Imaginez défiler sur votre téléphone des vidéos où des créateurs de contenu placent des paris sur des événements sportifs, politiques ou culturels et affichent des gains impressionnants. Ces images circulent par millions de vues. Pourtant, derrière l’écran, une grande partie de ces opérations n’a jamais impliqué d’argent réel. C’est précisément ce type de pratique qui a poussé le Conseil de la ville de New York à ouvrir une enquête formelle sur plusieurs plateformes de marchés de prédiction.
Une enquête qui cible quatre acteurs majeurs du secteur
Le bureau de la présidente du Conseil, Julie Menin, a confirmé mercredi que des lettres avaient été adressées à Polymarket, Kalshi, Coinbase et Gemini Titan. L’objectif affiché est d’obtenir des informations précises sur la manière dont ces sociétés promeuvent leurs contrats d’événements. Ces contrats permettent aux utilisateurs de prendre position sur l’issue d’événements aussi variés que des matchs de sport, des élections, des conditions météorologiques ou des faits culturels.
Selon les éléments transmis, le Conseil examine depuis plusieurs mois des accusations de pratiques marketing qualifiées de fausses, trompeuses, abusives et contestables. L’enquête ne se limite pas à un seul acteur. Elle vise à déterminer si des méthodes similaires ont été employées ailleurs dans le secteur.
Julie Menin a déclaré que ces plateformes attirent agressivement les consommateurs vers des paris sur presque n’importe quel sujet. Elle a annoncé son intention d’utiliser les prérogatives du Conseil pour protéger les New-Yorkais contre ce qu’elle considère comme des pratiques marketing prédatrices.
Les allégations qui ont déclenché l’attention
L’un des éléments centraux de l’enquête concerne des campagnes promotionnelles attribuées à Polymarket. Des créateurs de contenu auraient été rémunérés pour publier des vidéos montrant des paris et des gains. Or, selon les informations recueillies, une part importante de ces opérations était simulée. Les créateurs n’utilisaient pas leurs propres fonds.
Des analyses ont passé en revue plus d’un millier de vidéos publiées sur plusieurs mois. Environ 70 % d’entre elles montraient des transactions fictives. Les montants affichés dans ces simulations atteignaient près de 1,9 million de dollars de mises, dont près de 900 000 dollars de gains affichés. Si ces opérations avaient été réalisées sur la plateforme réelle, elles auraient généré des pertes.
Les créateurs auraient perçu entre 2 000 et 3 000 dollars par mois via un intermédiaire marketing. Ils auraient reçu pour instruction de ne pas mentionner le caractère sponsorisé de leurs contenus. Ces vidéos auraient généré plus de 140 millions de vues sur plusieurs réseaux sociaux majeurs.
Face à ces révélations, la Commodity Futures Trading Commission a ouvert sa propre enquête portant sur le marketing et d’autres aspects de l’activité de Polymarket. La société a indiqué qu’elle procédait à un audit de ses supports promotionnels pour vérifier le respect de ses standards internes et des obligations de transparence.
Des changements déjà engagé chez un des acteurs
Des informations récentes indiquent que Polymarket a modifié une partie de son organisation marketing. De nouvelles directives plus claires auraient été mises en place pour les employés et les créateurs de contenu travaillant avec la plateforme. Cette évolution intervient après les révélations et l’ouverture d’investigations fédérales.
Un porte-parole de Polymarket a déclaré que la société se réjouissait d’échanger avec le Conseil de New York sur ce sujet. Les autres plateformes contactées ont également réagi. Coinbase a rappelé que ses clients accèdent à des marchés de prédiction réglementés au niveau fédéral et qu’elle respecte les lois applicables. Kalshi a indiqué vouloir informer le Conseil sur son modèle économique et ses pratiques.
Une enquête distincte des litiges étatiques
Il est important de souligner que l’initiative du Conseil municipal ne porte pas sur la question de savoir si ces plateformes violent les lois de l’État de New York relatives aux jeux d’argent. Cette problématique fait l’objet de procédures judiciaires séparées.
L’Attorney General de l’État a engagé des actions contre Coinbase Financial Markets et Gemini Titan. L’accusation porte sur l’exploitation de marchés de prédiction sans les licences requises par la législation étatique sur les jeux d’argent. Les montants réclamés atteignent plusieurs milliards de dollars. Coinbase a demandé le transfert de l’affaire devant une juridiction fédérale, arguant que les marchés de prédiction relèvent de la compétence de la CFTC.
Kalshi a connu un revers en juillet lorsqu’un juge fédéral a refusé de lui accorder une injunction préliminaire. La procédure concernant ses contrats liés au sport se poursuit donc. La société estime que la loi fédérale sur les commodités donne une compétence exclusive à la CFTC. Le tribunal a jugé, à ce stade, que Kalshi n’avait pas démontré une probabilité suffisante de préemption.
Polymarket n’est pas visée par ces actions étatiques pour le moment. Sa situation est différente en raison d’un accord conclu en 2022 avec la CFTC. La société avait accepté de payer une amende de 1,4 million de dollars et de fermer les marchés non conformes. Elle avait ensuite bloqué l’accès des utilisateurs américains à sa plateforme principale.
Les efforts de Polymarket pour revenir sur le marché américain
Depuis plusieurs mois, Polymarket cherche à obtenir l’approbation de la CFTC pour rétablir l’accès des résidents américains. Elle a acquis en 2025 une plateforme de dérivés déjà réglementée pour un montant d’environ 112 millions de dollars. Cet achat s’inscrit dans une stratégie visant à disposer d’une structure conforme aux exigences américaines.
Des sénateurs ont également interrogé le président de la CFTC sur les normes publicitaires, les obligations de divulgation des influenceurs, les protections des consommateurs et les contrôles d’âge appliqués aux marchés de prédiction. Ces questions montrent que le sujet dépasse le seul cadre new-yorkais.
Pourquoi le marketing devient un enjeu central
Les marchés de prédiction occupent une place particulière. Ils se présentent comme des outils d’information et de découverte des probabilités, tout en permettant de placer de l’argent sur des résultats futurs. Cette dualité rend leur promotion particulièrement sensible.
Lorsque des contenus montrent des gains rapides sans indiquer clairement qu’il s’agit de simulations ou de partenariats rémunérés, le risque de tromperie augmente. Les utilisateurs, surtout les plus jeunes ou les moins expérimentés, peuvent croire que les performances affichées sont représentatives de ce qu’ils peuvent obtenir.
Le Conseil de New York souhaite déterminer si les règles de protection des consommateurs existantes suffisent ou s’il faut envisager de nouvelles dispositions. Une audience publique est prévue dans le cadre de cette démarche.
Les liens forts avec New York
Trois des quatre sociétés contactées ont leur siège dans la ville. Polymarket, Kalshi et Gemini y sont implantées. Coinbase, bien que basée au Texas, a annoncé vouloir porter ses effectifs new-yorkais à plus de mille personnes. Ces implantations rendent l’action du Conseil particulièrement pertinente.
La ville concentre une part importante de l’activité financière et technologique liée aux crypto-actifs et aux produits dérivés. Les décisions prises localement peuvent donc avoir un impact au-delà de ses frontières.
Ce que révèle l’affaire sur le secteur
L’enquête met en lumière une tension récurrente. D’un côté, les plateformes insistent sur leur statut de marchés réglementés au niveau fédéral. De l’autre, les autorités locales et étatiques s’inquiètent de pratiques qui, selon elles, s’apparentent à du jeu d’argent non déclaré ou à de la publicité trompeuse.
Les contrats d’événements liés au sport constituent un point particulièrement sensible. Ils ressemblent à des paris sportifs traditionnels, même s’ils sont structurés sous forme de contrats à terme ou d’options. Cette ressemblance explique en partie les poursuites engagées par l’État de New York.
Le marketing influencer amplifie le problème. Les réseaux sociaux permettent une diffusion massive et rapide. Lorsque les créateurs ne mentionnent pas clairement leur rémunération, le public perd un élément d’information essentiel pour juger de la crédibilité du message.
Les implications pour les utilisateurs
Pour les personnes qui utilisent ces plateformes, l’enquête rappelle l’importance de la vigilance. Les gains présentés dans des vidéos promotionnelles ne constituent pas une garantie de performance. Les marchés de prédiction comportent des risques de perte, parfois importants.
La transparence sur les partenariats commerciaux et sur le caractère simulé ou réel des opérations montrées devient un enjeu de confiance. Les plateformes qui sauront instaurer des règles claires et vérifiables pourraient en sortir renforcées. Celles qui tarderaient à s’adapter risquent de voir leur réputation et leur accès au marché américain fragilisés.
Vers de nouvelles règles de protection
Le Conseil de New York n’a pas encore annoncé de mesures concrètes. Il a toutefois clairement indiqué qu’il étudierait la nécessité de légiférer ou d’agir par d’autres moyens. L’audience à venir permettra d’entendre les différents points de vue et de recueillir des éléments supplémentaires.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte plus large de discussion sur la régulation des marchés de prédiction aux États-Unis. Entre la compétence fédérale revendiquée par les plateformes et les préoccupations des États en matière de jeux d’argent, le débat reste ouvert.
Les prochains mois seront donc déterminants. Les réponses que les sociétés fourniront au Conseil, les conclusions de l’enquête fédérale et l’évolution des procédures judiciaires étatiques dessineront le cadre dans lequel ces plateformes pourront continuer à opérer et à se promouvoir.
En attendant, une chose est claire. Les méthodes utilisées pour attirer les utilisateurs font désormais l’objet d’un examen attentif. Les vidéos aux gains spectaculaires ne passeront plus aussi facilement inaperçues auprès des autorités chargées de la protection des consommateurs.
Un secteur en pleine mutation
Les marchés de prédiction ont connu une croissance rapide ces dernières années. Ils attirent à la fois des utilisateurs curieux de tester des probabilités et des spéculateurs à la recherche de nouvelles opportunités. Cette expansion s’est accompagnée d’une professionnalisation du marketing, avec un recours massif aux créateurs de contenu.
La frontière entre information, divertissement et publicité est devenue floue. C’est précisément cette zone grise que le Conseil de New York cherche à éclaircir. En demandant des comptes aux principales plateformes, il force le secteur à clarifier ses pratiques.
Pour les acteurs concernés, l’enjeu est double. Il s’agit de conserver la confiance des utilisateurs tout en satisfaisant aux exigences des régulateurs. Les réponses apportées dans les semaines et mois à venir influenceront durablement l’image et le développement de ces plateformes.
L’affaire montre aussi que les autorités locales ne se contentent plus d’observer. Même lorsque la compétence réglementaire principale est revendiquée au niveau fédéral, les questions de protection des consommateurs et de publicité trompeuse restent du ressort des villes et des États. New York, par son poids économique et son rôle de place financière, occupe une position particulière dans ce débat.
Les utilisateurs, de leur côté, sont invités à adopter un regard plus critique. Les performances affichées dans des contenus sponsorisés ne doivent pas être prises pour argent comptant. La lecture attentive des conditions d’utilisation, la compréhension des risques et la méfiance face aux gains trop beaux pour être vrais restent des réflexes essentiels.
En définitive, cette enquête du Conseil de New York constitue un signal fort. Elle rappelle que l’innovation financière, même lorsqu’elle s’appuie sur des technologies avancées et des cadres réglementaires fédéraux, n’échappe pas au contrôle des pratiques commerciales. Les marchés de prédiction devront désormais prouver qu’ils savent non seulement proposer des contrats d’événements, mais aussi les promouvoir de manière transparente et responsable.
Le dossier n’en est qu’à ses débuts. Les lettres envoyées, les réponses attendues et l’audience à venir ouvriront un nouveau chapitre dans la relation entre ces plateformes et les autorités chargées de veiller à la protection des New-Yorkais. Ce chapitre s’écrit sous les yeux d’un public de plus en plus attentif aux méthodes utilisées pour le convaincre de placer de l’argent sur des événements futurs.
La suite des événements dépendra en grande partie de la capacité des sociétés concernées à démontrer la solidité de leurs pratiques et de la volonté du Conseil à aller au bout de sa démarche. Pour l’instant, le message est clair : les méthodes de promotion des marchés de prédiction sont sous surveillance.
Cette vigilance s’explique par l’ampleur prise par ces plateformes. Ce qui était encore marginal il y a quelques années est devenu un phénomène visible, relayé par des millions de vues et des créateurs influents. Plus le secteur grandit, plus les exigences de transparence et de responsabilité s’imposent.
Les prochains développements de l’enquête new-yorkaise, combinés aux procédures déjà en cours au niveau de l’État et aux investigations fédérales, formeront un ensemble de pressions qui forceront le secteur à évoluer. Les plateformes qui sauront s’adapter rapidement et de manière convaincante auront un avantage concurrentiel. Les autres risquent de voir leur accès au marché américain et leur image publique durablement affectés.
Dans ce contexte, l’action du Conseil de New York apparaît comme un rappel utile. Même dans un environnement où la technologie et la finance se croisent à grande vitesse, les règles de base de la protection des consommateurs continuent de s’appliquer. Les marchés de prédiction n’y font pas exception.









