyens mis en place, la confiance accordée aux jeunes joueuses, le travail de structuration du staff, tout cela s’inscrit dans une vision à long terme. Le football féminin camerounais n’est plus seulement une ambition. Il devient une réalité compétitive au niveau continental.
Les défis d’une équipe en construction
Malgré le sacre, le chemin reste long. L’équipe était « malade » au départ. Elle avait manqué deux qualifications d’affilée. Le travail de reconstruction a dû être mené dans l’urgence, avec des joueuses encore jeunes et un staff en cours de constitution. Le fait d’avoir réussi à transformer cette situation en titre continental montre la qualité du travail accompli, mais aussi la fragilité relative du processus.
Maintenir ce niveau, progresser encore, et surtout éviter le relâchement qui suit souvent les grandes victoires, voilà les prochains défis. La jeunesse du groupe est un atout, mais elle demande aussi un accompagnement constant. Les joueuses évoluant à l’étranger, comme Bihina au Portugal, apportent une expérience internationale précieuse. Celles qui restent au Cameroun doivent continuer à progresser dans un environnement compétitif.
Ce que révèle cette victoire sur le football africain
Le sacre camerounais s’inscrit dans un contexte plus large. Le football féminin en Afrique progresse, même si les moyens restent très inégaux selon les pays. Le Cameroun, grâce à l’impulsion donnée par Samuel Eto’o et à la présence de personnalités comme Gaëlle Enganamouit, a choisi d’investir sérieusement. D’autres nations suivent des trajectoires différentes, avec plus ou moins de succès.
Ce qui frappe, c’est la capacité de cette équipe à créer une connexion émotionnelle forte avec sa population. La parade dans les rues de Yaoundé n’était pas un événement organisé de manière artificielle. Elle a jailli spontanément. Cela dit quelque chose de l’importance du football dans la société camerounaise, et de la place que les joueuses occupent désormais dans l’imaginaire collectif.
Points clés de cette aventure :
- Première CAN féminine remportée par le Cameroun
- Victoire 3-0 face au Malawi en finale
- Groupe très jeune, repêché après non-qualification
- Rôle central de Dimitri Lipoff dans la coordination
- Émergence de Michaely Bihina comme gardienne majeure
- Engagement durable de Samuel Eto’o pour le foot féminin
Le retour de Dimitri Lipoff et les perspectives
Avant de s’envoler pour le Cameroun, le coordonnateur a pris le temps de revenir sur ces moments. On sent dans ses propos une émotion sincère, mêlée à une lucidité professionnelle. Il sait que le travail ne s’arrête pas avec un trophée. Il sait aussi que ce succès ouvre des portes, crée des attentes, et place l’équipe sous une lumière nouvelle.
Les messages reçus sur ses réseaux sociaux témoignent de l’impact émotionnel de cette victoire. Les Camerounais ont besoin de ces moments de joie collective. Dans un pays où le football occupe une place quasi religieuse, apporter du bonheur par le biais d’une équipe féminine est une réussite particulière. Cela change peut-être aussi le regard porté sur le sport féminin en général.
Une génération qui s’affirme
Gabrielle Aboudi Onguene, la capitaine, a incarné cette victoire en brandissant le trophée pendant la parade. Autour d’elle, un groupe de joueuses encore en construction, mais déjà capables de réaliser l’exploit. La formation de gardiennes exceptionnelle, la présence de talents à l’étranger, et le soutien institutionnel forment un terreau favorable.
Il faudra maintenant transformer l’essai. Les prochaines compétitions internationales, les qualifications pour les grands rendez-vous mondiaux, et le développement continu des structures locales seront les vrais tests. Pour l’instant, le Cameroun savoure. Et il a raison de le faire. Une première CAN, cela ne s’oublie pas.
Le football comme vecteur de fierté nationale
Au-delà du sport, cette victoire raconte quelque chose de plus large. Dans de nombreux pays africains, le football reste le principal vecteur d’identification collective. Quand une équipe nationale réussit, toute la société se reconnaît en elle. Pour les joueuses camerounaises, porter ce rôle a une dimension particulière. Elles deviennent des modèles, des figures publiques, des sources d’inspiration pour les plus jeunes.
Dimitri Lipoff le souligne avec une formule qui en dit long : après Jésus, c’est le football. Cette hyperbole révèle une vérité sociologique. Dans un contexte où les défis quotidiens sont nombreux, le succès sportif offre une respiration, un moment de pure émotion partagée. La parade de Yaoundé en a été l’illustration la plus éclatante.
Regarder vers l’avenir sans oublier le présent
Le projet porté par Samuel Eto’o, Gaëlle Enganamouit et Dimitri Lipoff n’est pas terminé. Au contraire, cette victoire lui donne une nouvelle légitimité. Les moyens devront continuer à être mis, les jeunes talents devront être accompagnés, et le staff devra rester exigeant. Mais pour l’instant, le Cameroun peut savourer. Les Lionnes ont écrit l’histoire.
Dimitri Lipoff rentre au pays avec un trophée et des souvenirs indélébiles. Toute une ville qui acclame ses joueuses, des messages d’amour qui n’en finissent plus, et la sensation d’avoir apporté du bonheur à tout un peuple. Ce n’est pas donné à tout le monde. Dans le football, ces moments-là restent rares. Quand ils arrivent, il faut les vivre pleinement. C’est exactement ce qu’a fait le Cameroun.
La suite s’écrira sur les terrains. Mais ce dimanche de août 2026 restera gravé comme le jour où les Lionnes sont devenues championnes d’Afrique pour la première fois. Et où Yaoundé tout entière est sortie dans la rue pour le leur rappeler.
Une première CAN féminine. Une ville en liesse. Un projet qui prend forme.
Le Cameroun a marqué l’histoire. Reste maintenant à écrire la suite.
Ce sacre ne doit rien au hasard. Il est le fruit d’un travail de fond, d’une vision claire, et d’une capacité à transformer une situation difficile en opportunité. L’équipe était malade. Elle est devenue championne. Le groupe était trop jeune. Il a su grandir en quelques semaines. Les ambitions étaient modestes. Elles se sont transformées en triomphe. Tout cela raconte une histoire de résilience, de confiance et de passion.
Dimitri Lipoff, en racontant cette aventure, rappelle que le football reste avant tout une affaire d’hommes et de femmes, de liens humains, de projets partagés. Samuel Eto’o, Gaëlle Enganamouit, Valentine Nguélé, Michaely Bihina, Gabrielle Aboudi Onguene… autant de noms qui, désormais, sont associés à un moment historique. Et derrière eux, des milliers de supporters qui ont transformé Yaoundé en une fête permanente.
Le football féminin africain continue sa progression. Le Cameroun vient d’y ajouter un chapitre mémorable. Pour ceux qui aiment le sport, ces histoires-là restent les plus belles. Elles montrent qu’avec de la volonté, des moyens et un peu de talent, on peut transformer une équipe en reconstruction en championne continentale. Et qu’une ville entière peut sortir dans la rue pour le célébrer.









