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Franklin Templeton Autorisé À Intégrer Benji Dans Ses Etf

Franklin Templeton vient d’obtenir un feu vert discret mais décisif de la SEC. Son fonds monétaire tokenisé Benji pourrait bientôt entrer dans des ETF classiques. Ce que cela change vraiment pour les investisseurs et la gestion de trésorerie…

Et si un simple fonds monétaire pouvait transformer la façon dont les grands gérants gèrent leur liquidité ? C’est exactement ce qui vient de se produire. Franklin Templeton a obtenu de la part de la Division de la gestion des investissements de la SEC un feu vert qui ouvre la porte à l’intégration de son fonds tokenisé Benji à l’intérieur de fonds communs de placement et d’ETF traditionnels. Une décision technique en apparence, mais qui marque un tournant concret dans le rapprochement entre finance classique et infrastructures blockchain.

Un feu vert discret qui change la donne

Le 12 août, la SEC a adressé à Franklin Templeton une lettre de non-action. En clair, l’autorité de régulation ne recommandera pas de poursuites si les fonds enregistrés de la société détiennent des parts du Franklin OnChain U.S. Government Money Fund, mieux connu sous le ticker FOBXX et représenté par le token BENJI. Ce fonds monétaire, dont les actifs dépassent les 726 millions de dollars, investit principalement dans des titres d’État américains, du cash et des accords de pension garantis par ces mêmes titres.

Jusqu’ici, les règles de garde prévues par la section 17(f) de l’Investment Company Act de 1940 et la règle 17f-2 avaient été conçues pour des titres physiques : certificats papier, coffres-forts, inspections. Le modèle de Franklin, qui enregistre les transactions sur des blockchains publiques tout en conservant un agent de transfert traditionnel, ne collait pas parfaitement à ces exigences. La lettre de non-action lève précisément ces freins pour les structures proposées par le gérant.

Ce que la lettre de non-action autorise réellement

Les fonds mutuels et ETF de Franklin pourront désormais détenir des parts de FOBXX sans devoir respecter certaines formalités liées aux titres physiques. BENJI pourra servir de position de trésorerie, d’investissement ou de collatéral, selon la stratégie de chaque produit. Mais attention : rien n’est automatique. Chaque conseil d’administration de fonds doit encore approuver individuellement l’utilisation de BENJI. La décision de la SEC ouvre la voie, elle ne force personne à l’emprunter.

Sandy Kaul, responsable de l’innovation et des actifs numériques chez Franklin Templeton, a précisé que la mise en œuvre pourrait commencer dès le quatrième trimestre, voire plus tôt pour certains véhicules déjà prêts. Une fois un fonds « onboardé », il pourra commencer à détenir les tokens. L’approche reste progressive et contrôlée.

Comment Franklin conserve le contrôle traditionnel

Contrairement à une pure approche on-chain où le ledger blockchain serait l’unique source de vérité, Franklin a conçu un système hybride. L’agent de transfert, Franklin Templeton Investor Services, crée les portefeuilles pour les fonds participants et conserve le contrôle des clés privées. C’est lui qui continue de tenir le registre officiel des actionnaires et qui peut corriger d’éventuelles erreurs blockchain ou restaurer les enregistrements si nécessaire.

Ce modèle rappelle les précédents de garde en book-entry que la SEC avait déjà examinés, ainsi qu’une décision de 1992 relative à des titres enregistrés électroniquement. L’autorité de régulation a donc jugé que l’architecture proposée respectait l’esprit des règles de protection des actifs, même si les outils techniques ont évolué.

Un outil de gestion de trésorerie plus précis

L’intérêt principal pour Franklin n’est pas seulement symbolique. Le gérant veut permettre à ses fonds de gérer leur liquidité de façon plus fine. En allouant une partie du cash à FOBXX, qui investit dans des instruments portant intérêt, les portefeuilles continuent de générer un rendement tout en restant disponibles pour les opérations courantes. « Nous voulons que nos fonds bénéficient de l’efficacité d’une meilleure option de fonds monétaire : gérer plus précisément, capturer davantage de rendement, et contrôler plus étroitement le niveau de liquidité en cash qu’ils doivent conserver », a expliqué Sandy Kaul.

Selon le mandat de chaque produit, BENJI pourra être traité comme une simple position de cash ou comme collatéral lorsque les plateformes et cadres juridiques le permettent. Cette flexibilité est au cœur de la proposition de valeur.

Des tests déjà menés en dehors des fonds classiques

Franklin n’a pas attendu ce feu vert pour expérimenter. En juin, le gérant a intégré BENJI à MoonPay, permettant à des clients institutionnels éligibles d’échanger des stablecoins comme l’USDC ou l’USDT contre des parts du fonds via MoonPay Trade. L’objectif affiché : faciliter le rééquilibrage de portefeuille, les opérations de trésorerie, la gestion de collatéral et de liquidité. Le système de trading institutionnel de MoonPay donne accès à plus de 200 réseaux blockchain via une seule API.

En mai, un accord avec Payward, maison mère de Kraken, a également positionné BENJI comme infrastructure de collatéral et de gestion de cash. Les deux parties ont évoqué des travaux futurs sur des actions tokenisées, des produits de rendement et des stratégies d’investissement on-chain activement gérées.

Dès février, Franklin et Binance avaient présenté un modèle permettant à des institutions éligibles de nantir des parts de fonds monétaire tokenisé comme collatéral hors-exchange, tandis que les actifs sous-jacents restent chez un dépositaire régulé. Ces expérimentations montrent que la tokenisation n’est plus seulement un concept, mais un outil opérationnel déjà testé.

FOBXX : le pionnier des fonds monétaires on-chain

Lancé en 2021 sur le réseau Stellar, FOBXX a été le premier fonds commun de placement américain enregistré à utiliser une blockchain publique pour traiter les transactions et enregistrer la propriété des parts. L’accès a ensuite été étendu à Ethereum, Solana, Polygon, Avalanche, Arbitrum, Base et Aptos. Cette multi-chaîne illustre la volonté de Franklin de ne pas s’enfermer dans un seul écosystème.

Les données de suivi spécialisées placent les actifs de FOBXX autour de 726 millions de dollars. La plateforme Benji dans son ensemble, qui regroupe d’autres produits au-delà de FOBXX, affiche un total plus élevé. Le marché des actifs tokenisés (real-world assets) atteint quant à lui environ 38 milliards de dollars, un chiffre qui progresse rapidement à mesure que les grandes maisons de gestion explorent les possibilités de règlement plus rapide, d’horaires de transaction étendus et de nouveaux usages collatéraux.

BlackRock et la course à la tokenisation

Franklin n’est pas seul sur ce terrain. BlackRock a également progressé avec son USD Institutional Digital Liquidity Fund, connu sous le nom de BUIDL. Après avoir atteint environ 2,3 milliards de dollars d’actifs, le géant a déposé un second fonds en mai, toujours avec Securitize comme prestataire de tokenisation. La concurrence sur les fonds monétaires tokenisés s’intensifie, et les volumes montrent que la demande institutionnelle existe réellement.

De son côté, Franklin a finalisé en juin l’acquisition du gestionnaire d’investissements crypto 250 Digital, qu’il a fusionné avec ses activités existantes sous la bannière Franklin Crypto. Au moment de la clôture, le groupe gérait environ 1,78 trillion de dollars d’actifs dans le monde. Cette acquisition renforce encore sa capacité à développer des produits numériques au sein d’une infrastructure réglementée.

Ce que cela signifie pour l’investisseur final

Pour l’épargnant ou l’investisseur institutionnel qui détient un ETF ou un fonds mutuel Franklin, rien ne change en surface. Il continue de détenir des parts classiques. Mais le portefeuille sous-jacent peut désormais inclure FOBXX, un actif enregistré sur blockchain. Aucune ouverture de wallet crypto n’est exigée, aucun achat direct de BENJI n’est nécessaire. L’exposition se fait de manière transparente à travers le véhicule traditionnel.

Cette architecture a un avantage majeur : elle maintient l’actif tokenisé à l’intérieur du système de fonds enregistrés américains. FOBXX reste un fonds mutuel soumis à l’Investment Company Act, et l’agent de transfert conserve son rôle central malgré l’utilisation de registres publics. La tokenisation devient un outil d’efficacité opérationnelle plutôt qu’un produit spéculatif autonome.

Les limites et les prochaines étapes

La lettre de non-action n’est pas une règle générale. Elle s’applique aux faits et représentations présentés par Franklin. D’autres gérants qui souhaiteraient reproduire un modèle similaire devront probablement formuler leur propre demande. De plus, le calendrier d’adoption dépendra des décisions de chaque conseil d’administration. Certains fonds pourraient avancer rapidement, d’autres préféreront attendre d’observer les premiers retours d’expérience.

Il faudra aussi surveiller comment les plateformes de trading, les contreparties de collatéral et les systèmes de règlement s’adaptent à ces nouveaux instruments. L’efficacité promise ne se réalisera pleinement que si l’écosystème autour de BENJI continue de s’étoffer.

Pourquoi cette décision compte au-delà de Franklin

Cette autorisation s’inscrit dans un mouvement plus large. Les grandes maisons de gestion testent depuis plusieurs années la tokenisation pour améliorer la vitesse de règlement, réduire les frictions opérationnelles et ouvrir de nouveaux usages pour les actifs traditionnels. Les fonds monétaires, par leur nature liquide et à faible risque, constituent un terrain d’expérimentation particulièrement adapté.

En permettant à un fonds tokenisé d’entrer dans le portefeuille d’ETF et de fonds mutuels classiques, la SEC reconnaît implicitement que la blockchain peut coexister avec les cadres de protection des investisseurs existants, à condition que les contrôles traditionnels (agent de transfert, garde des clés, registre officiel) restent en place. C’est une approche prudente, mais pragmatique.

Les prochaines étapes seront déterminantes. Si les premiers fonds Franklin qui intègrent BENJI démontrent des gains mesurables en termes de rendement de trésorerie et de précision de liquidité, d’autres gérants pourraient accélérer leurs propres initiatives. Le marché des actifs tokenisés, déjà estimé à près de 38 milliards de dollars, pourrait alors franchir une nouvelle étape de maturité.

Pour l’instant, la balle est dans le camp des conseils d’administration des différents fonds Franklin. La technique est validée. Il reste à décider, produit par produit, si et quand l’outil sera effectivement déployé. Une chose est sûre : le mur qui séparait les fonds monétaires traditionnels des infrastructures blockchain vient de s’abaisser un peu plus.

Dans les mois qui viennent, les professionnels de la gestion de trésorerie et les investisseurs institutionnels observeront de près les premiers mouvements. Car derrière un simple token monétaire se joue une question plus large : jusqu’où la tokenisation peut-elle s’intégrer dans les produits d’épargne et d’investissement les plus réglementés du marché américain ? La réponse a commencé à s’écrire avec cette lettre de non-action du mois d’août.

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