Imaginez un pays où la colère née de la vie chère se transforme en cri massif contre le pouvoir en place, pour finir par des cordes qui se resserrent au petit matin. Ce jeudi 19 mars 2026, l’Iran a officiellement annoncé l’exécution de trois hommes présentés comme des « émeutiers ». Leur crime ? Avoir tué des membres des forces de l’ordre et, selon les autorités, avoir agi au service d’intérêts étrangers. Une nouvelle qui résonne bien au-delà des murs des prisons iraniennes.
Un verdict qui marque un tournant dans la répression
Ces pendaisons ne sont pas anodines. Elles constituent les premières exécutions publiquement revendiquées en lien direct avec les soulèvements qui ont secoué le pays depuis la fin décembre 2025. Ce qui avait débuté comme des protestations contre la flambée des prix s’est rapidement mué en un vaste mouvement contestant les fondements mêmes du régime. Les autorités ont choisi ce moment pour envoyer un message clair et sans ambiguïté.
Le pouvoir judiciaire iranien, par le biais de son organe officiel, a détaillé les accusations. Les trois condamnés étaient reconnus coupables de meurtre sur des agents de sécurité, mais surtout d’avoir commis le crime religieux et politique suprême en Iran : le moharebeh. Ce terme, souvent traduit par « inimitié envers Dieu », permet aux juges d’appliquer la peine capitale dans des affaires jugées menacer l’ordre islamique et la stabilité de l’État.
Les faits reprochés aux condamnés
Selon les autorités, les trois hommes ont directement participé à des actes violents ayant coûté la vie à deux membres des forces de l’ordre. Les détails précis des circonstances restent flous dans le communiqué officiel, mais l’accent est mis sur leur prétendue collaboration avec des puissances étrangères désignées comme Israël et les États-Unis. Cette dimension géopolitique sert à disqualifier entièrement le caractère populaire du mouvement.
En qualifiant les manifestants de simples « émeutiers » manipulés de l’extérieur, le régime tente de délégitimer des mois de colère exprimée dans les rues de nombreuses villes iraniennes. Cette narrative permet également de justifier une réponse sécuritaire d’une extrême fermeté.
Du prix du pain à la contestation ouverte
Tout commence fin décembre 2025. Des rassemblements pacifiques dénoncent l’explosion du coût de la vie. Très vite, les slogans évoluent. On ne parle plus seulement de pouvoir d’achat, mais de liberté, de dignité, et surtout de changement de régime. Des quartiers entiers se soulèvent, des barricades s’élèvent, des commissariats sont attaqués. La réponse des autorités ne se fait pas attendre : gaz lacrymogène, balles réelles, arrestations massives.
Ce qui frappe dans cette vague de contestation, c’est sa simultanéité et sa diversité géographique. Des grandes métropoles aux petites villes de province, le mécontentement semble avoir atteint des couches très variées de la population. Étudiants, ouvriers, commerçants, femmes, hommes de tous âges : la contestation transcende les clivages habituels.
Un bilan humain très controversé
Les chiffres officiels font état de plus de 3 000 morts durant ces troubles. Parmi eux figurent des membres des forces de sécurité, mais aussi de nombreux passants et manifestants. Le pouvoir parle d’« actes terroristes » et impute la majorité des violences à des « éléments infiltrés ».
« Les émeutes ont été fomentées par des forces étrangères, accompagnées de meurtres et d’actes de vandalisme. »
De l’autre côté, des organisations de défense des droits humains basées à l’étranger avancent des bilans bien plus lourds. Certaines sources évoquent plus de 7 000 décès, la très grande majorité étant des manifestants. Ces chiffres, impossibles à vérifier indépendamment en raison des restrictions d’accès imposées aux journalistes et observateurs internationaux, témoignent néanmoins de l’ampleur de la violence déployée.
La menace d’exécutions massives et le revirement de 2026
Avant même le déclenchement d’un conflit armé le 28 février 2026, des informations circulaient sur des listes de centaines, voire de milliers de manifestants condamnés à mort. Mi-janvier, l’administration américaine avait affirmé que Téhéran aurait renoncé à procéder à environ 800 exécutions après des mises en garde très fermes venues de Washington.
Ces trois pendaisons annoncées aujourd’hui semblent donc marquer la fin d’une période de retenue relative. Le pouvoir judiciaire a visiblement décidé de passer à l’acte sur des dossiers jugés emblématiques, envoyant ainsi un signal fort à la population et à la communauté internationale.
L’année 2025 : record historique d’exécutions
Selon des ONG spécialisées dans le suivi de la peine de mort en Iran, l’année 2025 a battu tous les records depuis au moins 35 ans. Pas moins de 1 500 exécutions auraient été recensées, un chiffre absolument exceptionnel même pour un pays déjà classé parmi les champions mondiaux du recours à la peine capitale.
Ces statistiques ne concernent pas uniquement les dossiers liés aux manifestations. Elles incluent aussi les condamnations pour trafic de drogue, crimes de droit commun, et autres chefs d’accusation. Mais la concomitance avec la vague de contestation laisse planer peu de doute sur l’utilisation accrue de la peine de mort comme outil de répression politique.
Le moharebeh : une accusation aux contours très larges
Le crime de moharebeh occupe une place particulière dans l’arsenal répressif iranien. Il permet de condamner à mort pour des actes jugés porter atteinte à la sécurité publique ou à l’ordre religieux. Sous cette qualification tombent aussi bien des actes de violence armée que des manifestations jugées « subversives » ou des propos publics critiquant ouvertement le Guide suprême.
Les défenseurs des droits humains dénoncent régulièrement le caractère extrêmement vague et subjectif de cette accusation, qui laisse aux juges une marge d’interprétation considérable. Dans le contexte actuel, elle sert surtout à criminaliser la contestation politique en la présentant comme une atteinte à l’ordre divin.
Une stratégie de communication assumée
L’annonce officielle de ces exécutions, diffusée par les canaux judiciaires eux-mêmes, n’a rien d’anodin. Contrairement à de nombreuses exécutions qui passent inaperçues ou sont seulement signalées après coup, ici le pouvoir a choisi la transparence. Il s’agit clairement d’un acte politique destiné à dissuader de nouvelles manifestations et à montrer que la ligne rouge a été franchie.
En liant explicitement les condamnés à des puissances étrangères, les autorités tentent également de recentrer le débat sur une menace extérieure plutôt que sur les problèmes internes qui ont déclenché le mouvement. Cette rhétorique du complot étranger est récurrente dans la communication officielle iranienne lors des périodes de crise.
Les réactions internationales attendues
Ces exécutions ne manqueront pas de susciter de vives réactions à l’étranger. Les capitales occidentales, déjà très critiques vis-à-vis du bilan des manifestations, devraient condamner fermement ce qu’elles qualifieront probablement d’exécutions politiques. Les organisations de défense des droits humains appelleront sans doute à des sanctions supplémentaires.
Du côté des pays voisins et des puissances non-occidentales, les réactions seront plus contrastées. Certains États pourraient se contenter d’un silence prudent, tandis que d’autres pourraient même saluer la fermeté affichée face à ce qu’ils considèrent comme des tentatives de déstabilisation.
Quel avenir pour la contestation en Iran ?
Ces trois exécutions risquent de marquer durablement les esprits. Elles montrent que le régime reste prêt à employer les moyens les plus extrêmes pour préserver son pouvoir. Mais elles pourraient aussi renforcer la détermination d’une partie de la population qui voit dans ces pendaisons la preuve ultime de l’injustice du système actuel.
La question centrale demeure : la peur l’emportera-t-elle sur la colère ? Ou ces exécutions, loin de calmer les tensions, ne feront-elles qu’attiser un ressentiment déjà profond ? L’histoire récente de l’Iran montre que la répression brutale peut parfois produire l’effet inverse de celui escompté.
Pour l’instant, une chose est sûre : le pouvoir a choisi de répondre par la force maximale à une contestation qui refuse de s’éteindre. Ces trois cordes qui se sont resserrées ce matin risquent de faire résonner longtemps encore les cris de la rue iranienne.
À retenir : Les trois exécutions annoncées le 19 mars 2026 concernent des personnes accusées d’avoir tué des forces de l’ordre et d’avoir agi pour des puissances étrangères. Il s’agit des premières pendaisons officiellement revendiquées en lien avec les manifestations débutées fin 2025. Le crime retenu est celui de moharebeh, passible de la peine de mort en Iran.
Le régime semble avoir décidé d’afficher sa détermination à écraser toute forme de contestation ouverte. Reste à savoir si cette stratégie de terreur suffira à éteindre le feu qui couve depuis plus de deux mois maintenant sous la société iranienne.
Chaque exécution capitale annoncée publiquement constitue un point de non-retour supplémentaire dans la confrontation entre le pouvoir et une partie croissante de sa population. Le cycle de répression et de résistance semble loin d’être terminé.
Dans les jours et semaines à venir, l’attention internationale se portera sur d’éventuelles nouvelles exécutions liées aux mêmes événements. Chaque nouveau cas viendra s’ajouter à un bilan déjà terrifiant et alimentera le débat sur la capacité du régime à maintenir son autorité par la seule force.
Pour beaucoup d’observateurs, ces pendaisons ne sont que le visible d’une répression beaucoup plus large qui se déroule quotidiennement dans les commissariats, les tribunaux révolutionnaires et les prisons iraniennes. La véritable ampleur de la tragédie pourrait ne jamais être complètement connue.
Une chose est certaine : l’Iran de mars 2026 n’est plus le même que celui de décembre 2025. Une fracture profonde s’est creusée entre le pouvoir et une partie significative de la société. Refermer cette fracture exigera bien plus que des cordes et des communiqués officiels.









