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Coinbase Défie les Limites sur les Stablecoins au Royaume-Uni

Le PDG de Coinbase tire la sonnette d’alarme : les plafonds envisagés sur les stablecoins au Royaume-Uni pourraient coûter cher à la City. 80 000 signatures déjà pour une pétition… et si le seuil des 100 000 était atteint ?

Imaginez un instant : vous détenez des stablecoins, ces actifs numériques stables qui facilitent les transactions rapides et peu coûteuses à travers le monde. Soudain, une règle vous annonce que vous ne pouvez plus en posséder au-delà d’un certain montant. Absurde ? C’est pourtant la direction que semble prendre la réglementation britannique, au grand dam de l’un des acteurs les plus influents de l’industrie crypto.

Le patron de Coinbase, figure incontournable du secteur, a récemment exprimé son inquiétude face aux propositions de la Banque d’Angleterre concernant les stablecoins. Selon lui, ces restrictions risquent de transformer Londres, berceau historique de la finance mondiale, en simple spectateur d’une révolution numérique qu’elle pourrait pourtant piloter.

Quand la prudence réglementaire devient un frein à l’innovation

Les stablecoins occupent aujourd’hui une place centrale dans l’écosystème des cryptomonnaies. Avec une capitalisation globale dépassant les 180 milliards de dollars, ils servent de pont entre la finance traditionnelle et l’univers blockchain. Leur stabilité, généralement adossée au dollar américain, en fait des outils incontournables pour les paiements transfrontaliers, le trading décentralisé et même la préservation de valeur dans des contextes inflationnistes.

Mais voilà : la Banque d’Angleterre peaufine actuellement un cadre légal destiné à encadrer ces actifs. Parmi les mesures les plus controversées figurent des plafonds de détention : environ 20 000 livres sterling pour les particuliers et 10 millions pour les entreprises. Des montants qui, dans le contexte actuel du marché, paraissent dérisoires à de nombreux observateurs.

Brian Armstrong sort du silence… et de ses gonds

Dans une publication très remarquée sur le réseau X, le dirigeant de Coinbase n’a pas mâché ses mots. Il rappelle que le Royaume-Uni a toujours su se positionner comme un centre névralgique de la finance mondiale grâce à sa capacité à attirer les talents et les capitaux par une approche équilibrée entre protection et ouverture.

« Le Royaume-Uni a une longue histoire d’être un hub financier », écrit-il, avant d’ajouter que l’adoption massive des technologies blockchain est désormais indispensable pour rester dans la course. Selon lui, les autres grandes juridictions avancent à grands pas pour proposer des environnements réglementaires clairs et attractifs. Rester à la traîne serait une erreur stratégique majeure.

« Embrasser l’innovation blockchain est crucial alors que d’autres juridictions bougent rapidement pour établir des cadres crypto plus clairs. »

Cette sortie intervient à un moment où la concurrence internationale s’intensifie. Les États-Unis débattent toujours de textes majeurs comme le Clarity Act, tandis que l’Union européenne a déjà adopté le règlement MiCA, offrant un cadre relativement prévisible pour les émetteurs et utilisateurs de stablecoins.

Une pétition qui gagne du terrain

Face à ces propositions jugées restrictives, une mobilisation citoyenne a vu le jour via l’organisation Stand With Crypto UK. La pétition en ligne réclame un assouplissement significatif des règles envisagées et interpelle directement les décideurs politiques.

En quelques jours seulement, le texte a recueilli plus de 80 000 signatures. Un chiffre impressionnant qui place la mobilisation à un souffle du seuil symbolique des 100 000 paraphes. À ce niveau, la Chambre des communes se verrait dans l’obligation d’examiner la question et de programmer un débat parlementaire dédié.

Ce type d’initiative citoyenne démontre que le sujet dépasse largement le cercle restreint des passionnés de cryptomonnaies. De plus en plus d’utilisateurs, d’entrepreneurs et même d’investisseurs institutionnels perçoivent ces plafonds comme une menace directe à la croissance du secteur au Royaume-Uni.

Pourquoi ces plafonds inquiètent-ils autant ?

Pour comprendre l’opposition farouche à ces limitations, il faut se pencher sur l’usage réel des stablecoins aujourd’hui. Contrairement à une idée reçue, ils ne servent pas uniquement à spéculer. Voici quelques cas d’usage concrets qui pourraient être lourdement impactés :

  • Paiements transfrontaliers instantanés et à faible coût pour les entreprises exportatrices
  • Rémunération de freelances internationaux en devises stables
  • Gestion de trésorerie d’entreprise dans un contexte de volatilité des monnaies locales
  • Accès à la DeFi pour les particuliers et les institutions
  • Transferts familiaux vers des pays à forte instabilité monétaire
  • Sauvegarde de valeur pour les épargnants dans des économies hyper-inflationnistes

Avec un plafond individuel fixé autour de 20 000 £, nombre de ces usages deviennent tout simplement impossibles ou extrêmement contraignants. Un freelance qui reçoit régulièrement des paiements en USDC ou en USDT pourrait rapidement se retrouver bloqué. Une PME qui opère à l’international verrait ses flux de trésorerie gelés au-delà d’un certain seuil.

Le paradoxe de la protection systémique

Les autorités britanniques justifient ces mesures par la nécessité de limiter les risques systémiques. Un stablecoin mal géré ou un émetteur défaillant pourrait, en théorie, provoquer des effets domino sur l’économie réelle. La chute de certains projets algorithmiques par le passé a servi d’électrochoc.

Mais de nombreux experts estiment que la réponse proportionnée ne passe pas par des plafonds arbitraires sur les utilisateurs finaux, mais plutôt par des exigences renforcées sur les émetteurs : réserves auditées à 100 %, ségrégation des fonds, transparence accrue, stress tests réguliers, etc.

En ciblant les détenteurs plutôt que les émetteurs, la régulation risque de pénaliser les utilisateurs légitimes tout en laissant la porte ouverte à des acteurs moins scrupuleux qui opèrent hors juridiction.

Londres face à la concurrence mondiale

Le Royaume-Uni a longtemps dominé la finance mondiale grâce à son sens aigu de l’adaptation et à son pragmatisme réglementaire. Mais depuis le Brexit et surtout depuis l’accélération mondiale autour des actifs numériques, la City observe ses rivaux lui passer devant les uns après les autres.

Singapour, Dubaï, Hong Kong, mais aussi certaines juridictions américaines et plusieurs pays d’Amérique latine proposent des cadres attractifs pour les entreprises blockchain. La Suisse reste une référence en matière de clarté juridique. Même des paradis fiscaux traditionnels se repositionnent sur les actifs numériques.

Si Londres adopte une posture trop restrictive, elle risque de voir les talents, les capitaux et les projets migrer vers des destinations plus accueillantes. Le coût économique pourrait se chiffrer en milliards de livres sterling de valeur ajoutée et en milliers d’emplois qualifiés perdus.

Les stablecoins au cœur de la transformation financière

Pour bien saisir les enjeux, rappelons ce que les stablecoins ont déjà changé dans le paysage financier mondial :

  1. Ils ont démocratisé l’accès aux paiements internationaux quasi instantanés
  2. Ils constituent la rampe d’entrée principale vers la finance décentralisée
  3. Ils servent de monnaie de référence sur la plupart des exchanges centralisés et décentralisés
  4. Ils permettent de contourner les lenteurs et les coûts exorbitants des systèmes bancaires traditionnels
  5. Ils offrent une alternative crédible dans les pays où la monnaie locale perd rapidement de la valeur

Ces usages ne sont plus marginaux. Des millions de personnes et des milliers d’entreprises les intègrent quotidiennement dans leurs flux financiers. Toute mesure qui freine brutalement leur adoption risque de créer une distorsion majeure sur le marché mondial.

Vers un débat parlementaire historique ?

Si la pétition atteint les 100 000 signatures, le sujet sera obligatoirement examiné par les députés britanniques. Ce serait une première pour un texte portant spécifiquement sur les stablecoins et pourrait ouvrir la voie à un véritable débat de fond sur la stratégie numérique du pays.

De nombreux observateurs espèrent que ce débat permettra d’éclairer les décideurs sur les conséquences concrètes des mesures envisagées. Les témoignages d’utilisateurs, d’entrepreneurs et d’experts pourraient faire évoluer la position initiale de la Banque d’Angleterre.

Quel avenir pour les stablecoins au Royaume-Uni ?

Trois scénarios principaux se dessinent :

  • Scénario restrictif : les plafonds sont adoptés en l’état → exodus de projets et d’utilisateurs vers d’autres juridictions
  • Scénario intermédiaire : les plafonds sont relevés significativement ou remplacés par d’autres garanties → compromis fragile mais possible
  • Scénario pro-innovation : la régulation se concentre sur les émetteurs et laisse les utilisateurs libres → Londres conserve et renforce sa position de hub crypto européen

C’est ce troisième scénario que défendent aujourd’hui Brian Armstrong et de nombreux acteurs du secteur. Reste à savoir si les autorités entendront cet appel ou s’en tiendront à une approche plus conservatrice.

Conclusion : un choix stratégique pour la City

Le Royaume-Uni se trouve à un carrefour décisif. En matière de stablecoins, la balance penche entre protection prudente et opportunité historique. Les prochains mois diront si la première finance mondiale saura une fois encore se réinventer ou si elle laissera passer le train de la révolution numérique.

Une chose est sûre : l’industrie observe attentivement. Et les utilisateurs, petits et grands, ne comptent pas rester silencieux.

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