Comment une capitale qui croyait avoir retrouvé un semblant de calme peut-elle se retrouver à nouveau sous le feu des drones en l’espace de vingt-quatre heures ? C’est la question que se posent aujourd’hui des milliers d’habitants de Khartoum, coincés entre le bruit des missiles antiaériens et le sifflement des engins télécommandés qui traversent le ciel. Depuis hier, la ville et ses environs immédiats vivent une nouvelle vague de frappes menées par les Forces de soutien rapide. Ce jeudi marque le deuxième jour consécutif d’attaques aériennes, un retour brutal de la violence dans une zone que l’armée avait reprise il y a un an et qui connaissait un répit relatif depuis plusieurs mois.
Une capitale sous tension après des mois de relative accalmie
Le Soudan vit depuis avril 2023 une guerre ouverte entre l’armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide. Cette confrontation a transformé le pays en l’un des théâtres de conflit les plus dévastateurs de la planète. Khartoum, reconquise par les forces armées l’année dernière, avait bénéficié d’une pause relative. Les frappes de drones n’étaient pas inconnues, mais leur intensité et leur coordination avaient diminué. Mercredi, tout a basculé. Les Forces de soutien rapide ont lancé une vaste opération coordonnée visant cinq villes contrôlées par l’armée, distantes les unes des autres de plusieurs centaines de kilomètres. L’objectif semblait clair : démontrer une capacité de frappe simultanée sur un large territoire.
Jeudi, les tirs ont repris. Un journaliste présent dans la capitale a décrit des salves de missiles antiaériens partant d’Omdourman, la ville jumelle située de l’autre côté du Nil. Peu après, une explosion a retenti. Des témoins dans le centre de Khartoum et à Khartoum-Nord, connue aussi sous le nom de Bahri, ont confirmé avoir aperçu des drones dans le ciel et entendu des détonations. Une source militaire a indiqué que les défenses antiaériennes de l’armée avaient répondu et abattu les appareils de la milice. Ces précisions donnent une image fragmentaire mais concrète de la journée : un échange aérien, des engins interceptés, une population à nouveau plongée dans l’incertitude.
Le poids d’une guerre qui n’en finit pas
Depuis le début des hostilités, les travailleurs humanitaires estiment à plus de deux cent mille le nombre de personnes tuées à travers le pays. Plus de douze millions de Soudanais ont été déplacés. L’Organisation des Nations unies décrit cette situation comme la plus grave crise humanitaire au monde. Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils correspondent à des familles qui ont tout perdu, à des villes vidées, à des routes de fuite dangereuses, à des camps de fortune où l’accès à l’eau et à la nourriture reste précaire. Chaque nouvelle attaque de drones sur Khartoum ravive la peur d’un élargissement du front et d’une nouvelle vague de déplacements.
Les deux chefs qui s’opposent refusent pour l’instant toute négociation. Abdel Fattah al-Burhane, à la tête de l’armée, et Mohamed Hamdane Daglo, commandant des Forces de soutien rapide, étaient autrefois alliés. Leur rupture s’est produite sur fond de lutte pour le pouvoir. Aujourd’hui, chacun cherche à prendre un avantage décisif sur le terrain avant d’envisager un éventuel dialogue. Cette posture durcit le conflit et prolonge les souffrances de la population civile, prise en otage entre deux camps qui misent sur la force plutôt que sur la parole.
« Les défenses antiaériennes de l’armée ont riposté aux drones de la milice et les ont abattus », a déclaré une source militaire. Cette affirmation, recueillie sur place, illustre la nature actuelle des affrontements : un duel technologique où les engins télécommandés tentent de percer un ciel surveillé.
Des territoires disputés et des fronts qui se déplacent
L’année dernière, les Forces de soutien rapide ont consolidé leur emprise sur l’immense région du Darfour, dans l’ouest du pays. Elles ont ensuite tenté d’étendre leur influence vers le Kordofan méridional et le long de la frontière sud-est avec l’Éthiopie. De son côté, l’armée contrôle le centre, le nord et l’est du Soudan. Le mois dernier, elle a enregistré une victoire significative dans la région du Kordofan en repoussant les paramilitaires d’un axe routier stratégique qui mène à la capitale. Cette avancée a été perçue comme un coup dur pour les Forces de soutien rapide.
Le commandant des paramilitaires a alors promis de « déchaîner » ses combattants. Depuis, ses forces ont menacé à plusieurs reprises de lancer une vaste offensive de représailles. Les frappes de drones de mercredi et de jeudi s’inscrivent dans cette logique de réponse et de démonstration de force. En frappant simultanément plusieurs villes éloignées, les Forces de soutien rapide montrent qu’elles disposent encore de moyens pour atteindre des zones censées être sous contrôle adverse. Pour la population de Khartoum, cela signifie que le calme relatif des derniers mois n’était qu’une parenthèse.
La vie quotidienne sous la menace des drones
Imaginez-vous habitant d’Omdourman ou du centre de Khartoum. Vous entendez d’abord le sifflement des missiles antiaériens. Puis une explosion lointaine. Vous levez les yeux et apercevez peut-être la silhouette d’un drone. Dans ces instants, le temps se contracte. Les parents rassemblent les enfants, les commerçants baissent les rideaux, les rues se vident. La peur n’est plus seulement celle des combats au sol ; elle vient aussi du ciel. Les frappes de drones, par leur caractère soudain et difficile à anticiper, ajoutent une couche supplémentaire d’angoisse à une population déjà épuisée par plus de trois années de guerre.
Les témoins qui ont parlé de ce qu’ils ont vu et entendu jeudi décrivent une scène répétée : des engins dans le ciel, des explosions, des ripostes. Ces récits, même fragmentaires, permettent de mesurer l’intensité de la journée. Ils rappellent aussi que derrière chaque interception ou chaque impact se trouvent des vies humaines. Les chiffres de morts et de déplacés cités plus haut prennent alors une dimension concrète. Chaque nouvelle attaque alimente un cycle de destruction qui semble sans fin.
Un refus de négocier qui prolonge la souffrance
Le fait que les deux leaders refusent de s’asseoir à une table de discussion pèse lourdement sur l’avenir du pays. Tant que Abdel Fattah al-Burhane et Mohamed Hamdane Daglo chercheront uniquement un avantage militaire décisif, les frappes de drones, les combats au sol et les déplacements de population risquent de continuer. La rupture entre ces deux hommes, autrefois alliés, s’est cristallisée autour de questions de pouvoir. Aujourd’hui, cette rivalité personnelle et politique se paie au prix fort par la société soudanaise tout entière.
Dans un tel contexte, les attaques de mercredi et de jeudi ne sont pas des incidents isolés. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de pression et de représailles. Après avoir perdu du terrain dans le Kordofan, les Forces de soutien rapide semblent vouloir rappeler qu’elles disposent encore de capacités de frappe à distance. L’armée, de son côté, met en avant l’efficacité de ses défenses antiaériennes. Entre ces deux narratifs, la population civile reste exposée.
Le Darfour, le Kordofan et la bataille pour les axes stratégiques
Le contrôle du Darfour a constitué un tournant pour les Forces de soutien rapide. Cette vaste région de l’ouest leur a servi de base pour tenter d’étendre leur influence plus à l’est et au sud. Le Kordofan méridional et la frontière avec l’Éthiopie sont devenus des zones de confrontation. L’armée a réagi en consolidant sa position dans le centre, le nord et l’est, tout en cherchant à sécuriser les axes routiers menant à Khartoum. La victoire du mois dernier sur un de ces axes a été présentée comme un succès important. Elle a aussi provoqué la réaction des paramilitaires, qui ont multiplié les menaces d’offensive de grande ampleur.
Les frappes coordonnées de mercredi sur cinq villes éloignées montrent une volonté de disperser l’attention de l’armée et de créer un sentiment d’insécurité généralisée. En frappant simultanément des points distants de plusieurs centaines de kilomètres, les Forces de soutien rapide cherchent à prouver qu’elles peuvent encore projeter leur puissance loin de leurs bases principales. Pour les habitants de Khartoum, cela se traduit par un retour de la peur au quotidien.
Une crise humanitaire sans précédent
Les plus de deux cent mille morts et les douze millions de déplacés ne sont pas seulement des statistiques. Ils représentent des trajectoires de vie brisées. Des familles ont fui plusieurs fois. Des enfants ont grandi dans des camps. Des soignants travaillent dans des conditions extrêmes. L’Organisation des Nations unies a qualifié cette crise de la plus grave au monde, un jugement qui mesure l’ampleur des besoins non couverts et la difficulté d’acheminer de l’aide dans un pays fragmenté par les combats.
Chaque nouvelle vague d’attaques, comme celle de cette semaine sur Khartoum, menace d’aggraver encore la situation. Les déplacements de population peuvent reprendre. Les accès humanitaires peuvent se fermer. Les stocks de nourriture et de médicaments peuvent s’épuiser plus vite. Dans un pays déjà à bout de souffle, la reprise des frappes de drones dans la capitale symbolise le risque d’une nouvelle détérioration.
Points clés de la situation actuelle
- Deuxième jour consécutif de frappes de drones sur Khartoum
- Attaque coordonnée la veille sur cinq villes contrôlées par l’armée
- Riposte antiaérienne affirmée par une source militaire
- Plus de 200 000 morts et 12 millions de déplacés depuis 2023
- Refus de négociation des deux camps principaux
Le ciel comme nouveau champ de bataille
Les drones ont modifié la nature des combats au Soudan. Ils permettent de frapper à distance, de créer la surprise et de saturater les défenses. Pour une population qui avait commencé à s’habituer à un calme relatif dans la capitale, leur retour est un choc. Les récits des témoins de jeudi – drones visibles, explosions entendues, missiles antiaériens tirés depuis Omdourman – dressent le portrait d’une journée sous tension permanente. L’armée affirme avoir abattu les engins. Cette affirmation, si elle se confirme, montre que les défenses tiennent encore. Mais elle ne supprime pas l’angoisse générée par la simple présence de ces appareils dans le ciel.
Dans un conflit où les fronts terrestres évoluent lentement, les frappes aériennes de ce type deviennent un outil de pression psychologique autant que militaire. Elles rappellent aux civils que la guerre peut frapper n’importe où et n’importe quand. Elles rappellent aussi aux forces adverses que la capacité de projection existe encore. Entre ces deux messages, la population de Khartoum et de ses environs vit au jour le jour.
Des leaders déterminés à poursuivre le bras de fer
Abdel Fattah al-Burhane et Mohamed Hamdane Daglo incarnent deux visions irréconciliables pour le moment. Leur ancienne alliance a volé en éclats. Aujourd’hui, chacun semble convaincu que seul un succès militaire clair lui permettra de dicter les termes d’un éventuel futur arrangement. Cette logique de confrontation totale laisse peu de place aux initiatives de paix. Elle explique pourquoi les menaces de « déchaîner » les combattants et les offensives de représailles se multiplient. Elle explique aussi pourquoi les frappes de drones sur Khartoum interviennent juste après une défaite paramilitaire dans le Kordofan.
Tant que cette dynamique restera dominante, les habitants de la capitale et du reste du pays continueront de payer le prix fort. Les chiffres de morts et de déplacés risquent d’augmenter. Les destructions matérielles s’accumuleront. La confiance dans une sortie de crise prochaine s’érodera encore. Les attaques de cette semaine ne sont qu’un épisode de plus dans une guerre qui a déjà tout transformé.
Khartoum, symbole d’un pays brisé
La capitale soudanaise concentre à elle seule une grande partie des contradictions du conflit. Reconquise par l’armée, elle avait connu une période de relative stabilité. Les frappes de drones de mercredi et de jeudi montrent que cette stabilité reste fragile. Omdourman, Khartoum-Nord et le centre-ville ont à nouveau entendu les explosions. Les habitants ont à nouveau levé les yeux vers le ciel. Dans un pays où plus de douze millions de personnes ont déjà été contraintes de quitter leur foyer, chaque nouvelle alerte aérienne ravive la mémoire des départs forcés et des pertes irréparables.
Le contraste est saisissant entre les déclarations militaires qui parlent d’appareils abattus et la réalité vécue par ceux qui se retrouvent sous les tirs. L’un décrit une réussite technique. L’autre décrit une journée de peur. Les deux récits coexistent. Ensemble, ils dressent le portrait d’un conflit qui n’a pas encore trouvé de résolution et qui continue de se jouer à la fois sur le terrain et dans les airs.
Vers quelle issue ?
Rien dans les informations disponibles n’indique une volonté immédiate de négocier. Les deux camps restent campés sur leurs positions. Les Forces de soutien rapide ont montré qu’elles pouvaient encore frapper loin de leurs bases. L’armée a affirmé qu’elle pouvait intercepter ces menaces. Entre ces deux postures, la population civile reste exposée. Les plus de deux cent mille morts déjà recensés et les millions de déplacés constituent un rappel permanent du coût humain de cette guerre. Chaque journée supplémentaire sans dialogue prolonge ce coût.
Les attaques de drones de cette semaine sur Khartoum s’inscrivent dans une séquence plus large de menaces et de représailles. Après la perte d’un axe stratégique dans le Kordofan, les paramilitaires ont multiplié les signaux d’une riposte possible. Les frappes coordonnées de mercredi et la poursuite des opérations jeudi en sont l’illustration concrète. Pour les habitants de la capitale, cela signifie un retour à une vigilance constante et à une vie rythmée par le bruit des explosions et des tirs antiaériens.
Dans ce contexte, la relative accalmie des mois précédents apparaît rétrospectivement comme une parenthèse. La guerre n’avait jamais vraiment quitté le pays. Elle s’était simplement déplacée. Aujourd’hui, elle revient frapper au cœur de la capitale. Les témoins qui ont vu les drones et entendu les explosions ce jeudi ne font que confirmer ce que beaucoup redoutaient : le conflit reste capable de resurgir à tout moment, sous des formes nouvelles, dans des lieux que l’on croyait provisoirement protégés.
La suite dépendra des choix des deux leaders et de leur capacité, ou de leur incapacité, à envisager autre chose que la recherche d’un avantage militaire décisif. Pour l’instant, rien n’indique un changement de cap. Les frappes de drones continuent. Les déclarations de fermeté se multiplient. Et la population soudanaise, déjà durement éprouvée, continue de vivre sous la menace d’un ciel qui peut à tout moment se remplir d’engins de mort.
Cette réalité, brute et répétée, constitue le cœur de la situation actuelle. Khartoum a été frappée deux jours de suite. Cinq villes avaient été visées la veille. Les défenses antiaériennes ont répondu. Des appareils ont été abattus selon une source militaire. Mais derrière ces faits se profile une guerre qui a déjà tué plus de deux cent mille personnes et déplacé plus de douze millions d’autres. Une guerre dont les protagonistes refusent encore de négocier. Une guerre qui, pour l’instant, ne montre aucun signe d’essoufflement.
Les habitants de Khartoum, d’Omdourman et de Bahri savent désormais que le répit relatif des derniers mois n’était qu’illusoire. Le ciel peut à nouveau se remplir de drones. Les explosions peuvent à nouveau retentir. Et la peur peut à nouveau dicter le rythme des journées. Dans un pays déjà meurtri par plus de trois années de conflit, cette reprise des frappes dans la capitale constitue un signal d’alarme supplémentaire. Un signal que la communauté internationale et les acteurs locaux ne peuvent ignorer, même si les solutions politiques restent pour l’heure introuvables.
Le Soudan continue de saigner. Khartoum tremble à nouveau. Et les drones, silencieux et lointains, rappellent à chacun que la guerre n’a pas encore dit son dernier mot.









