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Retour En Cisjordanie : Israël Réinstalle La Colonie De Ganim

Plus de vingt ans après son démantèlement, Israël vient d’inaugurer à nouveau la colonie de Ganim. Sur place, des caravanes neuves, de l’asphalte frais et une promesse claire : « nous sommes revenus pour y rester ». Ce retour change déjà le quotidien des villages voisins…

Plus de vingt ans se sont écoulés depuis le retrait israélien de certaines implantations isolées du nord de la Cisjordanie. Pourtant, jeudi, sur une colline dominant la vallée, l’odeur d’asphalte frais a de nouveau rempli l’air. Une cérémonie officielle a marqué le retour de la colonie de Ganim. Le ministre de la Défense, Israël Katz, a résumé l’intention en une phrase claire : « Nous sommes revenus à Ganim – et nous sommes revenus pour y rester. »

Un retour symbolique vingt ans après le démantèlement

Ganim faisait partie des quatre colonies évacuées en 2005 dans le cadre du plan de désengagement décidé par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon. Avec Homesh, Sa-Nour et Kadim, ces implantations situées près de Jénine avaient été jugées trop isolées et difficiles à protéger. Leur démantèlement avait alors été présenté comme un geste unilatéral. Aujourd’hui, trois d’entre elles ont été reconstruites sous le gouvernement actuel de Benjamin Netanyahu.

Sur place, la transformation est visible. Une unique rue récemment aménagée accueille déjà une vingtaine de maisons préfabriquées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs continuent de travailler sur le flanc de la colline pour préparer de nouveaux emplacements. Les nouveaux résidents, aidés par leurs proches, s’installent dans des caravanes flambant neuves. L’atmosphère mêle soulagement et détermination.

La cérémonie d’inauguration et les déclarations officielles

Environ une centaine de personnes se sont rassemblées pour l’événement. Parmi elles, des députés, deux ministres et des habitants d’autres colonies de Cisjordanie. Yossi Dagan, président du Conseil régional chargé des colonies de ce secteur, a qualifié le moment d’« historique ». Il a rappelé qu’un plan visant à créer dix-neuf nouvelles colonies dans la zone avait été lancé avec le soutien du gouvernement.

Dans son discours, il a insisté sur l’ampleur du mouvement : « Aujourd’hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie. » Le terme « Samarie » désigne, dans le vocabulaire israélien, la Cisjordanie occupée.

« Nous sommes revenus à Ganim – et nous sommes revenus pour y rester. »
— Israël Katz, ministre de la Défense

Le contexte plus large de l’accélération coloniale

Ce retour s’inscrit dans une politique d’intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu. Au-delà de la reconstruction des anciennes localités évacuées, on observe une forte accélération dans la création de nouvelles colonies et dans la légalisation d’avant-postes. Ces derniers, souvent composés de quelques caravanes ou préfabriqués installés sans autorisation initiale, visent à créer des faits accomplis sur le terrain.

Dans le nord de la Cisjordanie, la dynamique est particulièrement marquée. La décision de réinstaller Ganim n’est pas isolée. Elle s’accompagne d’un discours qui revendique ouvertement l’augmentation de la présence juive dans la région. Les travaux en cours sur la colline montrent que le projet ne se limite pas à quelques dizaines de familles. L’objectif annoncé est une expansion progressive et durable.

Le quotidien des Palestiniens dans la vallée

En contrebas, dans la vallée, les réactions sont toutes autres. Des Palestiniens interrogés sur place expriment leur crainte que la reconstruction de Ganim ne rende leur vie plus difficile. Certains redoutent même, à terme, un déplacement forcé. Les mesures de sécurité prises autour de la nouvelle colonie ont déjà des effets concrets.

De part et d’autre de la route qui relie Israël à Ganim, l’armée a démoli ces derniers jours plusieurs commerces. Des chemins de terre menant aux villages palestiniens ont été bloqués. Des amas de gravats empêchent désormais la circulation libre. Ces actions, présentées comme des mesures de sécurité, modifient directement l’accès des habitants à leurs terres et à leurs lieux de vie.

Les quatre colonies de 2005 : un bilan contrasté

Ganim, Homesh, Sa-Nour et Kadim formaient un ensemble isolé. Leur éloignement de la ligne verte et leur proximité avec Jénine avaient justifié, à l’époque, leur évacuation. Aujourd’hui, trois d’entre elles ont été reconstruites. Le processus suit un schéma assez similaire : installation rapide de structures préfabriquées, aménagement d’une voie d’accès, présence militaire renforcée, puis extension progressive des terrains constructibles.

Cette reconstitution s’accompagne d’un changement de discours. Ce qui avait été présenté en 2005 comme un retrait unilatéral est désormais interprété par les responsables actuels comme une parenthèse. Le retour est revendiqué comme un acte de correction historique et de renforcement de la présence juive dans le nord de la Cisjordanie.

Les travaux en cours et les perspectives immédiates

Sur le site de Ganim, l’activité ne s’arrête pas à l’inauguration. Les engins de chantier continuent de niveler le terrain. De nouveaux espaces sont préparés pour accueillir des habitations supplémentaires. Les caravanes déjà installées ne constituent qu’une première étape. Les autorités locales parlent d’un développement à moyen terme qui pourrait multiplier la population présente.

Yossi Dagan a insisté sur le caractère stratégique de cette zone. Le plan de dix-neuf nouvelles colonies évoqué lors de la cérémonie indique une ambition qui dépasse largement le simple retour à la situation d’avant 2005. Il s’agit, selon ses termes, de « multiplier par deux et par trois » la présence juive dans le nord de la Samarie.

Une politique qui s’inscrit dans la durée

Le gouvernement actuel place la colonisation au cœur de sa politique en Cisjordanie. La légalisation d’avant-postes, l’accélération des permis de construire et la reconstruction des localités évacuées en 2005 forment un ensemble cohérent. Chaque nouvelle inauguration renforce un peu plus le maillage territorial israélien dans les zones considérées comme prioritaires.

À Ganim, le message est particulièrement clair. La présence du ministre de la Défense, le rassemblement de responsables politiques et le discours de Yossi Dagan ne laissent aucun doute sur la volonté d’ancrer durablement cette implantation. Les travaux d’infrastructure en cours confirment que le projet n’est pas symbolique, mais structurel.

Les réactions locales et les tensions latentes

Dans les villages palestiniens situés en contrebas, l’inquiétude est palpable. La destruction de commerces et le blocage de chemins de terre sont perçus comme les premiers signes d’un resserrement de l’espace disponible. Les habitants craignent que l’expansion de la colonie n’entraîne, progressivement, une restriction de leurs mouvements et de leurs activités agricoles.

Ces craintes s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions. Chaque nouvelle construction, chaque route fermée, chaque terrain nivelé modifie l’équilibre local. Pour les Palestiniens de la vallée, Ganim n’est plus seulement un souvenir de 2005. C’est une réalité qui se reconstruit sous leurs yeux et qui risque de transformer durablement leur environnement quotidien.

Le poids des mots et des symboles

Les déclarations faites lors de la cérémonie ne sont pas anodines. En affirmant que le retour est définitif et que la présence juive doit être multipliée, les responsables israéliens envoient un signal politique fort. Le choix de Ganim, l’une des colonies emblématiques du retrait de 2005, renforce la dimension symbolique de l’événement.

L’utilisation du terme « Samarie » plutôt que « Cisjordanie » dans les discours officiels souligne également une vision territoriale particulière. Elle s’inscrit dans une longue tradition de revendication historique et religieuse de la région. Pour les acteurs présents jeudi, le retour à Ganim n’est pas seulement un fait administratif. C’est un acte de réappropriation.

Une dynamique qui dépasse Ganim

Le cas de Ganim n’est pas isolé. Homesh et d’autres localités suivent un chemin similaire. L’ensemble du nord de la Cisjordanie connaît une activité coloniale soutenue. Les avant-postes, autrefois illégaux au regard du droit israélien, sont progressivement régularisés. Les nouvelles constructions se multiplient. Les routes d’accès sont sécurisées et parfois élargies.

Cette dynamique s’accompagne d’une présence militaire renforcée. Les mesures prises autour de Ganim – démolitions de commerces, barrages sur les chemins de terre – illustrent la manière dont la sécurité de la colonie se traduit concrètement sur le terrain. Pour les habitants des villages environnants, ces mesures se traduisent par des contraintes quotidiennes accrues.

Les enjeux à moyen terme

À plus long terme, la reconstruction de Ganim et des autres localités évacuées en 2005 pourrait modifier en profondeur la carte démographique du nord de la Cisjordanie. Si le plan de dix-neuf nouvelles colonies évoqué par Yossi Dagan se concrétise, la présence juive dans la région connaîtra une croissance significative. Les équilibres actuels en seraient durablement transformés.

Pour l’instant, Ganim reste une implantation de taille modeste. Une vingtaine de maisons préfabriquées et quelques dizaines de résidents ne constituent qu’un début. Mais l’intention affichée est claire : transformer ce retour en un développement permanent. Les engins de chantier qui travaillent encore sur la colline témoignent de cette ambition.

Un moment qui s’inscrit dans une histoire plus longue

Le démantèlement de 2005 avait été présenté comme un tournant. Vingt ans plus tard, le retour à Ganim marque un autre tournant, dans le sens inverse. Ce qui avait été évacué est réinstallé. Ce qui avait été abandonné est reconstruit. Les responsables présents jeudi ont voulu faire de cette inauguration un symbole de continuité et de détermination.

Sur la colline, l’asphalte est encore chaud. Les caravanes sont neuves. Les sourires des nouveaux habitants contrastent avec les inquiétudes exprimées dans la vallée. Deux réalités se côtoient, séparées par quelques centaines de mètres et par des visions du territoire profondément divergentes. Le retour à Ganim ne résout aucun de ces écarts. Il les rend simplement plus visibles.

Ce que révèle la cérémonie de jeudi

Au-delà des discours et des engins de chantier, la cérémonie d’inauguration de Ganim révèle une volonté politique assumée. Le gouvernement actuel ne se contente pas de maintenir les colonies existantes. Il reconstruit celles qui avaient été démantelées et annonce de nouvelles créations. Le message est cohérent d’un bout à l’autre de la chaîne de décision.

Pour les habitants de Ganim et pour ceux qui les ont rejoints jeudi, ce retour est une victoire. Pour les Palestiniens de la vallée, il représente une nouvelle contrainte. Entre ces deux perceptions, le terrain continue de se transformer. Les niveleuses avancent. Les chemins se ferment. Les caravanes s’installent. L’histoire de Ganim, interrompue en 2005, reprend son cours.

Dans les semaines et les mois qui viennent, le développement de la colonie permettra de mesurer l’ampleur réelle de ce retour. Pour l’instant, une chose est certaine : les mots prononcés jeudi n’étaient pas de pure forme. « Nous sommes revenus pour y rester » résonne encore sur la colline, tandis que, plus bas, la vie quotidienne des villages voisins s’adapte déjà à cette nouvelle présence.

Le soleil de l’après-midi continue de darder sur l’asphalte fraîchement coulé. Les drapeaux flottent. Les engins de chantier ronronnent. Ganim est de nouveau habitée. Vingt ans après son démantèlement, la colonie a retrouvé ses résidents. Et, selon les autorités israéliennes présentes, elle ne les quittera plus.

Cette réinstallation s’ajoute à une série de décisions qui, prises ensemble, redessinent progressivement le nord de la Cisjordanie. Chaque nouvelle maison, chaque nouveau tronçon de route, chaque barricade de gravats contribue à ancrer un peu plus durablement la présence israélienne. Ganim n’est qu’un point sur la carte. Mais ce point, aujourd’hui, est de nouveau occupé.

Les prochains mois diront si le rythme de construction annoncé se maintient. Ils diront aussi comment les populations palestiniennes de la vallée s’adapteront aux nouvelles contraintes. Pour l’heure, l’inauguration de jeudi a marqué un cap. Un cap symbolique, mais aussi très concret, mesurable en mètres d’asphalte et en nombre de caravanes installées sur la colline.

Dans le silence relatif qui a suivi les discours, seuls les bruits des engins de chantier continuaient de s’élever. Ils rappelaient que l’événement n’était pas seulement une cérémonie. C’était le début d’une nouvelle phase de construction. Une phase dont les contours exacts restent encore à définir, mais dont l’intention a été clairement énoncée sous le soleil de Cisjordanie.

Ganim est revenue. Et, selon ceux qui l’ont inaugurée, elle est revenue pour rester.

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