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Soudan : Tortures et Morts dans les Geôles d’El-Facher

Dans les conteneurs surchauffés d'El-Facher, des Soudanais agonisaient par asphyxie tandis que les fouets claquaient pour les forcer à enterrer leurs compagnons morts. Les survivants racontent un enfer de tortures et de viols... mais ce n'est que le début du cauchemar.
Dans l’ombre étouffante d’un conteneur métallique surchauffé, chaque respiration devenait un combat, chaque silence un deuil supplémentaire. Au Soudan, dans la ville d’El-Facher, des milliers de civils ont vécu l’enfer lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide ont pris le contrôle total de cette dernière grande ville du Darfour qui leur résistait encore. Des survivants, réfugiés aujourd’hui dans des camps précaires, racontent des scènes d’une cruauté inimaginable : asphyxie collective, tortures systématiques, morts quotidiennes par famine ou maladie, et un recours massif au travail forcé sous les coups de fouet.

Les horreurs révélées par les survivants d’El-Facher

La chute d’El-Facher en octobre a marqué un tournant tragique dans le conflit qui déchire le Soudan depuis 2023. Après des mois de siège, les Forces de soutien rapide ont lancé une offensive décisive qui a conduit à la capture complète de la ville. Ce qui a suivi n’est pas seulement une prise de territoire, mais une vague de violences extrêmes contre les civils, documentée par des enquêtes internationales et des témoignages directs de rescapés.

Parmi ceux qui ont réussi à fuir vers des zones plus sûres, comme Tawila à l’ouest, plusieurs anciens détenus acceptent de partager leur calvaire. Leurs récits convergent : privation d’air, d’eau et de nourriture dans des lieux de détention improvisés, tortures physiques et psychologiques, et une déshumanisation totale.

L’enfermement dans les conteneurs : une mort lente

Imaginez être jeté dans un conteneur avec plus d’une centaine d’autres personnes, sans ventilation, sous un soleil impitoyable. C’est ce qu’a vécu Ibrahim Nour el-Din, un homme de 42 ans aujourd’hui marqué à vie. Chaque fois qu’un corps s’effondrait, le bruit sourd alertait les survivants qu’une nouvelle vie venait de s’éteindre par asphyxie ou épuisement.

Privés d’air frais, les détenus recevaient de minuscules gorgées d’eau et une poignée de lentilles pour survivre plus d’un mois. Ceux qui mouraient de soif ou de faim étaient battus pour obliger les autres à transporter les corps dehors et les enterrer. Le travail forcé était constant : porter des bagages, du matériel militaire, des armes. Toute lenteur était punie par des coups de fouet.

« Quand les gens mouraient de soif ou de faim, ils nous battaient pour nous forcer à aller les enterrer dehors »

Un ancien détenu

Ces conteneurs, souvent installés dans des lieux publics comme des marchés ou des dépôts, faisaient partie d’un vaste réseau de prisons improvisées. Des hôpitaux, des écoles et d’autres bâtiments civils ont été transformés en geôles où les conditions étaient inhumaines.

L’hôpital pédiatrique devenu centre de torture

L’un des sites les plus effroyables fut l’hôpital pédiatrique d’El-Facher, où plus de 2 000 hommes ont été entassés sans nourriture ni eau potable. Abdallah Idris, 45 ans, y a passé un mois entier, réduit à boire du sérum physiologique pour ne pas mourir de déshydratation. Chaque jour, il assistait à la mort de dizaines de personnes.

Une épidémie, ressemblant à du choléra, a ravagé les détenus, causant jusqu’à 40 décès quotidiens au pic de la crise. En une semaine, plus de 260 vies ont été perdues dans ces conditions. La torture s’ajoutait à la maladie : passages à tabac, flagellations, arrachage d’ongles avec des pinces.

« La torture était horrible, surtout pour les jeunes hommes. Si vous essayiez de parler, ils vous abattaient »

Un survivant

Les victimes étaient souvent sélectionnées en fonction de leur profession ou de leur appartenance ethnique. Fonctionnaires, médecins, journalistes, enseignants et travailleurs humanitaires figuraient parmi les détenus, séquestrés pour rançon ou par haine ethnique.

Les violences contre les femmes et les familles

Les femmes n’ont pas été épargnées. Nedal Yasser, 27 ans, a été enlevée dès le lendemain de l’assaut. Pendant six semaines, elle a été transférée d’un lieu de détention à un autre, passant par des sites comme un dépôt de bus où des centaines de personnes étaient enfermées dans des dizaines de conteneurs.

Battue, ligotée, interrogée, elle a subi des violences aggravées lorsque ses ravisseurs ont appris que son mari servait dans l’armée. Harcèlement sexuel, exploitation, privation d’accès aux toilettes : les sévices étaient constants. Des rançons exorbitantes, comme 2 000 dollars, étaient exigées, même quand tout avait déjà été pillé.

Après une agression dans une maison isolée, elle a été abandonnée dans une zone déserte. Elle a marché des kilomètres, subissant une fausse couche en chemin, avant d’atteindre un refuge. Les enquêtes internationales confirment des violences sexuelles généralisées, des viols collectifs, des passages à tabac avec des barres de bois et des suspensions à des arbres.

Les séquelles durables et les exécutions arbitraires

Les survivants portent des marques indélébiles. Le dos lacéré par les coups, des évanouissements au moindre effort, une perte de vision ou une boiterie permanente. Ahmed al-Sheikh, mécanicien de 43 ans, est devenu borgne après des mois passés dans une prison où les exécutions étaient quotidiennes.

« Ils tuaient des gens juste devant nous. Ils sélectionnaient des personnes au hasard et les abattaient comme des bêtes »

Un ancien détenu

Des milliers de détenus ont été transférés vers d’autres prisons dans des bastions des Forces de soutien rapide, où l’information est totalement coupée. Les rares humanitaires qui accèdent à El-Facher décrivent une ville fantôme, vidée de ses habitants, sous contrôle absolu des paramilitaires.

Les enquêtes ont révélé des actes qualifiés de génocide, avec des attaques ciblées contre des communautés entières. Les détentions massives, les tortures et les conditions inhumaines ont conduit à des milliers de morts évitables. Les rescapés, traumatisés, tentent de reconstruire leur vie dans des abris de fortune, mais les séquelles physiques et psychologiques persistent.

Un silence international face à l’horreur

Ce qui s’est passé à El-Facher dépasse l’entendement. Des civils accusés sans preuve, battus pour leur prétendue affiliation militaire, entassés comme du bétail, torturés pour des aveux forcés. Les paramilitaires nient ces accusations, les qualifiant de propagande, mais les témoignages concordants et les rapports indépendants dessinent un tableau accablant.

La communauté internationale observe, mais l’urgence humanitaire au Soudan reste sous-financée. Des millions de déplacés errent, affamés, malades, traumatisés. El-Facher n’est qu’un chapitre tragique d’une guerre qui ne cesse de produire des horreurs.

Les survivants appellent à la justice, à la reconnaissance de leurs souffrances. Leurs voix, faibles mais persistantes, percent l’obscurité pour rappeler que derrière chaque statistique se cache un être humain brisé par la violence.

Le calvaire des détenus d’El-Facher révèle une face sombre du conflit soudanais : des prisons improvisées où la vie ne tient qu’à un fil, des tortures quotidiennes et une déshumanisation systématique. Ces récits, poignants et concordants, exigent une attention urgente pour éviter que l’histoire ne se répète dans l’indifférence générale.
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