Imaginez-vous à la tête d’une émission quotidienne, entourée de collègues et d’invités, et recevoir soudain une remarque qui vous glace le sang. C’est exactement ce qui est arrivé à Anne-Elisabeth Lemoine lors d’une conversation récente. Une phrase anodine en apparence, mais lourde de sous-entendus, a laissé la présentatrice sans voix. Cette histoire, partagée en direct, a ouvert un débat profond sur la perception des femmes qui avancent en âge dans notre société.
Le 7 avril 2026, dans le cadre de C à vous sur France 5, l’animatrice accueillait Maïtena Biraben. L’échange, loin d’être léger, a rapidement glissé vers des questions essentielles sur le sexisme ordinaire et le regard porté sur les femmes matures. Ce moment télévisé, chargé d’émotion, révèle bien plus qu’une simple anecdote : il met en lumière des mécanismes sociétaux encore profondément ancrés.
Une remarque qui fait mal : le « second marché » des femmes
Anne-Elisabeth Lemoine n’a pas caché son trouble. Elle a raconté comment un homme, décrit comme plutôt gentil, avait fait un constat sur le célibat chez les femmes de plus de 50 ans. Sa formulation ? « C’est terrible toutes ces femmes sur le second marché ». Une expression qui évoque irrésistiblement le commerce, comme si les personnes étaient des objets relégués à une catégorie inférieure après une certaine date de péremption.
La présentatrice avoue n’avoir pas su quoi répondre sur le moment. Ce silence, loin d’être un aveu de faiblesse, traduit le choc face à une vision réductrice. Les femmes ne seraient-elles donc valorisées que pour leur jeunesse et leur potentiel reproductif ? Cette idée, bien que formulée sans malice apparente, renvoie à des stéréotypes tenaces qui traversent encore notre époque.
Dans un monde où l’image compte énormément, particulièrement dans les milieux médiatiques, une telle réflexion prend une dimension particulière. Anne-Elisabeth Lemoine, figure emblématique de la télévision française, incarne pourtant la réussite professionnelle. Pourtant, même elle n’échappe pas à ces jugements qui réduisent les femmes à leur âge.
Le contexte de l’échange dans l’émission
L’émission C à vous, connue pour ses débats ouverts et ses invités variés, offrait un cadre idéal pour aborder ce sujet sensible. En recevant Maïtena Biraben, ancienne animatrice du Grand Journal sur Canal+, Anne-Elisabeth Lemoine a choisi d’ouvrir son cœur. « Moi je suis heureuse que vous soyez là Maïtena parce que j’ai récemment entendu un truc affreux qui m’a vraiment filé un gros coup de cafard », a-t-elle confié avec sincérité.
Cette introduction personnelle a immédiatement créé une connexion avec le public. Elle a ensuite détaillé la remarque, insistant sur le fait que l’homme en question ne semblait pas conscient de son impact. Cette absence de prise de conscience est précisément ce qui rend le propos si insidieux : le sexisme ordinaire se niche souvent dans des commentaires qui se veulent neutres ou même bienveillants.
« Un homme très gentil au demeurant, j’ai rien contre lui, faisait le constat que beaucoup de femmes de plus de 50 ans étaient célibataires. Et il m’a dit : ‘C’est terrible toutes ces femmes sur le second marché’. Moi ce jour-là j’ai pas su quoi dire. »
Anne-Elisabeth Lemoine dans C à vous
Cette citation illustre parfaitement le malaise. Le terme « second marché » renvoie à une logique économique où les biens perdent de leur valeur avec le temps. Appliqué aux êtres humains, il devient déshumanisant. Il suggère que les femmes, une fois passées un certain cap, seraient moins désirables, moins utiles socialement.
La réponse percutante de Maïtena Biraben
Face à cette confidence, Maïtena Biraben n’a pas mâché ses mots. Son premier réflexe a été humoristique mais tranchant : « J’aurais dit : ‘Quel dommage que tous les hommes soient plutôt sur l’avant premier marché’ ». Cette réplique inversée met en évidence l’absurdité du raisonnement initial. Pourquoi seul le vieillissement des femmes poserait problème ?
Elle est ensuite allée plus loin, dénonçant un regard sociétal qui refuse aux femmes le droit de vieillir sereinement. « Les femmes n’ont pas le droit de vieillir. Et quand on parle des femmes qui vieillissent, on en parle horriblement mal », a-t-elle affirmé. Cette observation résonne avec de nombreuses expériences partagées par des femmes dans divers secteurs.
Maïtena Biraben a insisté sur le double standard : quand un homme mûrit, il gagne en expérience, en sagesse, en charisme. Pour une femme, le vieillissement serait synonyme de déclin, de fin. « Quand un homme vieillit, il est augmenté de tout ce qu’il est. Quand une femme vieillit, elle est la fin de tout ce qu’elle a été », a-t-elle lancé avec conviction.
« Moi j’en ai assez qu’on parle mal de moi en fait. J’aime pas ça, ça me fait pas plaisir. Pas du tout. »
Maïtena Biraben
Cette déclaration brute traduit une lassitude face aux discours ambiants. Elle appelle à un changement profond dans la manière dont la société raconte les histoires des femmes matures.
Le sexisme ordinaire : un phénomène insidieux et quotidien
La remarque entendue par Anne-Elisabeth Lemoine n’est malheureusement pas isolée. Dans de nombreux domaines – professionnel, sentimental, médiatique – les femmes font face à des jugements basés sur leur âge. Le concept de « marché » appliqué aux relations amoureuses révèle une vision marchande des interactions humaines, où la valeur d’une personne se mesure à son attractivité physique supposée.
Des études sociologiques, bien que non citées ici précisément, montrent que les femmes célibataires après 50 ans sont souvent perçues différemment des hommes dans la même situation. Tandis que ces derniers peuvent être vus comme des « bons partis » expérimentés, les femmes risquent d’être étiquetées comme « difficiles » ou « trop exigeantes ». Ce biais persistant impacte l’estime de soi et les opportunités.
Dans le milieu de la télévision, où l’apparence joue un rôle important, les animatrices font régulièrement face à des commentaires sur leur look, leur âge ou leur énergie. Anne-Elisabeth Lemoine elle-même a déjà évoqué des situations où des invités masculins préféraient s’adresser à ses collègues hommes. Ce cumul d’expériences renforce le sentiment d’injustice.
Pourquoi les femmes n’auraient-elles pas le droit de vieillir ?
La question posée implicitement par les deux animatrices est fondamentale : pourquoi la société tolère-t-elle si mal le vieillissement féminin ? Les racines remontent loin. Des siècles de patriarcat ont associé la valeur des femmes à leur rôle reproductif et à leur beauté juvénile. Une fois ces « fonctions » perçues comme terminées, la visibilité diminue.
Aujourd’hui, pourtant, les réalités ont évolué. Les femmes vivent plus longtemps, restent actives professionnellement plus tard, et contribuent de manière essentielle à la société. Elles élèvent des familles, dirigent des entreprises, créent de l’art, soignent, éduquent. Réduire leur existence à un « second marché » ignore complètement cette richesse.
Le discours sur la ménopause illustre bien ce malaise. Au lieu d’être vue comme une étape naturelle, elle est parfois présentée comme une perte. Maïtena Biraben a pointé du doigt cette vision : les femmes sans règles ne pourraient plus « participer à la société » car incapables d’avoir des enfants. Une idée archaïque qui nie les multiples façons de contribuer.
Changer le récit : comment reprendre le contrôle de notre histoire
Face à ce constat, Maïtena Biraben propose une piste claire : « Il faut qu’on raconte qui on est. On ne peut pas laisser notre récit à la main des autres ». Cette invitation à l’empowerment passe par plusieurs actions concrètes.
D’abord, en rendant visibles les parcours de femmes de plus de 50 ans épanouies. Qu’elles soient entrepreneures, artistes, militantes ou simplement actives dans leur communauté, leurs histoires méritent d’être mises en lumière. Les médias ont un rôle majeur à jouer dans cette représentation équilibrée.
- Réfléchir aux femmes matures de notre entourage et lister leurs apports concrets.
- Questionner nos propres biais lorsque nous jugeons une personne sur son âge.
- Encourager des discours positifs sur le vieillissement, pour tous les genres.
- Soutenir des initiatives qui valorisent l’expérience et la sagesse accumulées.
- Participer à des débats publics pour faire évoluer les mentalités.
Ces petites actions, multipliées, peuvent créer un véritable mouvement. Il ne s’agit pas de nier les défis liés à l’âge – physiques ou sociaux – mais de refuser que ces défis définissent entièrement l’identité d’une femme.
Le rôle des médias dans la perpétuation ou la déconstruction des stéréotypes
Les émissions de télévision comme C à vous ont le pouvoir d’influencer l’opinion publique. En choisissant d’aborder ouvertement ces sujets, Anne-Elisabeth Lemoine et ses invitées contribuent à normaliser la discussion. Elles montrent que les femmes peuvent parler de leur vécu sans honte ni autocensure.
Cependant, le chemin reste long. Trop souvent, les programmes mettent en avant des figures jeunes et conformes à des canons esthétiques étroits. Les rôles pour actrices matures restent limités, les publicités vantent des crèmes anti-âge comme solution miracle, et les débats sur le célibat féminin tournent parfois au jugement.
Une évolution positive passe par plus de diversité à l’antenne : âges, morphologies, parcours de vie. Lorsque le public voit des femmes de tous âges réussir, inspirer et être désirées, les mentalités bougent naturellement.
L’impact psychologique des remarques sexistes
Une seule phrase peut laisser des traces durables. Anne-Elisabeth Lemoine parle d’un « gros coup de cafard ». Ce sentiment de découragement est partagé par beaucoup. Les micro-agressions répétées érodent la confiance en soi, poussent certaines à se retirer des espaces sociaux ou professionnels.
Sur le plan sentimental, le mythe du « second marché » peut décourager les rencontres. Des femmes internalisent l’idée qu’elles sont moins compétitives, moins attractives. Pourtant, de nombreuses histoires prouvent le contraire : des relations épanouies se nouent à tout âge, basées sur la complicité, le respect mutuel et l’intelligence émotionnelle.
Les hommes aussi souffrent indirectement de ces stéréotypes. Ceux qui refusent de voir les femmes mûres comme des partenaires à part entière se privent de connexions riches. La peur du jugement social peut également les freiner.
Vers une société inclusive où l’âge n’est plus un frein
Le débat initié dans l’émission invite à imaginer un futur différent. Une société où chaque individu, quel que soit son âge ou son genre, est reconnu pour ses qualités intrinsèques. Où l’expérience est célébrée plutôt que minimisée.
Des mouvements comme le body positivity ou l’activisme féministe senior gagnent du terrain. Ils défendent l’idée que la beauté et la valeur ne s’arrêtent pas à 40 ans. Des influenceuses, autrices et professionnelles de tous horizons portent ces messages avec force.
Sur le plan législatif et entreprise, des mesures contre l’âgisme complètent la lutte contre le sexisme. Formations à la sensibilisation, politiques de recrutement inclusives, représentation dans les instances décisionnelles : tout cela contribue à un changement structurel.
Des exemples inspirants de femmes qui défient les normes
Sans citer de noms précis ici, pensons à toutes ces femmes qui, après 50 ans, lancent des projets, changent de carrière, voyagent seules, tombent amoureuses ou simplement profitent de la vie avec sérénité. Elles démontrent que le « second marché » n’est qu’une construction mentale limitante.
Leur énergie, leur créativité et leur résilience prouvent que le vieillissement peut être synonyme d’épanouissement. Elles réécrivent le récit collectif en montrant que les chapitres suivants peuvent être les plus beaux.
Que faire concrètement face à de telles remarques ?
La question posée par Anne-Elisabeth Lemoine à son invitée reste pertinente : « Qu’est-ce que vous auriez dit vous ? ». Au-delà des réponses du moment, il est utile de préparer des répliques assertives qui recentrent le débat.
Par exemple, interroger gentiment l’interlocuteur sur ses propres critères de valeur. Ou rappeler que les relations humaines ne se résument pas à une logique de marché. L’humour, comme celui employé par Maïtena Biraben, peut aussi désamorcer sans agressivité.
- Exprimer calmement son malaise sans se justifier.
- Poser des questions ouvertes pour faire réfléchir l’autre.
- Partager des contre-exemples tirés de la vie réelle.
- Proposer de changer de sujet si la conversation reste bloquée.
- Utiliser l’anecdote pour sensibiliser son entourage par la suite.
Ces stratégies individuelles, combinées à un engagement collectif, peuvent faire bouger les lignes.
L’évolution des mentalités : un travail de longue haleine
Changer le regard sur les femmes vieillissantes ne se fera pas en un jour. Cela nécessite une transformation culturelle profonde. L’éducation des plus jeunes joue un rôle clé : leur apprendre dès l’enfance que la valeur d’une personne ne dépend pas de son apparence ou de son âge.
Les réseaux sociaux, malgré leurs travers, permettent aussi à des voix diverses de s’exprimer. Des communautés en ligne célèbrent la beauté mature, partagent des conseils de vie et créent des espaces de soutien. Ces initiatives compensent en partie le manque de représentation traditionnelle.
Dans le monde du travail, lutter contre l’âgisme sexiste passe par des politiques RH adaptées. Reconnaître l’expertise accumulée plutôt que de privilégier systématiquement la jeunesse.
Réflexion finale : vers une valorisation authentique
L’échange entre Anne-Elisabeth Lemoine et Maïtena Biraben dépasse le cadre d’une simple émission. Il touche à l’essence même de ce que signifie être une femme aujourd’hui. Il questionne nos préjugés les plus ancrés et nous invite à les dépasser.
En refusant le silence face à une remarque blessante, les deux animatrices ont offert un moment de vérité. Elles ont rappelé que chaque femme a le droit d’exister pleinement, à tout âge, sans être réduite à une catégorie dévalorisante.
Le « second marché » n’est qu’une illusion. La réalité est bien plus riche : des femmes qui continuent d’aimer, de créer, de lutter, de rire et de rêver. En racontant leurs propres histoires, elles reprennent le pouvoir narratif et construisent un futur plus juste.
Ce débat ouvert sur les plateaux de télévision est précieux. Il permet au grand public de se questionner, de discuter en famille ou entre amis, et peut-être de modifier subtilement ses perceptions. Chaque conversation compte dans cette évolution sociétale.
Finalement, l’histoire ne s’arrête pas à cette remarque glaçante. Elle continue chaque jour à travers les actions, les paroles et les représentations que nous choisissons de soutenir. Ensemble, nous pouvons bâtir une société où l’âge devient une richesse plutôt qu’un handicap, où les femmes de tous âges sont pleinement vues, entendues et célébrées.
Et vous, quelle aurait été votre réaction face à une telle réflexion ? Le simple fait de se poser la question marque déjà un premier pas vers le changement.









