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Uruguay et Argentine Ratifiant l’Accord UE-Mercosur en Premier

L'Uruguay et l'Argentine viennent de ratifier en premier l'accord UE-Mercosur, créant une immense zone de libre-échange. Mais l'Europe hésite, saisie de la CJUE... Que va-t-il se passer ensuite pour ce traité historique ?

L’accord UE-Mercosur, signé le 17 janvier 2026 à Asuncion après plus de 25 ans de négociations intenses, marque un tournant majeur dans les relations commerciales internationales. Imaginez un espace économique réunissant près de 700 millions de consommateurs et représentant environ 30 % du PIB mondial : c’est précisément ce que promet ce partenariat ambitieux entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). Alors que l’Europe hésite encore, freinée par des oppositions internes et une procédure judiciaire en cours, deux nations sud-américaines ont franchi le pas décisif : l’Uruguay et l’Argentine sont devenus les premiers à ratifier pleinement cet accord historique.

Un pas décisif du côté sud-américain

Jeudi dernier, les parlements uruguayen et argentin ont successivement approuvé le texte, envoyant un message clair : le Mercosur est prêt à avancer rapidement vers une ouverture économique accrue avec l’Europe. Cette double ratification rapide contraste fortement avec les atermoiements observés de l’autre côté de l’Atlantique.

En Uruguay, le processus a été exemplaire par sa fluidité. Le Sénat a donné son feu vert à l’unanimité dès mercredi, suivi le lendemain d’un vote massif à la Chambre des députés : 91 voix pour et seulement deux contre. Ce consensus large reflète une conviction partagée sur les bénéfices attendus pour l’économie nationale.

Moins de deux heures après ce résultat, l’Argentine emboîtait le pas. Au Sénat, 69 sénateurs ont voté en faveur, contre trois seulement. Ce soutien massif, dans un contexte politique souvent polarisé, souligne l’urgence ressentie par les autorités pour concrétiser cet accord.

Les déclarations officielles qui marquent les esprits

Le président argentin n’a pas caché son enthousiasme. Sur les réseaux sociaux, il a proclamé que l’ouverture commerciale équivaut à prospérité. Dans un communiqué officiel, il a insisté sur les opportunités de développement économique, d’accès élargi aux marchés, d’attractivité pour les investissements et de renforcement de la compétitivité nationale.

Ouverture = prospérité

Le président argentin

Du côté uruguayen, le ministre des Affaires étrangères a qualifié cette ratification d’étape historique. Il a présenté l’accord comme un signal fort adressé à l’Europe, affirmant qu’il passe désormais du stade du débat à celui de la construction concrète. Il a toutefois tempéré en reconnaissant que la mise en œuvre ne sera probablement pas sans obstacles.

un signal pour l’Europe

Le ministre uruguayen des Affaires étrangères

L’avancée dans les autres pays du Mercosur

Le mouvement ne s’arrête pas là. Au Brésil, les députés ont déjà donné leur approbation à une large majorité. Il reste désormais au Sénat brésilien de se prononcer, même si aucune date précise n’a encore été fixée pour ce débat crucial.

Au Paraguay, le texte devrait être soumis au Parlement dès la reprise des sessions, prévue pour le 1er mars. Ces avancées rapides au sein du bloc sud-américain traduisent une volonté commune d’accélérer le processus et de ne pas laisser l’Europe trouver des prétextes pour tergiverser davantage.

Des analystes soulignent que cette hâte vise précisément à démontrer l’engagement ferme du Mercosur. En ratifiant promptement, ces pays espèrent créer une dynamique irrésistible et pousser les instances européennes à suivre le mouvement sans délai supplémentaire.

Les enjeux économiques majeurs de cet accord

Ce partenariat commercial crée l’une des plus vastes zones de libre-échange de la planète. En supprimant les droits de douane sur plus de 90 % des échanges bilatéraux, il ouvre des perspectives considérables pour les deux continents.

Pour l’Union européenne, l’accord facilite l’exportation de voitures, de machines industrielles, de vins et de spiritueux vers un marché sud-américain en pleine croissance. Ces secteurs, souvent confrontés à des barrières tarifaires élevées, pourraient connaître un essor significatif.

En sens inverse, les pays du Mercosur bénéficient d’un accès facilité pour leurs produits agricoles phares : viande bovine, volaille, sucre, riz, miel et soja. Ces exportations, souvent taxées lourdement à l’entrée en Europe, deviendraient beaucoup plus compétitives.

Les promesses pour l’Argentine en particulier

Les autorités argentines mettent en avant des projections ambitieuses. Selon leurs estimations, les exportations vers l’Europe pourraient augmenter de 76 % en cinq ans grâce à cet accord. Une liste impressionnante de produits passerait à taxation zéro : viande, vin, calamars, agrumes, et bien d’autres encore.

La cheffe du groupe parlementaire soutenant le gouvernement a insisté sur des opportunités concrètes, mesurables et immédiates. Elle a décrit cet accord comme une porte ouverte vers une croissance accélérée pour les secteurs exportateurs.

Les craintes et les oppositions en Europe

De l’autre côté de l’océan, le tableau est plus nuancé. De nombreux agriculteurs européens expriment leur vive inquiétude face à l’arrivée massive de produits sud-américains à prix plus bas. Ils pointent du doigt des normes environnementales et sanitaires potentiellement moins strictes, ainsi qu’un manque de contrôles efficaces.

Ces préoccupations ont conduit le Parlement européen à saisir la Cour de justice de l’UE le 21 janvier. Cette procédure vise à vérifier la conformité de l’accord avec les traités européens. Elle suspend le processus de ratification pour une durée estimée à un an et demi, créant un blocage temporaire.

Cependant, la Commission européenne conserve la possibilité d’appliquer l’accord de manière provisoire en attendant. Cette option reste sur la table, soutenue notamment par l’Allemagne et l’Espagne, tandis que la France se montre farouchement opposée en raison des risques pour son agriculture.

Des mesures de protection déjà adoptées

Pour apaiser ces craintes, le Parlement européen a intégré des clauses de sauvegarde spécifiques. Ces mécanismes visent à protéger les filières sensibles comme le bœuf, la volaille ou le sucre en cas de perturbations trop importantes sur les marchés.

Ces dispositions constituent une réponse concrète aux demandes des organisations agricoles. Elles permettent théoriquement de limiter les importations excessives et de préserver un équilibre pour les producteurs européens.

Perspectives et analyses d’experts

Des observateurs internationaux estiment que l’empressement du Mercosur à ratifier vise explicitement à ôter tout prétexte à l’Europe pour reporter ou bloquer l’application. Un expert argentin en relations internationales explique que cette stratégie renforce la pression sur Bruxelles.

Un autre analyste décrit les économies du Mercosur comme traditionnellement très fermées. Pour lui, cet accord représente une revitalisation majeure, en s’ouvrant à une économie européenne très complémentaire. Il souligne la compatibilité entre les deux zones.

Dans le contexte argentin actuel, favorable à une ouverture maximale, cet accord s’inscrit dans une stratégie plus large. Le gouvernement a récemment annoncé un partenariat commercial et d’investissement avec les États-Unis, axé sur la réduction réciproque des barrières douanières.

Cette politique d’ouverture tous azimuts vise à stimuler la croissance en brisant l’isolement économique passé. Elle positionne le pays comme un acteur plus actif sur la scène mondiale.

Les défis à venir pour une entrée en vigueur complète

Malgré ces avancées rapides au Mercosur, plusieurs étapes restent nécessaires. La Cour de justice de l’UE doit rendre son avis, ce qui pourrait prendre du temps. Le Parlement européen devra ensuite donner son consentement, et chaque État membre ratifier individuellement.

Cette complexité institutionnelle européenne contraste avec la rapidité observée en Amérique du Sud. Elle explique en partie les appels pressants des dirigeants sud-américains à une adoption tout aussi rapide de l’autre côté de l’Atlantique.

En attendant, la possibilité d’application provisoire reste une carte maîtresse. Si activée après la ratification d’au moins un pays du Mercosur, elle permettrait de bénéficier des avantages commerciaux sans attendre la ratification complète.

Cet accord ne se limite pas à des considérations purement économiques. Il porte aussi une dimension géopolitique forte. Face à la concurrence chinoise grandissante et aux tensions commerciales avec les États-Unis, il offre à l’Europe une opportunité de diversifier ses partenariats et de renforcer sa présence en Amérique latine.

Pour les pays du Mercosur, il représente une chance de moderniser leurs économies, d’attirer des investissements européens et de s’intégrer davantage dans les chaînes de valeur mondiales. Les enjeux dépassent largement le cadre bilatéral pour toucher à l’équilibre mondial du commerce.

Les prochains mois seront déterminants. La dynamique créée par les ratifications uruguayenne et argentine pourrait accélérer le mouvement au Brésil et au Paraguay. De son côté, l’Europe devra trancher entre prudence agricole et ambitions stratégiques globales.

Ce partenariat, s’il aboutit pleinement, redessinera les flux commerciaux entre deux continents aux complémentarités évidentes. Il pourrait devenir un modèle pour d’autres accords ambitieux à venir, prouvant qu’une coopération approfondie reste possible malgré les divergences.

En conclusion, alors que l’Uruguay et l’Argentine ouvrent la voie, la balle est désormais dans le camp européen. Le signal envoyé depuis l’Amérique du Sud est limpide : il est temps de passer à l’action pour concrétiser ce projet vieux de plus d’un quart de siècle.

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