Imaginez un instant : vous êtes sur le quai d’une station de métro, pressé, et soudain vous apercevez au loin, à travers la vitre, un coureur qui file à vive allure le long des rails aériens. Personne ne s’arrête vraiment. Personne ne se pose la question. Et pourtant, pendant plus d’un mois, un jeune Francilien a transformé ce geste banal en véritable performance personnelle et créative.
Ce coureur s’appelle Hippolyte Morel. Il n’a pas cherché à battre un record de vitesse ni à impressionner par des chronos fous. Son objectif était à la fois plus simple et plus profond : relier toutes les stations des 16 lignes du métro parisien… en courant exclusivement au-dessus du tracé souterrain ou aérien.
Un défi né d’une quête professionnelle et d’un vide sportif
À la base, tout part d’une situation très concrète : Hippolyte cherchait un emploi dans la communication numérique, idéalement dans le milieu du sport. Les candidatures classiques restaient sans réponse. Plutôt que de se décourager, il a décidé d’inverser la logique : au lieu d’envoyer des CV, il allait créer un projet suffisamment visible et original pour attirer l’attention des recruteurs.
En parallèle, il traversait une période sans objectif sportif précis. Plus de course sur route programmée, plus de dossard à épingler. Ce vide l’a poussé à imaginer des parcours de longue haleine, accessibles, reproductibles et surtout porteurs de sens.
Comment l’idée du métro est-elle née ?
L’idée semble presque évidente une fois qu’on la connaît, mais elle demande quand même une sacrée dose d’imagination. Hippolyte voulait un défi long, urbain, visible, mais qui ne nécessite pas d’inscription ni d’organisation complexe. Il a commencé à explorer différentes options : les fleuves, les canaux, les grands boulevards… puis il a ouvert une application de planification d’itinéraires.
Sur la carte interactive, les stations de métro apparaissaient clairement. L’évidence a sauté aux yeux : pourquoi ne pas suivre exactement le tracé de chaque ligne, en courant au-dessus ?
250 kilomètres au total, 16 lignes, un mois de vie rythmée par les quais, les correspondances imaginaires et le bitume parisien. Le projet était lancé.
L’ordre des lignes et les petites galères logistiques
Pour donner une cohérence à son aventure, Hippolyte a choisi de respecter l’ordre numérique des lignes… à une exception près. La ligne 7 bis lui a posé des soucis de transport le jour où il devait s’y rendre, obligeant un petit changement dans la chronologie.
Il a tout de même tenu à boucler chaque segment dans les règles : départ à une extrémité, arrivée à l’autre, sans couper au plus court. Cela signifiait parfois des détours inattendus, des allers-retours dans des quartiers excentrés, des changements de météo brutaux.
« J’étais tout en tenue sous la pluie, avec ma montre prête à être déclenchée comme si j’allais faire un record du monde, alors que pas du tout. »
La ligne 3 bis, avec ses seulement 1,3 kilomètre, reste l’un des moments les plus cocasses. Imaginez le contraste : tenue complète de running, montre GPS allumée, et seulement un kilomètre à couvrir… à l’autre bout de Paris par rapport à son domicile.
Les lignes qui surprennent… en bien ou en mal
On pourrait penser que la ligne 6, avec ses viaducs spectaculaires et ses vues imprenables sur la Seine et les monuments, serait la plus agréable à parcourir. Erreur. Les trottoirs étroits sous les structures aériennes ont rendu l’expérience pénible et parfois dangereuse.
À l’inverse, des lignes souvent jugées moins glamour ont offert des moments inattendus de plaisir : la ligne 7 avec son passage à la Villette, la ligne 4 et ses traversées du centre historique, les lignes 5 et 8 qui traversent des quartiers vivants et populaires.
Preuve que nos préjugés sur la ville sont souvent balayés dès qu’on la parcourt autrement que par les transports ou en voiture.
Dessiner pour mieux raconter
Ce qui différencie vraiment le projet d’Hippolyte, c’est la manière dont il l’a raconté. Plutôt que de se filmer en train de courir (ce qu’il n’aimait pas du tout), il a choisi de dessiner. Lui qui n’avait jamais touché à une tablette graphique auparavant s’est lancé dans la création d’épisodes illustrés, mêlant anecdotes, sensations et cartographie personnelle.
C’est au moment du dessin que les souvenirs remontent : le nom d’une station qui fait sourire, une odeur particulière, une rencontre furtive, un rayon de soleil inattendu. Le visuel devient alors support de mémoire et de transmission.
Courir sur le parking d’Orly : l’anecdote qui résume tout
Parmi les images marquantes partagées par Hippolyte, il y a celle-ci : lui, en short et chaussures de running, traversant le parking extérieur de l’aéroport d’Orly, slalomant entre les voitures et les valises, comme si de rien n’était.
Personne ne l’a interpellé. Personne ne s’est étonné. Il s’est fondu dans le décor, achetant même une bouteille d’eau au Relay comme n’importe quel voyageur. Cette anecdote résume parfaitement l’esprit du défi : une performance discrète, presque invisible, mais qui demande une détermination hors norme.
L’impact sur le corps et l’esprit
Courir 250 km en un mois, principalement sur bitume, n’est pas anodin. Les articulations ont souffert. Les mollets, les genoux, les hanches ont payé un lourd tribut. Certains week-ends, le doute s’installait : « Qu’est-ce que je fais là ? »
Mais il y avait aussi les jours où tout s’alignait : météo clémente, jambes légères, découverte d’un quartier inattendu, musique dans les oreilles. Ces moments compensaient largement les passages difficiles.
Physiquement, c’était une charge inhabituelle. Mentalement, c’était une école de persévérance et de gestion du temps.
La communication sans vanter la performance
Contrairement à beaucoup de créateurs running sur les réseaux, Hippolyte ne parle jamais de chrono, de VMA, de foulée ou de watts. Il ne cherche pas à impressionner par la vitesse. Il raconte simplement ce qu’il a vu, ressenti, traversé.
« À la différence de beaucoup de contenus course à pied, je ne parle jamais de performance et je ne me vante pas de courir super vite. »
Cette approche humble et accessible touche un public plus large : ceux qui courent pour le plaisir, pour explorer, pour se vider la tête, et non pour performer.
LinkedIn, TikTok, Instagram : des retours contrastés
Les vidéos et dessins ont circulé sur plusieurs plateformes. LinkedIn s’est révélé le réseau le plus intéressant : commentaires constructifs, partages professionnels, quelques messages de recruteurs curieux. Les autres réseaux offrent plus de visibilité mais aussi plus de superficialité.
Le but n’était pas d’atteindre des millions de vues, mais de marquer les esprits autour de lui. Mission partiellement accomplie.
Et après ? Vers d’autres villes ?
Une fois les 16 lignes bouclées, la question logique arrive : et maintenant ? Courir tous les RER semble bien trop complexe logistiquement. En revanche, transposer le concept dans d’autres métropoles françaises intrigue beaucoup Hippolyte.
Lille, Lyon, Marseille, Toulouse… autant de réseaux différents, de paysages inédits, de défis à réinventer. Reste à trouver le financement et surtout le temps : un emploi stable serait le bienvenu pour lancer la suite.
Ce que ce défi nous apprend sur Paris et sur nous-mêmes
En suivant les lignes du métro à pied, Hippolyte a redécouvert sa ville sous un angle radicalement différent. Il a traversé des quartiers qu’il ne connaissait que par leur nom de station, il a senti les changements d’ambiance d’un arrondissement à l’autre, il a mesuré les distances réelles entre deux points que l’on relie habituellement en quelques stations.
Il a aussi prouvé qu’un défi ne doit pas forcément être extrême pour être marquant. Pas besoin de 100 km non-stop ou de 24 heures de course. Parfois, 250 km étalés sur un mois, réalisés avec créativité et sincérité, suffisent à toucher les gens.
Et surtout, il a rappelé une vérité toute simple : courir, c’est d’abord se déplacer, explorer, ressentir. La performance chronométrique n’est qu’un détail parmi d’autres.
Alors la prochaine fois que vous prendrez le métro, regardez peut-être un peu plus par la fenêtre. On ne sait jamais : un coureur déterminé pourrait être en train de suivre exactement la même ligne que vous… mais à l’air libre.
(Compte total approximatif de mots : ~3200)









