Le Pérou s’apprête à vivre un moment décisif ce dimanche avec une élection présidentielle marquée par une fragmentation inédite du paysage politique. Parmi les 35 candidats en lice, une figure se détache nettement dans les intentions de vote : Keiko Fujimori. Cette candidate de droite, qui brigue la magistrature suprême pour la quatrième fois, a multiplié les engagements forts ces derniers jours, notamment sur les questions brûlantes de l’immigration irrégulière et de la sécurité intérieure.
Un scrutin sous haute tension dans un pays en quête de stabilité
À la veille du vote, l’atmosphère à Lima et dans les régions andines reste électrique. Le Pérou traverse depuis une décennie une crise politique profonde qui a vu se succéder huit présidents, dont plusieurs destitués ou contraints à la démission. Cette instabilité chronique a érodé la confiance des citoyens envers les institutions et placé la criminalité au rang de préoccupation majeure pour la population.
Dans ce contexte, Keiko Fujimori apparaît comme la grande favorite selon les derniers sondages, avec environ 15 % des intentions de vote. Derrière elle, plusieurs concurrents se disputent les places pour un éventuel second tour, parmi lesquels un humoriste au discours radical, un ultraconservateur et un candidat de gauche. Cette dispersion des voix rend le scrutin particulièrement imprévisible malgré la position de tête de la candidate conservatrice.
Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori décédé en 2024, incarne pour une partie de l’électorat un retour aux valeurs d’ordre et de fermeté. Son père reste controversé pour ses méthodes autoritaires, mais il est aussi crédité par beaucoup d’avoir vaincu la guérilla du Sentier lumineux et stabilisé l’économie après l’hyperinflation des années 80 et 90.
Les promesses fortes de Keiko Fujimori pour ses 100 premiers jours
Dans un entretien exclusif accordé vendredi, la candidate s’est engagée à rétablir l’ordre dès les premiers mois de son mandat potentiel. Elle met l’accent sur la lutte contre la criminalité, qu’elle lie étroitement à l’immigration irrégulière. Selon elle, cette dernière alimente une insécurité grandissante qui touche tous les secteurs de la société péruvienne.
Parmi les mesures phares annoncées figure l’expulsion systématique des ressortissants en situation irrégulière. Keiko Fujimori propose la mise en place d’un corridor humanitaire pour faciliter le retour volontaire ou organisé de ces migrants, en particulier ceux originaires du Venezuela. Cette proposition s’inscrit dans un discours plus large de durcissement du contrôle des frontières.
« Nous expulserons les ressortissants en situation irrégulière. »
Cette déclaration reflète une priorité claire : ramener la sécurité dans les rues et dans les institutions. La candidate envisage également d’envoyer l’armée dans les prisons pour reprendre le contrôle de ces établissements souvent gangrenés par la violence et les réseaux criminels.
Pour appuyer cette stratégie, elle demande des pouvoirs spéciaux au Congrès afin que les forces armées puissent assister les autorités dans la gestion carcérale. L’objectif affiché est de briser l’emprise des gangs et de restaurer l’autorité de l’État dans des lieux devenus symboles d’impunité.
Un rapprochement assumé avec Washington et l’Europe
Au-delà des questions de sécurité intérieure, Keiko Fujimori affiche une orientation géopolitique claire. Dans un contexte de rivalité accrue entre les États-Unis et la Chine en Amérique latine, elle souhaite renforcer les liens avec Washington. Le Pérou figure parmi les principaux bénéficiaires des investissements chinois dans la région, avec des montants atteignant au moins 29 milliards de dollars entre 2005 et 2025.
La candidate ambitionne d’encourager les entreprises américaines à s’impliquer davantage dans l’économie péruvienne. Elle invite également l’Europe à renouer avec le continent sud-américain en traversant à nouveau l’Atlantique pour explorer les opportunités d’investissement au Pérou.
« Mon rôle, si je suis élue présidente, sera d’encourager les États-Unis à s’impliquer de nouveau plus activement dans l’économie péruvienne. »
Cette posture s’accompagne d’un discours sur la liberté économique et les investissements privés. Keiko Fujimori voit dans cette orientation un moyen de diversifier les partenariats du pays et de réduire une dépendance perçue vis-à-vis de certains acteurs internationaux.
La vague conservatrice qui traverse l’Amérique latine
Keiko Fujimori s’inscrit pleinement dans un mouvement plus large observable dans plusieurs pays de la région. Elle cite l’arrivée au pouvoir de dirigeants conservateurs ou libéraux en Argentine, au Chili, en Équateur et en Bolivie comme autant d’exemples d’un courant priorisant la liberté, les investissements et le rétablissement de la sécurité.
Selon elle, l’Amérique latine s’oriente vers des modèles qui mettent l’accent sur le contrôle et l’ordre public. Il ne manquerait plus, à ses yeux, que la Colombie et le Pérou pour compléter cette dynamique régionale. En tant que future présidente potentielle, elle espère contribuer à cette tendance conservatrice.
Cette vision s’appuie sur des figures comme Javier Milei en Argentine ou Daniel Noboa en Équateur. La candidate met en avant les succès perçus de ces gouvernements dans la réduction de l’insécurité et la relance économique pour justifier son propre programme.
La réforme du système judiciaire et le retour des juges sans visage
Pour accompagner ses mesures sécuritaires, Keiko Fujimori propose une réforme en profondeur du système judiciaire. Elle évoque notamment le rétablissement des « juges sans visage », une pratique utilisée sous le régime de son père qui permettait à des magistrats anonymes de traiter les affaires sensibles liées au terrorisme ou au crime organisé.
Cette idée, bien que controversée pour des raisons de transparence, est présentée comme un outil nécessaire pour protéger les juges contre les menaces des cartels et des groupes criminels. La candidate insiste sur la nécessité de rendre la justice plus efficace et moins vulnérable aux pressions extérieures.
Parallèlement, elle promet de durcir le contrôle aux frontières et d’associer plus étroitement les forces armées aux opérations de maintien de l’ordre. L’envoi de militaires dans les prisons constitue l’une des mesures les plus symboliques de ce volet sécuritaire.
Le legs controversé d’Alberto Fujimori et son influence persistante
Tout au long de sa campagne, Keiko Fujimori n’a pas hésité à invoquer la mémoire de son père. Alberto Fujimori, condamné à 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité avant sa mort en 2024, demeure une figure polarisante. Pour ses partisans, il symbolise la victoire contre le Sentier lumineux et la fin de l’hyperinflation qui avait ruiné des millions de familles.
Cette référence historique permet à la candidate de mobiliser un électorat nostalgique d’une période perçue comme plus stable et plus sûre. Cependant, elle doit aussi composer avec les critiques liées aux dérives autoritaires de l’époque fujimoriste.
Points clés du programme sécuritaire :
- Expulsion des migrants en situation irrégulière
- Envoi de l’armée dans les prisons
- Réforme profonde du système judiciaire
- Rétablissement possible des juges sans visage
- Durcissement du contrôle des frontières
Cette stratégie de communication vise à transformer un héritage controversé en atout politique, en mettant l’accent sur les résultats concrets obtenus dans les années 90 plutôt que sur les aspects les plus sombres du régime.
Un paysage électoral fragmenté avec 35 candidats
Le record de 35 candidats illustre la fragmentation extrême du champ politique péruvien. Keiko Fujimori est talonnée dans les sondages par des personnalités aux profils très différents : Carlos Alvarez, humoriste au discours radical, Rafael Lopez Aliaga, ultraconservateur, Ricardo Belmont, centriste, et Roberto Sanchez, candidat de gauche.
Cette diversité reflète les fractures profondes de la société péruvienne, entre aspirations à l’ordre, revendications sociales et méfiance envers les élites traditionnelles. Avec un nombre élevé d’indécis, le premier tour risque de réserver des surprises et d’ouvrir la voie à un second tour incertain.
Parallèlement à l’élection présidentielle, les Péruviens renouvelleront leur Parlement dans le cadre du rétablissement d’un système bicaméral, une première depuis les années 1990. Ce double scrutin ajoute encore à la complexité du moment politique.
Les défis structurels du Pérou face à la criminalité
La criminalité organisée représente aujourd’hui le principal souci des citoyens. Extorsions, trafics en tous genres et violence urbaine ont explosé ces dernières années, rendant la vie quotidienne difficile dans de nombreuses zones urbaines et rurales.
Keiko Fujimori associe une partie de cette insécurité à l’immigration irrégulière, notamment vénézuélienne. Sans nier les causes structurelles comme la pauvreté ou la corruption, elle fait de l’expulsion des personnes en situation irrégulière un levier immédiat pour reprendre le contrôle de la situation.
Son approche combine répression accrue, réforme institutionnelle et appel à des partenaires internationaux fiables. Elle insiste sur la nécessité de reconstruire un État fort capable d’imposer l’ordre et de protéger les citoyens honnêtes.
Les implications régionales d’un virage conservateur au Pérou
Si elle est élue, Keiko Fujimori pourrait contribuer à consolider une tendance conservatrice observable dans plusieurs capitales sud-américaines. Cette vague met en avant des valeurs de liberté économique, de sécurité et de souveraineté nationale face aux défis migratoires et sécuritaires.
Le Pérou occupe une position stratégique en Amérique du Sud, avec des ressources minières importantes et un accès à la fois à l’océan Pacifique et à l’Amazonie. Un gouvernement plus proche de Washington pourrait influencer les équilibres géopolitiques, notamment dans la rivalité sino-américaine.
La candidate insiste sur le fait que l’Amérique latine a besoin de modèles qui privilégient les investissements privés et le contrôle des frontières plutôt que des approches jugées trop permissives.
Perspectives économiques et attractivité internationale
Keiko Fujimori lie étroitement sécurité et développement économique. Selon elle, rétablir l’ordre est une condition préalable à l’arrivée de nouveaux investissements étrangers. Elle espère ainsi créer un cercle vertueux où la stabilité attire les capitaux qui, à leur tour, génèrent de l’emploi et de la croissance.
L’appel aux États-Unis et à l’Europe s’accompagne d’une volonté de diversifier les partenariats. Le Pérou possède un potentiel important dans les secteurs minier, agricole et touristique, mais il doit offrir un environnement sécurisé et prévisible pour pleinement l’exploiter.
| Engagement | Objectif principal |
|---|---|
| Expulsions de migrants irréguliers | Rétablir la sécurité intérieure |
| Rapprochement avec Washington | Attirer investissements américains |
| Armée dans les prisons | Reprendre le contrôle carcéral |
| Réforme judiciaire | Rendre la justice plus efficace |
Cette stratégie économique s’inscrit dans une vision plus large de modernisation et d’ouverture sélective. La candidate veut positionner le Pérou comme une destination attractive pour les investisseurs occidentaux tout en maintenant une ligne ferme sur les questions régaliennes.
Les incertitudes du scrutin et le rôle du Congrès
Même en cas de victoire au premier tour ou au second, Keiko Fujimori devra composer avec un Parlement fragmenté. Le rétablissement du bicaméralisme ajoute une couche supplémentaire de complexité aux négociations politiques futures.
La candidate a déjà indiqué qu’elle demanderait des pouvoirs spéciaux au Congrès pour mettre en œuvre rapidement ses mesures sécuritaires. Cette démarche reflète la volonté d’agir vite dans les 100 premiers jours, période souvent décisive pour imprimer sa marque sur le pays.
Les électeurs choisiront donc non seulement un président, mais aussi les parlementaires qui accompagneront ou freineront son action. Ce double enjeu rend l’élection particulièrement importante pour l’avenir institutionnel du Pérou.
Une campagne axée sur l’ordre et la mémoire collective
Durant toute sa campagne, Keiko Fujimori a maintenu un cap cohérent autour des thèmes de l’ordre, de la sécurité et de la fermeté. Elle n’a pas hésité à mobiliser l’héritage familial tout en adaptant son discours aux préoccupations actuelles des Péruviens, lassés par l’instabilité et l’insécurité.
Cette constance contraste avec la volatilité du paysage politique national. Alors que d’autres candidats proposent des approches plus radicales ou plus populistes, elle mise sur une image de compétence et de continuité dans la ligne conservatrice.
Les jours qui viennent diront si cette stratégie portera ses fruits et si le Pérou s’engagera dans une nouvelle ère marquée par un renforcement de l’autorité de l’État et un repositionnement international.
Le scrutin de dimanche constitue donc bien plus qu’un simple choix entre candidats. Il représente un moment de vérité pour une nation qui aspire à retrouver stabilité, sécurité et perspectives de développement dans un environnement régional en pleine mutation.
Les Péruviens, confrontés à des défis multiples, attendent des réponses concrètes. Keiko Fujimori a placé la barre haut avec des promesses ambitieuses sur l’immigration, la criminalité et les relations internationales. Reste à savoir si elle pourra les concrétiser et si l’électorat lui accordera sa confiance pour diriger le pays dans les années à venir.
Cette élection pourrait marquer un tournant dans l’histoire récente du Pérou, en confirmant ou en infirmant la montée d’un courant conservateur soucieux d’ordre et d’ouverture économique sélective. Les observateurs internationaux suivront avec attention les résultats, qui pourraient influencer les dynamiques plus larges en Amérique latine.
Quoi qu’il arrive dimanche, une chose semble certaine : le débat sur la sécurité, l’immigration et le rôle du Pérou sur la scène internationale occupera le devant de la scène politique pour les mois et les années à venir.









