Au lieu de souffler les bougies d’un gâteau d’anniversaire, Rodwin Chitewere a passé la journée à prier. Son fils aurait eu vingt-trois ans. À la place des rires et des chants, il y a eu le silence d’une maison où l’absence pèse plus lourd que les murs. Le jeune homme, Tanaka Muzirikazi, est parti d’un village reculé du Zimbabwe. Il n’est jamais revenu. Aujourd’hui, sa mère ne demande plus qu’une chose : que l’on ramène son corps pour qu’elle puisse enfin commencer à faire son deuil.
Quand l’espoir d’un avenir meilleur se transforme en cauchemar lointain
Dans plusieurs pays d’Afrique australe, des femmes vivent le même drame. Au Botswana, en Afrique du Sud, au Zimbabwe, des mères et des épouses attendent des nouvelles qui n’arrivent plus. Leurs fils ou leurs maris ont été entraînés dans un conflit qui n’est pas le leur. Beaucoup sont partis après avoir entendu des promesses de travail, de formation ou d’opportunités économiques. Une fois sur place, la réalité s’est révélée tout autre.
Rodwin Chitewere n’a découvert le départ de son fils que grâce à un changement de statut sur une application de messagerie. Tanaka vivait avec sa grand-mère dans un village isolé. Un jour, il est parti avec un cousin. La distance géographique a retardé l’information. Puis un message est arrivé de Russie. Un homme lui a dit que son fils avait été blessé dans une attaque de drone. La note vocale, que l’on a pu entendre, parlait de la gravité de la situation et de la nécessité de la grâce divine. Quatre mois après le départ, le même interlocuteur a annoncé la mort du jeune homme.
« Je veux juste qu’on le ramène à la maison. J’ai besoin de faire mon deuil. Je veux offrir à mon fils des funérailles dignes. J’ai énormément de peine. » Ces mots de Rodwin résument la douleur de nombreuses familles. Le corps n’est pas encore revenu. Le deuil reste suspendu, comme un fil qui refuse de se couper.
Des recrutements présentés comme des opportunités économiques
Le parcours de Dylan Goodho, le cousin de Tanaka, illustre le même piège. Âgé de vingt-trois ans lui aussi, il a préparé son voyage avec l’aide de son père. La famille pensait qu’il partait en Tanzanie pour devenir importateur de voitures. « Ça semblait être une vraie opportunité », confie Vharance Goodho. Ce n’est qu’une fois en Russie que Dylan a révélé la vérité. Il a envoyé mille cinq cents dollars à la maison. Puis, à partir du mois de mai, le silence s’est installé.
Sa mère, Fadzai Chikove, a enregistré un message chargé d’émotion : « Dylan, si jamais tu entends ce message, s’il te plaît, reviens à la maison. Tu ne peux pas te battre dans une guerre qui n’est pas la nôtre. » Ces paroles résonnent comme un appel désespéré lancé dans le vide. Beaucoup de jeunes hommes ont quitté leur village en pensant améliorer le sort de leur famille. Ils se sont retrouvés sur des lignes de front où les drones et les bombardements ont remplacé les perspectives d’emploi.
Au Zimbabwe, les autorités ont indiqué en mars que quinze ressortissants avaient été tués sur des champs de bataille étrangers. Plus de soixante autres restaient coincés en première ligne. Ces chiffres sont tombés un mois avant le départ de Tanaka et de Dylan. Cinq personnes suspectées d’être des recruteurs ont été poursuivies pour traite d’êtres humains dans le pays. Le phénomène n’est donc pas resté invisible aux yeux des institutions locales.
L’Afrique du Sud face à ses propres disparus
En Afrique du Sud, le constat est tout aussi douloureux. Les autorités ont annoncé qu’au moins deux citoyens avaient été tués en combattant pour la Russie. Quinze personnes ont pu être rapatriées, mais d’autres demeurent sur place. Un projet gouvernemental ukrainien consacré aux recrutements étrangers estimait en juillet que soixante-neuf Sud-Africains avaient été engagés et que dix d’entre eux avaient péri.
Un rapatrié a confié n’avoir « jamais eu aussi peur ». Il n’avait aucune expérience militaire préalable. « Tout à coup, vous voyez et entendez des bombes, des drones au-dessus de vos têtes », a-t-il raconté. Un autre, également dans la vingtaine, reproche aux autorités de ne pas tenir leur promesse d’accompagnement psychologique. « On nous laisse tomber, sans argent, sans aucun moyen de subsistance, uniquement avec les cicatrices de la guerre », déplore-t-il.
Une femme raconte que son mari, Lifa, âgé de trente-huit ans, a perdu une jambe dans une frappe de drone visant son convoi sur le front. Il est toujours hospitalisé en Russie. Pour elle, chaque jour qui passe sans nouvelles précises allonge le calvaire. L’attente devient une forme de torture quotidienne.
Au Botswana, l’inquiétude d’un nombre alarmant de recrues
Le gouvernement botswanais s’est ému d’un nombre « alarmant » de recrues. Le même projet ukrainien recensait en juin deux Botswanais morts au combat. Une mère rencontrée sur place est sans nouvelles de son fils de vingt ans depuis près d’un an. Lui et un ami sont partis en Russie en juillet. « Je ne sais pas s’ils sont vivants ou non », livre-t-elle simplement.
Elle accuse la fille de l’ancien président sud-africain Jacob Zuma de les avoir trompés en leur prétextant un cours de développement personnel en Russie. Cette dernière, Duduzile Zuma-Sambudla, a démissionné de son poste de parlementaire en décembre après une enquête de police la visant pour son rôle dans le recrutement de Sud-Africains. La mère botswanaise veut que justice soit faite. « On nous a élevés selon le principe œil pour œil. Je veux donc que cette femme soit jugée. » Et surtout : « Je veux juste que mon enfant revienne à la maison. »
Des listes de noms qui révèlent l’ampleur du phénomène
Un collectif a publié en février les noms de plus de mille quatre cents Africains recrutés, selon lui, entre janvier deux mille vingt-trois et septembre deux mille vingt-cinq. Plus de trois cents seraient morts. Ces chiffres donnent une idée de l’échelle du recrutement. Derrière chaque nom se cache une famille qui attend, qui espère, qui prie ou qui se résigne peu à peu.
Les campagnes de recrutement ont souvent mis en avant des arguments économiques. Dans des régions où le chômage touche durement les jeunes, la perspective d’un salaire ou d’une formation à l’étranger peut sembler une porte de sortie. Une fois sur place, beaucoup découvrent qu’ils sont destinés à des unités combattantes. Certains n’ont jamais tenu une arme auparavant. La transition entre la promesse d’un avenir meilleur et la réalité des tranchées est brutale.
Les familles apprennent souvent la vérité par fragments. Un message vocal. Un appel d’un inconnu. Un silence qui s’installe. Puis, parfois, l’annonce d’une blessure ou d’une mort. Le parcours de Tanaka Muzirikazi en est l’illustration la plus claire. Blessé par un drone, puis déclaré mort quelques mois plus tard. Sa mère n’a toujours pas pu organiser des funérailles. Le corps reste loin, inaccessible.
Le poids du deuil impossible
Pour beaucoup de ces mères, le deuil ne peut commencer tant que le corps n’est pas revenu. Les rites funéraires traditionnels, les veillées, les prières collectives, tout cela reste en suspens. Rodwin Chitewere le dit avec une simplicité déchirante : elle a besoin de faire son deuil. Elle veut offrir à son fils des funérailles dignes. Sans le corps, cette dignité semble hors de portée.
La même demande revient dans la bouche de la mère botswanaise. Elle veut que son enfant revienne à la maison. Vivant ou mort, elle a besoin de savoir. L’incertitude est une forme de violence supplémentaire. Elle empêche le processus naturel de deuil de s’enclencher. Elle laisse les familles dans un entre-deux douloureux où l’espoir et le désespoir se côtoient chaque jour.
Les rapatriés qui ont pu rentrer témoignent de la peur extrême vécue sur le front. L’absence d’expérience militaire préalable a rendu l’expérience encore plus traumatisante. Les bombes, les drones, le bruit permanent des combats ont laissé des marques profondes. Certains se plaignent de l’absence d’accompagnement psychologique une fois de retour. Sans argent, sans perspective, uniquement avec les cicatrices de la guerre, ils se sentent abandonnés.
Des autorités locales confrontées à une réalité difficile
Au Zimbabwe, l’annonce de quinze morts et de plus de soixante personnes restées sur le front a marqué un tournant. Les poursuites engagées contre cinq personnes suspectées de recrutement montrent que les autorités ont pris la mesure du problème. La traite d’êtres humains est désormais un chef d’accusation utilisé dans ces affaires. Cela indique que les autorités considèrent ces recrutements comme relevant d’un trafic organisé plutôt que d’un simple choix individuel.
En Afrique du Sud, le rapatriement de quinze personnes a été présenté comme un succès partiel. Mais le fait que d’autres restent sur place et que des citoyens aient trouvé la mort montre les limites de l’action. Le projet ukrainien qui a dénombré soixante-neuf Sud-Africains engagés et dix morts offre une estimation indépendante. Ces chiffres, même s’ils restent approximatifs, dessinent une tendance inquiétante.
Au Botswana, l’expression « nombre alarmant » utilisée par le gouvernement reflète une prise de conscience. Deux morts recensés en juin suffisent à provoquer l’inquiétude. Une mère sans nouvelles depuis près d’un an incarne cette angoisse collective. Son accusation contre une figure politique sud-africaine ajoute une dimension politique à un drame déjà humain.
Le rôle des intermédiaires et des fausses promesses
Les récits convergent sur un point : les jeunes hommes ont été trompés. Au Botswana, le prétexte d’un cours de développement personnel a été utilisé. Au Zimbabwe, l’idée d’un voyage en Tanzanie pour devenir importateur de voitures a convaincu une famille entière. Ces histoires montrent que les recruteurs adaptent leur discours aux aspirations locales. Ils parlent d’opportunités économiques, de formation, de salaire. Ils ne parlent presque jamais de combat.
Une fois sur place, la vérité éclate. Certains envoient encore de l’argent à leur famille, comme Dylan Goodho avec ses mille cinq cents dollars. Puis le contact se rompt. Les parents restent sans nouvelles. Les mères continuent d’espérer un message, un appel, un signe de vie. Le silence devient la nouvelle norme.
La démission de Duduzile Zuma-Sambudla de son poste de parlementaire après une enquête de police marque un moment important. Elle montre que les autorités sud-africaines ont commencé à s’intéresser au rôle de certaines personnalités dans ces recrutements. Pour les familles, cela représente un début de reconnaissance. Mais la justice qu’elles réclament reste encore à venir.
Une guerre qui n’est pas la leur
Le message de Fadzai Chikove résume le sentiment de nombreuses familles : « Tu ne peux pas te battre dans une guerre qui n’est pas la nôtre. » Cette phrase simple porte une charge émotionnelle immense. Elle dit le sentiment d’injustice. Elle dit aussi la distance culturelle et géographique qui sépare ces jeunes hommes du conflit dans lequel ils ont été plongés.
Pour ces mères, la guerre en Ukraine est devenue une réalité personnelle par la force des circonstances. Elles n’ont pas choisi d’y être associées. Leurs fils non plus, dans bien des cas. Les campagnes de recrutement trompeuses ont créé un pont entre des villages isolés d’Afrique australe et les lignes de front les plus meurtrières d’Europe. Ce pont a coûté des vies et brisé des familles.
Les témoignages des rapatriés insistent sur la peur. L’absence de préparation militaire a rendu chaque jour plus terrifiant. Les drones, les bombardements, le bruit permanent des combats ont laissé des traces. Certains reviennent avec des blessures physiques graves, comme Lifa qui a perdu une jambe. D’autres portent des blessures invisibles que personne ne semble prêt à soigner.
Le besoin de justice et de vérité
La mère botswanaise invoque le principe « œil pour œil ». Elle veut que celle qu’elle accuse soit jugée. Cette demande de justice s’ajoute à la demande de retour. Les deux sont liées. Sans vérité sur les conditions du départ, sans responsabilisation des intermédiaires, le deuil reste incomplet. Les familles ont besoin de comprendre comment leurs enfants ont pu se retrouver si loin, dans une guerre qui ne les concernait pas.
Au Zimbabwe, les poursuites pour traite d’êtres humains contre cinq personnes suspectées de recrutement vont dans ce sens. Elles reconnaissent que ces départs n’étaient pas toujours le fruit d’un choix libre et éclairé. Elles ouvrent la voie à une possible condamnation des organisateurs. Pour les familles, c’est un signal important, même s’il arrive trop tard pour certains.
Rodwin Chitewere continue d’attendre le corps de son fils. Fadzai Chikove continue d’appeler son fils à rentrer. La mère botswanaise continue d’espérer des nouvelles. Ces femmes ne demandent pas la lune. Elles demandent le droit de savoir, le droit de pleurer, le droit d’enterrer leurs enfants selon leurs rites. Elles demandent aussi que ceux qui ont organisé ces départs répondent de leurs actes.
Des chiffres qui ne cessent de s’alourdir
Les estimations du collectif qui a publié les noms de plus de mille quatre cents Africains recrutés donnent une idée de l’ampleur. Plus de trois cents morts. Ces chiffres, même s’ils restent contestables ou incomplets, dessinent une tendance claire. Le recrutement de combattants africains pour les forces russes n’est pas un phénomène marginal. Il touche plusieurs pays de la région et laisse derrière lui des dizaines, peut-être des centaines de familles dans le même état d’attente et de douleur.
Au Zimbabwe, quinze morts et plus de soixante personnes encore sur le front. En Afrique du Sud, au moins deux morts officiels, soixante-neuf engagés selon une estimation, dix morts selon la même source. Au Botswana, un nombre alarmant de recrues et au moins deux morts. Chaque pays a sa propre liste. Chaque liste représente des vies interrompues et des mères qui n’en finissent plus d’attendre.
La publication de ces listes de noms a eu un effet. Elle a rendu visible ce qui se passait dans l’ombre. Elle a donné un visage, ou du moins un prénom, à des jeunes hommes devenus anonymes une fois sur le front. Pour les familles, voir le nom de leur fils apparaître quelque part peut être à la fois un soulagement et une confirmation de leurs pires craintes.
L’après-guerre pour ceux qui rentrent
Les rapatriés qui ont pu rentrer ne trouvent pas toujours l’accueil qu’ils espéraient. L’un d’eux parle de l’absence d’accompagnement psychologique. Un autre insiste sur le manque d’argent et de moyens de subsistance. Les cicatrices de la guerre restent, visibles ou invisibles. La société locale ne semble pas toujours préparée à les accueillir.
Ces hommes ont quitté leur pays en croyant améliorer leur situation. Ils reviennent avec des traumatismes, parfois des blessures graves, et peu de perspectives. Le contraste est cruel. La promesse initiale d’opportunités économiques s’est transformée en dette de souffrance. Pour certains, le retour est presque aussi difficile que le départ.
Lifa, qui a perdu une jambe, est toujours hospitalisé en Russie. Sa femme attend. Elle ne sait pas quand, ni même si, il pourra rentrer. Chaque jour prolonge l’incertitude. Pour elle, comme pour les autres, le temps s’est arrêté le jour où le contact s’est rompu ou où la nouvelle de la blessure est arrivée.
Des voix de mères qui refusent de se taire
Ce qui frappe dans tous ces témoignages, c’est la détermination des mères. Elles ne se contentent pas de pleurer en silence. Elles parlent. Elles enregistrent des messages. Elles accusent. Elles demandent justice. Rodwin Chitewere veut des funérailles dignes. Fadzai Chikove appelle son fils à rentrer. La mère botswanaise veut que celle qu’elle tient pour responsable soit jugée. Ces femmes transforment leur douleur en parole publique.
Leur courage force le respect. Dans des contextes où parler peut être difficile, où les informations sont rares et fragmentaires, elles persistent. Elles refusent que leurs fils deviennent de simples statistiques. Elles rappellent qu’il y a des vies, des histoires, des familles derrière chaque nom. Elles rappellent aussi que cette guerre, pour elles, a commencé le jour où leur enfant a quitté le village avec de fausses promesses.
Le message de Fadzai Chikove reste particulièrement fort. Elle s’adresse directement à son fils, au cas où il entendrait un jour cet appel. Elle lui dit de rentrer. Elle lui dit que cette guerre n’est pas la sienne. Ces mots, simples et directs, résument tout le drame. Ils disent l’amour d’une mère et le sentiment d’injustice face à un conflit lointain qui a emporté son enfant.
Un drame qui continue de s’écrire
Pendant que ces mères attendent, d’autres jeunes hommes continuent peut-être de partir. Les mécanismes de recrutement ne se sont pas forcément arrêtés. Les promesses économiques restent séduisantes dans des régions où les perspectives sont limitées. Le risque est que de nouvelles familles se retrouvent demain dans la même situation que Rodwin, Fadzai ou la mère botswanaise.
Les autorités des pays concernés ont commencé à réagir. Poursuites au Zimbabwe, démission d’une parlementaire en Afrique du Sud, expressions d’inquiétude au Botswana. Ces gestes sont importants. Ils montrent que le phénomène n’est plus ignoré. Mais pour les familles déjà touchées, ils arrivent souvent trop tard. Le corps de Tanaka n’est toujours pas rentré. Dylan reste sans nouvelles. Le fils de la mère botswanaise est absent depuis près d’un an.
Le deuil, pour ces femmes, reste incomplet. Elles ont besoin de vérité, de justice et de retour. Elles ont besoin que leurs fils, vivants ou morts, reviennent à la maison. Elles ont besoin de pouvoir dire adieu selon leurs rites, de pouvoir pleurer ensemble, de pouvoir commencer à guérir. Tant que cela n’est pas possible, la guerre continue pour elles, bien loin des champs de bataille d’Ukraine.
Rodwin Chitewere a passé l’anniversaire de son fils à prier. D’autres mères passent leurs journées à attendre un message qui ne vient pas. D’autres encore tentent de reconstruire une vie après le retour d’un fils ou d’un mari blessé. Toutes partagent la même douleur. Toutes demandent la même chose : que leurs enfants reviennent, d’une manière ou d’une autre, pour que le deuil puisse enfin commencer.
Dans les villages reculés du Zimbabwe, dans les foyers du Botswana, dans les quartiers d’Afrique du Sud, ces voix de mères continuent de s’élever. Elles rappellent que derrière les grands mouvements géopolitiques, il y a toujours des vies humaines. Des jeunes hommes partis avec l’espoir d’un avenir meilleur. Des familles qui n’ont jamais imaginé que cet avenir se terminerait sur un front lointain. Des mères qui, aujourd’hui, n’ont plus qu’une prière : le retour de leur fils, ou de son corps, pour que la maison puisse à nouveau respirer.
La douleur de ces femmes ne s’efface pas avec le temps. Elle s’installe, s’installe durablement, tant que l’absence n’est pas comblée par un retour, même symbol. Rodwin veut des funérailles dignes. Fadzai veut que son fils entende son appel. La mère botswanaise veut justice et retour. Ces demandes, simples en apparence, résument toute la complexité d’un drame qui a transformé des familles ordinaires en témoins involontaires d’une guerre qu’elles n’avaient pas choisie.
Chaque jour qui passe sans nouvelles prolonge le calvaire. Chaque anniversaire manqué, chaque fête familiale incomplète rappelle l’absence. Les mères continuent de prier, de demander, de parler. Leur détermination est peut-être la seule lumière dans cette histoire sombre. Elles refusent l’oubli. Elles refusent que leurs fils disparaissent sans laisser de trace. Elles insistent pour que le monde sache ce qui s’est passé, pour que les responsables répondent, et surtout pour que les corps ou les vivants puissent enfin rentrer à la maison.
Dans ce long parcours d’attente et de douleur, une chose reste constante : l’amour d’une mère pour son enfant. Cet amour traverse les distances, les silence, les mensonges initiaux. Il continue de chercher, de prier, de réclamer. Rodwin Chitewere, Fadzai Chikove et toutes les autres incarnent cette force. Leur combat n’est pas militaire. Il est humain. Il consiste à refuser que leurs fils soient oubliés, et à exiger que, d’une façon ou d’une autre, ils puissent revenir là où ils ont grandi, là où on les attend encore.









