Une nuit qui change tout : le récit des faits présumés
Dans la nuit du 25 au 26 février 2023, une jeune femme de 24 ans se rend au domicile d’Achraf Hakimi à Boulogne-Billancourt, après avoir fait sa connaissance via les réseaux sociaux quelques jours plus tôt. Ce qui commence comme une rencontre apparemment consensuelle bascule rapidement selon la plaignante. Elle décrit des gestes non désirés, des attouchements sur les seins malgré ses protestations, puis une pénétration digitale forcée. Paniquée, elle envoie des messages désespérés à une amie pour qu’elle vienne la chercher rapidement.
Les échanges écrits, survenus en temps réel, constituent un élément central du dossier. La jeune femme exprime sa peur et son refus clair : des phrases comme « C’est un forceur » ou « La vie de ma mère, il m’a violée » traduisent un état de choc immédiat. Elle quitte les lieux précipitamment et attend dehors l’arrivée de son amie. Le lendemain, elle se présente au commissariat non pas pour porter plainte formellement au départ, mais pour signaler les faits, ce qui déclenche une enquête préliminaire transmise ensuite au parquet compétent.
De son côté, Achraf Hakimi a toujours fermement nié toute forme d’agression sexuelle. Il affirme que la soirée s’est limitée à des baisers consentis, sans aller plus loin, et qu’il a respecté le refus explicite de la jeune femme d’aller plus loin dans l’intimité. Selon lui, aucun attouchement sur les parties intimes n’a eu lieu, et il évoque même une possible tentative de racket ou de manipulation.
Le témoignage inattendu de Kylian Mbappé
Parmi les éléments qui ont pesé dans la balance judiciaire figure une déclaration surprenante venue d’une source proche du joueur : son ami et ancien coéquipier Kylian Mbappé. Entendu comme témoin en avril 2023, ce dernier rapporte avoir discuté avec Hakimi le soir des faits. Le joueur lui aurait confié avoir eu des caresses mutuelles sur des parties intimes, sans percevoir de refus de la part de la jeune femme. Cette phrase contredit directement la version défendue par Hakimi lors des auditions, où il nie tout contact de ce type.
La justice a retenu cette contradiction comme un indice important. Même si Mbappé a par ailleurs défendu la moralité de son ami, en insistant sur son respect des femmes et son comportement exemplaire, ces mots ont créé un doute sérieux sur la cohérence de la ligne de défense. Le parquet et la juge d’instruction ont considéré que cela renforçait les déclarations de la plaignante, jugées circonstanciées et cohérentes tout au long de la procédure.
Ce témoignage, bien qu’issu d’un soutien de poids, a paradoxalement fragilisé la position du défenseur marocain. Il illustre comment même les déclarations amicales peuvent se retourner contre l’accusé dans un dossier aussi sensible.
Le parcours judiciaire : de la mise en examen au renvoi en procès
L’enquête a duré trois ans, marquée par une instruction disputée. Mis en examen en mars 2023 pour viol, Achraf Hakimi a été placé sous contrôle judiciaire. Une confrontation entre les deux parties a eu lieu en décembre 2023, sans aboutir à un rapprochement des versions. Le parquet a requis en août 2025 le renvoi devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine, estimant que les preuves étaient suffisantes pour justifier un procès.
En février 2026, la juge d’instruction suit cette réquisition dans une ordonnance de 21 pages. Elle évoque une contrainte morale exercée pour obtenir des actes de pénétration, et liste plusieurs éléments à charge : les messages envoyés en direct, l’absence de motivation financière ou vindicative chez la plaignante, et les incohérences dans les déclarations du joueur. L’avocate de la victime parle d’un soulagement après trois ans de combat, tandis que la défense annonce un appel immédiat, dénonçant une décision basée sur une simple accusation.
Le joueur, aujourd’hui âgé de 27 ans et vice-capitaine du PSG, a réagi publiquement : il conteste fermement les faits et attend le procès pour faire éclater la vérité. Malgré la gravité de la situation, il a été maintenu dans le groupe pour des matchs importants, illustrant la présomption d’innocence appliquée par son club.
Les implications pour le football et la société
Cette affaire dépasse largement le cadre sportif. Elle pose des questions cruciales sur le consentement, la parole des victimes dans des contextes impliquant des personnalités publiques, et les défis des enquêtes longues sur des faits intimes. Dans le monde du football, où les stars sont scrutées en permanence, ce type de dossier peut avoir des répercussions sur l’image, les sponsors et la carrière.
Achraf Hakimi, champion d’Afrique et figure respectée au Maroc, voit son parcours judiciaire influencer la perception publique. Certains supporters restent fidèles, arguant que la présomption d’innocence doit primer ; d’autres appellent à une prise en compte sérieuse des accusations de violences sexuelles. Le procès à venir sera déterminant pour clarifier les faits et apaiser les débats.
La justice française, en renvoyant l’affaire devant une cour criminelle, reconnaît la gravité potentielle des faits. Cela signifie que le dossier dépasse le stade d’une simple plainte et entre dans une phase où des jurés citoyens seront appelés à trancher. La date exacte reste inconnue, mais l’enjeu est immense pour toutes les parties impliquées.
Analyse des éléments à charge et à décharge
Du côté de la plaignante, plusieurs points renforcent sa crédibilité aux yeux de la justice :
- Les messages envoyés en temps réel, exprimant peur et refus clair.
- L’absence de demande financière ou de vengeance apparente.
- Des déclarations constantes depuis le début, sans revirement majeur.
Pour la défense :
- Le refus initial de porter plainte formelle et de se soumettre à certains examens.
- La version du joueur sur une soirée limitée à des baisers.
- L’absence de preuves physiques irréfutables immédiates.
Ces éléments opposés montrent la complexité du dossier. La justice a privilégié la nécessité d’un débat contradictoire public pour trancher.
Réactions et perspectives futures
L’avocate de la plaignante a salué une décision qui reconnaît enfin la parole de sa cliente après des années d’investigations. Elle insiste sur le fait que l’accusation repose sur bien plus qu’une simple parole. De l’autre côté, la défense dénonce des calomnies et prépare l’appel, espérant renverser l’ordonnance.
Pour Achraf Hakimi, ce renvoi représente un coup dur, mais il maintient sa sérénité publique. Le procès permettra peut-être de lever le voile sur une affaire qui hante le football français depuis trop longtemps. En attendant, la présomption d’innocence reste de mise, et seul le verdict final pourra clore ce chapitre douloureux.
Cette histoire rappelle que dans les affaires de violences sexuelles, le chemin vers la vérité est souvent long et semé d’embûches. Elle invite à une réflexion collective sur le respect, le consentement et la justice, dans un monde où les projecteurs médiatiques amplifient chaque rebondissement.









