Imaginez-vous réveillé à l’aube par l’odeur âcre de la fumée, découvrant que le lieu le plus sacré de votre village porte désormais les marques d’une haine aveugle. C’est exactement ce qui s’est produit dans le village de Tell, près de Naplouse, où la mosquée Abu Bakr al-Siddiq a été la cible d’une attaque violente. Des flammes ont ravagé une partie de l’entrée, des portes ont été fracturées et des inscriptions racistes ont souillé les murs, selon les accusations portées par l’Autorité palestinienne contre un groupe de colons israéliens.
Cet incident, survenu en ce début d’année, n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une série d’événements qui interrogent profondément la coexistence dans cette région déjà marquée par des décennies de tensions. Les autorités palestiniennes y voient un signe alarmant d’une escalade qui touche directement les symboles religieux et la vie quotidienne des habitants.
Une attaque qui secoue le village de Tell
Les faits sont rapportés avec précision par les autorités locales et confirmés par des observations sur place. Une partie de la mosquée a été incendiée, probablement à l’aide de matériaux inflammables déversés à l’entrée. Les flammes ont consumé des tapis, noirci les murs et les fenêtres, tout en laissant des traces indélébiles de violence gratuite. Pourtant, le feu n’a pas gagné l’ensemble du bâtiment, évitant ainsi une destruction totale.
Sur les murs, des slogans racistes ont été inscrits, renforçant le caractère haineux de l’acte. Ces inscriptions, destinées à blesser et à intimider, s’ajoutent aux dégâts matériels pour créer un climat de peur au sein de la communauté. Les habitants, venus prier dès les premières lueurs du jour, ont découvert avec stupeur ces marques de profanation.
Ils ont brûlé la mosquée, et c’est nous qui la reconstruisons. C’est notre terre, la terre de Palestine.
Ghassan Daghlas, gouverneur de la région de Naplouse
Ces mots, prononcés par le gouverneur alors qu’il tenait un tuyau d’arrosage pour effacer les traces de suie, résument bien l’état d’esprit local : indignation, mais aussi détermination à ne pas céder face à la provocation. La scène, capturée en vidéo et diffusée sur les réseaux sociaux, montre un homme engagé dans un geste à la fois pratique et symbolique de résistance.
Le ministère des Affaires religieuses tire la sonnette d’alarme
Dans un communiqué officiel, le ministère palestinien des Affaires religieuses a fermement condamné cette agression. Il pointe du doigt un groupe de colons responsables de la tentative d’incendie et des inscriptions haineuses. Pour les responsables, cet acte dépasse le simple vandalisme : il illustre un degré extrême de barbarie alimenté par une incitation au racisme visant les lieux saints musulmans et chrétiens en Palestine.
Les chiffres avancés sont particulièrement préoccupants. En 2025, pas moins de 45 attaques contre des mosquées ont été recensées en Cisjordanie. Cette hausse significative traduit une dégradation continue de la situation, où les symboles religieux deviennent des cibles privilégiées dans un contexte de tensions exacerbées.
Le ministère insiste sur le fait que ces actes ne sont pas anodins. Ils participent à une dynamique plus large d’atteintes aux lieux de culte, sapant les fondements mêmes de la coexistence et du respect mutuel. Chaque incident de ce type renforce le sentiment d’insécurité parmi les Palestiniens et alimente les accusations de laxisme face aux violences commises par certains colons.
La réponse des forces israéliennes sur le terrain
De leur côté, les autorités israéliennes ont réagi rapidement à l’incident. Des forces de l’ordre ont été envoyées dans la zone de Tell suite à des signalements et à la diffusion de vidéos montrant les suspects en action. L’armée a confirmé qu’aucun blessé n’était à déplorer et que les recherches pour identifier et interpeller les responsables étaient en cours.
Cette intervention rapide contraste avec les plaintes récurrentes des Palestiniens, qui estiment souvent que les enquêtes sur les violences de colons n’aboutissent pas à des poursuites effectives. Pourtant, la déclaration officielle reconnaît l’existence de suspects et d’éléments visuels prouvant l’acte, laissant espérer une suite judiciaire dans ce dossier précis.
Il reste que l’absence de blessés physiques ne diminue en rien la gravité symbolique et psychologique de l’attaque. Brûler une mosquée, même partiellement, et y apposer des messages de haine constitue une agression profonde contre l’identité collective d’une communauté.
Le contexte plus large de l’occupation et des colonies
Depuis 1967, la Cisjordanie est sous occupation israélienne. Cette réalité géopolitique pèse lourdement sur le quotidien de millions de Palestiniens. Plus de 500 000 Israéliens vivent aujourd’hui dans des colonies implantées en Cisjordanie, à l’exception notable de Jérusalem-Est. La communauté internationale, à travers les résolutions de l’ONU, considère majoritairement ces implantations comme illégales au regard du droit international.
Le gouvernement israélien en place, souvent décrit comme l’un des plus à droite de l’histoire du pays, a accéléré le rythme de l’expansion des colonies. Routes, infrastructures et autorisations de construction se multiplient, modifiant durablement le paysage démographique et territorial. Cette politique suscite des critiques internationales et alimente les frustrations palestiniennes.
Il convient toutefois de souligner un point essentiel : la grande majorité des colons ne participent pas à des actes de violence. Ce sont des groupes minoritaires, parfois qualifiés d’extrémistes, qui se livrent à ces attaques sporadiques contre des Palestiniens, leurs biens ou leurs lieux de culte. Ces actes, bien que commis par une frange restreinte, ont un impact disproportionné sur les relations intercommunautaires.
Les implications pour la stabilité régionale
Une attaque comme celle de Tell ne reste jamais sans écho. Elle ravive les mémoires des précédentes profanations et renforce les craintes d’une spirale de violences, surtout en période sensible comme le début du Ramadan ou d’autres moments religieux importants. Les lieux saints, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, portent une charge émotionnelle et identitaire immense.
Les responsables palestiniens dénoncent une machine d’incitation au racisme qui, selon eux, bénéficie d’une certaine tolérance. Cette perception alimente le discours de résistance et de défense de la terre et des symboles culturels. À l’inverse, du côté israélien, les autorités tentent de circonscrire ces actes à des individus isolés plutôt qu’à une politique d’ensemble.
La difficulté réside dans le fait que chaque incident s’ajoute à une longue liste de griefs accumulés. Les attaques contre les mosquées, les oliveraies vandalisées, les agressions physiques : tous ces éléments contribuent à un climat de méfiance généralisée. Reconstruire la confiance semble une tâche herculéenne dans un tel environnement.
Témoignages et réactions locales
Sur place, les habitants décrivent un choc profond. Voir son lieu de prière profané provoque une blessure qui va bien au-delà des dégâts matériels. La rapidité avec laquelle la communauté s’est mobilisée pour nettoyer et réparer témoigne d’une résilience ancrée dans l’habitude de faire face à l’adversité.
Le geste du gouverneur, arrosant les murs pour effacer les traces, devient presque une métaphore : effacer les marques de haine pour préserver la dignité du lieu et de ses usagers. Cette image forte circule largement, renforçant le message de détermination face à la provocation.
Vers une compréhension plus profonde des enjeux
Pour saisir pleinement la portée de cet événement, il faut replacer l’acte dans son contexte historique et politique. L’occupation, les colonies, les politiques d’expansion, les violences sporadiques : tous ces éléments interagissent pour créer un terrain fertile aux incidents comme celui de la mosquée Abu Bakr al-Siddiq.
Les appels à la justice et à la protection des lieux saints se multiplient. Les autorités religieuses palestiniennes demandent une réaction ferme contre ceux qui s’en prennent aux symboles sacrés, soulignant que le respect des lieux de culte constitue un pilier de toute coexistence pacifique.
Du côté international, ces incidents sont scrutés avec attention. Ils alimentent les débats sur le statut des territoires occupés, les droits des populations et la nécessité d’une solution politique durable. Chaque attaque de ce type rappelle l’urgence d’un dialogue capable de briser le cycle de la violence.
En attendant, dans le village de Tell, la vie reprend son cours. Les fidèles nettoient, réparent, prient. La mosquée, malgré ses cicatrices récentes, reste debout, symbole d’une foi qui refuse de plier. Mais les questions demeurent : combien de temps faudra-t-il pour que de tels actes cessent ? Et surtout, comment restaurer une paix qui semble si fragile ?
Cet événement, bien que limité dans ses dégâts matériels, porte en lui les germes d’une confrontation plus large. Il invite à réfléchir sur les mécanismes qui permettent à la haine de s’exprimer si ouvertement et sur les moyens de la contrer efficacement. La réponse ne viendra pas seulement des enquêtes policières, mais d’un effort collectif pour reconnaître la dignité de chacun, quelles que soient ses origines ou ses croyances.
À travers cet incident, c’est toute la complexité du conflit qui se dessine : occupation, expansion, minorités extrémistes, résistance locale, appels internationaux. Chaque élément compte, et chaque acte de violence, même mineur en apparence, ajoute une couche supplémentaire à un dossier déjà lourd. Espérons que la raison et le respect prévaudront, pour que les mosquées, églises et synagogues de la région redeviennent des lieux de paix et non de division.
Les faits rapportés ici soulignent une réalité douloureuse : quand les lieux de culte sont touchés, c’est l’âme même d’une communauté qui est visée. Reconstruire demande plus que des matériaux ; il faut reconstruire la confiance.
Continuons à observer, à comprendre et à espérer que des jours meilleurs viennent effacer ces traces de suie et de haine. La route est longue, mais l’histoire montre que même les conflits les plus enracinés peuvent trouver un chemin vers l’apaisement.









