Imaginez une mère qui, derrière son sourire éclatant à l’écran, cache une angoisse viscérale : celle de voir son propre enfant traverser l’épreuve qu’elle-même a endurée, adolescente, dans les couloirs d’un collège. Cette femme, c’est Maud Baecker, visage familier des séries quotidiennes et des téléfilms poignants. Dans une récente confidence, elle a laissé tomber le masque pour parler de sa plus grande peur : le harcèlement scolaire qui pourrait toucher son petit garçon.
Une peur qui résonne chez beaucoup de parents
Devenir parent transforme radicalement le regard que l’on porte sur le monde. Les dangers que l’on minimisait autrefois deviennent soudain insupportables lorsqu’ils risquent d’atteindre son enfant. Pour Maud Baecker, cette bascule émotionnelle prend une dimension encore plus forte : elle n’imagine pas seulement le risque, elle le connaît intimement. Ayant subi elle-même des brimades répétées durant son adolescence, la comédienne porte encore les traces de ces moments où l’estime de soi vacille dangereusement.
Aujourd’hui maman d’un jeune garçon, elle confesse sans détour que cette possibilité la hante. « Ça me terrorise », lâche-t-elle avec une sincérité qui touche. Ce n’est pas une peur vague ou théorique : c’est une angoisse ancrée dans sa propre histoire, ravivée chaque fois qu’elle entend parler d’un nouveau cas dans l’actualité ou dans l’entourage.
Du harcèlement vécu à la volonté de protéger
Le collège reste pour beaucoup une période charnière, parfois traumatique. À cet âge où l’on cherche sa place, la moindre différence peut devenir prétexte à la moquerie collective. Maud Baecker n’a pas échappé à cette mécanique cruelle. Elle raconte avoir été particulièrement vulnérable après la séparation de ses parents, un contexte familial déjà fragilisant qui a amplifié la violence des mots et des attitudes reçus.
Comme beaucoup de victimes, elle a d’abord choisi le silence. S’isoler paraissait plus sûr que de risquer un jugement supplémentaire. Pourtant, c’est précisément ce repli qui rend la situation encore plus pesante. « Quand on est victime, on a tendance à s’isoler, alors qu’au contraire, il faut en parler pour s’en extraire », analyse-t-elle aujourd’hui avec le recul des années.
« J’ai découvert le théâtre et ça m’a sauvée. J’ai repris confiance en moi. »
Cette phrase résume à elle seule le tournant décisif de son adolescence. L’art dramatique est devenu son refuge, puis son moteur. Sur scène, elle pouvait être une autre, explorer des émotions sans crainte d’être jugée. Petit à petit, la confiance est revenue, suffisamment solide pour affronter le monde réel.
Le théâtre comme bouée de sauvetage
Le pouvoir libérateur du théâtre n’est plus à démontrer. De nombreuses études montrent que la pratique artistique permet de développer l’empathie, l’estime de soi et la capacité à exprimer ses ressentis. Pour Maud, ce n’était pas seulement une activité extrascolaire : c’était une renaissance. En incarnant des personnages, elle apprenait à habiter son propre corps et sa propre voix sans honte.
Aujourd’hui, elle souhaite transmettre ce message d’espoir. À tous les adolescents qui se sentent écrasés par le regard des autres, elle répète qu’une issue existe. Il suffit parfois d’une rencontre, d’un professeur attentif, d’une activité passionnante pour que tout bascule. Et si les mots restent bloqués, il existe des écoutants anonymes et bienveillants : le 3018 reste la référence nationale pour signaler et accompagner les situations de harcèlement.
Quand la fiction rejoint le réel
Curieusement, la vie professionnelle de Maud Baecker fait régulièrement écho à ses expériences personnelles. Dans le téléfilm Papa malgré lui, elle incarne Cécilia, une mère qui découvre que sa fille est victime de harcèlement scolaire. L’intrigue la pousse à reprendre contact avec son ex-compagnon, persuadée qu’il est à l’origine du mal-être de l’adolescente. La vérité qui émerge est bien plus complexe et universelle.
Jouer ce rôle n’a rien d’anodin pour elle. Chaque scène ravive des souvenirs, mais elle y voit aussi une opportunité de sensibilisation. Le public, en suivant les aventures de Cécilia et de sa fille Manon, est confronté à la réalité quotidienne de milliers de familles. Et si la fiction peut ouvrir le dialogue dans un salon, alors elle aura rempli une partie de sa mission.
Le lien de confiance, arme absolue contre le silence
Face à cette peur qui ne la quitte jamais totalement, Maud Baecker mise sur une stratégie simple mais puissante : cultiver une relation de confiance absolue avec son fils. « Il sait qu’il peut tout me dire, et j’espère qu’il le fera », explique-t-elle. Cette phrase contient tout : l’espoir, la vigilance et la conscience que l’on ne peut pas tout contrôler.
Elle insiste également sur la responsabilité des adultes. Montrer l’exemple, parler avec bienveillance, ne pas minimiser les émotions des enfants : ce sont des gestes apparemment anodins qui construisent un environnement protecteur. Un enfant qui voit ses parents respecter autrui et accueillir ses propres paroles sans jugement aura plus de chances de signaler un problème plutôt que de le garder pour lui.
Une actualité qui ne laisse personne indifférent
Le harcèlement scolaire reste un fléau majeur dans les établissements français. Les campagnes de sensibilisation se multiplient, les numéros d’écoute sont plus visibles, pourtant les chiffres restent alarmants. Chaque année, des milliers d’élèves subissent insultes, violences physiques ou cyberharcèlement. Et derrière chaque statistique se cache un visage, une famille, un avenir parfois compromis.
Quand une personnalité publique comme Maud Baecker accepte de parler de son vécu, elle contribue à dédramatiser la parole des victimes. Son témoignage rappelle que l’on peut traverser cette épreuve et s’en sortir grandi. Il rappelle surtout que la vigilance parentale ne s’arrête jamais vraiment.
Les projets actuels d’une artiste engagée
Malgré cette inquiétude sourde, Maud Baecker continue d’avancer. On la retrouve dans la deuxième saison d’Erica, série qui explore des thématiques psychologiques intenses. Elle est également à l’affiche de la pièce Dans les yeux de Monet de Cyril Gely, un texte qui invite à plonger dans l’intimité du peintre impressionniste. Théâtre et télévision se partagent donc son quotidien, entre émotion brute et engagement artistique.
Ces projets lui permettent de continuer à explorer des rôles complexes, souvent en lien avec la vulnérabilité humaine. Une façon, peut-être, de exorciser ses propres peurs tout en sensibilisant le public. Car au-delà du divertissement, elle espère que ses interprétations ouvrent des discussions dans les foyers.
Et si on parlait prévention ?
Face au harcèlement, la prévention reste l’arme la plus efficace. Cela commence dès le plus jeune âge : apprendre le respect, l’empathie, la capacité à dire non. Les écoles qui mettent en place des ateliers réguliers sur ces thèmes constatent une baisse significative des incidents.
- Encourager la parole dès les petites sections
- Former les enseignants à repérer les signaux faibles
- Impliquer les parents dans des réunions thématiques
- Proposer des activités artistiques ou sportives comme exutoire
- Utiliser les outils numériques de façon encadrée et éducative
Ces quelques pistes, loin d’être exhaustives, montrent qu’agir en amont est possible. Et quand le mal est déjà là, réagir vite : alerter un adulte de confiance, contacter le 3018, ne jamais laisser l’enfant seul face à la meute.
Un message d’espoir malgré tout
Maud Baecker ne veut pas céder à la paralysie de la peur. Elle préfère transformer son vécu en force. En parlant ouvertement, elle espère que d’autres parents oseront aborder le sujet avec leurs enfants. Que des adolescents enfermés dans leur souffrance trouveront le courage de tendre la main.
Car oui, on peut s’en sortir. Elle en est la preuve vivante. Le théâtre l’a sauvée ; aujourd’hui c’est sa voix, sa visibilité, son authenticité qui peuvent, à leur tour, sauver quelqu’un d’autre. Et dans les yeux de son fils, elle lit chaque jour la promesse qu’elle fera tout pour qu’il grandisse loin de ces ombres qu’elle connaît trop bien.
Une chose est sûre : cette mère-actrice ne baisse pas la garde. Entre deux tournages, entre deux répliques, elle reste attentive. Parce que protéger son enfant, c’est aussi lui apprendre que la parole libère, que l’on n’est jamais seul, et que même les blessures les plus profondes peuvent cicatriser.
Et vous, comment abordez-vous ce sujet avec vos enfants ? La peur peut-elle devenir un moteur plutôt qu’un frein ? Les confidences de Maud Baecker nous rappellent que la vigilance aimante reste l’une des plus belles preuves d’amour parental.









