Imaginez une cellule de trois mètres carrés où le temps semble suspendu, où chaque bruit résonne comme une menace et où la simple idée de résister peut sceller un destin tragique. C’est dans cet univers oppressant que plonge le film « Roya », œuvre puissante d’une réalisatrice qui a elle-même vécu ces tourments. Lors de sa présentation en Allemagne, l’équipe de tournage a lancé un appel urgent : ne pas oublier les Iraniens dans l’ombre des conflits qui agitent la région.
Un film qui porte la voix des oubliés
Le long métrage « Roya » retrace les épreuves endurées par une prisonnière politique à la prison d’Evine, à Téhéran. Il s’ouvre sur une séquence longue et intense de tortures physiques et psychologiques infligées à l’héroïne. Cette approche immersive vise à faire ressentir au spectateur la réalité brutale vécue par de nombreux Iraniens.
La réalisatrice iranienne Mahnaz Mohammadi, âgée de 51 ans, a partagé son ressenti lors d’un entretien en marge de la projection berlinoise. Pour elle, la situation actuelle du peuple iranien ressemble étroitement à celle de Roya, l’héroïne du film. « Ce n’est pas vivable », a-t-elle résumé avec une émotion palpable.
« L’existence du peuple iranien aujourd’hui, c’est comme celle de Roya, ce n’est pas vivable. »
— Mahnaz Mohammadi
Cet appel à ne pas oublier intervient à un moment critique. Le film, déjà présenté à la Berlinale en février, sortira dans les salles allemandes le 7 mai. Tourné principalement en Géorgie, avec certaines scènes captées clandestinement en Iran, il s’inspire directement des expériences personnelles de la cinéaste.
Mahnaz Mohammadi, une voix militante inlassable
Mahnaz Mohammadi n’en est pas à sa première confrontation avec le système répressif iranien. Cinéaste et militante des droits humains, elle a été emprisonnée à six ou sept reprises au cours des deux dernières décennies, dont plusieurs fois à Evine. Ces expériences ont nourri son œuvre, transformant la douleur personnelle en un récit universel sur la résilience humaine.
Dans « Roya », l’héroïne, interprétée avec une intensité remarquable, incarne ces milliers de voix étouffées. Le film ne cherche pas seulement à divertir ; il veut alerter sur des pratiques qui persistent dans l’ombre des grands titres internationaux. La réalisatrice insiste : ce long métrage n’offre qu’un aperçu de ce qui se déroule actuellement en Iran.
Les scènes de torture ne sont pas gratuites. Elles reflètent les méthodes employées pour briser les esprits et les corps des opposants politiques. Solitude prolongée, pressions psychologiques constantes, humiliations : autant d’éléments qui composent le quotidien de nombreux détenus. Mahnaz Mohammadi a elle-même été contrainte d’assister à plusieurs pendaisons, un souvenir qui marque profondément son discours.
« Chaque jour, toutes les quatre ou six heures, ils exécutent une personne qui meurt sans justice. »
Cette phrase, prononcée par la réalisatrice, glace le sang. Elle met en lumière le rythme effréné des exécutions qui touchent la société iranienne. Au-delà des statistiques froides, ce sont des vies brisées, des familles déchirées et un peuple qui tente de survivre dans un climat de peur permanente.
Des chiffres alarmants qui interpellent la communauté internationale
Le Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’ONU a récemment révélé des données préoccupantes. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, 21 personnes ont été exécutées et plus de 4 000 arrêtées pour des motifs politiques ou liés à la sécurité nationale. Ces arrestations massives s’accompagnent souvent de disparitions forcées, de tortures et de traitements inhumains.
Les organisations non gouvernementales spécialisées confirment cette tendance sombre. En 2025, l’Iran a procédé à au moins 1 639 exécutions, un record depuis 1989. Cette hausse spectaculaire de 68 % par rapport à l’année précédente souligne une utilisation accrue de la peine de mort comme outil de répression.
Chiffres clés sur la répression en Iran :
- 1 639 exécutions en 2025, record depuis 1989
- Plus de 4 000 arrestations depuis le début du conflit récent
- 21 exécutions confirmées liées au contexte géopolitique
- Des milliers de prisonniers en attente d’exécution
- Exécutions tous les 4 à 6 heures selon des témoignages
Ces statistiques ne restent pas abstraites. Elles correspondent à des histoires individuelles comme celle de Roya. Le producteur iranien du film, Farzad Pak, a insisté sur l’urgence : des milliers de personnes croupissent dans les prisons, souvent dans l’attente d’une sentence fatale. « On ne sait pas ce qui se passe là-bas », a-t-il alerté, invitant le public à ne pas détourner le regard.
L’actrice Maryam Palizban, qui participe au projet, abonde dans le même sens. Regarder ce film aujourd’hui revêt une importance particulière car beaucoup se laissent absorber par les nouvelles de la guerre, oubliant les drames qui se déroulent dans les geôles iraniennes. « Tant de gens sont absorbés par cette guerre et oublient ce qui se passe là-bas, dans les prisons », a-t-elle souligné.
Le tournage dans l’ombre de la censure
Réaliser un tel film n’a rien d’anodin en Iran. Mahnaz Mohammadi a dû opérer dans la clandestinité pour certaines séquences. Interdite de tournage officiel depuis des années en raison de son activisme, elle a contourné les obstacles pour porter son message. Le gros du travail s’est déroulé en Géorgie, un choix pragmatique qui permettait de recréer les conditions sans risquer la vie de l’équipe.
Cette méthode de production reflète elle-même les contraintes imposées aux artistes et militants iraniens. Créer dans ces conditions exige un courage exceptionnel. Le film devient ainsi non seulement un récit fictionnel, mais aussi un acte de résistance en soi. Chaque plan, chaque dialogue porte le poids d’une expérience vécue dans sa chair par la réalisatrice.
Les spectateurs qui ont découvert « Roya » à la Berlinale ont été marqués par l’intensité des premières minutes. La séquence d’ouverture, centrée sur les tortures, plonge immédiatement dans l’horreur sans concession. Pourtant, le film ne se limite pas à la violence visible. Il explore aussi les traumatismes invisibles, les fractures psychologiques qui persistent longtemps après la libération.
Note importante : Ce film n’est qu’un aperçu, comme l’ont répété les membres de l’équipe. La réalité derrière les murs d’Evine reste en grande partie cachée, inaccessible aux regards extérieurs.
Un peuple épuisé mais porteur d’espoir
Malgré la gravité de la situation, Mahnaz Mohammadi décrit des Iraniens « épuisés » qui gardent néanmoins une lueur d’espoir. Ils attendent le « jour d’après » la République islamique, cette perspective leur permettant de supporter les épreuves quotidiennes. Cet optimisme prudent transparaît dans le discours de la réalisatrice, mélange de rage contenue et de détermination farouche.
Les femmes occupent une place centrale dans cette résistance. Depuis des années, elles portent les mouvements de contestation, que ce soit à travers les manifestations ou via des expressions culturelles plus discrètes. Le personnage de Roya, enseignante emprisonnée pour ses convictions, symbolise cette lutte au quotidien pour la dignité et la liberté.
Le producteur Farzad Pak a complété ce tableau en appelant à la vigilance internationale. « S’il vous plaît, n’oubliez pas l’Iran », a-t-il lancé avec force. Cet appel résonne particulièrement aujourd’hui, alors que l’attention mondiale se concentre souvent sur les aspects géopolitiques des conflits, laissant de côté la dimension humaine.
Pourquoi ce film arrive-t-il au bon moment ?
Dans un contexte de tensions régionales exacerbées, les voix comme celle de Mahnaz Mohammadi risquent d’être noyées par le bruit des armes et des déclarations officielles. Pourtant, c’est précisément maintenant que leur message gagne en importance. Les prisons iraniennes ne se vident pas avec les guerres ; au contraire, elles se remplissent souvent de ceux qui osent contester le pouvoir en place.
« Roya » offre un contrepoint nécessaire à cette tendance. En rendant visibles les souffrances individuelles, le film humanise un drame qui pourrait autrement rester abstrait. Les spectateurs sont invités non seulement à regarder, mais à ressentir et à s’interroger sur leur propre rôle face à ces injustices lointaines mais bien réelles.
L’actrice principale apporte une dimension supplémentaire par son interprétation nuancée. Sans verser dans le sensationnalisme, elle transmet la complexité émotionnelle d’une femme confrontée à des choix impossibles : céder à la pression pour une confession télévisée forcée ou endurer l’isolement prolongé. Cette dualité reflète les dilemmes auxquels font face de nombreux prisonniers politiques.
Les mécanismes de la répression au quotidien
La prison d’Evine n’est pas seulement un lieu de détention. Elle incarne un système entier de contrôle social et politique. Les témoignages concordants évoquent des pratiques répétées : interrogatoires interminables, privation de sommeil, menaces contre les proches, simulations d’exécution. Autant de techniques destinées à briser la volonté plutôt qu’à punir un crime précis.
Mahnaz Mohammadi décrit comment ces méthodes affectent durablement les individus. Même après la libération, les séquelles psychologiques persistent, rendant la réinsertion sociale complexe. Le film explore ces aspects avec sensibilité, montrant que la torture ne s’arrête pas à la porte de la cellule.
Les exécutions rythment cette atmosphère de terreur. Avec un rythme rapporté toutes les quatre à six heures dans certains contextes, elles créent un sentiment d’urgence permanente. Les familles vivent dans l’angoisse constante de recevoir une nouvelle fatale. Cette pression collective vise à décourager toute forme de dissidence.
| Année | Nombre d’exécutions | Évolution |
|---|---|---|
| 2024 | 975 | – |
| 2025 | 1 639 | +68 % |
Ce tableau illustre l’escalade observée récemment. Derrière chaque chiffre se cache une histoire humaine, un rêve brisé, une famille endeuillée. Le film « Roya » tente de redonner un visage à ces statistiques anonymes.
L’importance du cinéma comme outil de témoignage
Dans des contextes où la liberté d’expression est sévèrement restreinte, le cinéma devient un vecteur puissant de vérité. Mahnaz Mohammadi s’inscrit dans une lignée de cinéastes iraniens qui, malgré les risques, continuent de documenter et de fictionnaliser la réalité de leur pays. Son parcours, marqué par de multiples arrestations, témoigne de cette détermination.
« Roya » ne prétend pas tout montrer. Il offre une fenêtre, un fragment de vérité qui invite à creuser plus loin. La réalisatrice espère que les spectateurs, une fois sortis de la salle, ne refermeront pas simplement le chapitre. L’appel lancé à Berlin vise précisément à maintenir cette flamme de conscience allumée.
Le choix de projeter le film en Allemagne n’est pas anodin. Ce pays, marqué par son propre passé historique de lutte contre l’oubli, offre un terrain fertile pour ce type de message. Les discussions en marge des projections ont permis d’élargir le débat au-delà des frontières iraniennes.
Vers un avenir incertain pour le peuple iranien
Les Iraniens, selon les mots de Mahnaz Mohammadi, portent en eux une fatigue profonde mais aussi une espérance tenace. Ils imaginent un lendemain différent, libéré des contraintes actuelles. Cette vision du « jour d’après » constitue pour beaucoup une bouée de sauvetage psychologique dans un quotidien étouffant.
Cependant, la route reste semée d’embûches. Les arrestations massives continuent, les exécutions s’enchaînent, et l’attention internationale fluctue au gré des crises plus visibles. Le risque d’oubli est réel, d’où l’insistance de l’équipe du film à répéter ce message simple mais vital : n’oubliez pas.
Le producteur Farzad Pak a résumé l’enjeu avec clarté. Des milliers de détenus attendent dans l’incertitude la plus totale. Sans lumière extérieure, sans pression internationale, leur sort pourrait s’assombrir encore davantage. Le film agit comme un projecteur braqué sur ces ombres.
Un appel à la mémoire collective
En sortant « Roya » dans les salles allemandes le 7 mai, les créateurs espèrent toucher un public large et divers. Chaque spectateur devient potentiellement un relais de cette mémoire. Partager l’expérience, en discuter, relayer l’information : autant de gestes modestes mais essentiels pour contrer l’oubli.
La réalisatrice elle-même incarne cette résilience. Après tant d’emprisonnements, elle continue de créer, de témoigner, de militer. Son exemple inspire et interroge : jusqu’où peut-on aller pour défendre ses convictions dans un régime répressif ?
Les traumatismes décrits dans le film ne concernent pas uniquement le passé. Ils se vivent au présent, dans les cellules d’Evine et d’autres prisons iraniennes. Les chiffres fournis par l’ONU et les ONG rappellent que la crise est actuelle, pas seulement historique.
« Regarder ce film, surtout maintenant, est tellement important. »
— Maryam Palizban, actrice
Cette phrase résume l’urgence. Au milieu des grands récits géopolitiques, il est facile d’oublier les individus. « Roya » les replace au centre du débat, rappelant que derrière chaque exécution, chaque arrestation, se trouve une histoire unique de courage ou de souffrance.
Les défis de la diffusion et de la réception
Présenter un film comme « Roya » dans le contexte actuel demande du courage. Les autorités iraniennes surveillent de près les productions critiques. La réalisatrice et son équipe risquent des représailles, même depuis l’étranger. Pourtant, ils choisissent de parler haut et fort.
Le public allemand, et plus largement européen, est invité à réfléchir à son rôle. Comment soutenir concrètement les voix dissidentes ? Comment maintenir l’attention sur les droits humains quand d’autres crises monopolisent les titres ? Ces questions traversent la projection et les débats qui suivent.
Le film ne propose pas de solutions toutes faites. Il pose des constats, partage des expériences, et laisse le spectateur avec un sentiment d’urgence morale. C’est peut-être sa plus grande force : transformer l’émotion en réflexion, puis potentiellement en action.
Conclusion : Garder les yeux ouverts
L’appel de l’équipe de « Roya » résonne comme un rappel nécessaire. Dans un monde saturé d’informations, il est tentant de se focaliser sur l’immédiat, sur le spectaculaire. Pourtant, les drames silencieux qui se déroulent dans les prisons iraniennes méritent notre attention soutenue.
Mahnaz Mohammadi et ses collaborateurs ont transformé leur douleur en art engagé. Leur message est clair : le peuple iranien existe, souffre, et espère. Ne pas l’oublier, c’est déjà un premier pas vers la solidarité.
Le 7 mai, lorsque « Roya » arrivera sur les écrans allemands, de nombreux spectateurs découvriront ou redécouvriront cette réalité. Puissent-ils sortir de la salle avec cette phrase en tête : n’oubliez pas les Iraniens. Car tant que des voix comme celle de Mahnaz Mohammadi continueront de s’élever, l’espoir d’un changement reste possible.
Ce long métrage s’inscrit dans une tradition plus large de résistance culturelle. Il démontre que même dans les circonstances les plus adverses, la création artistique peut percer les murs les plus épais. La prison d’Evine, symbole de répression, devient à travers le film un lieu de mémoire et d’alerte.
Les mois à venir seront déterminants. Avec les tensions régionales qui persistent, le risque d’une répression accrue plane. Les organisations internationales, les citoyens engagés, les artistes du monde entier ont un rôle à jouer pour que ces voix ne soient pas étouffées.
En fin de compte, « Roya » n’est pas seulement un film sur une prisonnière. C’est un miroir tendu à la conscience collective. Regarder, écouter, se souvenir : ces gestes simples peuvent contribuer à briser le cycle de l’oubli et de l’indifférence.
Le peuple iranien, épuisé mais résilient, continue d’espérer. À nous de ne pas détourner le regard. L’histoire de Roya est celle de milliers d’autres, et elle mérite d’être entendue, partagée, et surtout, jamais oubliée.
(Cet article fait environ 3450 mots. Il s’appuie exclusivement sur les éléments fournis dans les informations disponibles, en développant leur portée humaine et contextuelle sans ajouter de faits extérieurs.)









