Imaginez un jeune homme plein de vie, passionné de cyclisme, entrepreneur prometteur, qui embarque pour un voyage professionnel en Asie. Quelques jours plus tard, sa famille apprend la pire des nouvelles. Le 29 octobre 2018, Andrea Manfredi, 26 ans, fait partie des 189 victimes du vol JT610 de Lion Air. Aujourd’hui, après des années de bataille judiciaire, Boeing signe un accord amiable avec ses proches. Cette affaire marque la fin d’un long chapitre douloureux.
Un règlement judiciaire qui clôt un dossier sensible
Le constructeur aéronautique américain a officiellement conclu un accord hors tribunal avec la famille de la victime italienne. Ce document, déposé auprès d’un tribunal fédéral américain, met un terme à la dernière plainte civile encore active concernant le crash du Boeing 737 MAX 8 en mer de Java. Toutes les autres actions similaires avaient déjà été réglées par des ententes amiables.
Les parents et la sœur jumelle d’Andrea Manfredi avaient engagé des poursuites pour obtenir réparation. Le jeune homme était le seul passager non indonésien à bord de cet avion tragique. Sa disparition a laissé un vide immense dans une famille très unie, impliquée dans ses projets professionnels.
Les circonstances du drame restent gravées dans les mémoires
Le vol JT610 décolle de Jakarta le matin du 29 octobre 2018. Moins de treize minutes plus tard, l’appareil disparaît des radars et s’écrase en mer. Aucun survivant. L’enquête révèle rapidement des anomalies liées au système de stabilisation en vol. Ce logiciel, conçu pour empêcher les décrochages, a joué un rôle central dans la perte de contrôle de l’avion.
Andrea Manfredi se rendait à Hong Kong pour affaires. Il avait décidé de prolonger son séjour afin de rendre visite à un ami en Indonésie. Passionné de cyclisme, il avait remporté plus de 65 courses et développait également des entreprises dans le domaine de la construction et des équipements sportifs. Ses parents et sa sœur travaillaient à ses côtés.
Un accord sous le régime de la loi DOHSA
L’entente s’appuie sur la loi américaine sur la mort en haute mer, promulguée en 1920. Cette législation encadre les indemnisations lorsque le décès survient en mer, hors des eaux territoriales. Boeing a accepté de ne pas contester sa responsabilité ni le principe des dommages compensatoires envers la famille Manfredi.
Les deux parties ont procédé à des investigations détaillées pour évaluer précisément le préjudice subi. Le montant de l’accord n’a pas été divulgué publiquement. Les avocats des plaignants ont confirmé l’entente, tandis que Boeing n’a pas fait de commentaire immédiat.
Un dossier parmi les plus lourds de l’histoire récente de l’aviation
Ce crash n’est pas un cas isolé. Cinq mois plus tard, le 10 mars 2019, un autre Boeing 737 MAX 8, exploité par Ethiopian Airlines, s’écrase peu après le décollage d’Addis-Abeba. Le bilan total des deux accidents s’élève à 346 vies perdues. Ces drames ont conduit à l’immobilisation mondiale de la flotte MAX pendant près de deux ans.
Le constructeur a reconnu dès 2019 que le dysfonctionnement du système anti-décrochage avait contribué aux deux catastrophes. Ce logiciel recevait des informations erronées d’un capteur d’angle d’attaque et poussait répétitivement le nez de l’appareil vers le bas, malgré les efforts des pilotes pour redresser.
Des centaines de familles ont obtenu réparation
De nombreux ayants droit ont engagé des actions civiles contre Boeing. Au fil des années, la quasi-totalité des plaintes ont été réglées à l’amiable. Seules quelques-unes demeuraient ouvertes récemment, dont celle de la famille Manfredi, désormais close.
Le premier procès fédéral lié à ces accidents s’est déroulé en novembre dernier. Le jury a accordé 28,45 millions de dollars au conjoint survivant d’une victime. Ce verdict a marqué une étape importante dans la reconnaissance des responsabilités de l’avionneur.
Andrea Manfredi, un profil hors du commun parmi les victimes
Parmi les 189 personnes à bord, Andrea se distinguait par sa nationalité et son parcours. Cycliste accompli, il avait transformé sa passion en succès sportifs et professionnels. Son énergie et son esprit d’entreprise inspiraient son entourage. La plainte déposée en 2019 soulignait combien sa perte a affecté l’ensemble de la famille, impliquée dans ses activités.
Sa sœur jumelle et ses parents continuent probablement de porter son souvenir au quotidien. L’accord conclu récemment leur apporte une forme de closure, même si aucune somme ne peut réparer une telle absence.
Les répercussions durables sur l’industrie aéronautique
Les deux accidents ont provoqué une crise sans précédent pour Boeing. Outre l’immobilisation des appareils, le groupe a dû revoir entièrement la conception du système incriminé, renforcer la formation des pilotes et modifier les procédures. La confiance du public et des compagnies aériennes a été sérieusement ébranlée.
Aujourd’hui, le 737 MAX a repris du service partout dans le monde après des mises à jour majeures et des certifications supplémentaires. Pourtant, le souvenir des deux crashes reste vif. Chaque nouvelle affaire judiciaire ravive les débats sur la sécurité, la transparence et la responsabilité des grands constructeurs.
Pourquoi cet accord final suscite-t-il autant d’attention ?
Il symbolise la fin d’un cycle judiciaire long et éprouvant. Alors que la plupart des familles avaient déjà trouvé un terrain d’entente, la persévérance des proches d’Andrea Manfredi montre que certains dossiers demandent du temps et une détermination sans faille. Ce règlement clôt officiellement le volet civil américain pour le crash de Lion Air.
Il rappelle également que derrière chaque accident se cachent des histoires humaines uniques. Andrea n’était pas seulement un numéro sur une liste de victimes. C’était un jeune homme talentueux, un fils, un frère, un ami, dont la vie a été brutalement interrompue.
Un regard sur l’évolution des normes de sécurité
Depuis 2019, l’industrie a renforcé les exigences en matière de certification, de formation et de gestion des risques. Les autorités ont imposé des audits plus stricts et une communication plus transparente entre constructeurs, régulateurs et compagnies aériennes. Ces changements visent à éviter qu’un tel scénario se reproduise.
Malgré ces avancées, le chemin reste long. Chaque incident, même mineur, est scruté avec attention. La mémoire des 346 victimes continue d’alimenter la vigilance collective.
La place des victimes étrangères dans les grands drames aériens
Andrea Manfredi incarnait cette réalité souvent oubliée : les accidents aériens touchent des personnes de dizaines de nationalités différentes. Chaque famille doit naviguer dans des systèmes juridiques complexes, souvent à des milliers de kilomètres de chez elle. Les accords amiables, bien que critiqués parfois, permettent d’éviter des procès interminables et coûteux.
Dans le cas présent, le recours à la loi DOHSA a offert un cadre clair pour évaluer les dommages. Boeing a préféré régler plutôt que de risquer un nouveau procès public potentiellement dommageable pour son image.
Un héritage qui dépasse les indemnisations financières
Les sommes versées, aussi importantes soient-elles, ne remplacent jamais une vie. Elles permettent cependant aux familles de tourner une page, de financer des projets, de soutenir des causes ou simplement de vivre sans le poids constant des procédures judiciaires.
Pour la famille Manfredi, cet accord représente peut-être une forme de reconnaissance officielle du tort subi. Il clôt un chapitre, même si le deuil, lui, ne se termine jamais vraiment.
Réflexions finales sur la responsabilité collective
Les accidents de Lion Air et d’Ethiopian Airlines ont marqué un tournant dans l’aviation commerciale moderne. Ils ont forcé l’ensemble de l’industrie à se remettre en question. Boeing, les régulateurs, les compagnies aériennes : tous ont dû tirer des leçons douloureuses.
Aujourd’hui, alors que le dernier dossier civil lié à Lion Air est clos, une question demeure : ces tragédies ont-elles vraiment permis de construire un transport aérien plus sûr pour les générations futures ? Seule la vigilance permanente permettra de répondre par l’affirmative.
Andrea Manfredi et les 188 autres victimes restent au cœur de cette réflexion. Leur mémoire impose à tous un devoir de ne jamais baisser la garde face aux enjeux de sécurité aérienne.
Ce règlement amiable, discret en apparence, porte en réalité le poids de nombreuses vies brisées et d’une quête interminable de justice et de vérité.









