Imaginez la scène : la 89e minute d’un match crucial du championnat égyptien, la tension est à son comble, et soudain, l’arbitre siffle un penalty que presque personne ne comprend. Les joueurs, médusés, se regardent, certains lèvent les bras au ciel, d’autres fixent l’homme en noir avec incrédulité. Quelques secondes plus tard, ils se dirigent collectivement vers le tunnel. Oui, ils quittent le terrain. Comme une réplique directe de ce qui s’était passé lors de la dernière finale de la Coupe d’Afrique des Nations.
Quand la colère dépasse les mots sur les terrains égyptiens
Le football égyptien n’en est pas à son premier scandale arbitral, mais l’épisode vécu par Ceramica Cleopatra ce mardi 25 février 2026 restera sans doute gravé dans les mémoires. Face à Ismaily, lanterne rouge du championnat, les joueurs de l’équipe basée à Gizeh ont vécu une fin de match hallucinantes, ponctuée de décisions qui ont fait basculer la rencontre… et les nerfs de tout un effectif.
Le tournant à la 89e minute
Tout commence par une action anodine dans la surface de réparation de Ceramica Cleopatra. Karim Shehata, attaquant d’Ismaily, s’écroule de façon théâtrale après un contact léger – pour ne pas dire inexistant – avec un défenseur. L’arbitre, sans hésiter, pointe le point de penalty. Les protestations fusent immédiatement. Les joueurs locaux estiment que la simulation est évidente, grossière même. Pourtant, la décision ne change pas.
À cet instant précis, quelque chose se brise dans l’esprit collectif de l’équipe. Plutôt que de continuer à discuter ou de laisser traîner les choses, les joueurs décident d’agir de la manière la plus radicale possible : ils quittent la pelouse. Pendant sept longues minutes, le match est suspendu. Une image forte, presque surréaliste dans le monde du football professionnel moderne.
Un parallèle troublant avec la finale de la CAN
Les plus attentifs auront immédiatement fait le lien avec ce qui s’était déroulé quelques mois plus tôt lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Là aussi, une décision arbitrale litigieuse – un penalty accordé en toute fin de match – avait provoqué une réaction très forte de l’une des équipes finalistes. La rencontre avait été interrompue de longues minutes, le temps que les esprits se calment… ou du moins tentent de se calmer.
Cette similitude n’est pas anodine. Elle pose une question lancinante : les comportements observés au plus haut niveau continental commencent-ils à percoler jusque dans les championnats nationaux ? Quand les joueurs voient que même en finale de CAN une équipe peut temporairement quitter le terrain sans sanction immédiate drastique, cela peut-il créer un précédent dangereux ?
« Quand tu sens que l’arbitrage te vole littéralement la victoire, tu n’as plus grand-chose à perdre. À un moment, il faut que ça se voie. »
Un joueur anonyme du championnat égyptien après la rencontre
Bien sûr, personne ne cautionne officiellement ce genre de réaction. Mais dans le feu de l’action, quand des mois de travail risquent de partir en fumée à cause d’une décision jugée aberrante, les réactions peuvent dépasser les cadres habituels.
La suite du match : un scénario à rebondissements
Après sept minutes d’attente et de discussions animées, le match reprend. Le penalty est tiré… et transformé. Ismaily égalise à la 90e+7 et arrache un point précieux dans sa lutte pour le maintien. Pour Ceramica Cleopatra, qui occupait la quatrième place avant la rencontre, c’est un coup dur. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Dans le temps additionnel très généreux, les locaux pensent reprendre l’avantage. Un but est inscrit à la 102e minute. Joie de courte durée : l’arbitre, après consultation de son assistant, signale une main préalable… de l’équipe adverse. Nouveau coup de théâtre. Ceramica obtient donc un penalty en sa faveur. Malheureusement, le tireur le rate. Fin du match sur le score de 1-1. Frustration maximale.
L’arbitrage égyptien sous pression permanente
Le championnat égyptien n’est pas connu pour la sérénité de ses rencontres arbitrales. Depuis plusieurs saisons, les critiques pleuvent : erreurs répétées, manque de formation, pression des clubs, absence systématique de la VAR dans de nombreux matchs… Autant de facteurs qui alimentent un climat de suspicion permanent.
Dans ce contexte, chaque rencontre devient un terrain miné. Les joueurs, les entraîneurs, les supporters : tout le monde scrute le moindre geste de l’arbitre. Et quand une décision paraît incompréhensible, la mayonnaise monte très vite.
- Multiplication des erreurs de jugement en fin de match
- Usage parcimonieux de la VAR dans les rencontres du championnat
- Pression intense des supporters et des médias locaux
- Manque de sanctions fermes après des comportements extrêmes
- Climat général de défiance envers le corps arbitral
Ces éléments cumulés créent un cocktail explosif. L’épisode de Ceramica Cleopatra n’est malheureusement pas un cas isolé ; il s’inscrit dans une série plus large de tensions récurrentes.
Quelles conséquences pour les acteurs du match ?
Officiellement, quitter le terrain sans autorisation constitue une faute grave. Selon les règlements de la fédération égyptienne, des sanctions disciplinaires peuvent aller du match perdu sur tapis vert à des suspensions lourdes pour les joueurs et l’entraîneur. Pourtant, dans la pratique, les instances se montrent souvent clémentes quand l’erreur arbitrale paraît évidente aux yeux de tous.
Dans le cas présent, il est probable que la commission de discipline examine attentivement les images et entende les différentes parties. Mais il est loin d’être garanti que des sanctions très lourdes tombent. L’objectif affiché reste souvent de « calmer le jeu » plutôt que de frapper fort et risquer d’enflammer encore davantage le débat.
Le football égyptien à la croisée des chemins
Derrière cet incident se cache une problématique plus profonde. Le football égyptien, malgré des infrastructures modernes et des stars internationales, souffre encore d’un déficit de professionnalisme dans certains secteurs clés, notamment l’arbitrage et la gestion des compétitions.
Les stades sont parfois clairsemés, les diffuseurs peinent à attirer un large public, et la crédibilité des instances est régulièrement mise à mal. Chaque polémique de ce type érode un peu plus la confiance des supporters et des partenaires économiques.
« Notre championnat est fatigué. Les stades sont vides, les joueurs ne progressent plus comme avant, et les décisions arbitrales finissent par décourager tout le monde. »
Extrait d’un reportage récent sur la crise du football cairote
Ces mots, prononcés par un observateur averti, résument bien le sentiment général qui prévaut actuellement dans le pays des Pharaons.
Et si c’était le début d’un mouvement plus large ?
Certains observateurs n’hésitent pas à parler d’un « effet CAN ». En montrant qu’une équipe de très haut niveau peut interrompre une finale continentale sans que le match soit définitivement arrêté, on ouvre potentiellement la porte à des comportements similaires dans des championnats moins médiatisés.
Le risque est clair : si chaque club qui s’estime lésé adopte la même stratégie, les instances risquent de se retrouver rapidement débordées. Et le football, qui repose avant tout sur la continuité du jeu, pourrait en pâtir durablement.
Conclusion : vers un nécessaire retour au calme ?
L’incident impliquant Ceramica Cleopatra et Ismaily n’est pas seulement une anecdote de fin de match. Il cristallise des frustrations accumulées depuis trop longtemps. Entre un arbitrage souvent décrié, des règlements appliqués avec parcimonie et un contexte économique compliqué, le football égyptien traverse une zone de turbulences.
La balle est désormais dans le camp des instances dirigeantes. Vont-elles profiter de cet épisode pour renforcer la formation des arbitres, généraliser la VAR dans les matchs importants, et communiquer davantage sur les décisions litigieuses ? Ou vont-elles, une fois de plus, laisser passer l’orage en espérant que le prochain scandale fasse oublier celui-ci ?
Une chose est sûre : tant que la confiance ne sera pas restaurée entre les acteurs du jeu et ceux qui le dirigent, ce type de scènes risque de se répéter. Et le football, beau quand il est disputé dans le respect des règles et des hommes, perd alors beaucoup de sa magie.
À suivre donc, avec attention, les prochaines décisions de la fédération égyptienne… et les prochains matchs de Ceramica Cleopatra, qui reste en course pour le podium malgré ce nul rageant.









