Imaginez attendre des mois sans la moindre nouvelle d’un mari, d’un fils ou d’un frère. Imaginez ne pas savoir s’il est en vie, s’il est blessé, s’il mange correctement. C’est exactement la réalité vécue par plusieurs familles libanaises qui se sont rassemblées mercredi devant le siège du Comité international de la Croix-Rouge à Beyrouth. Elles ne demandaient pas de miracles. Elles réclamaient simplement des informations sur le sort de leurs proches capturés par les forces israéliennes lors des deux dernières guerres avec le Hezbollah.
Un rassemblement chargé d’émotion au cœur de Beyrouth
Le soleil de Beyrouth éclairait les photos brandies par des femmes et des hommes aux regards fatigués. Parmi eux, Ibtissam Hussein, 54 ans, tenait fermement le portrait de son mari, Waddah Younes. Ce combattant du Hezbollah avait été capturé en octobre 2024 dans le sud du Liban. L’armée israélienne avait alors annoncé l’avoir arrêté dans un tunnel. Depuis, le silence s’était installé.
« Nous voulons seulement que le Comité international de la Croix-Rouge nous rassure sur son état de santé », a déclaré Ibtissam Hussein. Sa voix tremblait, mais sa détermination restait intacte. « Nous n’abandonnerons jamais nos prisonniers et nous continuerons à crier jusqu’à leur libération. »
Ces mots résonnaient dans la foule. Chaque famille présente portait une histoire similaire. Des mois d’attente. Des nuits sans sommeil. Des questions sans réponses. Le rassemblement n’était pas une simple manifestation. C’était un cri collectif de familles qui refusent d’être oubliées.
Des dizaines de personnes toujours sans nouvelles
Selon des estimations, Israël aurait arrêté des dizaines de personnes au Liban depuis 2024. Parmi elles se trouvent des combattants du Hezbollah, mais aussi des civils. L’armée israélienne annonce parfois avoir capturé des combattants du mouvement chiite. Pourtant, les autorités libanaises elles-mêmes ne disposent pas d’un bilan précis du nombre exact de prisonniers détenus en Israël.
En début d’année, un député du Hezbollah avait évoqué « vingt prisonniers détenus par l’ennemi », laissant entendre qu’il s’agissait principalement de combattants de son parti. Mais d’autres voix avancent des chiffres différents. L’ancien détenu Anwar Yassine, incarcéré pendant près de deux décennies par Israël et cofondateur du Comité des représentants des prisonniers et détenus libérés, estime aujourd’hui à au moins 32 le nombre actuel de prisonniers. Parmi eux, 22 seraient des civils.
Ces chiffres restent approximatifs. Ils illustrent surtout l’opacité qui entoure ce dossier. Les familles ne savent pas toujours si leurs proches sont officiellement reconnus comme détenus. Elles ignorent dans quelles conditions ils sont maintenus. Elles n’ont souvent aucune preuve de vie depuis des mois.
Le cas de Waddah Younes : une attente interminable
L’histoire de Waddah Younes illustre parfaitement cette détresse. Capturé en octobre 2024, sa famille est restée sans nouvelles jusqu’en mars 2025. Ce n’est qu’à ce moment-là que quatre Libanais libérés par l’armée israélienne ont affirmé avoir été détenus avec lui et qu’il allait bien. Ces témoignages ont apporté un soulagement temporaire. Mais depuis, plus rien.
Ibtissam Hussein et sa famille vivent dans cette zone grise. Elles savent qu’il est en vie, ou du moins qu’il l’était en mars 2025. Elles ne savent pas s’il l’est encore. Elles ne savent pas s’il reçoit des soins. Elles ne savent pas s’il peut écrire. Le silence des autorités israéliennes et l’absence d’accès régulier de la Croix-Rouge entretiennent cette angoisse permanente.
Ce type de situation n’est pas isolé. D’autres familles racontent des parcours quasi identiques. Un proche disparaît lors d’une opération militaire. Les semaines passent. Puis les mois. Les demandes d’information restent sans réponse concrète. Les rumeurs circulent. Les espoirs s’étiolent.
Hassan Hammoud : un civil capturé à son domicile
Parmi les prisonniers cités figure Hassan Hammoud, capturé fin 2025 à son domicile. Son épouse, Zaynab Bahja, a pris la parole lors du rassemblement. « Nous exhortons l’État libanais à considérer le dossier des détenus comme prioritaire et hâter leur libération », a-t-elle déclaré. « Les prisonniers sont aux mains d’un ennemi criminel, dénué d’humanité, et nous ne savons rien d’eux. »
Ces mots durs reflètent la colère et le sentiment d’abandon ressentis par de nombreuses familles. Pour elles, le fait qu’un civil puisse être arrêté chez lui et disparaître ensuite dans un système carcéral opaque est particulièrement insupportable. Zaynab Bahja, comme d’autres épouses et mères, demande une action concrète des autorités libanaises. Elle ne se contente plus d’attendre.
Le témoignage de Zaynab Bahja met en lumière une dimension souvent occultée : la présence de civils parmi les détenus. Si les combattants du Hezbollah font régulièrement l’objet d’annonces israéliennes, les cas de personnes non combattantes restent dans l’ombre. Pourtant, selon Anwar Yassine, ils représenteraient la majorité des prisonniers actuels.
Le contexte des deux dernières guerres
Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir en arrière. Une guerre a débuté en octobre 2023 entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Ce dernier avait lancé des frappes contre Israël en soutien au mouvement palestinien Hamas. Un accord de cessez-le-feu est entré en vigueur en novembre 2024.
Mais le 2 mars, le groupe pro-iranien a entraîné le Liban dans une nouvelle guerre avec Israël, en appui à Téhéran. Un nouveau cessez-le-feu a été conclu fin juin. C’est dans ce contexte que des négociations directes inédites depuis des décennies ont commencé entre le Liban et Israël.
Lors de sa dernière session de négociations avec Israël à Rome la semaine dernière, le Liban a demandé la libération d’un premier groupe de prisonniers capturés par l’armée israélienne sur le sol libanais. Cette demande, rapportée par une source officielle, montre que le dossier des détenus est désormais sur la table des discussions. Mais les familles attendent des résultats concrets, pas seulement des déclarations.
Le rôle du Comité international de la Croix-Rouge
Le choix de se rassembler devant le siège de la Croix-Rouge n’est pas anodin. Les familles placent leurs espoirs dans cette organisation humanitaire, seule à même, en théorie, de visiter les détenus et de transmettre des nouvelles. Elles demandent des preuves de vie, des informations médicales, un contact minimal.
Le Comité international de la Croix-Rouge a historiquement joué un rôle de médiateur dans les conflits israélo-arabes. Son accès aux prisonniers dépend cependant de l’accord des autorités de détention. Dans le cas présent, les familles estiment que cet accès est insuffisant ou trop sporadique. Elles veulent que l’organisation intensifie ses efforts et exerce une pression plus forte.
Pour les proches, chaque jour sans nouvelle est une journée supplémentaire d’angoisse. Ils savent que le droit international humanitaire prévoit des règles claires concernant le traitement des prisonniers et le droit des familles à être informées. Ils estiment que ces règles ne sont pas respectées.
L’absence de bilan officiel côté libanais
Une source officielle libanaise a reconnu que les autorités ne disposent pas d’un bilan précis du nombre de prisonniers libanais détenus en Israël. Cette absence de données fiables complique encore la situation. Comment négocier la libération de personnes dont on ignore même le nombre exact ? Comment rassurer les familles quand on ne peut pas leur confirmer que leur proche est bien détenu ?
Cette lacune administrative et politique alimente la frustration. Les familles ont le sentiment d’être seules face à un État qui peinerait à dresser une liste claire. Elles appellent donc le gouvernement libanais à faire de ce dossier une priorité absolue. Pour elles, il ne s’agit pas seulement de diplomatie. Il s’agit de vies humaines et de dignité.
Anwar Yassine, fort de son expérience de près de vingt ans de détention, insiste sur la nécessité d’un suivi rigoureux. Son estimation d’au moins 32 prisonniers, dont 22 civils, constitue aujourd’hui l’un des chiffres les plus précis avancés publiquement. Mais même lui reconnaît que la réalité pourrait être différente.
La voix des familles : entre espoir et détermination
Ce qui frappe dans les témoignages recueillis lors du rassemblement, c’est le mélange de fatigue et de résolution. Ibtissam Hussein ne demande pas la lune. Elle veut savoir si son mari est en bonne santé. Zaynab Bahja exige que l’État libanais traite le dossier avec l’urgence qu’il mérite. D’autres familles, moins médiatisées, partagent les mêmes revendications dans le silence de leur quotidien.
Ces femmes et ces hommes ont décidé de ne plus attendre passivement. En se regroupant devant la Croix-Rouge, ils ont rendu visible une souffrance qui restait jusqu’ici largement confidentielle. Ils ont transformé une douleur privée en question publique. Et ils ont rappelé que derrière chaque chiffre de prisonnier se cache une famille entière.
La promesse d’Ibtissam Hussein résonne particulièrement : « Nous continuerons à crier jusqu’à leur libération. » Ce cri n’est pas seulement destiné aux autorités israéliennes. Il s’adresse aussi aux responsables libanais, aux négociateurs, aux organisations humanitaires et à l’opinion publique.
Les négociations de Rome : une lueur d’espoir ?
La demande libanaise formulée lors des pourparlers de Rome constitue un signal positif. Pour la première fois depuis longtemps, le Liban a explicitement demandé la libération d’un premier groupe de prisonniers capturés sur son sol. Cette démarche montre que le dossier est désormais intégré aux discussions bilatérales.
Cependant, les familles restent prudentes. Elles ont trop souvent entendu parler de négociations sans voir de résultats concrets. Elles savent que les discussions sur les prisonniers sont souvent longues et complexes. Elles craignent que leur cause soit diluée dans d’autres enjeux sécuritaires ou politiques.
Le fait que des négociations directes aient repris après des décennies d’absence de dialogue représente néanmoins un contexte nouveau. Les familles espèrent que cette fenêtre diplomatique permettra d’avancer sur le sort des détenus. Elles attendent désormais des preuves tangibles.
Civils et combattants : une distinction essentielle
La présence de civils parmi les prisonniers change la nature du débat. Si la capture de combattants s’inscrit dans une logique de conflit armé, l’arrestation de personnes non combattantes soulève des questions supplémentaires. Les familles de ces civils insistent sur le caractère arbitraire de certaines détentions.
Hassan Hammoud, capturé à son domicile, est devenu un symbole de cette situation. Son épouse rappelle que son mari n’était pas un combattant. Pour elle, sa détention illustre une politique plus large de captivité qui ne distingue pas toujours clairement les catégories de personnes.
Anwar Yassine, en estimant à 22 le nombre de civils parmi les 32 prisonniers, met en lumière une réalité souvent ignorée. Ces chiffres, s’ils se confirment, indiquent que la majorité des détenus actuels ne seraient pas des combattants actifs. Cette information renforce les demandes des familles pour un traitement différencié et une libération prioritaire des non-combattants.
L’impact psychologique sur les familles
Au-delà des aspects politiques et juridiques, le rassemblement de Beyrouth a mis en lumière le coût humain de ces détentions. Les proches vivent dans une incertitude permanente. Ils ne savent pas comment parler de l’absent aux enfants. Ils ne savent pas s’il faut continuer à garder ses affaires ou commencer à faire le deuil.
Ibtissam Hussein a reçu une preuve de vie en mars 2025 grâce aux témoignages de libérés. Depuis, le silence est revenu. Chaque jour sans nouvelle ravive l’angoisse. Les familles développent des stratégies de survie psychologique : elles se réunissent, elles échangent des informations, elles s’organisent pour maintenir la pression.
Le rassemblement devant la Croix-Rouge s’inscrit dans cette dynamique de résilience collective. En se retrouvant ensemble, les familles brisent l’isolement. Elles se rappellent mutuellement qu’elles ne sont pas seules. Elles transforment leur douleur individuelle en force collective.
Que demandent concrètement les familles ?
Les revendications exprimées mercredi sont claires et limitées. Elles ne réclament pas immédiatement la libération de tous les prisonniers, même si c’est leur objectif final. Elles demandent d’abord des informations. Une confirmation que leurs proches sont en vie. Des nouvelles sur leur état de santé. La possibilité de recevoir des lettres ou des messages.
Elles demandent ensuite que le Comité international de la Croix-Rouge puisse accéder régulièrement aux détenus. Elles demandent enfin que l’État libanais fasse de ce dossier une priorité dans les négociations en cours. Ces demandes paraissent modestes au regard de la souffrance endurée. Elles sont pourtant restées largement insatisfaites jusqu’à présent.
Zaynab Bahja a résumé l’état d’esprit de nombreuses familles : les prisonniers sont entre les mains d’un adversaire qu’elles jugent dénué d’humanité, et elles ne savent rien d’eux. Ce sentiment d’impuissance face à un système opaque est au cœur de leur mobilisation.
Un enjeu qui dépasse les frontières libanaises
La question des prisonniers libanais détenus en Israël s’inscrit dans une histoire plus longue de détentions liées aux conflits régionaux. Anwar Yassine lui-même a passé près de vingt ans en prison. Son expérience personnelle lui confère une légitimité particulière lorsqu’il parle du sujet. Il sait ce que signifie l’absence de nouvelles pour les familles. Il sait aussi ce que représente l’espoir d’une libération.
En cofondant le Comité des représentants des prisonniers et détenus libérés, il a tenté de structurer la défense des droits de ces personnes. Son estimation actuelle d’au moins 32 prisonniers constitue aujourd’hui une référence pour les familles et pour les observateurs. Elle montre que le phénomène n’est pas marginal.
Les deux dernières guerres ont considérablement augmenté le nombre de captifs. Les opérations militaires dans le sud du Liban, les arrestations dans les tunnels, les raids sur des domiciles ont tous contribué à alimenter les prisons israéliennes. Le cessez-le-feu de fin juin 2025 et l’ouverture de négociations directes offrent désormais une opportunité de traiter ce dossier de manière globale.
La pression des familles sur la diplomatie libanaise
En se rassemblant publiquement, les familles ont adressé un message clair aux autorités libanaises. Elles ne se contenteront plus de déclarations de principe. Elles veulent des actes. Elles veulent que le dossier des détenus soit placé au même niveau que les autres enjeux de sécurité et de reconstruction.
La demande formulée à Rome montre que ce message a commencé à être entendu. Mais les familles restent vigilantes. Elles savent que les négociations peuvent s’enliser. Elles savent aussi que les priorités politiques évoluent. Leur présence devant la Croix-Rouge vise à maintenir la pression et à empêcher que le sujet ne retombe dans l’oubli.
Pour elles, chaque prisonnier libéré sera une victoire. Chaque information obtenue sera un soulagement. Mais tant que des dizaines de familles resteront sans nouvelles, la mobilisation continuera.
Un silence qui pèse lourd
Le silence qui entoure le sort des prisonniers libanais est peut-être l’aspect le plus douloureux de cette affaire. Les familles ne savent pas si leurs proches sont isolés, s’ils peuvent communiquer entre eux, s’ils reçoivent des soins médicaux. Elles ne savent pas non plus si des procédures judiciaires sont en cours ou s’ils sont maintenus en détention administrative.
Ce manque d’information contraste avec les annonces occasionnelles de l’armée israélienne concernant la capture de combattants. Ces annonces, lorsqu’elles existent, restent souvent vagues. Elles ne donnent que rarement des détails sur l’identité exacte des personnes arrêtées ou sur les conditions de leur détention.
Les familles se retrouvent donc dans une situation où elles doivent croiser des sources indirectes, des témoignages de libérés, des rumeurs. L’absence de canal officiel d’information régulière aggrave leur détresse.
L’espoir d’un premier groupe de libérés
La demande libanaise de libération d’un premier groupe de prisonniers capturés sur le sol libanais ouvre une perspective concrète. Si cette demande aboutit, elle pourrait créer un précédent et ouvrir la voie à d’autres libérations. Les familles suivent de très près l’évolution de ces discussions.
Elles savent que les échanges de prisonniers ou les libérations unilatérales font souvent partie des accords de cessez-le-feu ou des négociations de paix. Elles espèrent que le contexte actuel, marqué par la reprise du dialogue direct, permettra d’avancer plus rapidement qu’à d’autres époques.
Pourtant, elles restent réalistes. Elles savent que les négociations peuvent prendre du temps. Elles savent aussi que certains dossiers sont plus complexes que d’autres. Mais elles refusent de baisser les bras. Comme l’a dit Ibtissam Hussein, elles continueront à crier.
Le poids de l’histoire et la mémoire des anciens détenus
Anwar Yassine incarne à lui seul une partie de cette histoire longue. Incarcéré pendant près de deux décennies, il a vécu ce que les familles redoutent aujourd’hui pour leurs proches. Son engagement actuel au sein du Comité des représentants des prisonniers et détenus libérés montre que la question ne se limite pas à une crise ponctuelle. Elle s’inscrit dans une continuité.
Son estimation du nombre de prisonniers actuels donne un cadre aux revendications des familles. En distinguant les civils des combattants, il apporte aussi une nuance importante. Cette distinction pourrait s’avérer cruciale dans les négociations à venir.
Les anciens détenus comme lui jouent un rôle de mémoire et de vigilance. Ils rappellent aux autorités et à l’opinion publique que derrière chaque captivité se cache une histoire humaine. Ils accompagnent les familles dans leurs démarches. Ils apportent leur expérience des négociations et des conditions de détention.
Une mobilisation qui pourrait s’élargir
Le rassemblement de mercredi devant le siège de la Croix-Rouge à Beyrouth pourrait n’être que le début d’une mobilisation plus large. Si les informations ne viennent pas et si les libérations tardent, d’autres actions sont envisageables. Les familles ont montré qu’elles étaient prêtes à se faire entendre publiquement.
Leur détermination repose sur un sentiment simple mais puissant : elles ne laisseront pas leurs proches disparaître dans le silence. Elles refuseront que le dossier des prisonniers soit traité comme un détail secondaire des négociations. Elles exigeront des réponses et des actes.
Dans un pays qui a déjà connu de nombreuses vagues de détentions liées aux conflits avec Israël, cette mobilisation s’inscrit dans une tradition de résistance familiale. Les mères, les épouses et les sœurs ont souvent été en première ligne pour défendre les droits des détenus. Elles le sont encore aujourd’hui.
Ce que révèle ce rassemblement sur l’état du conflit
Au-delà des cas individuels, le rassemblement de Beyrouth révèle plusieurs réalités du conflit israélo-libanais actuel. Il montre d’abord que les opérations militaires ont laissé derrière elles un nombre significatif de captifs. Il montre ensuite que le système de détention reste opaque pour les familles. Il montre enfin que le cessez-le-feu et les négociations n’ont pas encore réglé la question humanitaire des prisonniers.
La présence de civils parmi les détenus ajoute une couche de complexité. Elle pose la question du respect du droit international humanitaire et des distinctions entre combattants et non-combattants. Elle oblige les négociateurs à prendre en compte non seulement les aspects sécuritaires, mais aussi les dimensions purement humaines.
Les familles, en se mobilisant, rappellent que la fin des combats ne signifie pas automatiquement la fin des souffrances. Tant que des dizaines de Libanais resteront sans nouvelles derrière des barreaux, le dossier restera ouvert.
Vers une possible évolution du dossier
Plusieurs éléments laissent entrevoir une possible évolution. La demande libanaise formulée à Rome constitue un premier pas officiel. L’estimation d’Anwar Yassine donne un ordre de grandeur plus précis. La mobilisation des familles exerce une pression médiatique et politique. Le contexte de négociations directes offre un cadre nouveau.
Pourtant, rien n’est acquis. Les familles le savent. Elles ont déjà connu des périodes d’espoir suivies de longues périodes de silence. Elles restent donc mobilisées et exigeantes. Elles continuent de demander des informations concrètes sur l’état de santé de leurs proches. Elles continuent d’appeler l’État libanais à faire de ce dossier une priorité.
Ibtissam Hussein, Zaynab Bahja et les autres familles présentes mercredi n’ont pas l’intention de disparaître. Leur présence devant la Croix-Rouge était un signal. Leur détermination à continuer de crier en est un autre. Tant que leurs proches resteront sans nouvelles, elles resteront visibles.
La dignité face à l’incertitude
Au fond, ce que réclament ces familles, c’est le respect de leur dignité et de celle de leurs proches. Savoir qu’un mari, un père ou un fils est en vie. Savoir s’il est en bonne santé. Pouvoir lui écrire. Pouvoir espérer le revoir un jour. Ces demandes élémentaires se heurtent aujourd’hui à un mur d’opacité.
Le rassemblement de Beyrouth a eu le mérite de briser une partie de ce silence. Il a mis des visages et des noms sur des chiffres approximatifs. Il a donné une voix collective à des souffrances individuelles. Il a rappelé aux autorités et à l’opinion publique que derrière chaque prisonnier se trouve une famille qui attend.
Dans les semaines et les mois qui viennent, le sort de ces détenus dépendra en grande partie de la capacité des négociateurs à transformer les déclarations en actes. Les familles, elles, ont déjà fait leur part. Elles se sont rassemblées. Elles ont parlé. Elles ont promis de continuer. Il reste maintenant à ceux qui détiennent le pouvoir de décision d’entendre leur cri.
Pour Ibtissam Hussein, chaque jour qui passe sans nouvelle de Waddah Younes est un jour de trop. Pour Zaynab Bahja, chaque semaine sans information sur Hassan Hammoud est une épreuve supplémentaire. Pour toutes les familles concernées, l’attente a déjà trop duré. Elles veulent des réponses. Elles veulent des preuves de vie. Elles veulent, un jour, pouvoir serrer à nouveau leurs proches dans leurs bras.
Le rassemblement de mercredi n’était peut-être qu’un moment. Mais le message qu’il a porté continuera de résonner tant que les prisonniers libanais resteront sans nouvelles. Dans les couloirs de la diplomatie, dans les bureaux de la Croix-Rouge et dans les salons de négociation, ce message est désormais clair : les familles n’abandonneront pas.









