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Manifestations à Paris Contre la République Islamique d’Iran

À Paris, des milliers de personnes ont défilé pour célébrer la mort présumée de Khamenei et appeler à la chute du régime iranien. Entre espoirs portés par Reza Pahlavi et craintes de chaos, les voix s'élèvent... mais que va-t-il vraiment se passer ensuite ?

Dimanche après-midi, les rues de Paris ont vibré d’une énergie particulière. Plusieurs milliers de personnes ont convergé vers le cœur de la capitale pour exprimer une colère longtemps contenue et un espoir soudain ravivé. Au centre de cette mobilisation : la République islamique d’Iran, secouée par des frappes militaires et traversée par des rumeurs persistantes sur la disparition de son guide suprême.

Une marée humaine pour la liberté iranienne

Le parcours emprunté par les manifestants partait de la place de la Bastille pour rejoindre la station Pyramides, dans le premier arrondissement. Très rapidement, le cortège s’est imposé par sa densité et par la diversité des symboles brandis à bout de bras. Les drapeaux iraniens d’avant 1979, ornés du célèbre lion et soleil, dominaient largement, mais ils partageaient l’espace avec des drapeaux israéliens, américains et français.

Cette juxtaposition visuelle n’était pas anodine. Elle traduisait un message clair : pour beaucoup de participants, la chute potentielle du régime actuel passe par une alliance assumée avec des puissances occidentales et Israël. Une posture qui divise, même au sein de l’opposition iranienne, mais qui semblait rassembler une majorité ce jour-là.

Reza Pahlavi au cœur des espérances

Le nom de Reza Pahlavi revenait en boucle, que ce soit sur les banderoles ou dans les discussions animées. Une immense toile ouverte en tête de cortège proclamait : « Iran, vie, liberté avec Reza Pahlavi ». Une autre, plus audacieuse encore, reprenait le slogan « Make Iran Great Again » accompagné des portraits de trois générations : Reza Pahlavi, son père Mohammad Reza Shah et son grand-père Reza Shah.

Pour de nombreux manifestants, l’héritier de la dynastie Pahlavi incarne aujourd’hui la figure la plus crédible pour orchestrer une transition vers un régime non religieux. Il est vu comme un symbole d’unité, capable de rassembler au-delà des clivages idéologiques qui fragmentent l’opposition.

« Le guide suprême est mort, on est très content car c’est le début de la fin. J’ai beaucoup d’espoirs sur le prince héritier car je pense qu’il est le plus adapté pour faire la transition. »

Une manifestante née en Iran, arrivée en France en 1980

Cette citation résume parfaitement l’état d’esprit dominant dans le cortège. Même si la prudence reste de mise – personne n’ignore que les rumeurs sur la mort d’Ali Khamenei restent à confirmer –, l’optimisme l’emporte largement ce dimanche.

Des slogans poignants et très visuels

Les pancartes et les chants scandaient des messages forts et souvent poétiques. « Un soleil de liberté embrasse les cheveux des femmes iraniennes » touchait particulièrement les participantes. D’autres messages étaient plus directs : « République islamique, assassin pour nos enfants » ou « Non à la République islamique terroriste en Iran ».

Ces formulations traduisent une rancœur accumulée depuis des décennies. Elles rappellent les exécutions, les répressions des manifestations, les peines capitales prononcées pour des motifs politiques ou religieux. Pour les exilés, ces mots sont autant de cris libérateurs.

Portraits croisés de manifestants

Parmi la foule, des parcours de vie très différents se côtoyaient. Suzie Ziai, arrivée en France en 1980, confiait porter depuis des années « un rocher sur le dos ». Elle expliquait que même à des milliers de kilomètres, le poids du régime se faisait sentir quotidiennement. « Là, je respire un petit peu mieux mais ça n’est pas suffisant », ajoutait-elle avec un sourire mêlé d’inquiétude.

Rama Ekhtiari, 44 ans, née à Téhéran mais arrivée en France à l’âge de trois ans, était venue en famille. Pour elle, la journée était doublement symbolique : fêter une possible disparition du guide suprême tout en continuant le combat pour la chute totale du régime. « On fait confiance à Israël et aux États-Unis » pour y parvenir, assurait-elle sans détour.

Interrogée sur les risques pour les civils, elle répondait avec une franchise désarmante : « Ce qui est plus dangereux finalement, ce ne sont pas les bombes israéliennes, ce sont les Gardiens de la Révolution qui tuent les gens qui manifestent en Iran. » Une phrase qui résume le dilemme dans lequel se trouvent beaucoup d’opposants : préférer un chaos temporaire à une oppression qui dure depuis 1979.

Une autre voix, place de la République

Plus tôt dans la journée, place de la République, un rassemblement beaucoup plus restreint défendait une position radicalement opposée. Quelques centaines de personnes condamnaient fermement les frappes israélo-américaines, jugées contraires au droit international.

Behrooz Farahany, 67 ans, Franco-Iranien arrivé en France en 1982, expliquait militer au sein d’une association de solidarité socialiste avec les travailleurs iraniens. Pour lui, le renversement du régime doit impérativement venir de l’intérieur : « Renverser le gouvernement iranien doit être fait par les Iraniens et personne d’autre. »

« Nous sommes là pour condamner l’intervention israélienne et américaine contre la République islamique d’Iran et en même temps condamner la République islamique d’Iran qui n’a fait que provoquer des tensions au niveau international d’un côté et une répression féroce et un massacre sans nom contre deux soulèvements. »

Behrooz Farahany

Batoul Arasteh, 75 ans, tenait quant à elle un drapeau « Femmes Vie Liberté ». Installée en France depuis quarante-cinq ans, elle n’est jamais retournée en Iran. Elle expliquait n’avoir plus de nouvelles de proches depuis plusieurs jours et craignait que le pays ne sombre dans un chaos comparable à celui de la Syrie ou de l’Irak.

« Hier, 140 enfants ont été tués, c’est le peuple qui souffre », déplorait-elle, insistant sur le fait que la décision finale doit revenir exclusivement au peuple iranien.

Un moment historique ou un espoir fragile ?

La mobilisation parisienne illustre la complexité du moment que traverse l’Iran. D’un côté, une diaspora galvanisée par les frappes extérieures et par la rumeur de la mort du guide suprême. De l’autre, des voix qui refusent toute ingérence étrangère et qui redoutent les conséquences d’un effondrement mal préparé.

Entre ces deux pôles, des milliers de familles iraniennes dispersées à travers le monde vivent des émotions contradictoires : joie contenue, peur du lendemain, colère contre un régime qui les a contraintes à l’exil, mais aussi inquiétude pour ceux restés sur place.

Les prochains jours, voire les prochaines heures, seront déterminants. Si la disparition d’Ali Khamenei se confirmait, le vide laissé au sommet de l’État pourrait précipiter des évolutions que personne n’est aujourd’hui en mesure de prédire avec certitude.

La symbolique des drapeaux et des slogans

Revenir sur la forte présence du drapeau pré-révolutionnaire permet de comprendre un aspect essentiel de cette mobilisation. Pour beaucoup, ce drapeau n’est pas seulement un symbole monarchiste : il représente un Iran laïc, moderne, ouvert sur le monde, par opposition à l’Iran théocratique actuel.

Les références répétées à Reza Pahlavi s’inscrivent dans cette même logique. Il est perçu comme le garant d’une restauration possible de cet Iran-là, même si lui-même affirme ne pas chercher à rétablir la monarchie mais à accompagner une transition démocratique.

Les slogans féministes, très présents, rappellent également que le combat pour les droits des femmes reste au cœur des revendications. Depuis le mouvement déclenché par la mort de Mahsa Amini, la question du voile obligatoire et des libertés individuelles est devenue indissociable de la lutte contre le régime.

Les fractures au sein de l’opposition

La coexistence de deux rassemblements aux positions opposées sur l’intervention étrangère montre que l’opposition iranienne reste traversée par de profondes divisions. D’un côté ceux qui estiment que le régime est tellement puissant et tellement répressif que seule une aide extérieure peut le faire tomber. De l’autre, ceux qui considèrent que toute ingérence ne fera que renforcer le discours victimaire du pouvoir et aliénera une partie de la population.

Ces fractures ne datent pas d’aujourd’hui. Elles existaient déjà lors des grandes manifestations de 2009, de 2017-2018 et de 2019. Elles se sont accentuées avec le soulèvement de 2022. Aujourd’hui, elles se cristallisent autour de la question des frappes militaires.

Et maintenant ?

La mobilisation de ce dimanche à Paris ne marque probablement pas la fin du combat, mais plutôt un tournant émotionnel majeur. Pour la première fois depuis très longtemps, une partie importante de la diaspora ressent que la fin du régime pourrait être envisageable à court terme.

Reste à savoir si cet espoir se concrétisera ou s’il s’agit d’une illusion née de circonstances exceptionnelles. Les jours qui viennent apporteront sans doute des réponses. En attendant, les drapeaux continuent de flotter dans le ciel parisien, porteurs d’un rêve partagé par des millions d’Iraniens, ici et là-bas.

Ce qui est certain, c’est que la scène politique iranienne est entrée dans une phase d’incertitude extrême. Et que, pour la première fois depuis 1979, la possibilité d’un changement radical semble, aux yeux de beaucoup, un peu moins irréelle.

À retenir : La mobilisation du 1er mars à Paris a réuni plusieurs milliers de personnes autour d’un message clair : l’heure de la liberté pour l’Iran aurait peut-être sonné. Entre célébration prudente et inquiétude légitime, la diaspora iranienne vit un moment historique dont les conséquences pourraient redessiner le Moyen-Orient pour des décennies.

Les prochains développements seront scrutés avec une attention particulière, tant à Téhéran qu’à Paris, Washington ou Tel-Aviv. L’Histoire est peut-être en train de s’accélérer. Et les Iraniens, où qu’ils soient, en sont les premiers témoins.

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