Imaginez une piste norvégienne balayée par un vent froid, le soleil bas qui accroche les cristaux de neige, et soudain une silhouette bleue qui surgit, parfaitement alignée, tranchant la neige comme une lame. Cette image, c’est celle de Sofia Goggia ce dimanche matin à Kvitfjell. L’Italienne n’a pas simplement gagné une course : elle a signé l’apothéose d’une saison de vitesse et s’est offert un premier globe de cristal en super-G, une récompense qu’elle attendait depuis des années.
Une victoire qui sonne comme une délivrance
À 33 ans, Sofia Goggia reste une force de la nature sur les skis. Dimanche, sur l’Olympiabakken, elle a dominé de bout en bout un tracé exigeant, technique et rapide. Son chrono n’a laissé aucune chance à ses poursuivantes : 32 centièmes d’avance sur la Suissesse Corinne Suter, 60 sur l’Allemande Kira Weidle et 61 sur la jeune Emma Aicher. Une démonstration de puissance et de précision qui vient couronner une saison où elle aura remporté trois succès en super-G.
Mais au-delà du chronomètre, c’est l’émotion brute qui a marqué les esprits. Dans l’aire d’arrivée, les larmes aux yeux, Goggia a laissé éclater une joie longtemps contenue. Ce globe, c’est la consécration dans une discipline où elle excelle depuis longtemps sans jamais avoir pu la dominer au classement final. Aujourd’hui, elle boucle la boucle.
Un mano a mano italien avec Laura Pirovano
Le week-end norvégien restera dans les mémoires comme le festival transalpin. Samedi, Laura Pirovano avait déjà offert à l’Italie la victoire en descente et le petit globe de la spécialité. Vingt-quatre heures plus tard, Sofia Goggia lui emboîte le pas en super-G. Deux athlètes différentes, deux styles opposés, mais une même rage de vaincre qui porte haut les couleurs italiennes en cette fin de saison.
Cette double réussite n’est pas anodine. Elle témoigne de la profondeur du ski alpin féminin transalpin, capable de briller aussi bien en vitesse pure qu’en super-G, discipline hybride qui demande autant de technique que de courage.
Emma Aicher, l’ombre qui grandit derrière Shiffrin
Si Sofia Goggia rayonnait en haut du podium, un autre duel a captivé l’attention : celui pour le gros globe de cristal. Mikaela Shiffrin, habituée à dominer le classement général, a vécu une journée compliquée. Seulement 22e du super-G, elle n’inscrit que très peu de points lors de ces finales où seuls les 15 premiers marquent.
À l’inverse, Emma Aicher a parfaitement géré son coup. Quatrième du jour, elle empoche 50 points précieux et revient à seulement 45 longueurs de l’Américaine. À quelques jours des épreuves techniques de Hafjell (slalom et géant), la jeune Allemande de 23 ans s’invite donc sérieusement dans la course au trophée le plus convoité du circuit.
« C’est incroyable de se battre pour le général à cet âge. Emma montre qu’elle peut tout faire : descendre, slalomer, skier en super-G… Elle est l’avenir. »
Un observateur du circuit féminin
Ce duel inattendu donne une saveur particulière aux dernières courses de l’hiver. Shiffrin reste favorite, mais la pression monte.
Le super-G, discipline reine de la polyvalence
Le super-G n’est pas une épreuve comme les autres. Plus rapide qu’un géant, plus technique qu’une descente, il exige une lecture parfaite du tracé, une position aérodynamique irréprochable et un mental d’acier. Sofia Goggia excelle dans cet exercice depuis des années, mais cette saison elle a franchi un cap supplémentaire.
Avec trois victoires et une régularité impressionnante, elle devance finalement Alice Robinson de 141 points et Emma Aicher de 185 au classement final de la spécialité. Un écart qui montre à quel point elle a maîtrisé son sujet.
- Trois succès en super-G cet hiver
- 141 points d’avance sur la deuxième
- Premier globe de cristal dans la discipline
- Âge : 33 ans, preuve que la longévité paie
Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Goggia n’est plus seulement une descendeuse redoutable : elle est devenue une référence absolue en super-G.
Côté français, une fin contrastée
Les Bleues n’ont pas connu la même réussite. Romane Miradoli, vice-championne olympique en descente, a vu sa course s’arrêter brutalement sur une faute de trajectoire en bas de tracé. Une erreur inhabituelle pour une skieuse aussi expérimentée.
Laura Gauché sauve l’honneur avec une honorable 11e place, tandis que Camille Cerutti termine 17e. La jeune Emy Charbonnier, invitée en tant que championne du monde juniors, découvre le très haut niveau et prend la 24e position. Une expérience précieuse pour l’avenir.
Que retenir de cette saison de vitesse féminine ?
Cette saison aura été marquée par plusieurs tendances fortes. D’abord, la confirmation de l’hégémonie italienne en descente et super-G, avec deux globes décrochés par Pirovano et Goggia. Ensuite, l’émergence d’Emma Aicher comme une menace tous azimuts pour le général. Enfin, la difficulté pour Mikaela Shiffrin de conserver son niveau exceptionnel sur toutes les disciplines jusqu’au bout.
Les finales à Hafjell s’annoncent donc explosives. Les épreuves techniques pourraient tout changer. Shiffrin reste la reine du slalom et du géant, mais Aicher a montré qu’elle pouvait marquer de gros points dans ces disciplines également. Le suspense reste total.
Sofia Goggia, une carrière qui force le respect
Revenons un instant sur le parcours de l’Italienne. Multiple vainqueur en descente, médaillée olympique, elle a toujours su rebondir après des blessures graves. Chaque retour est plus fort que le précédent. Ce globe en super-G vient récompenser une persévérance hors norme et un amour viscéral du ski.
À 33 ans, beaucoup auraient ralenti. Pas elle. Goggia continue de repousser ses limites et d’inspirer toute une génération. Son palmarès s’étoffe encore, et son aura grandit.
Les derniers rendez-vous de la saison
Après le super-G de Kvitfjell, les finales se déplacent à Hafjell pour les disciplines techniques. Slalom dames mardi, puis géant mercredi. Ces deux courses pourraient bouleverser la hiérarchie générale. Emma Aicher a déjà prouvé qu’elle était capable de performer en géant. Mikaela Shiffrin, elle, reste la référence absolue en slalom.
Les observateurs s’attendent à un final haletant. Tout peut encore arriver dans la course au gros globe. Et Sofia Goggia, même si elle n’est plus en lice pour le général, continuera de jouer les premiers rôles par sa simple présence.
Un héritage qui s’écrit en lettres d’or
Ce premier globe de super-G n’est pas une fin en soi pour Goggia. C’est une nouvelle page. Une preuve que l’âge n’est qu’un chiffre quand la passion et le travail sont là. Elle a transformé une discipline qui lui allait déjà comme un gant en son jardin personnel.
Pour le ski alpin féminin, cette saison restera comme celle des confirmations et des surprises. Des athlètes comme Aicher émergent, d’autres comme Goggia s’installent dans la légende. Et au milieu de tout cela, le spectacle reste grandiose.
Le circuit repartira l’hiver prochain avec de nouvelles ambitions, de nouveaux défis. Mais une chose est sûre : Sofia Goggia aura marqué de son empreinte cette édition 2025-2026. Un globe de plus à son palmarès, et une émotion partagée avec tous les amoureux du ski.
Maintenant, place aux dernières batailles. Le rideau n’est pas encore tombé.









