Et si la glisse la plus jouissive des pistes n’était ni le ski ni le snowboard, mais bien cette étrange planche unique qui fait encore tourner les têtes en 2026 ? Imaginez : les deux pieds côte à côte, le corps face à la pente, une sensation de surf sur neige mais avec une stabilité déconcertante. Pour beaucoup, le monoski évoque les années 80, les combinaisons fluo et les musiques synthétiques. Pourtant, aujourd’hui, ceux qui enfilent cette planche large ne cherchent ni nostalgie ni look vintage. Ils poursuivent simplement un plaisir brut, intense, différent.
Le monoski n’est pas mort, il s’est réinventé
Contrairement à ce que l’on pourrait penser en voyant les rayons des magasins de sport, le monoski n’a pas totalement disparu. Il a simplement changé de visage. Là où les années 80 voyaient des centaines de milliers de pratiquants, on compte aujourd’hui en France environ un millier d’adeptes réguliers. Un chiffre modeste, mais qui cache une communauté soudée, passionnée et surtout très active.
Ce qui frappe quand on discute avec ces skieurs d’un nouveau genre, c’est leur âge. On trouve aussi bien des adolescents de 14-15 ans que des quinquagénaires, et même quelques parents qui initient leurs enfants. La nostalgie n’explique donc presque rien. Ce qui les réunit, c’est une quête de sensations inédites après avoir épuisé les possibilités du ski alpin classique et du snowboard.
Une sensation difficile à décrire… mais addictive
Presque tous les monoskieurs utilisent la même expression quand on leur demande ce qui les fait revenir chaque week-end : « l’impression de prendre un pied fou ». Cette phrase revient sans cesse, prononcée avec un sourire en coin, comme si les mots eux-mêmes ne suffisaient pas à transmettre l’intensité.
Dans la poudreuse, le monoski donne réellement l’impression de flotter. La largeur de la planche crée une portance exceptionnelle. On a l’impression de surfer sur un nuage. Les virages se font en déplaçant le poids du corps de manière très naturelle, presque instinctive après quelques heures de pratique. Et surtout, les genoux liés ensemble apportent une stabilité rassurante : les chutes violentes, les torsions brusques des appuis deviennent beaucoup plus rares.
« Avoir les genoux liés sur une planche fait que l’on risque beaucoup moins de se blesser. Donc on peut oser davantage. »
Cette sécurité perçue change tout. On se surprend à attaquer des pentes que l’on aurait évitées en ski ou en snowboard. On cherche les champs de poudreuse les plus profonds, les couloirs les plus raides, parce qu’on sait que le monoski pardonne davantage les erreurs d’équilibre.
Moins traumatisant pour les articulations
Autre argument massue en faveur du monoski : la douceur pour les genoux et les chevilles. En ski alpin, les appuis dissymétriques et les chocs répétés usent prématurément les articulations. Le monoski, en obligeant à garder les jambes parallèles et solidaires, répartit beaucoup mieux les contraintes.
Une femme d’une cinquantaine d’années raconte avoir dû arrêter le ski après une rupture des ligaments croisés. La douleur était devenue insupportable au bout d’une heure. Après avoir testé le monoski presque par hasard, elle a retrouvé le plaisir de glisser toute une journée sans aucune gêne. Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, cette planche unique représente une seconde jeunesse sur les pistes.
Les spécialistes confirment : la sollicitation musculaire est différente, moins explosive, plus endurante. On fatigue moins vite sur les longues journées en altitude. C’est un avantage non négligeable quand on veut enchaîner les dénivelés sans finir en compote.
Le matériel a énormément progressé
Si le monoski des années 80 avait mauvaise réputation – lourdeur, maniabilité limitée, difficulté à carver sur neige dure – les planches actuelles n’ont plus grand-chose à voir avec leurs ancêtres.
Deux fabricants français se partagent aujourd’hui l’essentiel du marché hexagonal : Snowgunz et Aluflex. Ils ont repris les codes historiques (notamment le fameux shape pintail avec nez large et queue plus étroite) tout en intégrant les avancées technologiques des vingt dernières années : noyaux plus légers, cambres hybrides, semelles ultra-glissantes, fixations mieux pensées.
- Meilleure pénétration dans la neige dure grâce à des carres plus efficaces
- Facilité de déjaugeage en poudreuse grâce à des rockers plus marqués
- Poids considérablement réduit (souvent sous les 5 kg pour une planche adulte)
- Possibilités infinies de customisation graphique
La personnalisation est d’ailleurs devenue un argument commercial majeur. Beaucoup de monoskieurs passent des heures à imaginer leur propre design : guerrières japonaises, motifs psychédéliques, références pop culture… La planche devient une œuvre d’art personnelle que l’on exhibe fièrement au remonte-pentes.
Une communauté qui vit toute l’année
Avec un si petit nombre de pratiquants, on pourrait croire que le monoski se pratique dans l’isolement. C’est tout le contraire. L’Association française de monoski regroupe plusieurs centaines de membres et organise ou soutient une vingtaine de rassemblements chaque saison.
Ces événements mélangent ambiance festive et sessions glisse sérieuses. On y trouve des initiations pour les débutants, des contests de freestyle, des raids en hors-piste, des soirées à thème… L’objectif reste toujours le même : partager sa passion et faire découvrir la discipline à de nouveaux curieux.
Dans certaines stations, des clubs locaux se sont créés. Aux Arcs par exemple, un club d’une quarantaine de membres accueille aussi bien des enfants que des adultes confirmés. L’ambiance y est décrite comme particulièrement bienveillante : chacun progresse à son rythme, on s’entraide, on rigole beaucoup.
Pourquoi le monoski a-t-il failli disparaître ?
Pour comprendre le regain d’intérêt actuel, il faut revenir sur les raisons de son déclin dans les années 90. Le snowboard a tout simplement raflé la mise. Plus accessible au débutant, plus spectaculaire visuellement, mieux soutenu par les marques et les médias, il a capté toute l’énergie créative et commerciale de la glisse « alternative ».
Le monoski souffrait alors de plusieurs handicaps :
- Apprentissage plus long et plus technique
- Matériel lourd et encombrant
- Difficulté à se relever après une chute
- Moins de visibilité médiatique
Résultat : les écoles de ski ont progressivement arrêté de proposer des cours de monoski. Les moniteurs spécialisés se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une main. Pourtant, les rares qui restent affirment que la discipline reste passionnante à enseigner, justement parce qu’elle demande une vraie remise en question des automatismes acquis en ski classique.
Et demain ?
Le monoski ne retrouvera probablement jamais les sommets de popularité des années 80. Mais il n’en a d’ailleurs pas besoin. Les pratiquants actuels ne cherchent pas à convertir les masses. Ils veulent simplement continuer à vivre cette expérience unique, à leur rythme, entourés de gens qui comprennent pourquoi on peut passer des heures à parler de cambre, de flex et de rocker.
Certains rêvent même d’une reconnaissance officielle plus grande : pourquoi pas une épreuve de monoski lors de compétitions de freeski ou de big mountain ? D’autres se contentent de savourer le plaisir simple d’être une minorité heureuse, presque clandestine, sur des pistes où tout le monde glisse pareil.
Une chose est sûre : tant qu’il y aura de la poudreuse et des passionnés prêts à chausser une planche unique pour aller la chercher, le monoski continuera de vivre. Discrètement, joyeusement, et avec un plaisir fou.
Alors la prochaine fois que vous croiserez, au détour d’une piste peu fréquentée, un skieur qui descend face à la pente sur une seule large planche, ne souriez pas bêtement en pensant « nostalgie années 80 ». Souriez plutôt de complicité. Parce que ce monoskieur, lui, est probablement en train de vivre l’un des meilleurs moments de sa saison.
Et vous, prêt à tenter l’expérience ?









