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Greenlane Voit Sa Trésorerie BERA Fondre De 70 À 16 Millions

Greenlane a vu sa trésorerie BERA passer de 70 à seulement 16,4 millions de dollars en un trimestre. Les tokens ont pourtant augmenté. Ce qui se cache derrière cette chute spectaculaire change la donne pour les sociétés cotées exposées au crypto.

Imaginez une société cotée qui transforme radicalement son modèle d’affaires pour parier massivement sur un token émergent. Quelques mois plus tard, le même actif a perdu plus des trois quarts de sa valeur. C’est exactement ce qui vient d’arriver à Greenlane Holdings. À la fin du deuxième trimestre, sa trésorerie concentrée sur le token BERA ne valait plus que 16,4 millions de dollars, contre un coût d’acquisition de 70 millions. Une chute de 76,6 % qui illustre avec une violence rare les risques liés aux stratégies de trésorerie crypto en période de correction sévère.

Une chute de valorisation qui redéfinit le bilan de Greenlane

Les chiffres publiés dans le dernier dépôt réglementaire de la société ne laissent aucune place à l’ambiguïté. Au 30 juin, Greenlane détenait environ 81,3 millions de tokens BERA et équivalents. Ce volume est même en hausse par rapport aux 77,7 millions enregistrés à la fin du premier trimestre. Pourtant, la valeur de marché de ce portefeuille s’est effondrée. L’écart entre le coût d’acquisition et la juste valeur de fin de période atteint désormais 53,8 millions de dollars.

Durant les trois mois clos le 30 juin, la société a enregistré une perte non monétaire de 19,1 millions de dollars liée à la variation de juste valeur de ses actifs numériques. Cette charge a largement contribué à un résultat net négatif de 24,8 millions de dollars pour le trimestre. Ces éléments confirment que le bilan de Greenlane est aujourd’hui très fortement corrélé aux fluctuations du token BERA.

Comment Greenlane s’est retrouvée si exposée

Le tournant date d’octobre 2025. Jusqu’alors connue principalement pour ses accessoires liés au cannabis et ses produits de consommation, Greenlane a choisi de se réinventer en société cotée détentrice de tokens Berachain. Cette transformation a été rendue possible par un placement privé de 110,7 millions de dollars soutenu par plusieurs investisseurs spécialisés dans les actifs numériques. Les fonds levés ont servi à constituer une position initiale en BERA, acquise à la fois sur le marché ouvert et via des transactions de gré à gré.

Parallèlement, la société a mis en place une structure dédiée appelée BeraStrategy, chargée de gérer l’ensemble des opérations liées aux actifs numériques. Dès le mois de février suivant, le portefeuille se composait déjà de 54,2 millions de BERA issus de l’acquisition initiale, auxquels s’ajoutaient 14,9 millions de tokens achetés sur le marché et d’autres volumes obtenus grâce au staking, à la participation en tant que validateur et à des accords de trading structurés.

Cette stratégie a rapidement transformé le profil de risque de l’entreprise. Dans son rapport du premier trimestre, Greenlane reconnaissait déjà que sa situation financière et ses résultats opérationnels étaient désormais fortement influencés par les conditions de marché des actifs numériques, et en particulier par la juste valeur de ses avoirs en BERA. Le deuxième trimestre n’a fait que confirmer cette dépendance.

Une augmentation des tokens malgré la baisse des prix

Fait notable, Greenlane n’a pas stoppé ses accumulations. Entre la fin mars et la fin juin, le volume de BERA et d’équivalents a progressé d’environ 3,6 millions de tokens. Cette hausse s’explique en grande partie par les activités de yield générées au sein de l’écosystème Berachain. La société a ainsi perçu environ 309 000 dollars de revenus de staking et de rendement au cours du trimestre, sous forme de BERA et d’autres actifs.

Ces flux de tokens supplémentaires n’ont cependant pas compensé la chute des cours. Alors que le prix du BERA évoluait autour de 0,146 dollar au moment de la publication des données, le token affichait déjà une baisse de 75,9 % depuis le début de l’année. Après avoir brièvement dépassé 1,20 dollar plus tôt en 2026, puis même 1,43 dollar lors d’un épisode de volatilité extrême en février, le cours s’est durablement installé dans une zone proche de 0,15 dollar.

Chiffres clés du trimestre

  • Juste valeur de la trésorerie BERA : 16,4 millions de dollars
  • Coût d’acquisition : 70 millions de dollars
  • Perte de juste valeur non monétaire : 19,1 millions de dollars
  • Résultat net du trimestre : -24,8 millions de dollars
  • Revenus de yield et staking : 309 000 dollars
  • Tokens détenus au 30 juin : 81,3 millions

Le contexte de marché autour de Berachain

Pour comprendre l’ampleur de la baisse, il faut remonter aux débuts de Berachain. Lancé en février 2025, le token BERA avait atteint un sommet historique proche de 15 dollars peu après ses listings sur plusieurs plateformes majeures. Depuis, la trajectoire a été presque exclusivement baissière, ponctuée de rebonds techniques rapidement éteints.

Le mois de février 2026 a illustré la volatilité extrême qui caractérise encore cet actif. Une déséquilibre inhabituel sur les marchés de contrats perpétuels a déclenché une vague de liquidations de positions short. En l’espace de vingt-quatre heures, le BERA a grimpé de 82 %, passant à environ 0,94 dollar. Les volumes sur les futures ont explosé de 632 % pour atteindre 2,94 milliards de dollars, tandis que l’intérêt ouvert progressait de 102 %. Les taux de funding ont oscillé entre des niveaux fortement négatifs et positifs, reflet d’un repositionnement massif des traders après un unlock de 63,75 millions de tokens survenu le 6 février.

Ce mouvement n’a pas tenu. Dès le 15 juillet, le cours évoluait autour de 0,187 dollar, déjà en baisse de plus de 30 % sur le mois précédent. La poursuite du mouvement baissier vers les 0,15 dollar a encore accentué la pression sur les positions de grande taille comme celle de Greenlane.

D’autres facteurs structurels ont pesé. En mai 2025, la libération des Boyco Vaults a injecté 2,7 milliards de dollars d’actifs verrouillés et environ 2 % de l’offre totale de BERA sur le marché. Le token avait alors perdu 21 % en sept jours. Cette augmentation progressive de l’offre circulante, combinée à une demande encore fragile, a maintenu une pression vendeuse durable.

Une stratégie qui ne se limite pas à la détention passive

Malgré les pertes de valorisation, Greenlane insiste sur le fait que sa démarche ne se réduit pas à un simple stockage de tokens. La société s’implique activement dans le staking, l’exploitation de validateurs, la fourniture de liquidité et d’autres mécanismes de l’écosystème Berachain. Ces activités ont généré les 309 000 dollars de revenus segmentaires mentionnés plus haut.

Berachain repose sur un modèle de Proof-of-Liquidity qui lie les incentives du réseau à la liquidité fournie dans son écosystème DeFi. Le BERA sert de token de gaz natif, tandis que le BGT est utilisé pour la gouvernance et que le HONEY fonctionne comme stablecoin collatéralisé. Une mise à niveau proposée en 2025 a orienté un tiers des incentives protocolaires vers un modèle de récompenses en BERA, renforçant ainsi le caractère générateur de rendement de l’actif.

Dès mars 2025, le réseau avait élargi ses récompenses au-delà des pools BEX pour inclure d’autres applications et vaults. Greenlane tire parti de ces mécanismes pour accroître progressivement ses avoirs en tokens. La société a toutefois prévenu que les taux de récompense pouvaient évoluer en fonction des conditions du réseau, des changements de validateurs, des calendriers de distribution et de la volatilité des marchés.

L’impact sur l’activité historique de Greenlane

Parallèlement à cette orientation crypto, Greenlane a fortement réduit son activité historique d’accessoires lifestyle. Les opérations d’entrepôt ont été largement abandonnées. Le commerce restant s’appuie désormais sur un modèle drop-shipping allégé en actifs. La société continue de commercialiser via vapor.com et des canaux associés, mais cette branche pèse clairement moins dans le profil global de l’entreprise.

Cette transition a rendu le résultat opérationnel encore plus sensible aux variations de juste valeur des actifs numériques. Au premier trimestre déjà, Greenlane avait affiché une perte nette de 18,2 millions de dollars, avec un bilan largement composé d’actifs digitaux, de liquidités et de stablecoins adossés au dollar. Le deuxième trimestre a amplifié cette tendance.

Les leçons d’une stratégie de trésorerie concentrée

L’expérience de Greenlane soulève plusieurs questions qui dépassent le cas particulier de cette société. Premièrement, la concentration sur un seul token expose à un risque idiosyncratique très élevé. Même lorsque les volumes de tokens progressent grâce au yield, une chute de prix de 75 % ou plus peut anéantir en quelques mois la valeur créée.

Deuxièmement, la comptabilisation à la juste valeur transforme immédiatement les variations de marché en pertes ou gains non monétaires. Ces éléments impactent le résultat net et peuvent peser sur la perception des investisseurs, même si la société n’a pas vendu ses positions.

Troisièmement, le modèle de yield, aussi attractif soit-il en période de marché haussier, ne protège pas contre une baisse structurelle des prix. Les 309 000 dollars de revenus générés au deuxième trimestre restent modestes face à une perte de juste valeur de 19,1 millions de dollars sur la même période.

Enfin, la transformation d’une société industrielle ou de consommation en détenteur de tokens nécessite une communication claire et une gestion rigoureuse des attentes. Les actionnaires qui avaient investi dans Greenlane pour son activité historique se retrouvent désormais exposés à un actif volatil dont le comportement s’apparente davantage à celui d’un fonds thématique crypto.

Ce que révèle l’évolution du prix du BERA

Le parcours du BERA depuis son lancement illustre plusieurs dynamiques propres aux tokens de nouvelle génération. Après un lancement spectaculaire et un sommet historique proche de 15 dollars, l’actif a subi une correction prolongée. Les unlocks successifs, l’augmentation de l’offre circulante et l’absence de catalyseurs de demande suffisamment puissants ont maintenu une pression vendeuse.

Les épisodes de volatilité extrême, comme celui de février 2026, montrent que les marchés dérivés peuvent amplifier les mouvements dans les deux sens. Les liquidations de shorts ont provoqué un rebond violent, mais sans base fondamentale solide, ce rebond s’est rapidement essoufflé. Le retour vers les 0,15 dollar confirme que le marché n’a pas encore trouvé un nouvel équilibre durable.

Pour les détenteurs de long terme comme Greenlane, cette trajectoire pose la question de la durée de conservation des positions et de la capacité à absorber des drawdowns de 70 % ou plus. La stratégie de accumulation via le yield permet d’augmenter le nombre de tokens, mais elle ne protège pas la valeur en dollars tant que le prix unitaire continue de baisser.

Perspectives et points de vigilance

À ce stade, plusieurs éléments méritent d’être suivis de près. L’évolution du prix du BERA reste le facteur dominant. Toute reprise significative améliorerait mécaniquement la juste valeur du portefeuille de Greenlane. Inversement, une poursuite de la baisse accentuerait encore les pertes non monétaires.

Le niveau des récompenses de staking et de participation au réseau constitue un second point d’attention. Si les taux de rendement baissent ou si les conditions de participation se durcissent, la capacité de Greenlane à augmenter organiquement ses avoirs en tokens pourrait s’éroder.

La communication financière de la société sera également déterminante. Les investisseurs suivront avec attention la manière dont Greenlane présente l’évolution de sa trésorerie digitale, les éventuels ajustements de stratégie et la part que conserve l’activité historique dans le résultat global.

Enfin, le contexte réglementaire et macroéconomique pèse sur l’ensemble des actifs numériques. Toute détérioration de l’appétit pour le risque ou tout resserrement réglementaire pourrait prolonger la phase de consolidation que traverse actuellement le BERA.

Une illustration des risques des trésoreries mono-actifs

Le cas de Greenlane s’inscrit dans une série plus large d’expériences menées par des sociétés cotées qui ont choisi d’allouer une part significative de leur trésorerie à un actif numérique spécifique. Ces stratégies offrent un potentiel de rendement élevé en période de hausse, mais elles exposent le bilan à des variations de valeur parfois extrêmes.

Lorsque l’actif sous-jacent subit une correction de plus de 70 %, même une politique active de génération de yield ne suffit pas à compenser les pertes de valorisation. Le résultat net devient alors le reflet presque direct des mouvements de marché, ce qui peut créer une volatilité importante des résultats publiés et de la perception des investisseurs.

Pour Greenlane, le défi consiste désormais à démontrer que sa stratégie de long terme sur Berachain reste pertinente malgré la baisse des cours. L’augmentation progressive du nombre de tokens détenus constitue un argument en faveur de la patience. Encore faut-il que le prix unitaire retrouve un jour des niveaux plus proches du coût d’acquisition moyen.

En attendant, les chiffres du deuxième trimestre servent de rappel brutal : dans l’univers des actifs numériques, la valorisation d’une trésorerie concentrée peut s’effondrer beaucoup plus vite qu’elle ne s’est construite. Greenlane, comme d’autres avant elle, découvre aujourd’hui le coût de cette volatilité sur son bilan et sur ses résultats.

La suite dépendra largement de la capacité de Berachain à stabiliser son token et à renforcer les fondamentaux de son écosystème. Pour l’heure, Greenlane affiche une trésorerie BERA réduite à 16,4 millions de dollars, un volume de tokens en légère hausse et une perte nette de 24,8 millions de dollars pour le trimestre. Ces éléments dessinent un portrait contrasté d’une société qui a choisi de s’exposer pleinement à un actif encore jeune et extrêmement volatil.

Les prochains trimestres diront si l’accumulation progressive de tokens et les revenus de yield permettront un jour de rattraper le retard de valorisation, ou si la stratégie devra être ajustée face à une réalité de marché plus sévère que prévu. Dans tous les cas, l’épisode actuel restera un cas d’école sur les risques et les mécanismes des trésoreries crypto mono-token.

En définitive, la trajectoire de Greenlane depuis octobre 2025 illustre à la fois l’audace de certaines sociétés cotées qui choisissent de s’ancrer dans l’écosystème crypto et la violence des corrections qui peuvent suivre. Avec une trésorerie passée de 70 à 16,4 millions de dollars en quelques mois, malgré une hausse du nombre de tokens détenus, la société offre un exemple concret des défis que pose une allocation concentrée sur un actif numérique encore immature. Les investisseurs, comme les observateurs du marché, auront intérêt à suivre de près les prochains développements de cette stratégie atypique.

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