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CFTC Propose Des Exemptions Clés Pour Les Fonds

La CFTC veut alléger les règles pour les opérateurs de pools et les conseillers. Seuil doublé à 800 000 dollars et exemptions pour certains fonds. Mais les conditions restent strictes et le débat vient à peine de commencer...

Et si la prochaine simplification réglementaire américaine changeait concrètement la façon dont les fonds privés gèrent les contrats à terme, les options et les swaps ? Le 18 août 2026, la Commodity Futures Trading Commission a ouvert une fenêtre de 45 jours pour recueillir les avis sur un projet de modification des règles qui encadrent les opérateurs de pools de matières premières et les conseillers en trading de commodities. Derrière un vocabulaire technique se cache une tentative claire de réduire les doublons entre la CFTC et la SEC, tout en relevant le plafond pour les plus petits opérateurs.

Une réforme qui touche directement les gérants de fonds privés

Les pools de matières premières rassemblent l’argent de plusieurs participants pour négocier des futures, des options, des swaps ou d’autres intérêts sur matières premières. Leur opérateur, le CPO, doit en principe s’enregistrer auprès de la CFTC sauf s’il bénéficie d’une exemption. De même, celui qui fournit des conseils de trading peut devoir s’enregistrer comme CTA. Lorsque ces véhicules sont gérés par des conseillers déjà enregistrés auprès de la Securities and Exchange Commission, la double obligation crée souvent des coûts et des formalités redondantes.

Le projet de la CFTC vise précisément à corriger cette situation. Il propose une nouvelle exemption sous le règlement 4.13(a)(4) pour certains conseillers en investissement déjà enregistrés auprès de la SEC. Cette exemption ne s’appliquerait qu’aux pools répondant à des conditions strictes, notamment quant au profil des investisseurs. Parallèlement, une modification du règlement 4.14 étendrait un allègement de l’enregistrement CTA aux conseillers qui servent ces mêmes pools éligibles.

Le président de la CFTC, Michael S. Selig, a souligné que l’agence continue de s’attaquer aux règles trop lourdes et redondantes afin de renforcer la compétitivité des marchés américains. L’objectif affiché est de réduire les coûts de conformité pour les entreprises tout en préservant l’intégrité des marchés. Les conseillers qui bénéficieraient de l’exemption resteraient pleinement soumis aux obligations de la loi sur les conseillers en investissement, notamment en matière de conduite, d’examens, de divulgation et de reporting.

Qui pourrait réellement bénéficier de l’exemption CPO

La future réglementation 4.13(a)(4) limiterait l’exemption aux conseillers enregistrés auprès de la SEC qui gèrent des pools destinés à des groupes d’investisseurs sophistiqués bien définis. Les personnes physiques devraient généralement relever des catégories de Qualified Eligible Persons qui ne les obligent pas à passer le test de portefeuille de la CFTC. Les entités éligibles pourraient inclure des QEP ainsi que certains investisseurs accrédités listés dans le règlement D de la SEC.

Plutôt que de modifier les seuils financiers qui définissent un QEP, le projet s’appuie sur les catégories d’investisseurs déjà existantes. Il faut rappeler que la CFTC avait relevé en 2024 les seuils de portefeuille attachés à certaines catégories de QEP. Désormais, une personne soumise au test peut se qualifier en détenant au moins 4 millions de dollars en titres et autres actifs, ou au moins 400 000 dollars de marge et de primes d’options requises, ou une combinaison des deux. Ces montants, publiés en septembre 2024, ont doublé les seuils précédents de 2 millions et 200 000 dollars.

D’autres conditions s’ajoutent. Les intérêts dans les pools éligibles doivent rester exemptés de l’enregistrement au titre de la loi sur les valeurs mobilières. La commercialisation publique aux États-Unis serait généralement restreinte, même si les pools utilisant la règle 506(c) pourraient procéder à une sollicitation générale à condition que chaque acheteur soit un investisseur accrédité et que l’émetteur prenne des mesures raisonnables pour vérifier ce statut.

Lorsque les règles de la SEC imposent le dépôt d’un Form PF pour un fonds privé éligible, le conseiller devrait également le déposer pour pouvoir se prévaloir de l’exemption CFTC proposée. Le Form PF fournit aux régulateurs des informations utilisées pour la protection des investisseurs et le suivi du risque systémique. La CFTC et la SEC disposent déjà d’un mémorandum d’entente qui leur permet de partager ces informations, ce qui pourrait éviter aux conseillers de soumettre des rapports redondants aux deux agences.

Les conseillers éligibles devraient malgré tout déposer un avis d’exemption via le système d’enregistrement en ligne de la National Futures Association. Des avis annuels seraient nécessaires pour confirmer le maintien de l’exemption, ainsi que des mises à jour dès que les informations déposées deviennent inexactes ou incomplètes.

Formaliser un allègement jusqu’ici temporaire

Le projet de la CFTC ne part pas de zéro. Il vise à intégrer dans la réglementation des éléments de positions de non-action déjà accordées par le personnel. La lettre 25-50 de la Market Participants Division, publiée en décembre 2025, avait fourni un allègement temporaire d’enregistrement pour certains conseillers enregistrés auprès de la SEC qui gèrent des pools limités aux QEP. Cette lettre couvrait aussi des conseillers qui auraient autrement dû s’enregistrer comme CPO ou CTA et permettait à certaines firmes de retirer des enregistrements existants.

Ce relief avait été accordé après que la commission eut supprimé en 2012 une exemption similaire réservée aux QEP. L’exemption antérieure, adoptée en 2003, permettait aux opérateurs de certains pools offerts de manière privée d’éviter l’enregistrement lorsque la participation était limitée à des investisseurs qualifiés. Selon le nouveau projet, l’application de la lettre 25-50 conjointement aux processus de la National Futures Association s’est révélée complexe et chronophage. Transformer cette politique en réglementation 4.13(a)(4) établirait un ensemble public de conditions d’éligibilité adopté via le processus fédéral de notice-and-comment.

La CFTC indique qu’une règle finale remplacerait certaines positions de non-action, notamment celles prévues par les lettres 25-50 et 26-06. Jusqu’à l’adoption d’une règle définitive, le projet lui-même ne se substitue ni au cadre d’enregistrement actuel ni aux lettres du personnel.

Le seuil des petits pools pourrait doubler

Pour les opérateurs de plus petite taille, le projet prévoit de relever le plafond des contributions en capital brut autorisées sous l’exemption pour petits pools. Aujourd’hui, le règlement 4.13(a)(2) permet une exemption lorsque le pool ne compte pas plus de 15 participants et que le total des contributions en capital brut de tous les pools opérés ou prévus ne dépasse pas 400 000 dollars, sous réserve d’exclusions pour certaines contributions.

La commission a ajusté ce plafond monétaire pour la dernière fois en 2003, en le doublant de 200 000 à 400 000 dollars. En utilisant l’indice des prix à la consommation pour les consommateurs urbains, l’agence a calculé que 400 000 dollars de janvier 2003 équivalaient à environ 735 097 dollars en juillet 2026. Arrondir ce chiffre à 800 000 dollars offrirait une limite plus simple pour les opérateurs de fonds. Le plafond de 15 participants resterait inchangé, de même que les règles qui excluent certaines contributions du calcul.

Les opérateurs qui utiliseraient cette exemption élargie devraient toujours procéder aux dépôts d’avis initiaux et annuels. Les dispositions anti-fraude de la Commodity Exchange Act continueraient de s’appliquer aux pools exemptés.

Ce que le projet ne change pas pour les actifs numériques

Le projet de modification de la partie 4 ne crée pas de régime d’enregistrement spécifique pour les plateformes de cryptomonnaies et ne modifie pas l’autorité de la CFTC sur les marchés au comptant des actifs numériques. Les fonds privés orientés crypto peuvent toutefois être concernés dès lors que leur activité de trading les fait entrer dans la catégorie des pools de matières premières. L’éligibilité à l’allègement dépendrait alors des mêmes conditions que pour les autres fonds qualifiés.

Parallèlement, la CFTC a programmé la première réunion de son Innovation Advisory Committee pour le 20 août. L’ordre du jour comprend les actifs crypto, l’intelligence artificielle et les marchés de prédiction. Des déclarations publiques sont acceptées jusqu’au 27 août. La session consacrée aux crypto-actifs examinera les questions de structure de marché fédérale, les chevauchements d’autorité réglementaire, la protection des clients et l’intégrité des marchés. Elle ne votera pas sur le projet CPO et CTA et n’adoptera pas de règles contraignantes sur les actifs numériques.

Le Congrès examine de son côté une législation distincte qui pourrait modifier la répartition des compétences entre la SEC et la CFTC sur les actifs numériques. Un examen de la CLARITY Act a rappelé que le texte donnerait à la CFTC l’autorité sur certaines matières premières numériques tout en laissant les actifs relevant de contrats d’investissement sous la supervision de la SEC.

Comment participer à la consultation

Pour cette consultation sur la partie 4, les commentaires écrits doivent identifier le RIN 3038-AF61 et parvenir à la commission dans les 45 jours suivant la publication du projet au Federal Register. La CFTC sollicite des retours sur les exemptions proposées, leurs conditions d’éligibilité, les coûts et bénéfices attendus, ainsi que sur l’augmentation du plafond de capital pour les petits pools.

Cette fenêtre de 45 jours constitue une occasion réelle pour les gérants, les associations professionnelles et les investisseurs de faire entendre leur voix. Les arguments présentés aujourd’hui pourront influencer la version finale de la règle et, par ricochet, le coût de conformité de nombreux fonds privés qui traitent des intérêts sur matières premières.

Pourquoi cette réforme arrive maintenant

Depuis plusieurs années, les acteurs du marché soulignent le poids des doubles enregistrements. Un conseiller en investissement qui gère un fonds privé traitant des futures ou des swaps se retrouve souvent face à deux cadres réglementaires distincts, avec des obligations de reporting, de divulgation et de contrôle interne qui se recoupent partiellement. La CFTC estime que le bénéfice réglementaire supplémentaire de cette double couche n’est pas toujours proportionné aux coûts supportés par les entreprises américaines.

En formalisant une exemption conditionnelle, l’agence cherche à conserver un filet de sécurité via les obligations SEC tout en allégeant la charge purement CFTC. Le recours au Form PF partagé entre les deux régulateurs illustre cette logique de coopération plutôt que de duplication. Les avis annuels auprès de la National Futures Association maintiennent néanmoins un lien direct avec l’autorité des marchés de futures.

Le doublement du seuil des petits pools s’inscrit dans une logique d’indexation sur l’inflation. Vingt-trois ans après le dernier ajustement, le pouvoir d’achat de 400 000 dollars s’est érodé. Passer à 800 000 dollars simplifie le calcul pour les opérateurs et redonne une marge de manœuvre à des structures de taille modeste qui, autrement, auraient dû s’enregistrer dès qu’elles dépassaient un plafond devenu trop bas.

Les points de vigilance pour les gérants

L’exemption n’est pas automatique. Les conseillers devront vérifier scrupuleusement que leurs pools respectent les conditions relatives aux investisseurs, à l’offre privée et, le cas échéant, au dépôt du Form PF. Toute commercialisation trop large ou l’admission d’investisseurs ne répondant pas aux critères pourrait faire perdre le bénéfice de l’allègement.

Les opérateurs qui s’appuient aujourd’hui sur les lettres de non-action devront anticiper la transition. Une règle finale remplacerait ces positions, mais jusqu’à son adoption le cadre actuel reste en vigueur. Il sera donc prudent de suivre de près le calendrier de publication au Federal Register et les éventuelles modifications apportées après la période de commentaires.

Pour les fonds qui traitent des actifs numériques, la situation reste nuancée. L’activité de trading sur des intérêts de commodities peut déclencher les obligations CPO ou CTA, même si le projet n’introduit pas de régime spécifique aux crypto-actifs. Les gérants de ces véhicules devront analyser au cas par cas si leurs pools peuvent prétendre à la nouvelle exemption.

Impact potentiel sur la compétitivité des marchés américains

En réduisant les coûts de conformité pour les conseillers déjà supervisés par la SEC, la CFTC espère rendre les structures américaines plus attractives par rapport à des juridictions concurrentes. Les fonds privés qui hésitaient à intégrer des stratégies sur futures ou swaps en raison de la double charge réglementaire pourraient y trouver un argument supplémentaire pour rester ou s’installer aux États-Unis.

Dans le même temps, le maintien des obligations anti-fraude et des exigences de reporting via le Form PF et la National Futures Association vise à préserver un niveau de protection des investisseurs et de surveillance systémique jugé suffisant. L’équilibre recherché est donc entre allègement administratif et maintien d’une supervision effective.

Les commentaires qui parviendront dans les 45 jours permettront d’affiner cet équilibre. Les retours sur les coûts réels de la double conformité, sur l’adéquation des catégories d’investisseurs retenues et sur le niveau du nouveau plafond des petits pools seront particulièrement scrutés.

Un contexte réglementaire plus large

Cette consultation s’inscrit dans un mouvement plus large de révision des règles héritées d’une époque où les chevauchements entre agences n’étaient pas toujours anticipés. Les marchés de matières premières et les marchés de valeurs mobilières se sont rapprochés au fil des innovations financières, rendant plus fréquentes les situations dans lesquelles un même véhicule tombe sous les deux régimes.

Le projet de la CFTC constitue une réponse pragmatique à cette réalité. En s’appuyant sur l’enregistrement SEC existant et sur le partage d’informations via le Form PF, l’agence tente de supprimer des formalités sans créer de zone d’ombre. Le fait de transformer des positions de non-action temporaires en réglementation permanente apporte en outre une prévisibilité bienvenue pour les acteurs du marché.

Les prochains mois diront si les commentaires reçus conduisent à des ajustements significatifs ou si le projet est adopté dans une forme proche de celle présentée le 18 août. Dans tous les cas, les gérants de fonds privés qui traitent des intérêts sur matières premières ont intérêt à suivre de près l’évolution de ce dossier.

Ce qu’il faut retenir pour les prochains mois

La CFTC a ouvert une consultation de 45 jours sur des amendements à la partie 4 de ses règles. Le projet crée une exemption CPO pour certains conseillers enregistrés auprès de la SEC qui gèrent des pools réservés à des investisseurs sophistiqués. Une modification parallèle allège l’enregistrement CTA pour les conseillers qui servent ces pools. Le plafond des petits pools passerait de 400 000 à 800 000 dollars.

Les conditions d’éligibilité restent strictes : profil des investisseurs, offre privée, dépôt éventuel du Form PF, avis auprès de la National Futures Association. L’exemption ne supprime pas les obligations SEC ni les dispositions anti-fraude de la Commodity Exchange Act. Pour les fonds orientés crypto, le projet n’introduit pas de régime spécifique, mais les pools concernés pourront, le cas échéant, se prévaloir des mêmes conditions.

La période de commentaires constitue une opportunité concrète d’influencer le texte final. Les acteurs du marché ont jusqu’à 45 jours après la publication au Federal Register pour faire valoir leurs arguments sur les conditions d’éligibilité, les coûts et bénéfices attendus et le niveau du nouveau plafond. Dans un environnement réglementaire en mouvement, cette consultation marque une étape notable vers une réduction des doublons entre la CFTC et la SEC.

Les gérants qui s’appuient aujourd’hui sur des positions de non-action devront se préparer à une transition vers un cadre réglementaire plus formalisé. Ceux qui n’utilisent pas encore d’exemption pourraient y trouver une voie pour alléger leur charge administrative, à condition de vérifier scrupuleusement le respect de toutes les conditions. Le débat est ouvert, et les prochaines semaines diront comment la profession et les autres parties prenantes y répondront.

Au-delà des détails techniques, cette initiative reflète une volonté affichée de moderniser le cadre applicable aux pools de matières premières et aux conseillers en trading. En tenant compte de l’inflation pour le plafond des petits pools et en s’appuyant sur la supervision déjà exercée par la SEC, la CFTC cherche à adapter ses règles à la réalité des marchés contemporains. Reste à savoir si les ajustements proposés iront suffisamment loin ou s’ils laisseront encore trop de formalités pour certains acteurs. La réponse se construira en partie grâce aux commentaires qui arriveront dans les 45 jours à venir.

Les opérateurs de fonds, les associations professionnelles et les investisseurs institutionnels ont donc tout intérêt à analyser le projet dans le détail et à formuler des observations précises. Qu’il s’agisse de clarifier certaines conditions d’éligibilité, d’ajuster le niveau du plafond ou de préciser le traitement des fonds traitant des actifs numériques, chaque contribution pourra peser dans la balance. La CFTC a ouvert la porte ; il appartient maintenant au marché de s’y engouffrer avec des arguments concrets et documentés.

Dans un paysage réglementaire où les chevauchements entre autorités sont de plus en plus fréquents, cette consultation offre un exemple intéressant de coordination entre la CFTC et la SEC. Si le projet aboutit, il pourrait servir de modèle pour d’autres allègements ciblés. Pour l’heure, le texte reste un projet, et le dialogue public qui s’ouvre déterminera en grande partie sa forme définitive. Les 45 prochains jours seront donc déterminants pour les gérants de pools de matières premières et pour l’ensemble de l’écosystème des fonds privés américains.

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