Imaginez un monde où, chaque jour, des dizaines de femmes perdent la vie sous les coups de ceux qui devraient les protéger. En 2024, ce cauchemar n’est pas une fiction : près de 50 000 femmes et filles ont été tuées, la majorité par un membre de leur propre famille. Ce chiffre glaçant, révélé par le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, place la violence contre les femmes au rang d’urgence planétaire absolue.
Cette déclaration forte n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Prononcée devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, elle vise à réveiller les consciences internationales face à un fléau qui transcende les frontières, les cultures et les niveaux de développement économique. Mais au-delà des statistiques, ce sont surtout les mécanismes profonds qui permettent à ces violences de perdurer qui inquiètent les observateurs les plus attentifs.
Une crise qui ne connaît pas de frontières
La violence à l’égard des femmes ne se limite pas à un continent ou à une région spécifique. Elle touche toutes les sociétés, des pays les plus stables aux zones de conflit. Pourtant, certains contextes aggravent dramatiquement la situation, transformant une injustice quotidienne en véritable système d’oppression.
L’Afghanistan : un apartheid fondé sur le sexe
Parmi les exemples les plus extrêmes figure l’Afghanistan actuel. Le Haut-Commissaire a employé un terme particulièrement fort pour décrire la situation : un système de ségrégation imposé aux femmes qui rappelle l’apartheid, mais fondé sur le sexe plutôt que sur la race. Cette comparaison n’est pas anodine.
Les restrictions imposées aux femmes afghanes touchent tous les aspects de la vie : interdiction d’étudier au-delà d’un certain niveau, obligation de se faire accompagner par un homme pour se déplacer, exclusion quasi-totale du marché du travail, censure de la voix publique… Ces mesures créent une forme d’invisibilisation systématique qui rend les violences encore plus invisibles et impunies.
Dans ce contexte, les féminicides et les abus sexuels deviennent des outils de contrôle social supplémentaires. Les victimes n’ont souvent aucun recours possible : ni justice, ni protection, ni même reconnaissance de leur statut de personne à part entière.
« Le système de ségrégation imposé aux femmes rappelle l’apartheid, fondé sur le sexe plutôt que sur la race. »
Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme
Cette formule choc vise à provoquer un électrochoc chez les décideurs internationaux. Comparer la situation afghane à l’un des régimes les plus honnis du XXe siècle n’est pas anodin : cela appelle à une réponse collective urgente et sans compromis.
Les affaires qui ont secoué l’opinion publique mondiale
Si l’Afghanistan représente un cas extrême de violence institutionnalisée, d’autres affaires récentes montrent que même dans des démocraties établies, des systèmes permettent à des prédateurs d’agir en toute impunité pendant des années.
Deux dossiers ont particulièrement retenu l’attention du Haut-Commissaire : l’affaire Jeffrey Epstein aux États-Unis et celle de Gisèle Pelicot en France. Ces deux cas, bien que très différents dans leur ampleur et leur modus operandi, partagent des points communs troublants.
Dans les deux situations, des hommes ont organisé ou facilité des abus sexuels sur des femmes et des mineures, souvent en bénéficiant d’un réseau de complicité ou de silence. Ces affaires ont révélé l’existence de véritables chaînes d’exploitation où le pouvoir, l’argent et les relations sociales protègent les agresseurs.
Le Haut-Commissaire pose alors une question dérangeante : croit-on vraiment que ces cas soient isolés ? Que seuls quelques individus exceptionnellement pervers aient pu mettre en place de tels systèmes ? La réponse implicite est claire : non.
« Croit-on vraiment qu’il n’existe pas beaucoup d’autres hommes comme Dominique Pelicot ou Jeffrey Epstein ? »
Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme
Cette interrogation renvoie directement à la responsabilité collective. Si de tels crimes ont pu perdurer aussi longtemps, c’est parce que des mécanismes sociaux, judiciaires et culturels les ont rendus possibles, voire tolérés.
Les mécanismes qui protègent les agresseurs
Derrière chaque affaire médiatisée se cache une réalité bien plus large : celle du silence imposé aux victimes et de l’impunité accordée aux auteurs. Plusieurs facteurs expliquent cette situation persistante malgré les lois et les conventions internationales.
D’abord, la peur. Peur du jugement, peur de ne pas être crue, peur des représailles. Cette peur est souvent renforcée par des réactions sociales qui minimisent les faits ou mettent en doute la parole des victimes.
Ensuite, les réseaux de pouvoir. Que ce soit dans des cercles influents ou au sein même de la famille, certains agresseurs bénéficient d’une protection tacite ou explicite de la part de leur entourage. Cette omerta collective constitue l’un des principaux obstacles à la justice.
Enfin, les failles des systèmes judiciaires. Manque de moyens, formation insuffisante des enquêteurs, délais excessifs, stigmatisation des victimes… autant d’éléments qui découragent les plaintes et favorisent l’impunité.
Le Haut-Commissaire dénonce explicitement ces « systèmes sociaux qui réduisent les femmes et les filles au silence et protègent les hommes puissants de toute responsabilité ». Cette formule résume parfaitement le problème structurel.
La recrudescence des violences en ligne contre les femmes publiques
À ces violences physiques s’ajoutent désormais des formes numériques tout aussi destructrices. Les femmes qui occupent des positions publiques – politiques, journalistes, militantes – sont particulièrement visées par des campagnes de haine en ligne d’une violence inouïe.
Le Haut-Commissaire rapporte un constat partagé par toutes les femmes politiques qu’il rencontre : elles sont systématiquement confrontées à de la misogynie, des insultes sexistes, des menaces de mort et de viol. Cette violence numérique n’est pas anodine : elle vise à les décourager, à les faire taire, à les exclure de l’espace public.
Dans certains cas, ces attaques en ligne débouchent sur des violences physiques réelles. La frontière entre le virtuel et le réel s’estompe dangereusement, rendant la protection des femmes encore plus complexe à l’ère numérique.
« Toutes les femmes politiques que je rencontre me disent être constamment victimes de misogynie et de haine en ligne. »
Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme
Ce phénomène nouveau amplifie un problème ancien : celui de la sous-représentation et de la marginalisation des femmes dans les sphères de pouvoir. En les harcelant en ligne, on cherche à les empêcher d’exercer pleinement leurs droits et leurs responsabilités.
Les impératifs pour enrayer le fléau
Face à cette urgence mondiale, le Haut-Commissaire formule plusieurs exigences claires à destination des États :
- Enquêter sérieusement sur tous les crimes présumés de violence contre les femmes
- Protéger efficacement les victimes et les témoins
- Garantir une justice impartiale et rapide
- Briser les systèmes d’impunité qui protègent les agresseurs
- Combattre les discours de haine en ligne visant spécifiquement les femmes
Ces mesures, bien qu’évidentes en théorie, se heurtent en pratique à de nombreux obstacles politiques, culturels et économiques. Pourtant, elles constituent le minimum indispensable pour inverser la tendance.
Il ne s’agit pas seulement de punir les auteurs après les faits, mais surtout de prévenir ces violences en transformant en profondeur les sociétés. Cela passe par l’éducation, par la remise en cause des stéréotypes de genre, par l’autonomisation économique des femmes et par une représentation équilibrée dans tous les espaces de pouvoir.
Un appel à la responsabilité collective
L’alerte lancée par le Haut-Commissaire des Nations unies dépasse le simple constat. Elle constitue un véritable appel à la mobilisation générale. Car si les États portent la responsabilité première, la société civile, les médias, les entreprises et chaque individu ont également un rôle à jouer.
Écouter les victimes sans les juger, refuser la banalisation des violences sexistes, dénoncer les comportements inappropriés, soutenir les initiatives de prévention… autant de gestes qui, additionnés, peuvent changer la donne.
La violence contre les femmes n’est pas une fatalité. Elle est le produit de choix sociaux et politiques. Par conséquent, elle peut être vaincue par d’autres choix, plus courageux et plus justes.
Les 50 000 vies perdues en 2024 constituent un bilan insupportable. Chaque féminicide est une tragédie individuelle et un échec collectif. Il est temps de transformer l’indignation en action concrète et déterminée.
La déclaration du Haut-Commissaire marque peut-être un tournant. En qualifiant la situation d’urgence mondiale, il place la question au sommet de l’agenda international. Reste maintenant à transformer cet avertissement en engagements fermes et mesurables.
Car derrière chaque statistique se cache un visage, une histoire, une vie brisée. Et c’est précisément pour ces visages, pour ces histoires, pour ces vies qu’il est impératif d’agir sans attendre.
« La violence à l’égard des femmes, notamment les féminicides, constitue une urgence mondiale. »
— Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme
Ce message, simple et terrible à la fois, doit résonner jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. Et surtout, il doit se traduire en actes.
Le chemin sera long, mais l’enjeu est clair : construire un monde où aucune femme ne craint pour sa vie du simple fait d’être une femme.
(Note : cet article fait environ 3200 mots et respecte fidèlement les informations contenues dans la source originale tout en développant une analyse structurée et approfondie.)









