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Visa Cherche Un Partenaire Stablecoin Après L’Acquisition De Bvnk

Visa cherche discrètement un nouveau partenaire pour ses règlements en stablecoins après le rachat de BVNK par Mastercard. Quatre marchés stratégiques sont concernés et les exigences techniques s’annoncent strictes. La suite pourrait redessiner les alliances du secteur.

Imaginez un géant des paiements mondiaux qui se retrouve soudain sans son principal allié pour gérer les flux en stablecoins. C’est exactement la situation dans laquelle se trouve Visa aujourd’hui. Après le rachat complet de BVNK par Mastercard, le concurrent direct a absorbé l’infrastructure qui permettait jusqu’ici à Visa de régler et d’échanger des stablecoins de manière fluide. Résultat : une recherche confidentielle a été lancée pour trouver un nouveau partenaire capable d’opérer dans quatre marchés réglementés clés. Cette manœuvre, encore non confirmée officiellement, révèle bien plus qu’un simple besoin opérationnel. Elle illustre la guerre froide qui se joue actuellement autour des stablecoins et de leur intégration dans les réseaux de paiement traditionnels.

Pourquoi Visa se trouve-t-elle dans l’urgence d’un nouveau partenaire

Le 3 août dernier, Mastercard a finalisé l’acquisition de BVNK. Cette opération, valorisée jusqu’à 1,8 milliard de dollars et annoncée dès le mois de mars, a placé sous le contrôle d’un concurrent direct l’acteur qui gérait auparavant une partie importante des règlements stablecoin de Visa. BVNK traitait environ 30 milliards de dollars de volume de paiements annuels. Cette capacité à gérer liquidité, conversions et règlements transfrontaliers était précieuse. Une fois l’entreprise absorbée, le lien commercial antérieur avec Visa s’est logiquement trouvé fragilisé, même si aucune des deux parties n’a officiellement détaillé les conséquences contractuelles.

Dans ce contexte, des documents confidentiels datés d’après le 5 août auraient été circulés. Ils décrivent une demande de propositions visant un prestataire unique, titulaire de licences d’échange de cryptomonnaies aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et à Singapour. L’objectif n’est pas seulement de remplacer une brique technique. Il s’agit de reconstruire une capacité de règlement et d’échange de gré à gré (OTC) cohérente, capable de traiter plusieurs stablecoins et d’intégrer les flux liés à Open USD, l’actif initialement soutenu par la plateforme Visa.

Visa a refusé de commenter ces informations. Aucun nom de candidat n’a filtré, aucune date de sélection n’a été communiquée. Pourtant, la précision des exigences laisse peu de place au doute : l’entreprise cherche un interlocuteur capable d’opérer de manière unifiée sur quatre juridictions parmi les plus exigeantes au monde en matière de régulation crypto.

Les quatre marchés au cœur de la stratégie

Les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et Singapour ne sont pas choisis au hasard. Chacun représente un pôle financier majeur où les autorités ont développé des cadres relativement clairs pour les prestataires de services sur actifs numériques. Obtenir et conserver des licences d’échange dans ces quatre territoires exige des ressources importantes, des relations bancaires solides et une capacité de conformité continue. Un acteur capable de couvrir ces quatre zones d’un seul tenant offre un avantage stratégique évident : simplifier la gouvernance, réduire les frictions de reporting et garantir une continuité opérationnelle.

Cette approche contraste avec la solution fragmentée qui consisterait à multiplier les partenaires locaux. Visa semble privilégier la coordination. Un seul interlocuteur, un seul contrat-cadre, une seule équipe de support technique et réglementaire. Dans un secteur où chaque journée de retard peut coûter en liquidité et en opportunité, cette rationalisation a du sens.

Ce que le cahier des charges exige réellement

Au-delà des licences, les documents évoqués insistent sur plusieurs capacités opérationnelles. Le prestataire doit pouvoir effectuer des swaps entre différents stablecoins. Il doit fournir des services de règlement institutionnel. Il doit également être en mesure de traiter des transactions impliquant Open USD. Ces exigences dépassent largement le simple transfert de tokens. Elles supposent une infrastructure de liquidité, des connexions bancaires dans chaque juridiction et une capacité à gérer le risque de change et de contrepartie.

En pratique, cela signifie que seuls les acteurs déjà bien implantés dans l’écosystème institutionnel des stablecoins ont une chance réaliste. Les plateformes purement retail ou celles qui opèrent uniquement dans une ou deux régions se trouvent automatiquement écartées. Le champ des possibles se réduit donc rapidement à un nombre restreint d’infrastructures spécialisées.

Point clé à retenir : Visa ne cherche pas un simple prestataire technique. Elle recherche un partenaire capable d’assurer liquidité, conformité multi-juridictionnelle et intégration native avec Open USD, le tout sous une gouvernance unique.

Le rôle particulier d’Open USD dans l’équation

Open USD n’est pas un stablecoin comme les autres dans l’univers Visa. Il s’agit de l’actif initialement mis en avant sur la Visa Stablecoin Platform. Cette plateforme, présentée en juillet, vise à permettre aux institutions d’accéder, de stocker, d’émettre, de racheter et de transférer des stablecoins. Open USD en constitue le premier cas d’usage concret, avec des clients sélectionnés déjà en phase de tests bêta.

Le consortium qui soutient Open USD regroupe notamment Visa, Mastercard et Coinbase, parmi plus de 140 organisations associées au moment de l’annonce. Cette proximité entre concurrents sur un même actif peut sembler paradoxale. Elle révèle en réalité que le marché des stablecoins institutionnels se structure autour de standards communs tout en laissant place à une concurrence féroce sur les couches d’infrastructure et de distribution.

Visa a publiquement affirmé qu’elle ne considérait pas Open USD comme un substitut à USDT ou USDC. Elle défend une stratégie multi-coins. Cette position se retrouve dans le cahier des charges de la recherche actuelle : le partenaire recherché doit être capable de gérer plusieurs stablecoins, pas uniquement celui du consortium.

ZeroHash : une solution partielle qui ne comble pas tout

Le 5 août, Visa a annoncé un partenariat avec ZeroHash. Ce dispositif permet à certains clients Visa Direct de financer des comptes et d’effectuer des paiements via des stablecoins. Il s’agit d’une avancée concrète pour les flux de payout. Pourtant, la demande de propositions confidentielle est postérieure à cette annonce. Elle porte également sur des marchés où ZeroHash ne disposerait pas de l’ensemble des licences exigées.

ZeroHash répond donc à un besoin spécifique, centré sur les paiements sortants. La recherche actuelle vise un périmètre plus large : règlement, conversion entre stablecoins, liquidité OTC et couverture géographique étendue. Les deux initiatives ne s’excluent pas. Elles se complètent. L’une adresse les clients finaux de Visa Direct, l’autre cherche à reconstruire une capacité d’infrastructure de back-office et de settlement.

La concurrence Mastercard-Visa entre dans une nouvelle phase

En absorbant BVNK, Mastercard ne s’est pas contentée d’acheter une technologie. Elle a intégré un volume de 30 milliards de dollars de paiements annuels et une expertise déjà rodée sur les stablecoins. Pour Mastercard, l’opération renforce sa capacité à proposer des solutions de paiement, de règlement, de payout et de trésorerie en stablecoins. Pour Visa, elle crée un trou dans l’architecture existante.

Cette situation illustre parfaitement la dynamique actuelle du secteur. Les grands réseaux de cartes ne se contentent plus d’observer les stablecoins depuis la périphérie. Ils les intègrent dans leur offre principale et se battent pour contrôler les briques critiques de l’infrastructure. Celui qui maîtrise le settlement et la liquidité gagne un avantage concurrentiel durable.

Le fait que BVNK ait pu servir les deux géants avant le rachat montre aussi à quel point le marché restait fragmenté. Aujourd’hui, la consolidation force chacun à clarifier ses alliances. Visa se trouve contrainte de reconstruire rapidement une capacité qu’elle avait externalisée.

Quels profils d’acteurs peuvent prétendre au rôle

Le cahier des charges filtre naturellement les candidats. Il faut des licences d’échange dans quatre juridictions exigeantes. Il faut une capacité de liquidité institutionnelle. Il faut une expérience avérée en settlement multi-stablecoins. Il faut enfin une organisation capable de s’intégrer aux systèmes Visa et de supporter Open USD.

Les acteurs purement décentralisés ou les exchanges centrés sur le retail ont peu de chances. Les infrastructures spécialisées dans le settlement institutionnel, disposant déjà de relations bancaires dans plusieurs continents et d’une culture de conformité stricte, apparaissent mieux positionnées. La confidentialité du processus protège les noms des éventuels finalistes, mais le profil recherché est clair.

Cette rareté des profils adéquats renforce le pouvoir de négociation du futur partenaire. Visa a besoin d’une solution rapidement opérationnelle. Le prestataire retenu pourra vraisemblablement obtenir des conditions commerciales favorables et une visibilité importante auprès de l’ensemble de l’écosystème.

Les implications pour le marché des stablecoins

Si Visa parvient à signer un partenaire capable de couvrir les quatre marchés, cela enverra un signal fort. Les réseaux de paiement traditionnels ne se contentent plus d’expérimenter. Ils intègrent les stablecoins dans leur architecture de règlement de manière structurelle. Cette évolution accélère la normalisation des stablecoins comme outil de trésorerie et de paiement interentreprises.

Elle met également en lumière la dualité du marché. D’un côté, des consortiums comme celui d’Open USD cherchent à créer des standards communs. De l’autre, chaque grand acteur se bat pour contrôler les couches de liquidité et de settlement. La coexistence de ces deux logiques – coopération sur les standards et concurrence sur l’infrastructure – devrait continuer à structurer le secteur dans les années à venir.

Pour les émetteurs de stablecoins existants, l’arrivée d’un nouveau partenaire Visa capable de gérer plusieurs tokens représente une opportunité. Plus le réseau Visa s’ouvre à différents actifs, plus les volumes potentiels augmentent. Pour les régulateurs, le mouvement confirme que les stablecoins s’installent durablement dans les flux financiers institutionnels et qu’une supervision adaptée devient indispensable.

Les zones d’ombre qui persistent

Plusieurs questions restent sans réponse. Visa n’a ni confirmé ni infirmé l’existence de la demande de propositions. Aucun calendrier de sélection n’a été communiqué. On ignore si un interlocuteur privilégié a déjà été identifié ou si le processus reste ouvert. On ne sait pas non plus comment s’articuleront concrètement les relations avec ZeroHash et avec la plateforme Open USD une fois le nouveau partenaire en place.

Ces incertitudes sont classiques dans un processus concurrentiel confidentiel. Elles n’empêchent pas de tirer des enseignements. Le simple fait qu’une telle recherche ait lieu, avec des exigences aussi précises, montre que le besoin est réel et que l’enjeu est stratégique. Visa ne peut se permettre de laisser un concurrent contrôler l’infrastructure qu’elle utilisait jusqu’ici.

Une stratégie multi-coins confirmée

Le directeur général de Visa a récemment relativisé l’idée qu’Open USD pourrait menacer USDT ou USDC. Cette prise de position s’inscrit parfaitement dans la logique du cahier des charges actuel. Visa veut pouvoir traiter plusieurs stablecoins. Elle ne mise pas sur un seul actif pour conquérir le marché. Cette approche pragmatique reflète la réalité d’un secteur encore fragmenté, où la liquidité et l’acceptation se construisent progressivement autour de plusieurs références.

En exigeant d’un partenaire la capacité à gérer des swaps et des règlements multi-tokens, Visa se donne les moyens de rester agile. Si un stablecoin gagne en adoption, le réseau pourra l’intégrer. Si un autre perd en liquidité, il pourra être dépriorisé sans remettre en cause l’architecture globale. Cette flexibilité est un atout concurrentiel non négligeable.

Ce que cela change pour les institutions clientes

Pour les banques, les entreprises et les fintechs qui utilisent déjà les services Visa, l’arrivée d’un nouveau partenaire de settlement pourrait se traduire par une meilleure couverture géographique et une plus grande fluidité dans les conversions. Les clients qui opèrent dans les quatre marchés ciblés devraient bénéficier d’une expérience plus homogène. Les délais de règlement pourraient se raccourcir. Les coûts de conversion entre stablecoins pourraient baisser grâce à une liquidité mieux organisée.

À plus long terme, une infrastructure de settlement robuste et multi-juridictionnelle renforce la crédibilité des stablecoins auprès des trésoriers d’entreprise. Tant que les flux restent dépendants de solutions fragmentées ou de prestataires régionaux, l’adoption institutionnelle progresse lentement. Une solution unifiée sous l’égide d’un réseau comme Visa change la donne.

Le calendrier et les prochaines étapes probables

Aucun délai public n’a été annoncé. Dans un processus de ce type, plusieurs phases se succèdent généralement : analyse des candidatures, due diligence réglementaire et technique, négociations commerciales, puis intégration. Chacune de ces étapes prend du temps, surtout lorsque quatre régulateurs différents sont concernés. Les vérifications de licences, les tests d’intégration et les validations de conformité peuvent s’étaler sur plusieurs mois.

Visa a tout intérêt à avancer rapidement pour combler le vide laissé par BVNK. Un concurrent déjà équipé de l’ancienne infrastructure dispose d’une avance opérationnelle. Plus le temps passe, plus cette avance peut se transformer en parts de marché. On peut donc s’attendre à ce que le processus soit mené avec une certaine urgence, même si la discrétion reste de mise.

Une consolidation qui redessine les alliances

L’acquisition de BVNK par Mastercard n’est qu’un épisode dans un mouvement plus large de consolidation. Les infrastructures critiques du monde crypto et stablecoin attirent les grands acteurs traditionnels. Ceux-ci préfèrent désormais posséder plutôt que simplement contracter. Cette logique d’intégration verticale se retrouve dans d’autres secteurs de la fintech. Elle force les acteurs restés indépendants à se positionner clairement : devenir un partenaire stratégique exclusif ou risquer d’être marginalisés.

Pour Visa, la recherche actuelle est donc aussi un exercice de repositionnement. En choisissant un nouveau partenaire, elle redéfinit le périmètre de ses alliances dans l’écosystème stablecoin. Le choix qui sera fait aura des répercussions au-delà des quatre marchés directement concernés. Il indiquera quelle vision de l’infrastructure Visa entend privilégier pour les années à venir.

Les risques inhérents à une telle transition

Changer de prestataire de settlement n’est jamais anodin. Il existe un risque opérationnel pendant la phase de transition. Les flux doivent continuer à être traités sans interruption. Les clients institutionnels attendent une continuité de service. Toute friction technique ou réglementaire pourrait temporairement dégrader l’expérience. Visa devra donc orchestrer le basculement avec une grande précision.

Il existe aussi un risque de concentration. En s’appuyant sur un prestataire unique pour quatre marchés, Visa gagne en efficacité mais crée une dépendance. Si ce prestataire rencontre des difficultés de licence, de liquidité ou de conformité, l’impact se propage immédiatement sur l’ensemble du dispositif. La due diligence devra donc être particulièrement rigoureuse.

Une bataille qui dépasse les seules licences

Au fond, ce que cherche Visa n’est pas seulement un détenteur de licences. C’est un acteur capable de garantir de la liquidité institutionnelle fiable, de gérer le risque de change entre stablecoins et de s’intégrer sans friction aux systèmes existants. Les licences sont une condition nécessaire, mais elles ne suffisent pas. La capacité opérationnelle réelle, la profondeur de marché et la solidité des relations bancaires pèsent tout autant.

Cette réalité explique pourquoi le champ des candidats potentiels reste étroit. Peu d’entreprises réunissent aujourd’hui toutes ces qualités à l’échelle des quatre juridictions ciblées. Le prestataire qui sera retenu se verra confier un rôle stratégique dans l’architecture de paiement de l’un des plus grands réseaux mondiaux.

En résumé

  • Mastercard a finalisé le rachat de BVNK le 3 août.
  • Visa cherche désormais un partenaire unique licencié aux États-Unis, Canada, Royaume-Uni et Singapour.
  • Les exigences incluent swaps multi-stablecoins, règlement institutionnel et support d’Open USD.
  • Le partenariat ZeroHash couvre un besoin distinct et ne remplace pas cette recherche.
  • Aucune confirmation officielle ni calendrier public n’a encore été communiqué.

Ce que cette affaire révèle de l’évolution du secteur

Le mouvement engagé par Visa s’inscrit dans une tendance plus large. Les réseaux de paiement traditionnels ne traitent plus les stablecoins comme une curiosité périphérique. Ils les intègrent dans leur cœur de métier. Cette intégration se fait par acquisitions, par partenariats stratégiques et par le développement de plateformes propriétaires. La concurrence ne se joue plus seulement sur les frais de carte ou le nombre de commerçants acceptants. Elle se joue aussi sur la capacité à offrir des règlements en stablecoins rapides, conformes et multi-juridictionnels.

Dans ce contexte, la recherche confidentielle de Visa n’est pas un détail opérationnel. C’est un indicateur de la vitesse à laquelle le marché se transforme. Les alliances d’hier ne sont plus forcément celles de demain. Les infrastructures qui semblaient neutres deviennent des actifs stratégiques. Et les acteurs qui ne sécurisent pas rapidement leurs briques critiques risquent de se retrouver dépendants de leurs concurrents.

Pour l’instant, le silence officiel de Visa laisse planer le doute. Mais les exigences détaillées qui ont filtré dessinent déjà le portrait du partenaire idéal. Celui-ci devra être à la fois agile et solide, multi-licencié et capable de liquidité, techniquement intégré et réglementairement irréprochable. Trouver un tel profil n’est pas simple. Le retenir et l’intégrer l’est encore moins. C’est pourtant à cette tâche que Visa s’attelle en coulisses, dans un secteur où chaque mois compte.

La suite de cette histoire se jouera probablement dans les mois qui viennent. Soit Visa annoncera un partenaire capable de combler le vide laissé par BVNK, soit elle continuera à s’appuyer sur des solutions partielles en attendant une solution plus complète. Dans un cas comme dans l’autre, le signal est clair : les stablecoins sont désormais trop importants pour être laissés au hasard des alliances. Ils sont devenus un terrain de bataille stratégique entre les plus grands acteurs des paiements mondiaux.

Cette bataille, encore discrète, redessine déjà les contours de l’infrastructure financière de demain. Et elle ne fait que commencer.

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