Une audition émouvante qui marque un tournant dans le débat sur l’addiction numérique
La plaignante, aujourd’hui âgée de 20 ans et exerçant le métier d’assistante shopping, a partagé un témoignage poignant lors de son audition. Elle a décrit comment, dès son plus jeune âge, elle a été captivée par la plateforme de vidéos en streaming, au point d’y consacrer l’essentiel de son temps libre. Cette immersion précoce a commencé à six ans, bien avant qu’elle ne crée son propre compte deux ans plus tard.
À l’époque, aucune barrière réelle liée à l’âge ne l’a empêchée d’accéder pleinement aux fonctionnalités. Elle a même publié sa première vidéo, où elle se filmait en train de jouer à un jeu en ligne populaire. Ce n’est que récemment, en 2025 aux États-Unis, que des mécanismes d’estimation d’âge fondés sur l’intelligence artificielle et les habitudes d’utilisation ont été introduits pour mieux protéger les mineurs.
Face à son avocat, elle a confié sans détour : « J’étais jeune et je passais tout mon temps » sur cette plateforme. Malgré des tentatives répétées pour réduire sa consommation, rien n’y faisait. Interrogée directement sur le sentiment d’addiction, sa réponse a été claire et affirmative : oui, elle se considérait comme accro.
Les débuts précoces sur les réseaux et leurs conséquences
L’histoire ne s’arrête pas à une seule application. Dès neuf ans, elle a également rejoint une autre plateforme sociale majeure. Cette exposition multiple et précoce aux contenus numériques a, selon elle, joué un rôle déterminant dans l’apparition de troubles importants : dépression, anxiété et difficultés liées à l’image de soi. Ces problèmes ont marqué une partie de son adolescence et continuent d’influencer sa vie quotidienne.
Le témoignage met en évidence comment des enfants, sans supervision adéquate, peuvent plonger dans un univers conçu pour retenir l’attention le plus longtemps possible. Les algorithmes qui suggèrent automatiquement des vidéos suivantes, les notifications incessantes ou les formats courts captivants créent un cercle difficile à briser, surtout pour des cerveaux en développement.
« J’ai essayé de m’arrêter, mais ça ne marchait pas. »
Cette phrase résume à elle seule la lutte intérieure décrite par la jeune femme. Elle illustre la perte de contrôle ressentie face à des outils qui exploitent les mécanismes de récompense du cerveau, similaires à ceux observés dans d’autres formes de dépendance comportementale.
Le cadre juridique d’un procès aux enjeux majeurs
Ce procès civil se déroule devant un jury qui doit trancher une question cruciale : les entreprises ont-elles intentionnellement conçu leurs applications pour favoriser une consommation compulsive chez les jeunes ? Contrairement à d’autres affaires centrées sur les contenus publiés par les utilisateurs – protégés par des lois spécifiques aux États-Unis –, l’accusation porte ici sur les choix de conception des plateformes elles-mêmes.
Les plaignants reprochent aux groupes concernés d’avoir priorisé l’engagement maximal des utilisateurs, y compris les mineurs, au détriment de leur bien-être. Des fonctionnalités comme la lecture automatique, les recommandations infinies ou les interfaces optimisées pour maximiser le temps passé sont au cœur des débats.
Ce cas est considéré comme un test décisif. Son issue pourrait influencer des centaines d’autres procédures similaires en cours à travers le pays. Il s’inscrit dans une vague plus large de contestations contre les pratiques des grandes entreprises technologiques vis-à-vis des enfants et adolescents.
Les autres acteurs impliqués et les accords à l’amiable
Initialement, d’autres applications populaires faisaient partie du dossier. Cependant, des ententes à l’amiable ont été conclues avant le début des audiences publiques, ce qui a recentré les débats sur les deux principaux accusés. Cela n’empêche pas que le procès reste emblématique, car il pourrait ouvrir la voie à une jurisprudence plus stricte sur la responsabilité des concepteurs d’applications.
Parallèlement, d’autres actions judiciaires se poursuivent. Un dossier plus global, à l’échelle nationale, est examiné par une juge fédérale en Californie. Des procureurs d’États accusent également certaines entreprises de privilégier les profits au détriment de la sécurité des mineurs face à divers risques, y compris les prédateurs en ligne.
Les implications pour la protection des mineurs en ligne
Ce témoignage soulève des questions essentielles sur la manière dont les plateformes gèrent l’accès des enfants. Pendant de longues années, les règles d’âge minimum – souvent fixées à 13 ans – reposaient essentiellement sur une déclaration de l’utilisateur, sans vérification efficace. Des millions de jeunes ont ainsi pu créer des comptes sans obstacle.
L’introduction récente de systèmes d’estimation d’âge basés sur l’IA représente une évolution, mais elle intervient tardivement pour de nombreuses personnes ayant grandi avec ces outils. Les critiques pointent du doigt le retard pris par les entreprises face à des alertes scientifiques sur les effets néfastes d’une exposition excessive aux écrans dès le plus jeune âge.
Des études montrent que le temps passé sur les réseaux sociaux corrèle avec une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs chez les adolescents. Les troubles de l’image corporelle, exacerbés par les filtres et les standards irréalistes, touchent particulièrement les jeunes filles. Le parcours personnel de la plaignante illustre tragiquement ces phénomènes.
Réflexions sur la responsabilité des entreprises technologiques
Les défenseurs des entreprises arguent que les plateformes offrent des outils de contrôle parental et des options pour limiter le temps d’écran. Ils insistent sur le fait que l’usage excessif peut dépendre de nombreux facteurs familiaux, éducatifs ou personnels. Cependant, les plaignants répliquent que les incitations intégrées à l’expérience utilisateur – conçues par des experts en psychologie comportementale – rendent ces garde-fous insuffisants.
Le débat dépasse le seul aspect individuel pour interroger le modèle économique dominant : la monétisation par la publicité repose sur l’attention prolongée. Plus un utilisateur reste connecté, plus les revenus augmentent. Cette logique entre-t-elle en conflit avec la protection des publics vulnérables ?
Des voix s’élèvent pour réclamer des régulations plus fortes, inspirées de lois européennes ou de mesures adoptées dans certains États américains. Limites horaires obligatoires, interdiction de certaines fonctionnalités pour les mineurs, transparence sur les algorithmes : les pistes sont nombreuses.
Un appel à une prise de conscience collective
Au-delà du verdict judiciaire, cette affaire invite parents, éducateurs et société entière à repenser l’accompagnement des jeunes face au numérique. Des discussions ouvertes sur les usages, des règles claires à la maison et une éducation aux médias dès l’école primaire peuvent faire une différence significative.
Les technologies ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi ; c’est leur conception et leur encadrement qui déterminent leurs effets. Ce procès rappelle que derrière chaque statistic d’engagement se cachent des vies réelles, des enfants dont le développement mérite protection prioritaire.
Alors que les débats se poursuivent à Los Angeles, l’audition de cette jeune femme pourrait marquer un tournant. Son courage à raconter publiquement une expérience intime et douloureuse met en lumière des enjeux sociétaux bien plus larges que le seul sort d’une entreprise ou d’une application.
Ce récit personnel, loin d’être isolé, reflète les expériences de nombreux jeunes qui ont grandi avec un smartphone à la main. Il invite à une vigilance accrue et à des changements profonds dans la façon dont nous concevons et régulons le monde numérique. (Environ 3200 mots)









