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Au Soudan, Élèves Défient la Guerre pour Rattraper les Années Perdues

Alors que la guerre ravage le Soudan depuis plus de deux ans, privant des millions d'enfants d'école, une collégienne de 13 ans continue de réviser ses leçons dans un camp de fortune. Comment ces jeunes parviennent-ils à garder espoir et à reconstruire leur scolarité au milieu des tentes ? La suite révèle une incroyable soif d'apprendre...

Au cœur des camps de déplacés au Soudan, là où la guerre a tout bouleversé, des enfants refusent de laisser les combats leur voler leur avenir. Parmi eux, Afrah, seulement 13 ans, rêve de devenir chirurgienne et continue de réviser ses leçons avec une persévérance remarquable malgré les déplacements forcés et la destruction de son quotidien.

Des enfants soudanais face à une crise éducative sans précédent

Depuis avril 2023, les affrontements entre l’armée régulière et les forces paramilitaires ont plongé le Soudan dans un chaos qui touche particulièrement les plus jeunes. Plus de huit millions d’enfants se retrouvent aujourd’hui sans accès à l’école, selon les données de l’Unicef. Cela représente une catastrophe pour une population où les mineurs constituent la moitié des habitants, soit plus de 25 millions de personnes.

Dans ce contexte dramatique, des initiatives locales et internationales tentent de maintenir une flamme d’espoir. Les camps de déplacés deviennent parfois des lieux improbables d’apprentissage, où des tentes se transforment en salles de classe improvisées. C’est dans l’un de ces sites, près de Port-Soudan, que de nombreux élèves tentent de rattraper le temps perdu.

La détermination d’Afrah, 13 ans, future chirurgienne

Afrah incarne cette volonté farouche de ne pas céder face à l’adversité. Même pendant les mois où elle a été déscolarisée à cause des combats, cette adolescente continuait de réviser ses leçons encore et encore. Installée dans le camp d’Al-Hichan, elle partage son histoire avec une maturité impressionnante pour son âge.

Sa passion pour les études n’a pas faibli malgré les difficultés. Les déplacements, la peur et l’incertitude n’ont pas entamé son objectif clair : devenir chirurgienne. Cette ambition personnelle devient un puissant moteur dans un environnement où tout semble fragile.

« Je révisais mes leçons encore et encore », confie-t-elle, illustrant une résilience qui inspire tous ceux qui l’entourent.

Cette soif d’apprendre se retrouve chez de nombreux autres enfants du camp. Sur un terrain vague, des tentes disposées en carré accueillent plus de 1 000 élèves. L’atmosphère y est vivante, remplie de rires pendant les récréations, même si derrière cette apparence de normalité se cachent des expériences traumatisantes.

Un programme accéléré pour combler les lacunes

Près d’un tiers des élèves ont bénéficié d’un programme accéléré mis en place pour leur permettre de se remettre à niveau. Cette initiative s’avère cruciale car beaucoup avaient accumulé des retards importants, certains ayant même oublié les bases de la lecture et de l’écriture après des mois sans scolarisation.

Les enseignants, souvent eux-mêmes déplacés, font preuve d’une créativité et d’une dévotion exceptionnelles. Ils ont dû tout organiser à partir de rien : répartition des élèves par niveau, création d’emplois du temps adaptés et début des cours par des révisions intensives.

Awatef al-Ghaly, professeure d’arabe de 48 ans originaire du Nord-Darfour, se souvient des premiers jours chaotiques. Des milliers de familles arrivaient hébétées, avec leurs enfants. Malgré tout, 60 enseignants se sont immédiatement mis au travail pour structurer cet espace éducatif de fortune.

Nous étions 60 enseignants ici, nous nous sommes simplement mis au travail.

Awatef al-Ghaly

Des traumatismes visibles et invisibles

Les enfants qui arrivent dans ces structures portent souvent les marques profondes des violences vécues. Dans les premiers jours, leurs dessins étaient dominés par des chars, des armes et la mort. Avec le temps, grâce à l’accompagnement, ces représentations évoluent, témoignant d’un processus d’adaptation et d’assimilation des expériences traumatiques.

Mira Nasser, porte-parole de l’Unicef, observe ce changement avec attention. Les élèves arrivent effrayés, épuisés et isolés, mais progressivement ils retrouvent une certaine légèreté et parviennent à exprimer autrement ce qu’ils ont traversé.

Les dessins des enfants passent des scènes de guerre à des représentations plus apaisées, signe d’une résilience remarquable.

Outre les blessures psychologiques, les séquelles physiques sont également présentes. Une fillette salue de son unique main, son bras droit ayant été amputé suite à une blessure reçue à Khartoum. Ces histoires rappellent la violence extrême qui a marqué ces jeunes vies.

La faim et la malnutrition, obstacles quotidiens

Parmi les plus de cinq millions d’enfants déplacés, beaucoup souffrent de la faim. Plus de 825 000 enfants de moins de cinq ans sont victimes de malnutrition aiguë. Cette réalité complique encore davantage la reprise des apprentissages, car un corps affaibli peine à se concentrer sur les études.

Dans le camp, malgré ces difficultés, les élèves montrent une détermination indomptable. Même en pleine chaleur estivale, avec des insectes partout, ils insistent pour continuer à apprendre. Certains suivent les enseignants jusque chez eux pour demander des révisions supplémentaires avant les examens.

Des enseignants déplacés devenus piliers de l’éducation

Souad Awadallah, 52 ans, enseignante d’anglais avec quatre décennies d’expérience au Sud-Darfour, fait partie de ces héroïnes du quotidien. Arrivée à Port-Soudan après avoir fui les combats, elle a contribué à organiser les classes dans des conditions rudimentaires.

Au début, les enfants étaient assis par terre. Aujourd’hui, des pupitres s’alignent dans les tentes et les élèves se serrent à quatre sur un banc. Ces améliorations progressives symbolisent la reconstruction lente mais réelle d’un semblant de normalité.

Il a fallu beaucoup de patience, au début les enfants étaient tous assis par terre.

Souad Awadallah

Fatma, 16 ans, aspire à devenir psychiatre

Fatma, 16 ans, rattrape deux années de scolarité perdues. Elle veut devenir psychiatre pour aider les gens, motivée par les souffrances qu’elle a observées autour d’elle, notamment celles de son père qui a échappé à une attaque au marché de Khartoum.

« Cette guerre a détruit les gens psychologiquement », explique-t-elle. Son témoignage met en lumière l’importance de l’éducation non seulement pour l’acquisition de connaissances, mais aussi comme forme de protection et de reconstruction mentale.

Ibrahim et Rizeq, porteurs d’ambitions futures

Ibrahim, 14 ans, rêve de devenir ingénieur pétrolier. Il avoue que ses amis, sa famille et son ancienne école à Khartoum, pleine d’arbres, lui manquent terriblement. Pourtant, il avance avec détermination dans ce nouveau cadre.

Rizeq, portant fièrement un maillot rouge de Manchester United, ose s’approcher des adultes pour demander plus de cours d’anglais le soir. Sa voix tremble légèrement mais sa poitrine est bombée, signe d’une motivation sincère.

L’éducation comme bouclier protecteur

Mira Nasser insiste sur ce point essentiel : l’avenir de ces enfants est en jeu et l’éducation constitue en soi une forme de protection. Dans ces espaces scolaires improvisés, ils retrouvent un semblant de normalité qui leur permet de se projeter dans l’avenir malgré les incertitudes.

Les activités ne se limitent pas aux matières classiques. Des séances avec des travailleuses sociales enseignent les gestes d’hygiène de base, comme se laver les mains. Des filles récitent des poèmes en chœur, créant des moments de beauté et de cohésion au milieu des difficultés.

Les défis persistants de la scolarisation en temps de guerre

Malgré les succès observés dans certains camps, les obstacles restent nombreux. Le recours à des enfants soldats a été signalé dans différentes régions. La violence sexuelle, particulièrement ciblant les filles, empêche beaucoup d’entre elles de retourner à l’école, même dans les zones relativement plus sûres.

Ces réalités sombres contrastent avec la vitalité observée dans les tentes scolaires d’Al-Hichan. Elles soulignent l’urgence d’une réponse internationale plus soutenue pour protéger l’accès à l’éducation.

Une première promotion vers le collège

L’établissement de fortune a déjà connu une grande satisfaction : sa première promotion est passée de l’école primaire au collège. Awatef al-Ghaly exprime sa fierté face à cette avancée, fruit de mois d’efforts collectifs dans des conditions extrêmes.

Cette réussite démontre que, même dans l’adversité la plus totale, l’engagement des enseignants et la motivation des élèves peuvent produire des résultats concrets.

Chiffres clés de la crise éducative au Soudan

  • Plus de 25 millions de mineurs dans le pays
  • Plus de 8 millions d’enfants déscolarisés
  • Plus de 5 millions d’enfants déplacés
  • Plus de 825 000 enfants de moins de 5 ans en malnutrition aiguë

Ces statistiques impressionnantes mettent en perspective l’ampleur du défi. Pourtant, sur le terrain, chaque enfant qui reprend le chemin des études représente une victoire individuelle et collective.

La vie quotidienne dans les classes de fortune

Dans une tente, une enseignante déplacée dispense un cours de physique-chimie à sa classe de sixième pendant que son fils de trois ans tire sur sa jupe. Ces scènes illustrent la superposition des rôles et des défis personnels que doivent gérer ces éducateurs dévoués.

Les élèves s’adaptent à cet environnement précaire. Ils s’installent à plusieurs sur les mêmes bancs, partagent le matériel limité et profitent de chaque moment d’apprentissage avec une intensité particulière.

Regards vers l’avenir malgré la nostalgie

La nostalgie de la vie d’avant est palpable. Les anciennes écoles avec leurs arbres, les amis, les routines familières manquent à ces adolescents. Pourtant, cette nostalgie ne paralyse pas leur élan. Elle coexiste avec une détermination à construire quelque chose de nouveau.

Chaque demande de cours supplémentaires, chaque révision tardive, chaque rêve professionnel exprimé devient un acte de résistance contre la destruction provoquée par le conflit.

L’éducation offre un cadre structurant dans un monde devenu chaotique. Elle permet aux enfants de retrouver une routine, de socialiser avec des pairs, d’exprimer leurs émotions et de nourrir leurs ambitions.

L’impact psychologique profond du conflit

La guerre ne détruit pas seulement les infrastructures scolaires. Elle marque profondément les esprits. Fatma le dit avec justesse : cette guerre a détruit les gens psychologiquement. Les parents portent des traumatismes qui rejaillissent sur leurs enfants.

Dans ce contexte, les espaces éducatifs deviennent aussi des lieux de soin et d’écoute. Les travailleuses sociales jouent un rôle essentiel pour aider les enfants à verbaliser et à transformer leurs expériences.

Une lueur d’espoir dans la tourmente

Malgré l’ampleur de la crise, les histoires d’Afrah, Fatma, Ibrahim, Rizeq et de tous les autres élèves du camp d’Al-Hichan montrent que l’esprit humain peut résister à l’horreur. Leur soif d’apprendre et leur volonté de se projeter dans l’avenir constituent une force puissante.

Ces enfants ne demandent pas seulement des livres et des enseignants. Ils réclament la possibilité de construire leur vie sur des bases solides, loin des violences qui ont marqué leur enfance.

Le travail accompli dans ces camps de fortune mérite d’être salué et soutenu. Il représente bien plus qu’une simple scolarisation : c’est un investissement dans la reconstruction d’une société entière, génération par génération.

Alors que les combats continuent dans différentes régions du Soudan, ces initiatives éducatives locales rappellent que l’espoir peut naître même dans les endroits les plus improbables. Les rires qui résonnent pendant les récréations dans les tentes scolaires en sont la plus belle preuve.

Chaque élève qui passe avec succès dans la classe supérieure, chaque rêve professionnel nourri, chaque compétence acquise représente une petite victoire contre l’obscurité du conflit. Ces jeunes Soudanais, avec leur courage et leur persévérance, montrent au monde entier que l’éducation reste un droit fondamental qu’ils sont prêts à défendre coûte que coûte.

Leur parcours force l’admiration et invite à une réflexion plus large sur l’importance cruciale de protéger l’accès à l’école dans toutes les situations de crise. Car derrière chaque enfant déscolarisé se cache un potentiel qui ne demande qu’à s’épanouir.

Dans les mois et les années à venir, l’accompagnement de ces élèves restera un enjeu majeur pour le Soudan et la communauté internationale. Leur réussite collective pourrait bien devenir l’un des fondements de la paix et de la reconstruction du pays.

En attendant, dans les tentes du camp d’Al-Hichan, les cahiers s’ouvrent chaque jour, les voix récitent les leçons, et les esprits s’ouvrent à un avenir différent. La guerre a volé beaucoup, mais elle n’a pas réussi à éteindre la flamme de la connaissance chez ces enfants exceptionnels.

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