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Allez les Verts : L’Hymne Oublié qui a Vibré à Geoffroy-Guichard

Avant le tube légendaire de Monty, un autre "Allez les Verts !" avait déjà enflammé les tribunes de Geoffroy-Guichard. Composé par un musicien local, cet hymne oublié a brièvement accompagné les exploits des Verts en Coupe d'Europe. Quelle est son histoire et pourquoi a-t-il disparu si vite ?

Imaginez les tribunes du Chaudron en pleine effervescence, des milliers de voix qui s’unissent pour pousser leur équipe vers la gloire européenne. Aujourd’hui encore, « Allez les Verts ! » résonne comme un cri de ralliement intemporel pour les supporters de l’AS Saint-Étienne. Pourtant, bien avant le tube populaire de Monty qui a conquis toute la France en 1976, un autre hymne portant le même titre avait déjà tenté de fédérer les cœurs stéphanois.

Une Marche Oubliée dans l’Histoire des Verts

L’épopée européenne de l’AS Saint-Étienne reste gravée dans la mémoire collective du football français. La finale de Glasgow en 1976 contre le Bayern Munich symbolise à jamais l’âge d’or des Verts. Mais derrière les lumières des projecteurs et les exploits sportifs, il existe des anecdotes plus intimes, des créations artistiques nées de la passion populaire qui n’ont pas toujours traversé les décennies.

C’est précisément le cas de cette marche composée par Louis Grolet, un baryton talentueux du chœur local Les Amis Réunis. Entre 1974 et 1975, cet hymne a brièvement résonné dans les travées de Geoffroy-Guichard, porté par l’espoir d’un club en pleine ascension.

Les Origines d’une Composition Locale

Louis Grolet évoluait dans un environnement où la musique et le football se croisaient naturellement. Baryton au sein d’un chœur d’hommes, il fréquentait des passionnés du ballon rond, dont certains proches de la direction du club. Jean Jeanetti, dirigeant dans le BTP et proche de Roger Rocher, le président emblématique de l’ASSE, aurait soufflé l’idée d’un hymne dédié aux Verts.

Le résultat fut une pièce pour batterie-fanfare, au style plutôt pompeux et martial. Frédéric Grolet, fils du compositeur et chef de chœur, évoque aujourd’hui cette création avec une pointe d’humour et beaucoup de tendresse : une œuvre sincère mais pas forcément la plus aboutie de son père.

« On n’a pas retrouvé la date exacte, mais en 1974 ou 1975, notre père a écrit une marche en l’honneur des Verts. »

Cette genèse locale illustre parfaitement comment le football, à cette époque, s’ancrait profondément dans le tissu social d’une ville industrielle comme Saint-Étienne. Les supporters ne se contentaient pas d’encourager leur équipe : ils participaient activement à la création d’une culture autour du club.

Une Première Diffusion lors d’un Quart de Finale Européen

Le 19 mars 1975 marque probablement les débuts de cet hymne dans l’enceinte du stade. À l’occasion du quart de finale retour de Coupe d’Europe des clubs champions face au club polonais de Chorzow, les paroles ont été publiées dans ASSE Actualités la veille du match. Des porte-voix en carton, sponsorisés par des partenaires locaux, ont également permis de diffuser les paroles à des milliers de spectateurs.

Ces objets devenus aujourd’hui des reliques collectors témoignent d’une époque où le merchandising était encore artisanal et intimement lié à l’identité régionale. Meubles Frappa, Europe 1 ou le magazine Onze figuraient parmi les sponsors de ces supports de chants.

Le Tube de Monty et l’Éclipse d’un Hymne

Pourquoi cet « Allez les Verts ! » originel n’a-t-il pas marqué les esprits plus durablement ? La réponse est simple et implacable : la chanson de Monty a tout emporté sur son passage. Sortie en 1976, elle est devenue un phénomène national, un véritable tube qui a transcendé le cadre stéphanois pour conquérir l’ensemble du territoire.

Denis Lièvre, cofondateur des Membres associés en 1970, se souvient encore des paroles de la version antérieure : « Tous en chœur, chantons les Stéphanois / Ils vont vers la victoire… » Un air qui, selon les descriptions d’époque, évoquait davantage une marche militaire qu’un chant populaire festif.

Faisant penser à une marche militaire selon le Miroir du Football de mars 1975, cet hymne n’a pas résisté à la vague populaire du titre de Monty.

Cette concurrence inattendue entre deux créations portant le même titre illustre les mécanismes imprévisibles de la popularité dans le monde du sport. Tandis que la version de Monty bénéficiait d’une diffusion radiophonique massive et d’un arrangement plus accessible, la marche de Louis Grolet restait cantonnée à un usage plus local et cérémoniel.

Le Contexte Historique des Verts en 1975-1976

Pour bien comprendre l’importance de ces chants, il faut replonger dans le contexte de l’époque. L’AS Saint-Étienne vit alors ses plus belles années. Sous la présidence de Roger Rocher, le club domine le football français avec des joueurs mythiques comme Michel Platini, Dominique Rocheteau ou encore Aimé Jacquet à l’entraînement.

Les parcours européens successifs enflamment le pays tout entier. Geoffroy-Guichard, surnommé le Chaudron, devient un véritable fortin où l’ambiance survoltée impressionne les adversaires. Dans ce décor, chaque nouveau chant représente une tentative de canaliser et d’amplifier cette énergie collective.

Les supporters, organisés en groupes comme les Membres associés, jouent un rôle clé. Ils ne sont pas seulement spectateurs mais acteurs de la ferveur stéphanoise. La création d’hymnes s’inscrit dans cette dynamique de participation populaire.

Les Porte-Voix : Des Objets Cultes de l’Époque

Au-delà de la musique elle-même, les supports matériels utilisés pour diffuser cet hymne méritent une attention particulière. Ces porte-voix en carton, distribués par milliers lors des matches européens, représentent aujourd’hui des pièces de collection recherchées sur les sites d’enchères.

Ils portaient non seulement les paroles de la chanson mais aussi les logos des partenaires. Cette pratique révèle une forme primitive de ce que l’on appelle aujourd’hui le fan merchandising. Chaque objet devenait un vecteur d’identité et de souvenir.

Philippe Gastal, conservateur du musée des Verts, confirme l’existence de ces artefacts et leur utilisation lors de l’épopée 1975-1976. Ils constituent une trace tangible de cette période faste du club forézien.

Un Réenregistrement pour la Petite Histoire du Club

Heureusement, l’histoire ne s’arrête pas là. Frédéric Grolet et son frère ont décidé de redonner vie à cette composition oubliée. Un réenregistrement est prévu à l’automne, avec l’intention d’offrir à la fois l’enregistrement et la partition originale au musée des Verts.

Cette initiative permet de préserver un pan de l’héritage culturel du club. Dans un monde où la mémoire collective se fragmente rapidement, ces gestes de transmission revêtent une importance particulière. Ils rappellent que le football ne se résume pas aux résultats sportifs mais englobe une riche tradition artistique et populaire.

La Culture des Supporters Stéphanois à Travers les Âges

Les chants constituent un élément fondamental de l’identité d’un club. À Saint-Étienne, cette tradition est particulièrement vivace. Des « Corons » aux différentes versions d' »Allez les Verts ! », les tribunes ont toujours été le théâtre d’une créativité populaire foisonnante.

Cette culture des supporters s’est développée dans un contexte socio-économique spécifique. Ville ouvrière par excellence, Saint-Étienne a longtemps associé le football à une forme de résistance et de fierté collective. Les Verts incarnaient les espoirs d’une région parfois éprouvée par les mutations industrielles.

Aujourd’hui encore, malgré les aléas sportifs, le Chaudron conserve cette atmosphère unique qui fait la réputation du football français. Les anciens chants reviennent régulièrement, portés par une nouvelle génération qui puise dans l’histoire pour alimenter sa passion.

Pourquoi Certains Hymnes Marquent-ils les Esprits Plus que D’autres ?

La comparaison entre les deux « Allez les Verts ! » offre une belle leçon sur les mécanismes de la popularité culturelle. Plusieurs facteurs entrent en jeu : la qualité musicale, le timing, les moyens de diffusion, et bien sûr l’adéquation avec l’air du temps.

La version de Monty bénéficiait d’un arrangement plus léger, d’une mélodie entraînante et d’une sortie parfaitement synchronisée avec les exploits du club. Elle a su toucher un public bien plus large que le seul public stéphanois. À l’inverse, la marche de Louis Grolet restait plus formelle, plus locale.

Cette dualité rappelle que dans le football comme ailleurs, le succès populaire tient souvent à un savant mélange de sincérité, d’opportunité et d’accessibilité.

L’Impact Durable des Chants sur l’Identité d’un Club

Au-delà de l’anecdote, cet hymne oublié nous invite à réfléchir plus largement au rôle des chants dans la construction de l’identité sportive. Ils créent un sentiment d’appartenance, transmettent des émotions et contribuent à forger la légende d’un club.

Pour les jeunes supporters qui découvrent aujourd’hui l’histoire des Verts, ces récits permettent de mieux comprendre d’où vient cette ferveur légendaire. Ils montrent que chaque génération apporte sa pierre à l’édifice, même si certaines contributions restent dans l’ombre pendant des décennies.

Le réenregistrement prévu constitue donc bien plus qu’un simple geste nostalgique. Il s’agit d’une forme de justice mémorielle envers un créateur local qui a voulu, à sa manière, participer à l’aventure extraordinaire des Verts.

Perspectives pour la Préservation du Patrimoine Footballistique

Dans un contexte où le football se mondialise et se commercialise de plus en plus, la préservation des traditions locales prend une importance accrue. Les musées des clubs, les associations de supporters et les initiatives individuelles comme celle des frères Grolet jouent un rôle essentiel.

Ils permettent de maintenir vivant un héritage qui dépasse largement les aspects purement sportifs. La musique, les chants, les objets souvenirs : tout cela forme une mémoire collective précieuse qui mérite d’être transmise.

L’histoire de cet « Allez les Verts ! » oublié nous rappelle que derrière chaque grand club se cachent des milliers d’histoires personnelles, de créations modestes mais sincères qui ont contribué à bâtir la légende.

Un Héritage qui Continue d’Inspirer

Aujourd’hui, lorsque les supporters scandent « Allez les Verts ! », ils participent à une chaîne ininterrompue qui relie les générations. Même si la version originelle de Louis Grolet n’a pas connu le même destin que celle de Monty, elle fait désormais partie de la petite histoire du club.

Grâce aux efforts de préservation, de nouvelles générations pourront découvrir cette marche et comprendre comment, à travers des compositions simples mais chargées d’émotion, les supporters ont toujours tenté d’accompagner leur équipe vers la victoire.

Le football français doit beaucoup à ces passionnés anonymes qui, par leur créativité et leur engagement, ont enrichi la culture populaire autour du ballon rond. L’histoire de cet hymne oublié en est une belle illustration.

Alors que l’AS Saint-Étienne continue d’écrire de nouveaux chapitres de son histoire, ces souvenirs du passé rappellent les fondements sur lesquels repose sa légende : une ville, un club, et des supporters qui n’ont jamais cessé de croire et de chanter.

La prochaine fois que vous entendrez « Allez les Verts ! » s’élever des tribunes de Geoffroy-Guichard, pensez peut-être à cette marche oubliée qui a ouvert la voie. Derrière le chant populaire se cache souvent toute une histoire faite de passion, de créativité et de transmission.

Cette redécouverte nous invite à porter un regard plus attentif sur les traditions qui forgent l’identité des clubs. Dans un monde en perpétuel mouvement, ces ancres culturelles restent essentielles pour maintenir le lien entre passé, présent et futur du football.

Que ce soit à travers des réenregistrements, des expositions au musée des Verts ou simplement par le bouche-à-oreille des supporters, ces petits morceaux d’histoire continuent de vivre. Ils enrichissent notre compréhension du sport et nous rappellent pourquoi nous aimons tant le football : pour les émotions, les histoires et cette capacité unique à rassembler les gens autour d’une même passion.

En célébrant cet hymne oublié, nous célébrons finalement tous ceux qui ont contribué, à leur manière, à faire des Verts bien plus qu’un simple club de football : une véritable institution culturelle et populaire.

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