Imaginez un instant : près de la moitié de tous les Bitcoins en circulation sont aujourd’hui détenus par des personnes qui perdraient de l’argent si elles vendaient maintenant. Ce chiffre n’est pas une simple anecdote statistique, c’est un signal fort que le marché traverse une phase délicate. En ce début mars 2026, alors que le prix oscille autour de 66 000 dollars, une question taraude de plus en plus d’investisseurs : sommes-nous en train de revivre le scénario catastrophe de 2022 ?
Quand près de la moitié du Bitcoin souffre
Les données les plus récentes montrent qu’environ 9,09 millions de BTC, soit 46 % de l’offre circulante estimée à 19,8 millions de pièces, se trouvent actuellement en perte. Autrement dit, leur dernier prix d’acquisition connu sur la blockchain est supérieur au cours actuel. Ce niveau est le deuxième plus élevé jamais enregistré depuis mi-2020, juste derrière le pic de la débâcle de 2022 où près de 10 millions de BTC étaient sous l’eau.
Ce qui frappe immédiatement, c’est la rapidité avec laquelle ce pourcentage a grimpé. Après une euphorie marquée en 2024 et une bonne partie de 2025, le reflux a été brutal pour de nombreux participants arrivés tardivement sur le marché. Ces « nouveaux entrants » constituent aujourd’hui la principale poche de douleur.
Une douleur différente de celle de 2022
À première vue, le parallèle avec le bear market de 2022 semble frappant. Même volume de pièces en perte, même sentiment d’abattement généralisé. Pourtant, un élément fondamental change la donne : le prix plancher.
En fin 2022, Bitcoin sombrait sous les 17 000 dollars et parfois même sous les 16 000 dollars. Aujourd’hui, malgré la correction, nous restons dans une fourchette bien supérieure à 65 000 dollars. Cela signifie que les pertes actuelles touchent essentiellement les acheteurs des derniers 18 mois, tandis que les vétérans ayant accumulé avant 2023 sont toujours largement en profit.
Cette distinction est cruciale. Elle montre que le marché a changé de composition. La proportion de mains faibles (short-term holders) a considérablement augmenté depuis l’approbation des ETF spot et le regain d’intérêt institutionnel.
Ce que révèlent les flux de realised loss
Depuis la fin de l’année 2025, les indicateurs de profit et perte réalisés ont basculé dans le rouge. Les détenteurs qui ont vendu durant cette période ont, en moyenne, cristallisé des pertes plutôt que des gains. Certaines journées ont même vu des volumes cumulés de realised loss atteindre plusieurs dizaines de milliers de BTC.
Ce phénomène rappelle la transition 2021-2022 : lorsque les net realised profits deviennent durablement négatifs, cela traduit souvent une capitulation progressive des participants les moins convaincus. Historiquement, ces phases de capitulation précèdent les vrais points bas… mais seulement quand elles sont suivies d’un tarissement des ventes paniquées.
« Les gros volumes de pertes réalisées traduisent rarement le fond du marché. C’est plutôt le moment où les mains faibles jettent l’éponge. Les vrais creux arrivent souvent quand il ne reste presque plus personne pour vendre à perte. »
Cette citation anonyme d’un analyste on-chain résume parfaitement la psychologie actuelle du marché.
Les profils les plus touchés en 2026
Qui sont ces détenteurs en difficulté ? Plusieurs catégories se dessinent :
- Les acheteurs FOMO de fin 2024 et début 2025, souvent arrivés entre 80 000 et 110 000 dollars
- Les investisseurs institutionnels tardifs qui ont sur-acheté lors des hausses paroxystiques
- Une partie des mineurs qui n’ont pas hedgé suffisamment leurs récompenses
- Les holders à effet de levier qui ont été liquidés en cascade
Ces profils ont un point commun : leur coût moyen d’acquisition est nettement supérieur au prix actuel. Leur tolérance à la douleur sera donc déterminante pour la suite.
Historique des supply in loss : un indicateur fiable ?
Regardons quelques repères historiques pour mieux contextualiser :
| Période | % Supply in Loss | Prix BTC moyen | Événement majeur |
| Fin 2018 – début 2019 | ~55-62 % | 3 500 – 6 000 $ | Bear market post-bulle 2017 |
| Mi-2022 | ~51-54 % | 17 000 – 23 000 $ | Effondrement Terra / FTX |
| Début 2025 (actuel) | ~46 % | ~66 000 $ | Correction post-rally 2024-2025 |
Ce tableau montre que nous sommes encore loin des extrêmes de capitulation absolue observés par le passé. Cependant, le fait d’atteindre 46 % aussi haut dans le cycle actuel interpelle.
Les conséquences macro sur le comportement des holders
Quand une telle proportion de l’offre est sous l’eau, plusieurs dynamiques se mettent en place :
- Augmentation de la pression vendeuse potentielle (surtout si le prix continue de baisser)
- Réduction de la liquidité disponible (les holders préfèrent attendre plutôt que vendre à perte)
- Diminution de la vélocité de la monnaie (moins de mouvements on-chain)
- Possible compression de la volatilité à court terme (marché coincé dans une fourchette)
- Préparation psychologique à un éventuel shakeout final avant inversion
Ces phénomènes ne sont pas linéaires. Parfois ils se renforcent mutuellement, parfois ils s’annulent. La clé réside dans la réaction des acteurs à très long terme (les « diamond hands ») et des nouvelles entrées institutionnelles.
Comparaison avec les cycles précédents : où en sommes-nous ?
Si l’on superpose les cycles, plusieurs observations sautent aux yeux :
Le cycle 2024-2028 semble suivre une trajectoire plus « institutionnalisée » et moins euphorique que 2020-2021. La présence massive d’ETF spot a changé la dynamique : les flux entrants sont plus réguliers, moins spéculatifs, mais aussi plus sensibles aux taux d’intérêt et aux politiques monétaires globales.
De plus, la maturité du marché a augmenté. Les mineurs vendent moins frénétiquement, les exchanges centralisés ont renforcé leurs réserves de collatéral, et une partie significative du volume se traite désormais de gré à gré.
Facteurs externes qui pourraient aggraver ou soulager la situation
Plusieurs éléments macroéconomiques et géopolitiques pèsent actuellement :
- Les tensions géopolitiques récentes au Moyen-Orient ont provoqué des ventes rapides
- La politique monétaire reste restrictive dans plusieurs grandes zones économiques
- Certains mineurs font face à des coûts énergétiques élevés malgré la baisse post-halving
- Des rumeurs persistantes autour de nouvelles régulations aux États-Unis et en Europe
À l’inverse, des catalyseurs haussiers potentiels subsistent : adoption accrue par les entreprises, développement des solutions layer 2, intégration progressive dans les portefeuilles d’allocation institutionnelle, etc.
Que faire lorsque presque la moitié du marché est en difficulté ?
Face à ce tableau, plusieurs stratégies coexistent selon le profil de risque :
- Stratégie accumulative patiente : continuer le DCA (dollar cost averaging) sans se soucier des fluctuations à court terme
- Stratégie défensive : réduire l’exposition, passer une partie en stablecoins ou en cash jusqu’à plus de clarté
- Stratégie opportuniste : attendre des signes de capitulation plus marqués pour entrer agressivement
- Stratégie HODL renforcée : ignorer complètement le bruit et conserver ses positions long terme
Aucune n’est universellement « meilleure ». Tout dépend de la conviction personnelle, de la tolérance au drawdown et de l’horizon temporel.
Les indicateurs à surveiller dans les prochaines semaines
Pour tenter d’anticiper la suite, voici les métriques les plus scrutées par les analystes on-chain en ce moment :
- Évolution du pourcentage de supply in profit/loss (objectif : stabilisation puis inversion)
- Volume de realised loss quotidien et hebdomadaire (tarissement = signal positif)
- Ratio MVRV Z-Score (retour sous 0 indique souvent un plancher local)
- Flux nets vers/depuis les exchanges (sorties = accumulation)
- Comportement des cohortes d’âge (anciens holders vs nouveaux entrants)
Chacune de ces métriques, quand elle s’aligne dans le même sens, renforce considérablement la probabilité d’un mouvement directionnel fort.
Conclusion : ni euphorie, ni désespoir
Le marché crypto reste fidèle à lui-même : extrêmement volatil, émotionnel, et souvent contre-intuitif. Atteindre 46 % de supply en perte aussi haut dans le cycle n’est ni la fin du monde, ni le signal définitif d’un rebond imminent. C’est simplement une nouvelle phase, une nouvelle épreuve pour les participants.
Ce qui est certain, c’est que Bitcoin a déjà traversé des situations bien plus dramatiques et s’en est toujours relevé plus fort. Reste à savoir si cette correction 2025-2026 sera un simple test de résilience ou le prélude à un bear market plus profond. La réponse se trouve probablement dans les prochains mouvements des mains les plus faibles… et la patience des mains les plus fortes.
Et vous, comment vivez-vous cette phase ? Êtes-vous plutôt dans le camp des accumulateurs silencieux ou des observateurs prudents ? Le marché continue de nous offrir des leçons, parfois douloureuses, mais toujours riches d’enseignements.









