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Tunisie : Libération d’Ahmed Souab Après Réduction de Peine

Ahmed Souab, icône du barreau tunisien, sort enfin de prison après une réduction spectaculaire de sa peine. Mais que révèle vraiment cette affaire sur l'état des libertés en Tunisie ? La réponse pourrait surprendre...

La libération d’Ahmed Souab, figure emblématique du barreau tunisien, marque un moment de soulagement intense pour sa famille, ses collègues et tous ceux qui suivent de près l’évolution des libertés en Tunisie. À 69 ans, cet ancien magistrat respecté a retrouvé la liberté ce lundi après une longue période de détention qui a gravement affecté sa santé. Accueilli par des cris de joie et des youyous, il a esquissé un signe de victoire discret mais symbolique, sans prononcer un mot devant les caméras.

Une libération attendue après une réduction spectaculaire de peine

La nouvelle a été confirmée par son équipe de défense : la cour d’appel a ramené sa condamnation initiale de cinq ans de prison à seulement dix mois, une peine qu’il avait déjà purgée en détention provisoire. Cette décision ouvre la voie à sa remise en liberté immédiate, après des mois de combats judiciaires et d’inquiétudes pour sa santé.

Ahmed Souab a été incarcéré à la prison de Mornaguia, près de Tunis. Pour finaliser les formalités administratives, il s’est rendu au poste de la Garde nationale à Tebourba, une trentaine de kilomètres à l’ouest de la capitale. Son frère a expliqué que ces démarches étaient nécessaires pour clore le dossier. Visiblement ému, l’avocat a été entouré de ses proches dans une atmosphère de liesse contenue.

Le parcours judiciaire d’un homme engagé

Tout commence le 21 avril 2025. Ahmed Souab, connu pour son franc-parler et son engagement en faveur d’une justice indépendante, est arrêté suite à des déclarations faites lors d’un rassemblement devant le tribunal de première instance de Tunis. Il défendait alors une quarantaine de personnalités poursuivies pour complot contre la sûreté de l’État, un dossier majeur qui cristallise les tensions politiques actuelles.

Dans ses propos, il accuse le pouvoir d’exercer des pressions intolérables sur les juges. Pour illustrer son point, il mime un geste d’égorgement, décrivant le juge comme ayant « le couteau sous la gorge ». Ces paroles, relayées par une vidéo, deviennent le point de départ d’une procédure judiciaire rapide et controversée.

Fin octobre 2025, le verdict tombe : cinq ans de prison ferme, prononcés en moins de dix minutes lors d’une audience expéditive. Les chefs d’accusation reposent sur la législation antiterroriste et le décret présidentiel 54 relatif aux fausses informations. L’ancien magistrat se retrouve confronté à une dizaine d’inculpations, perçues par beaucoup comme liées directement à son rôle de défenseur.

« Il a été condamné à 10 mois de prison en appel, une peine qu’il a déjà purgée, et sera libéré aujourd’hui. »

Son avocate Hend Turki

Cette citation résume le tournant décisif : la cour d’appel a revu les qualifications et allégé les sanctions. Pour l’une des infractions, liée à une menace en rapport avec une activité terroriste, la peine passe à dix mois. Une autre accusation aboutit à deux ans avec sursis et un avertissement en cas de récidive. Ces ajustements cumulés permettent la libération.

Une santé fragilisée par la détention

La famille d’Ahmed Souab n’a cessé d’alerter sur l’état de santé de l’avocat. Son fils Saeb a révélé que son père crachait du sang, signe d’une dégradation alarmante. Dix jours avant la décision en appel, une demande de libération provisoire pour raisons médicales avait été rejetée par la justice.

Ces alertes ont résonné au-delà des frontières. La rapporteuse spéciale de l’ONU sur les défenseurs des droits humains avait appelé publiquement à sa libération immédiate, qualifiant les accusations d’infondées. De nombreuses voix internationales ont dénoncé une procédure qui ne respectait pas les standards d’un procès équitable.

La détention prolongée dans des conditions difficiles a accentué les préoccupations. À 69 ans, Ahmed Souab incarnait une figure de résistance pacifique, et son état physique devenait un enjeu majeur pour ses soutiens. Les mois passés derrière les barreaux ont laissé des traces visibles, soulignant les risques pour les détenus d’âge avancé dans le système carcéral.

Contexte plus large des libertés en Tunisie depuis 2021

Depuis l’été 2021, date du coup de force présidentiel, les observateurs documentent une régression marquée des droits et libertés. Arrestations arbitraires, recours accru à des lois antiterroristes pour sanctionner l’expression, et restrictions sur les médias et la société civile se multiplient. Le décret 54 est souvent critiqué pour son application large contre toute critique perçue comme fausse.

L’affaire Souab s’inscrit dans ce cadre. En défendant des accusés dans le dossier complot, il touchait à un sujet sensible. Sa condamnation initiale a amplifié les craintes d’une justice instrumentalisée. La réduction en appel offre un contrepoint, mais ne dissipe pas les interrogations sur les garanties procédurales.

De nombreux cas similaires existent, où avocats, journalistes et militants font face à des poursuites. La libération de Souab pourrait inspirer d’autres recours en appel, ou au contraire accentuer la vigilance internationale sur le pays.

Symbolique et réactions immédiates

Le geste du V de la victoire, sans paroles, condense toute la symbolique : victoire sur l’adversité, mais aussi appel muet à la justice. Les youyous traditionnels ajoutent une touche d’émotion populaire, rappelant que cette affaire dépasse le cadre judiciaire pour toucher la société entière.

Les soutiens se multiplient depuis l’annonce. La mobilisation pour sa santé et sa liberté a porté ses fruits. Cette sortie de prison représente un rare moment positif dans un paysage judiciaire tendu.

Implications pour les avocats et la profession

Ahmed Souab, ancien juge administratif, symbolise l’indépendance judiciaire. Sa poursuite pour des propos tenus en tant qu’avocat pose question sur la protection des défenseurs. Les organisations internationales insistent sur le besoin de préserver l’exercice libre de la profession.

Cette affaire pourrait inciter à des réformes, ou au contraire renforcer les craintes. Les avocats tunisiens suivent de près, conscients que leur rôle critique est en jeu.

En conclusion, la libération d’Ahmed Souab n’efface pas les défis, mais elle rappelle que la persévérance et la mobilisation peuvent aboutir à des changements concrets. Un chapitre se ferme, un autre s’ouvre pour cet homme engagé.

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