Comment un homme encore sous le coup d une plainte de victimes peut-il etre eleve au grade de general quelques jours seulement apres son acquittement ? Cette question ressurgit avec force en Guinee depuis le debut du mois d aout. La Federation internationale pour les droits humains a choisi de ne pas rester silencieuse. Elle a rendu public un communique cinglant dans lequel elle fustige une decision qu elle juge prematuree et lourde de symboles. Le colonel Bienvenu Lamah, longtemps incarcere, se retrouve desormais general. Pour les parties civiles, ce geste ressemble a une forme de normalisation des tueries du 28 septembre 2009.
Une elevation au grade de general sous le feu des critiques
Le 3 aout dernier, un decret signe par le president Mamadi Doumbouya a officialise la promotion. Bienvenu Lamah passe du rang de colonel a celui de general de la gendarmerie. Cette annonce intervient a peine une semaine apres la decision d un tribunal de Conakry qui l a acquitte et ordonne sa remise en liberte immediate. L homme etait detenu depuis la mi-novembre 2022. Les chefs d accusation etaient lourds : meurtres et viols. Le parquet avait requis dix annees de prison. Pourtant, les juges ont choisi l acquittement.
La FIDH ne digere pas cette sequence. Dans son communique, l organisation rappelle que des charges extremement graves continuent de peser sur le nouvel officier general. Les parties civiles ont fait appel. Un nouveau proces doit donc avoir lieu. Dans cet intervalle, la nomination est percue comme un message politique. Alpha Amadou DS Bah, coordonnateur du collectif d avocats des victimes, resume le sentiment dominant : le pouvoir a choisi de recompenser, avant meme la fin de la procedure judiciaire, une personne accusee de faits qualifies de crimes contre l humanite.
Le contexte du massacre du 28 septembre 2009
Pour comprendre la virulence des reactions, il faut revenir sur les evenements de ce jour sombre. Un rassemblement de l opposition se tenait dans un stade de Conakry et dans ses environs. Les forces de securite ont ouvert le feu. Au moins cent cinquante-six personnes ont perdu la vie. Les modes operatoires etaient multiples : balles, couteaux, machettes, baionnettes. Des centaines de blesses ont ete recenses. Une commission d enquete internationale mandatee par les Nations unies a documente ces faits avec precision.
Les exactions ne se sont pas arretees a la fin de la manifestation. Pendant plusieurs jours, des femmes ont ete sequestrees. Des detenus ont subi des tortures. Au moins cent neuf femmes ont ete violees. D autres ont ete retenues pendant des semaines comme esclaves sexuelles. Ces elements figurent parmi les plus graves de l histoire contemporaine de la Guinee. Le proces qui s est ouvert des annees plus tard constituait une premiere historique dans le pays.
« Le pouvoir guineen doit renoncer a cette promotion qui sonne, pour les parties civiles, comme une normalisation par les autorites des tueries perpetrees le 28 septembre 2009. »
Les suites judiciaires et les destins contrastes
A l issue du premier proces, l ancien dictateur Dadis Camara a ete condamne a vingt annees d emprisonnement. Il a ensuite beneficie d une grace presidentielle fin mars 2025. Deux autres responsables condamnes n ont pas connu le meme sort. Claude Pivi est mort en detention le 6 janvier. Aboubacar Diakite, plus connu sous le nom de Toumba, est decede le 25 mars 2026. Ces disparitions ont ajoute une couche de complexite a un dossier deja charge d emotions.
Bienvenu Lamah, lui, a connu un parcours different. Incarcere pendant plus de deux ans et demi, il a obtenu son acquittement le 27 juillet. La decision de le liberer immediatement a ete suivie, quelques jours plus tard, de sa nomination au grade de general. Pour les victimes et leurs avocats, la rapidite de cette elevation pose probleme. Elle intervient alors que l appel est toujours pendant. Le nouveau proces n a pas encore eu lieu.
La position ferme de la FIDH
L organisation internationale ne se contente pas de deplorer. Elle demande explicitement au pouvoir guineen de renoncer a cette promotion. Selon elle, le geste ressemble a une forme de validation des evenements de 2009. Les parties civiles, encore en attente d un jugement definitif, percoivent la decision comme un affront. La FIDH insiste sur le fait que des charges d une extreme gravite continuent de peser sur l interesse.
Cette prise de position s inscrit dans une logique plus large de defense des droits humains. L organisation suit de pres les dossiers de justice transitionnelle en Afrique de l Ouest. Le cas guineen presente une particularite : un proces historique a bien eu lieu, des condamnations ont ete prononcees, mais les suites politiques et judiciaires restent marquees par des decisions unilaterales. La grace de Dadis Camara et la promotion de Bienvenu Lamah alimentent le sentiment d une justice a deux vitesses.
Les attentes des victimes et le sentiment d impunite
Les familles des personnes tuees le 28 septembre 2009 et les survivantes des violences sexuelles ont suivi le proces avec une attention extreme. Pour beaucoup d entre elles, l acquittement de Bienvenu Lamah constituait deja un choc. Sa promotion au grade de general, intervenant si rapidement, a renforce l impression d une normalisation. Alpha Amadou DS Bah l a exprime clairement : le president a fait le choix de recompenser une personne accusee de crimes contre l humanite avant meme que la procedure judiciaire ne soit achevee.
Ce sentiment d impunite n est pas nouveau. Il traverse l histoire recente de la Guinee. Les evenements de 2009 ont laisse des traces profondes dans la memoire collective. Les rapports de la commission d enquete internationale ont documente non seulement les morts, mais aussi les sequestations, les tortures et les violences sexuelles systematiques. Lorsque des decisions politiques semblent contredire les attentes de justice, la confiance dans les institutions s erode davantage.
Elements cles a retenir :
- Acquittement de Bienvenu Lamah le 27 juillet
- Promotion au grade de general le 3 aout
- Appel des parties civiles toujours en cours
- Nouveau proces a venir
- Demande explicite de la FIDH de renoncer a la nomination
Un decret presidentiel au coeur de la polemique
Le decret du 3 aout porte la signature du president Mamadi Doumbouya. Cette decision s inscrit dans le cadre des pouvoirs regaliens du chef de l Etat en matiere de nominations militaires. Pourtant, le contexte particulier de ce dossier la rend hautement sensible. L homme concerne n est pas un officier anonyme. Il a ete au coeur d un proces historique portant sur des faits qualifies de crimes contre l humanite.
La rapidite de la sequence est frappante. Acquittement le 27 juillet, liberation immediate, promotion le 3 aout. Moins de dix jours separent les deux evenements. Pour les observateurs des droits humains, ce calendrier n est pas anodin. Il donne l impression que la decision judiciaire a ete suivie d un geste politique de reconnaissance. Or, l appel des parties civiles maintient le dossier en suspens.
La nature des accusations initiales
Bienvenu Lamah etait notamment poursuivi pour meurtres et viols. Le parquet avait requis une peine de dix ans de prison. Ces chefs d accusation s inscrivaient dans le cadre plus large des poursuites menees contre plusieurs responsables de l epoque. Le proces a permis d etablir une chronologie precise des evenements du 28 septembre et des jours suivants. Les victimes ont pu s exprimer. Les temoins ont ete entendus. Les preuves documentaires ont ete examinees.
L acquittement a donc surpris une partie de l opinion. Il a ete rendu par un tribunal de Conakry. La decision d ordonner la remise en liberte immediate a ete appliquee. Depuis, l homme a regagne sa liberte et a beneficie d une elevation de grade. Cette situation contraste avec le sort de certains coaccuses condamnes, dont deux sont morts en detention. Le contraste alimente les interrogations sur la coherence de la politique judiciaire et militaire.
Le poids symbolique de la promotion
Dans les armees et les forces de securite, le grade de general n est pas une formalite. Il represente une reconnaissance de merite, de fidelite et de competence. Lorsqu il est attribue a une personne encore visee par une plainte de victimes dans un dossier de crimes de masse, le symbole devient lourd. Pour les parties civiles, cette elevation ressemble a une forme de rehabilitation prematuree.
La FIDH insiste sur ce point. Elle estime que le pouvoir doit renoncer a cette promotion. Le message qu elle envoie est clair : tant que la procedure judiciaire n est pas definitivement close, toute reconnaissance officielle apparait problematique. Les victimes, qui ont attendu plus de quinze ans pour voir un proces se tenir, percoivent ce geste comme une forme de deni de leur souffrance.
Les dimensions internationales du dossier
Le massacre du 28 septembre 2009 a attire l attention de la communaute internationale. La commission d enquete mandatee par les Nations unies a produit un rapport detaille. Les organisations de defense des droits humains ont suivi le dossier pendant des annees. L ouverture du proces a ete saluee comme une avancee. Les condamnations initiales ont ete percues comme un signal positif. Les developpements recents, en revanche, suscitent des inquietudes.
La FIDH, en tant qu organisation internationale, joue un role de vigilance. Son communique du jeudi s adresse autant aux autorites guineennes qu a la communaute internationale. En rappelant que des charges extremement graves continuent de peser, elle maintient la pression. Le fait que les parties civiles aient fait appel et qu un nouveau proces doive avoir lieu est systematiquement souligne.
La memoire des victimes face aux decisions politiques
Plus de quinze ans se sont ecoules depuis le 28 septembre 2009. Les survivantes des violences sexuelles et les familles des personnes tuees ont porte leur combat sur le terrain judiciaire. Le proces a constitue un moment de reconnaissance. Pourtant, les decisions intervenues apres le jugement de premiere instance – grace, morts en detention, acquittement, promotion – ont reintroduit une forme d incertitude.
La promotion de Bienvenu Lamah intervient dans ce contexte charge. Elle est interpretee par les parties civiles comme une normalisation des tueries. Ce terme, employe par la FIDH, resume le sentiment d une partie de l opinion. Normaliser, c est accepter, c est integrer dans l ordre des choses. Or, pour les victimes, les evenements de 2009 restent une blessure ouverte. Toute decision qui semble relativiser cette gravite est vecue comme une offense.
Le 28 septembre 2009 reste l un des episodes les plus sombres de l histoire contemporaine de la Guinee. Au moins 156 morts, des centaines de blesses, au moins 109 femmes violees. Ces chiffres, etablis par une commission internationale, continuent de hanter la memoire collective.
Les enjeux de la justice transitionnelle
La Guinee a connu plusieurs phases de transition politique. Le proces du massacre de 2009 s inscrivait dans une logique de justice transitionnelle. L idee etait de juger les responsables des violations les plus graves afin de tourner une page douloureuse. Les condamnations prononcees contre certains responsables ont ete presentees comme des avancees. Les developpements ulterieurs montrent que le chemin reste seme d obstacles.
Lorsque des personnes acquittees en premiere instance sont rapidement elevees en grade, la question de la coherence se pose. La FIDH ne conteste pas le principe de l independance de la justice. Elle s etonne en revanche de la rapidite avec laquelle une promotion militaire suit un acquittement encore susceptible d appel. Cette sequence alimente le sentiment que les considerations politiques priment parfois sur les exigences de justice.
Le role du collectif d avocats des parties civiles
Alpha Amadou DS Bah et ses confreres ont accompagne les victimes pendant de longues annees. Leur travail a consiste a rassembler les temoignages, a constituer les dossiers, a plaider devant le tribunal. Leur reaction a la promotion de Bienvenu Lamah est sans ambiguite. Ils y voient un choix politique de recompenser une personne encore accusee de faits d une extreme gravite. Cette prise de position renforce la legimite de la critique formulee par la FIDH.
Le collectif d avocats reste mobilise. L appel qu ils ont interjete maintient le dossier ouvert. Le nouveau proces devra examiner a nouveau les elements de preuve et les arguments des parties. Dans l intervalle, la presence d un general dont le nom reste associe au dossier de 2009 dans les rangs de la gendarmerie constitue, pour eux, une situation problematique.
Une decision qui interroge sur la hierarchie des priorites
Pourquoi cette promotion a-t-elle ete decidee si rapidement ? La question traverse les analyses. Les autorites guineennes n ont pas fourni d explication publique detaillee dans le communique de la FIDH. Le decret existe, la nomination est effective. Pour les defenseurs des droits humains, l absence de justification renforce le sentiment d une decision unilaterale. Elle donne l impression que les considerations de justice n ont pas ete prises en compte avec la meme attention que les considerations militaires ou politiques.
Dans un pays ou la memoire des victimes reste vive, chaque geste symbolique compte. Elever au grade de general un homme acquitte en premiere instance mais encore vise par un appel, c est envoyer un signal. Ce signal est interprete de maniere negative par les organisations de defense des droits humains et par les parties civiles. La FIDH a choisi de le dire clairement et publiquement.
Les repercussions possibles sur la confiance institutionnelle
La confiance dans les institutions se construit lentement et se detruit rapidement. Le proces de 2009 avait ete presente comme une occasion de restaurer une forme de confiance. Les victimes avaient pu s exprimer. Des responsables avaient ete juges. Les developpements recents – grace, morts en detention, acquittement rapide suivi d une promotion – risquent de fragiliser ce capital de confiance.
Lorsque les parties civiles estiment que les autorites normalisent les tueries, le lien de confiance se distend. La FIDH, en formulant cette critique, met en lumiere un enjeu plus large que le sort individuel de Bienvenu Lamah. Il s agit de la maniere dont un Etat traite la memoire des crimes de masse et les attentes de justice des victimes. Dans ce domaine, les symboles ont autant d importance que les decisions juridiques formelles.
Le calendrier judiciaire encore ouvert
Il ne faut pas perdre de vue un element essentiel : la procedure n est pas close. Les parties civiles ont fait appel de l acquittement. Un nouveau proces doit avoir lieu. Tant que cette instance n a pas rendu sa decision, le statut judiciaire de Bienvenu Lamah reste en suspens. Sa promotion au grade de general intervient donc dans un contexte d incertitude juridique. C est precisement ce que la FIDH met en avant.
Attendre la fin de la procedure aurait permis d eviter cette polemique. En choisissant d agir rapidement, les autorites ont ouvert la voie a des critiques severes. L organisation internationale demande desormais qu elles reviennent sur cette decision. Que cette demande soit suivie d effet ou non, elle aura au moins eu le merite de rappeler que les victimes continuent de suivre attentivement chaque developpement.
Une histoire qui continue de ressurgir
Le massacre du 28 septembre 2009 n est pas un evenement clos. Il continue de ressurgir a travers les decisions judiciaires, les graces, les promotions et les reactions des organisations de defense des droits humains. Chaque nouvelle etape ravive la memoire des morts, des blesses et des femmes violees. Les chiffres restent imprimes dans les esprits : au moins cent cinquante-six personnes tuees, des centaines de blesses, au moins cent neuf femmes victimes de viols, d autres sequestrees pendant des semaines.
Ces chiffres ne sont pas abstraits. Derriere chacun d eux se trouvent des familles, des trajectoires brisees, des traumatismes durables. Lorsque la FIDH evoque une normalisation des tueries, elle parle au nom de ces personnes. Elle rappelle que la justice ne se resume pas a un verdict de premiere instance. Elle implique aussi la maniere dont l Etat traite ceux qui ont ete accuses, meme apres un acquittement encore susceptible d appel.
La place de la gendarmerie dans le dispositif de securite
La gendarmerie occupe une place centrale dans le dispositif de securite guineen. Elever un officier au grade de general au sein de cette institution n est jamais anodin. Lorsque cet officier a ete au coeur d un proces portant sur des crimes de masse, la decision prend une dimension particuliere. Elle interroge sur les criteres de selection et de reconnaissance au sein des forces de securite.
Les victimes et leurs avocats se demandent comment un homme encore vise par une plainte peut occuper un rang aussi eleve. La FIDH relaie cette interrogation. Elle estime que la promotion envoie un signal contraire aux exigences de responsabilite. Dans un contexte ou la confiance envers les forces de securite reste fragile, de telles decisions peuvent avoir des effets durables sur la perception publique.
Les attentes internationales en matiere de responsabilite
La communaute internationale a accompagne le processus judiciaire guineen depuis l ouverture du proces. Les organisations de defense des droits humains ont documente, plaide et milite pour que les responsables des violations les plus graves soient juges. L acquittement de Bienvenu Lamah et sa promotion ulterieure constituent, de leur point de vue, un recul. La FIDH a choisi de le dire sans detour.
Cette prise de position s inscrit dans une logique de coherence. Si l on accepte qu un proces historique a eu lieu, il faut aussi accepter que ses suites soient suivies avec la meme attention. Un acquittement en premiere instance n est pas une decision definitive lorsqu un appel a ete interjete. Promouvoir l interesse pendant cette periode intermediaire revient, selon l organisation, a anticiper une conclusion qui n a pas encore ete rendue.
Le poids des mots choisis par la FIDH
Le communique de la FIDH emploie des termes precis. Il parle de charges extremement graves. Il evoque une normalisation par les autorites des tueries. Il demande explicitement de renoncer a la promotion. Ces formulations ne sont pas anodines. Elles traduisent une evaluation severe de la situation. Elles placent les autorites guineennes face a une responsabilite politique et morale.
En choisissant de s exprimer publiquement, l organisation internationale maintient le dossier dans l espace public. Elle empeche qu il ne s efface derriere d autres actualites. Elle rappelle que les victimes continuent d attendre une justice complete. Dans ce sens, le communique joue un role de vigilance permanente.
Une sequence politique dense en quelques jours
Entre le 27 juillet et le 3 aout, les evenements se sont enchaines rapidement. Acquittement, liberation, promotion. Cette densite temporelle a surpris. Elle a donne l impression d une volonte de tourner la page au plus vite. Or, pour les parties civiles, la page n est pas tournee. L appel maintient le dossier ouvert. Le nouveau proces reste a venir. Dans cet intervalle, toute elevation de grade apparait prematuree.
La FIDH a saisi cette sequence pour formuler sa critique. Elle a choisi de ne pas laisser passer ce qu elle considere comme un geste problematique. En s adressant directement aux autorites, elle tente d influencer le cours des evenements. Que sa demande soit ou non suivie d effet, elle aura au moins marque le moment d une opposition claire et documentee.
La memoire collective face aux decisions individuelles
Les decisions individuelles – un acquittement, une promotion – s inscrivent toujours dans une memoire collective. En Guinee, le 28 septembre 2009 occupe une place particuliere dans cette memoire. Chaque fois qu un nom associe a ce jour ressurgit dans l actualite, les souvenirs reviennent. Les familles se souviennent. Les survivantes se souviennent. Les organisations de defense des droits humains se souviennent.
C est dans ce contexte que la promotion de Bienvenu Lamah prend tout son sens. Elle n est pas seulement une decision administrative. Elle est un acte charge de significations. Pour certains, elle signifie une reconnaissance. Pour d autres, elle signifie une forme de deni. La FIDH a choisi de se placer du cote de ceux qui refusent de normaliser.
Les perspectives du nouveau proces
Le nouveau proces devra examiner a nouveau les elements du dossier. Les parties civiles auront l occasion de presenter leurs arguments. L accuse, desormais general, aura egalement la possibilite de se defendre. L issue de cette instance reste incertaine. Elle dependra des preuves, des temoignages et de l appreciation des juges. Dans l intervalle, la situation creee par la promotion continue de nourrir le debat.
La FIDH a fait le choix de s exprimer avant meme que ce nouveau proces n ait lieu. Elle a estime que le moment de la promotion etait suffisamment problematique pour justifier une reaction publique. Cette reactivite constitue l une des caracteristiques des organisations de defense des droits humains. Elles interviennent lorsque les symboles risquent de l emporter sur les principes.
Un enjeu qui depasse le cas individuel
Au-dela du cas de Bienvenu Lamah, c est la question plus large du traitement des crimes de masse qui se pose. Comment un Etat gere-t-il la memoire des violations les plus graves ? Comment articule-t-il les exigences de justice et les logiques de reconstruire les institutions de securite ? Ces interrogations traversent de nombreux pays sortis de periodes de violence. La Guinee n y echappe pas.
La reponse donnee par les autorites a travers le decret du 3 aout a ete jugee insatisfaisante par la FIDH et par les parties civiles. Elles y voient une forme de prioritisation des considerations militaires ou politiques au detriment des attentes de justice. Cette divergence d appreciation constitue le coeur de la polemique actuelle.
La vigilance comme posture permanente
Les organisations de defense des droits humains maintiennent une posture de vigilance. Elles suivent les dossiers sur le long terme. Elles reagissent lorsque des developpements leur semblent problematiques. Dans le cas guineen, cette vigilance s est exercee a plusieurs reprises : lors de l ouverture du proces, lors des condamnations, lors de la grace de Dadis Camara, et desormais lors de la promotion de Bienvenu Lamah.
Cette continuite dans le suivi constitue une garantie pour les victimes. Elle leur assure que leur cause n est pas oubliee. Elle rappelle aux autorites que chaque decision est observee et commentee. Dans un dossier aussi sensible que celui du 28 septembre 2009, cette presence permanente des organisations internationales joue un role de garde-fou.
Les mots des victimes et de leurs representants
Alpha Amadou DS Bah a resume le sentiment des parties civiles avec des mots forts. Il a evoque le choix de recompenser, avant meme la fin de la procedure judiciaire, une personne accusee de faits qualifies de crimes contre l humanite. Cette formulation place la decision politique en contradiction avec les exigences de justice. Elle donne voix a un sentiment largement partage parmi les victimes et leurs proches.
Ces mots ne sont pas ceux d une organisation exterieure. Ils emanent du coordonnateur du collectif d avocats qui a accompagne les victimes pendant des annees. Leur poids est donc particulier. Ils traduisent une experience concrete du dossier et une connaissance intime des attentes des parties civiles. En les relayant, la FIDH leur donne une audience internationale.
Une page d histoire encore en ecriture
L histoire du massacre du 28 septembre 2009 n est pas terminee. Elle continue de s ecrire a travers les decisions judiciaires, les reactions des organisations et les gestes politiques. La promotion de Bienvenu Lamah constitue un chapitre supplementaire de cette histoire. Il reste a savoir si ce chapitre sera suivi d un retour en arriere, comme le demande la FIDH, ou s il s inscrira durablement dans le parcours de l interesse.
Dans tous les cas, les victimes et leurs avocats continuent de suivre les developpements. Ils ont fait appel. Ils attendent le nouveau proces. Ils refusent de considerer que la page est tournee. Leur determination constitue l un des elements les plus constants de ce dossier depuis plus de quinze ans. Elle rappelle que la justice, dans les affaires de crimes de masse, se mesure aussi a la perseverance de ceux qui la reclament.
La FIDH, en s exprimant jeudi, a choisi de se placer a leurs cotes. Elle a refuse de laisser passer une promotion qu elle juge prematuree et symboliquement problematique. En demandant au pouvoir guineen de renoncer a cette decision, elle a ouvert un debat public. Ce debat porte sur la maniere dont un Etat traite ceux qui ont ete accuses des violations les plus graves, meme apres un acquittement encore susceptible d appel. Il porte egalement sur la place accordee a la memoire des victimes dans les choix politiques et militaires. Ces questions restent ouvertes. Le nouveau proces apportera peut-etre des reponses. En attendant, la polemique soulevee par la nomination de Bienvenu Lamah au grade de general continue de rappeler que le 28 septembre 2009 n appartient pas encore au passe.









