Une liquidation ordonnée par la FINMA : les faits qui ont précipité la chute
La FINMA, l’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers en Suisse, a annoncé vendredi que l’ordre de liquidation prononcé contre MBaer Merchant Bank AG était désormais exécutoire. Cette mesure intervient après que la banque a retiré son recours auprès du Tribunal administratif fédéral, qui avait jusque-là suspendu l’application de la décision. Sans ce retrait, la procédure restait bloquée, mais le revirement de la banque a permis à la FINMA de passer à l’action immédiate.
Les investigations menées par l’autorité de surveillance remontent à 2024. Une enquête approfondie a révélé des manquements graves et systématiques dans les obligations de diligence en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Ces lacunes ont permis à certains clients, frappés par des sanctions suisses ou internationales, de contourner les blocages imposés sur leurs avoirs. La FINMA qualifie le cas d’extrêmement grave, au point de justifier le retrait pur et simple de la licence bancaire et l’entrée en liquidation forcée.
Parmi les éléments les plus accablants, l’enquête a mis en évidence que 80 % des relations d’affaires de la banque présentaient des risques élevés. Plus récemment, cette proportion atteignait même 98 % pour les actifs nouvellement acceptés. Ces chiffres illustrent une stratégie d’acceptation de clients à haut risque qui a clairement dérapé, exposant l’institution à des vulnérabilités majeures.
Les accusations précises portées par la FINMA
La FINMA a constaté que la banque avait exécuté des transactions pour des clients figurant explicitement sur des listes de sanctions. Pire encore, des indices concrets suggèrent que MBaer a activement aidé certains de ces clients à éluder les mesures de blocage. Ces pratiques violent non seulement les règles suisses en matière de lutte contre le blanchiment, mais aussi les exigences internationales en termes de conformité et de gestion des risques.
La structure organisationnelle de la banque s’est révélée inadéquate pour prévenir de tels abus. Les mécanismes de contrôle interne, censés identifier et bloquer les flux illicites, ont manifestement failli de manière répétée. Cette défaillance systémique a conduit la FINMA à conclure que la poursuite des activités représentait un danger pour l’intégrité du système financier suisse.
Le rôle des sanctions internationales et l’intervention américaine
Le timing de cette liquidation n’est pas anodin. La veille, le Département du Trésor américain a accusé publiquement la banque zurichoise d’avoir permis le transit de plus de cent millions de dollars via le système financier des États-Unis au profit d’acteurs illégaux liés à l’Iran et à la Russie. Cette révélation a amplifié la pression sur l’institution, menaçant de lui couper l’accès crucial au dollar américain.
Les autorités américaines ont qualifié MBaer de structure présentant un risque majeur de blanchiment d’argent. Une proposition de mesure, actuellement en consultation publique, vise à interdire aux institutions financières américaines d’entretenir des relations avec cette banque. Cette menace, rare et puissante, a sans doute accéléré la décision de la banque de retirer son recours, évitant ainsi une escalade encore plus dommageable.
Les sanctions visent particulièrement des entités liées aux Gardiens de la révolution islamique iraniens ou à des réseaux russes contournant les restrictions imposées depuis plusieurs années. Le fait qu’une banque suisse, réputée pour sa discrétion et sa rigueur, soit impliquée dans de tels flux soulève des interrogations sur les failles persistantes dans le secteur.
Le profil de MBaer Merchant Bank avant la crise
Fondée fin 2018 par Michael Bär, descendant d’une lignée liée à une grande famille bancaire suisse, MBaer Merchant Bank se positionnait comme une banque privée axée sur la clientèle fortunée et les services de transaction. À la fin de l’année 2025, elle gérait environ 4,9 milliards de francs suisses d’actifs, soit plus de 5 milliards d’euros, pour près de 700 clients. L’effectif comptait une soixantaine de collaborateurs, une taille modeste qui contrastait avec l’ampleur des risques pris.
Cette croissance rapide, passant d’une création récente à une gestion d’actifs substantielle, reposait largement sur l’accueil de profils à haut risque. La banque opérait dans un segment compétitif où la gestion de fortune privée attire des clients internationaux cherchant confidentialité et optimisation. Cependant, cette attractivité s’est transformée en vulnérabilité lorsque les contrôles n’ont pas suivi.
Les implications pour le secteur bancaire suisse
La liquidation de MBaer envoie un signal fort aux autres acteurs du marché. La Suisse, traditionnellement perçue comme un havre de stabilité financière, renforce sa réputation de tolérance zéro face aux abus. Les autorités helvétiques démontrent qu’elles n’hésitent pas à radier une licence lorsque les manquements menacent la crédibilité globale du place financière.
Ce cas rappelle l’importance accrue des obligations de diligence depuis l’adoption de réglementations plus strictes post-crise financière et face aux tensions géopolitiques. Les banques privées, souvent exposées à une clientèle internationale diversifiée, doivent redoubler de vigilance pour identifier les bénéficiaires effectifs et les origines des fonds. Un seul manquement systémique peut suffire à entraîner la chute d’une institution entière.
Les employés de MBaer, environ soixante personnes, se retrouvent désormais dans une situation précaire. La liquidation implique la cessation progressive des activités, avec des liquidateurs nommés pour gérer le processus : des professionnels expérimentés chargés de protéger les créanciers et de réaliser les actifs de manière ordonnée. Les clients, quant à eux, devront transférer leurs avoirs vers d’autres établissements, un exercice potentiellement complexe dans un contexte de crise de confiance.
Pourquoi cette affaire dépasse le simple cas isolé
Au-delà des chiffres et des accusations, cette liquidation illustre les défis posés par les sanctions internationales dans un monde interconnecté. Les flux financiers ne s’arrêtent pas aux frontières, et les institutions suisses, du fait de leur rôle central dans la gestion transfrontalière de patrimoine, se trouvent en première ligne. Ignorer ou minimiser les listes de sanctions expose non seulement la banque concernée, mais l’ensemble de l’écosystème à des risques réputationnels et réglementaires majeurs.
Les autorités suisses et américaines coopèrent de plus en plus étroitement pour traquer les contournements. Ce partenariat transatlantique renforce l’efficacité des mesures, mais il met aussi en lumière les divergences potentielles dans l’approche de la conformité. Alors que la Suisse privilégie une supervision stricte mais proportionnée, les États-Unis déploient des outils coercitifs puissants pour protéger leur système financier.
Pour les observateurs du secteur, cette affaire pourrait marquer un tournant. Elle incite les banques restantes à réévaluer leurs portefeuilles clients, à renforcer leurs équipes de compliance et à investir massivement dans des technologies de surveillance des transactions. La tolérance pour les risques élevés diminue rapidement, et les institutions qui ne s’adaptent pas risquent de subir le même sort.
Les leçons à tirer pour l’avenir de la banque privée en Suisse
La chute de MBaer Merchant Bank rappelle que la croissance rapide n’est pas synonyme de solidité. Accepter un pourcentage élevé de clients à risque sans les contreparties adéquates en termes de contrôle transforme une opportunité en menace existentielle. Les dirigeants doivent prioriser la conformité au même titre que la performance commerciale.
Les clients fortunés, eux aussi, sont impactés. Ils recherchent stabilité et sécurité ; une liquidation forcée génère incertitude et oblige à des transferts précipités. Cela pourrait accélérer une concentration du marché vers les grandes institutions mieux armées pour gérer les exigences réglementaires actuelles.
Enfin, cette affaire souligne l’évolution du paysage géopolitique. Les sanctions contre la Russie, l’Iran et d’autres entités ne sont plus des mesures temporaires ; elles structurent durablement les flux financiers mondiaux. Les banques suisses doivent intégrer cette réalité dans leur stratégie quotidienne pour survivre dans un environnement de plus en plus hostile aux pratiques opaques.
En conclusion, la liquidation de MBaer Merchant Bank n’est pas seulement la fin d’une institution ; c’est un avertissement clair adressé à tout le secteur. La vigilance, la transparence et le respect scrupuleux des règles internationales ne sont plus des options, mais des impératifs absolus pour préserver la confiance et la pérennité de la place financière suisse.









