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Romuald Wadagni Dévoile Son Programme pour la Présidentielle au Bénin

À trois semaines du vote, Romuald Wadagni a réuni des milliers de Béninois à Cotonou pour dévoiler son projet présidentiel. Focus sur la jeunesse et les six nouvelles régions… mais que réserve vraiment ce programme pour l’avenir du pays ?

Dans une salle du Palais des Congrès de Cotonou pleine à craquer, des milliers de regards étaient rivés sur la scène ce samedi. Pas de costume strict ni de discours lu derrière un pupitre imposant. Juste un homme en veste bleue et chemise blanche, micro en main, qui s’adressait directement à la foule. Romuald Wadagni, actuel ministre de l’Économie et candidat investi par la majorité présidentielle, venait de lancer officiellement sa campagne pour l’élection du 12 avril. À trois semaines du scrutin, ce moment marque un tournant dans la course à la succession de Patrice Talon.

Le Bénin se prépare à vivre une élection majeure. Après deux mandats constitutionnels, le président sortant laisse la place. Et parmi les figures qui émergent, Romuald Wadagni apparaît comme le choix naturel de la coalition au pouvoir. Son discours de samedi n’était pas seulement une présentation de programme : c’était une démonstration de force, une promesse de continuité doublée d’une volonté affichée de renouveau, surtout à destination des jeunes.

Un meeting inédit par son ampleur

Les observateurs s’accordent à le dire : jamais un événement de campagne n’avait réuni une telle foule au Palais des Congrès. Des bus venus de toutes les régions du pays avaient déversé des partisans de tous âges. Beaucoup portaient des casquettes, des t-shirts ou des foulards aux couleurs du candidat. L’ambiance était électrique, presque festive, comme si la population voulait déjà signifier son choix avant même le jour du vote.

Romuald Wadagni, 49 ans, a choisi de monter sur scène sans artifices. Pas de cravate, pas de notes. Il a parlé avec aisance, alternant chiffres clés, anecdotes et appels directs à la jeunesse. Cette simplicité calculée a visiblement touché une partie du public, notamment ceux qui se méfient des discours trop formatés.

Retour sur un bilan économique revendiqué

Le candidat a d’abord tenu à rappeler les avancées des dernières années sous la présidence Talon. Il a insisté sur la performance économique du pays, citant notamment une croissance qui a dépassé les 7 % l’année passée. Ce chiffre, selon lui, symbolise la bonne santé retrouvée d’une économie qui a su rebondir après des périodes plus difficiles.

Cette croissance n’est pas seulement un indicateur macroéconomique pour le ministre sortant. Elle est le socle sur lequel il compte bâtir son projet. Il présente son programme comme une prolongation logique de ce qui a déjà été entrepris, tout en promettant d’aller plus loin, notamment dans la répartition des richesses et des opportunités sur l’ensemble du territoire.

« L’année passée, nous avons dépassé le seuil de 7 % » de croissance.

Romuald Wadagni

Cette phrase, prononcée avec assurance, est venue ponctuer une longue énumération des chantiers déjà réalisés : infrastructures portuaires, routes, énergie, réformes administratives. Le message est clair : la continuité n’est pas synonyme d’immobilisme, mais de consolidation et d’accélération.

Redécoupage en six régions : une ambition territoriale forte

L’une des mesures phares annoncées concerne l’organisation même du pays. Romuald Wadagni propose de diviser le Bénin en six grandes régions administratives et économiques. Chaque région aurait sa spécialisation : industrie, tourisme, innovation, agriculture… L’objectif est double : désengorger Cotonou et stimuler le développement local.

L’agriculture, qui représente encore 25 % du PIB national, occuperait une place centrale dans ce schéma. Mais le candidat ne s’arrête pas aux filières traditionnelles. Il veut moderniser le secteur, introduire des techniques innovantes et créer des chaînes de valeur capables d’exporter davantage.

Le tourisme, souvent évoqué comme un potentiel inexploité, devrait également bénéficier d’investissements ciblés. Les régions côtières, mais aussi celles du nord avec leurs patrimoines naturels et culturels, sont appelées à devenir de véritables moteurs économiques.

La jeunesse au cœur du projet

Avec plus de la moitié de la population âgée de moins de 30 ans, le Bénin est un pays jeune. Romuald Wadagni l’a répété à plusieurs reprises : la jeunesse n’est pas seulement l’avenir, elle est le présent. Il a promis la création d’un véritable écosystème numérique accessible partout sur le territoire.

Formation, accompagnement, incubation de projets… le candidat veut que chaque jeune, qu’il vive à Cotonou, Parakou, Porto-Novo ou dans un village reculé, puisse accéder aux outils nécessaires pour transformer ses idées en entreprises viables. Il rêve même d’un Bénin qui deviendrait exportateur de solutions technologiques.

« Nous allons nous assurer que vous jeunes, où que vous soyez dans le Bénin, disposiez d’un écosystème qui vous permette de vous former, de vous encadrer et de faire éclore tous vos savoir-faire dans le domaine numérique. »

Romuald Wadagni

Ces mots ont particulièrement résonné auprès des étudiants et des jeunes entrepreneurs présents dans la salle. Beaucoup ont applaudi debout, signe que le message porte.

Sécurité et coopération régionale

Le nord du Bénin fait face depuis plusieurs années à des incursions de groupes armés venus des pays sahéliens voisins. Les attaques ont coûté des vies civiles et militaires. Romuald Wadagni n’a pas esquivé le sujet. Il a promis de renforcer la coopération avec les pays limitrophes pour mieux sécuriser les frontières.

Il a également rappelé l’importance de la stabilité régionale dans une sous-région où certains États ont basculé vers des régimes militaires. Le Bénin, selon lui, doit rester un îlot de démocratie et de dialogue.

Le candidat a insisté sur la nécessité de collaborer davantage avec les voisins, notamment dans les domaines économiques et sécuritaires. Cette ouverture contraste avec les tensions observées ailleurs en Afrique de l’Ouest.

Un seul adversaire en lice

Le paysage politique s’est considérablement resserré. Sur les treize candidatures initialement annoncées, une seule a finalement été retenue face à Romuald Wadagni : celle de Paul Hounkpè, porté par les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE). Ce parti est souvent présenté comme modéré dans l’opposition.

Le principal parti d’opposition, Les Démocrates, n’a pas réussi à réunir le nombre de parrainages requis. Cette exclusion a suscité des débats, mais le processus électoral s’est poursuivi normalement. Les élections législatives et communales récentes ont toutes été remportées par les formations soutenant le pouvoir en place.

Des réactions positives dans la foule

À la sortie du meeting, plusieurs personnes interrogées ont partagé leur enthousiasme. Thomas Singbo, maire de Sèmè-Kpodji et soutien affiché du candidat, a salué le fait que la jeunesse soit placée au centre du projet.

« M. Wadagni a mis la jeunesse au cœur de son action et je m’en réjouis. »

Thomas Singbo, maire de Sèmè-Kpodji

Une quadragénaire venue par curiosité, Eunice Savia, a également été conquise par la clarté de la vision présentée. Elle a insisté sur l’avantage que représente la continuité dans un contexte où beaucoup de pays voisins connaissent des ruptures brutales.

« Par rapport à tout ce qu’on a pu voir par le passé, je trouve la vision vraiment structurée et moi j’ai hâte de la voir se matérialiser. La continuité serait un véritable avantage. »

Eunice Savia

Un scrutin sous haute surveillance

À moins de trois semaines du vote, la tension monte. Le Bénin a connu en décembre dernier une tentative de coup d’État déjouée grâce à la vigilance des services nigérians et français. Cet événement a rappelé la fragilité de la stabilité dans la région.

Malgré cet épisode, les institutions ont continué de fonctionner normalement. Les scrutins locaux et législatifs se sont déroulés sans incident majeur, renforçant l’image d’un pays qui tient bon face aux défis intérieurs et extérieurs.

Vers un Bénin exportateur de talents numériques ?

Parmi les promesses les plus audacieuses figure celle de transformer le Bénin en pays exportateur de solutions technologiques. Il ne s’agit pas seulement de former des codeurs, mais de créer un écosystème complet : start-ups, centres de recherche, partenariats internationaux, infrastructures haut débit.

Le candidat imagine des jeunes Béninois concevant des applications utilisées dans toute l’Afrique francophone, voire au-delà. Ce positionnement ambitieux pourrait séduire une génération qui voit dans le numérique une porte de sortie du chômage et de la précarité.

Agriculture moderne et souveraineté alimentaire

L’agriculture reste le pilier de l’économie béninoise. Romuald Wadagni veut la moderniser sans pour autant l’abandonner aux seules logiques industrielles. Il parle d’innovation raisonnée, de mécanisation adaptée, de formation des agriculteurs aux nouvelles techniques.

Il insiste aussi sur la nécessité de sécuriser les filières porteuses : anacarde, coton, karité, mais aussi cultures vivrières. L’objectif affiché est de renforcer la souveraineté alimentaire tout en augmentant les exportations.

Tourisme : un gisement sous-exploité

Le Bénin dispose d’atouts touristiques indéniables : plages, sites vodoun, parcs naturels, route des esclaves, architecture coloniale. Pourtant le secteur reste marginal. Le candidat promet des investissements ciblés pour valoriser ces richesses et attirer une clientèle internationale.

Chaque région devrait avoir son pôle touristique. Cette décentralisation pourrait créer des emplois directs et indirects dans des zones aujourd’hui peu dynamiques économiquement.

Conclusion : continuité ou véritable rupture ?

Le programme présenté par Romuald Wadagni se veut à la fois continuateur et novateur. Continuateur parce qu’il s’appuie sur les réformes des dix dernières années. Novateur parce qu’il place la jeunesse et les territoires au centre de la réflexion.

Reste à savoir si cette vision séduira suffisamment pour l’emporter dès le premier tour face à un adversaire unique mais expérimenté. Le 12 avril dira si les milliers de personnes rassemblées samedi à Cotonou préfigurent une large victoire ou simplement l’enthousiasme d’une base militante mobilisée.

Dans un contexte régional troublé, le Bénin joue une partie importante de son avenir. Entre consolidation démocratique, défis sécuritaires et aspirations d’une jeunesse avide de perspectives, le scrutin s’annonce décisif.

Les prochaines semaines seront cruciales pour les deux camps. Les débats, les meetings, les porte-à-porte vont s’intensifier. Et au-delà des programmes, c’est aussi une bataille de récits et de confiance qui se joue.

Romuald Wadagni a posé ses cartes sur la table. À lui maintenant de convaincre que son projet est non seulement réalisable, mais surtout le plus adapté aux réalités et aux rêves d’un pays en pleine mutation.

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