La mort d’El Mencho : un coup dur pour le cartel, mais pas la fin
La disparition d’El Mencho représente sans doute une victoire significative pour les autorités mexicaines. Pourtant, de nombreux observateurs estiment que ce succès pourrait être de courte durée. Le vrai test pour le gouvernement réside dans la capacité à gérer les conséquences immédiates et à prévenir une escalade incontrôlable. Le CJNG a prouvé sa résilience en coordonnant des actions simultanées dans une vingtaine d’États, semant la peur et le chaos en quelques heures seulement.
Cette réaction rapide et organisée souligne la structure hiérarchique et la discipline du cartel. Dirigé d’une main ferme par El Mencho pendant des années, le groupe compte des dizaines de milliers de membres et dispose de ressources considérables. La perte du chef suprême ouvre un vide que plusieurs factions pourraient chercher à combler, avec le risque d’affrontements internes violents.
Une démonstration de force immédiate et coordonnée
Peu après l’annonce de la mort d’El Mencho, le CJNG a lancé une série d’attaques synchronisées. Des voitures, des commerces et même des institutions bancaires ont été incendiés dans plusieurs régions. Ces actes visaient clairement à envoyer un message fort : le cartel n’est pas affaibli, il reste capable de paralyser des pans entiers du pays. Cette stratégie de terreur tactique vise autant les autorités que les rivaux criminels, pour dissuader toute tentative d’appropriation de territoires ou de marchés.
Les experts soulignent que cette réponse n’est pas improvisée. Elle reflète la capacité du CJNG à mobiliser rapidement ses cellules dans tout le pays. En agissant de manière synchrone, l’organisation met les forces de sécurité dans une position délicate, forçant le déploiement massif de troupes pour contenir les débordements.
Le cartel génère une sorte de terrorisme tactique, avec une grande capacité à semer la terreur de façon coordonnée.
Cette citation d’un spécialiste en sécurité nationale illustre parfaitement la menace persistante. Même décapité, le CJNG conserve une structure qui lui permet de frapper fort et vite.
Le vide du pouvoir : vers une transition pacifique ou une guerre interne ?
El Mencho dirigeait le CJNG de manière très verticale et centralisée. Sa mort laisse un vide immense au sommet de l’organisation. La question cruciale est de savoir si une transition négociée aura lieu entre les principaux lieutenants, ou si une lutte fratricide éclatera pour le contrôle.
Dans les cartels de cette envergure, on distingue souvent un pôle financier et un pôle opérationnel, avec les sicarios chargés des exécutions. Les financiers détiennent les fonds, tandis que les exécutants contrôlent la violence. Une négociation pourrait s’imposer : éliminer le financier priverait les sicarios de ressources, et inversement. Cela pourrait favoriser un accord temporaire pour éviter l’effondrement.
Mais rien n’est garanti. Des tensions internes pourraient surgir rapidement, surtout si plusieurs prétendants se disputent le trône. Le cartel a déjà connu des évolutions familiales dans sa direction, mais la perte du leader charismatique change la donne.
Qui pourrait succéder à El Mencho ?
Plusieurs noms circulent comme potentiels successeurs. Parmi eux, le gendre d’El Mencho a été mentionné par des sources américaines comme un candidat sérieux. Il aurait joué un rôle clé dans l’importation de précurseurs chimiques via un port stratégique sur la côte pacifique, essentiels à la production de fentanyl et d’autres substances destinées au marché nord-américain.
D’autres figures pourraient entrer en lice. Après la condamnation à perpétuité aux États-Unis du fils aîné d’El Mencho, certains ont évoqué son ex-épouse ou ses filles comme possibles héritières. Cependant, le machisme profondément ancré dans ces organisations rend improbable l’acceptation d’une direction féminine. Les membres n’accepteraient pas facilement de recevoir des ordres d’une femme, selon d’anciens agents spécialisés dans la lutte antidrogue.
La liste des prétendants inclut probablement deux à trois autres hauts responsables, chacun avec ses alliances et ses ressources. La désignation d’un successeur pourrait avoir été anticipée par El Mencho lui-même pour préserver la cohésion du groupe. Si c’est le cas, une transition fluide serait plus probable.
Les implications pour la sécurité nationale mexicaine
Le gouvernement a réagi en déployant des milliers de militaires dans l’État de Jalisco et d’autres régions affectées. L’armée semble en mesure de contenir la situation à court terme, mais le défi reste immense. Le CJNG contrôle des zones stratégiques, notamment sur la côte pacifique et le long d’autoroutes clés reliant le centre du pays à l’ouest et au nord.
La stabilité de ces corridors est vitale pour l’économie et la sécurité. Toute perturbation prolongée pourrait avoir des répercussions graves, surtout avec des événements internationaux à venir. L’État de Jalisco, et sa capitale Guadalajara en particulier, accueillera des matchs de la Coupe du monde de football en 2026. Les autorités doivent absolument éviter que la violence ne s’étende jusqu’à cette période critique.
Les experts insistent sur l’urgence d’agir rapidement pour neutraliser les menaces potentielles. Une opération réussie comme celle qui a éliminé El Mencho est une victoire symbolique pour la présidente et les forces armées. Mais si les retombées ne sont pas maîtrisées, cela pourrait se retourner contre le pouvoir en place et fragiliser la confiance de la population.
Un message clair aux rivaux et aux autorités
La riposte du CJNG envoie un signal fort : même sans son chef historique, l’organisation conserve une puissance redoutable. En multipliant les actes de violence, elle cherche à dissuader les cartels concurrents de profiter de la situation pour grignoter des parts de marché ou des territoires. Ce message s’adresse aussi directement au gouvernement, pour le mettre en garde contre toute nouvelle offensive.
La population, terrorisée par ces événements, mesure l’ampleur du problème. Les images de villes en proie au chaos rappellent que le crime organisé reste une menace omniprésente. Malgré les efforts des autorités, la lutte contre ces groupes puissants est loin d’être terminée.
Perspectives à moyen et long terme
La mort d’El Mencho pourrait affaiblir temporairement le CJNG, mais les structures criminelles de cette taille survivent souvent à la perte d’un leader. L’organisation a démontré une capacité d’adaptation remarquable au fil des ans, en s’étendant bien au-delà des frontières mexicaines. Le trafic de drogues, en particulier le fentanyl, continue de générer des milliards et alimente la machine.
Pour les autorités, l’enjeu est de capitaliser sur ce coup dur pour démanteler davantage le cartel. Cela passe par des opérations ciblées contre les lieutenants, les infrastructures logistiques et les flux financiers. Une coordination internationale reste essentielle, surtout avec les États-Unis, principal marché de consommation.
En attendant, le pays retient son souffle. La violence post-mortem d’El Mencho rappelle cruellement que éliminer un chef ne suffit pas toujours à briser un empire criminel. Le futur du CJNG dépendra de sa capacité à se réorganiser rapidement, tandis que le gouvernement devra prouver qu’il peut imposer l’ordre sans laisser le chaos s’installer durablement.
Les prochains jours et semaines seront décisifs. Si une lutte interne éclate, le Mexique pourrait connaître une période de turbulences intenses. À l’inverse, une succession ordonnée maintiendrait le statu quo, avec une menace persistante mais contenue. Dans tous les cas, cet épisode marque un tournant dans la lutte contre le narcotrafic au Mexique.
La population espère que cette opération portera ses fruits à long terme, en réduisant l’emprise des cartels sur la vie quotidienne. Mais pour l’instant, la peur domine, et chacun guette les prochains mouvements de cette organisation puissante et imprévisible.









