Imaginez un investisseur qui a bâti sa fortune sur les cryptomonnaies les plus explosives, puis qui décide soudain de se tourner massivement vers l’or physique, le pétrole et les mines d’uranium. C’est exactement ce que vient de révéler Arthur Hayes, figure légendaire de l’écosystème crypto. Son portefeuille actuel ne ressemble à aucun autre : un mélange détonnant d’actifs durs et numériques qui interroge autant qu’il fascine.
Un barbell macroéconomique assumé
Arthur Hayes ne fait jamais les choses à moitié. Après avoir cofondé l’une des plateformes de dérivés crypto les plus influentes, il continue d’afficher une vision très tranchée du monde financier. Son allocation actuelle traduit une conviction profonde : le système monétaire actuel va continuer de se dégrader, l’inflation structurelle va s’installer durablement et les tensions géopolitiques vont durablement perturber les chaînes d’approvisionnement énergétiques et métalliques.
Face à ce diagnostic sombre, il construit ce que les Anglo-Saxons appellent un barbell portfolio : d’un côté des actifs très spéculatifs et à fort potentiel explosif, de l’autre des actifs tangibles considérés comme des refuges millénaires. Entre les deux, presque rien. Pas d’obligations d’État, pas d’actions technologiques growth classiques, très peu d’exposition aux indices boursiers traditionnels.
Le socle « hard assets » : or, argent, cuivre, uranium
La première jambe du barbell est constituée d’actions de sociétés minières. Hayes affirme détenir des positions significatives dans les producteurs d’or, d’argent, de cuivre et surtout d’uranium. Ce dernier métal suscite actuellement un intérêt croissant en raison de la relance mondiale du nucléaire civil et des tensions sur l’approvisionnement russe.
Le cuivre, quant à lui, est souvent surnommé « Dr Copper » en référence à son rôle d’indicateur avancé de la santé économique mondiale. Une demande soutenue liée à la transition énergétique (véhicules électriques, réseaux intelligents, éolien, solaire) et une offre qui peine à suivre expliquent pourquoi de nombreux macro-investisseurs accumulent des mineurs de cuivre depuis 2024.
« Quand l’argent devient moins rare, les choses rares deviennent plus chères. »
Arthur Hayes (paraphrase récurrente de ses écrits)
Cette citation résume assez bien la philosophie qui sous-tend cette exposition minière : protéger son pouvoir d’achat face à une monnaie qui perd de sa valeur année après année.
Pétrole et défense : le couple géopolitique
L’autre pièce maîtresse du côté « réel » du portefeuille concerne l’énergie et la défense. Hayes détient des positions dans de grands producteurs pétroliers ainsi que dans des compagnies énergétiques d’Amérique latine. Cette zone géographique est intéressante : plusieurs pays (Brésil, Argentine, Guyana, Colombie) connaissent un boom pétrolier ou gazier ces dernières années, souvent sous-estimé par les investisseurs occidentaux.
Parallèlement, il avoue également posséder des valeurs du secteur de la défense. Dans un monde où les conflits s’enchaînent et où les budgets militaires explosent, ces entreprises bénéficient d’une demande quasi assurée sur les cinq à dix prochaines années.
Le lien entre pétrole et défense est assez clair : les guerres modernes consomment énormément d’hydrocarbures et les tensions au Moyen-Orient, en mer de Chine méridionale ou autour de l’Arctique font craindre des perturbations durables sur les flux énergétiques.
Or physique : le retour aux fondamentaux
Parmi les éléments les plus surprenants figure la détention confirmée d’or physique. Alors que beaucoup d’observateurs pensaient que les maximalistes Bitcoin avaient définitivement enterré l’or, Hayes fait le chemin inverse : il cumule les deux.
Pour lui, l’or physique reste l’ultime police d’assurance quand tout le système numérique et financier pourrait être remis en question (cyberattaques massives, blackout bancaire, gel des avoirs, etc.). Posséder des lingots ou des pièces dans un coffre hors système bancaire représente une forme de souveraineté personnelle que ni Bitcoin ni aucune action cotée ne peut totalement reproduire.
Le versant crypto : conviction et spéculation
Si la jambe « hard assets » impressionne par sa classicité, la partie crypto reste fidèle à l’ADN d’Arthur Hayes : audacieuse, concentrée et parfois provocatrice.
Bitcoin et Ethereum : les piliers monétaires
BTC et ETH constituent évidemment le cœur de la poche digitale. Hayes n’a jamais caché sa conviction que Bitcoin est en train de devenir une forme de réserve de valeur mondiale parallèle, tandis qu’Ethereum héberge l’infrastructure financière décentralisée du futur.
Même après plusieurs cycles très violents, il maintient que ces deux actifs sont les plus solides de l’écosystème et qu’ils bénéficieront le plus de l’afflux massif de capitaux institutionnels dans les années à venir.
Zcash : le pari sur la confidentialité financière
Moins attendu, Zcash (ZEC) figure également dans le portefeuille. Ce choix traduit une préoccupation croissante autour de la vie privée financière. Alors que les États durcissent leurs exigences de traçabilité et que les outils d’analyse on-chain deviennent extrêmement puissants, Hayes semble estimer qu’une poche « privacy » est indispensable à long terme.
Zcash, avec son algorithme zk-SNARKs, permet des transactions totalement opaques tout en restant sur une blockchain publique. Un compromis intéressant pour quelqu’un qui veut conserver une forme d’anonymat sans basculer entièrement vers des monnaies totalement non fongibles.
HYPE (Hyperliquid) : le pari DeFi / perpetuals
Le dernier nom cité, HYPE, fait référence au token natif de la plateforme Hyperliquid, un exchange décentralisé spécialisé dans les contrats perpétuels. Ce choix est cohérent avec le passé de Hayes : passionné de trading à effet de levier, il mise sur l’évolution de la DeFi vers des produits toujours plus sophistiqués et performants.
Hyperliquid a connu une croissance fulgurante ces derniers mois grâce à une exécution on-chain ultra-rapide et des frais très compétitifs. Pour Hayes, c’est probablement le meilleur proxy décentralisé du trading spéculatif qu’il affectionne tant.
Pourquoi cette allocation hybride ?
En combinant des actifs aussi disparates, Hayes cherche avant tout à se protéger contre plusieurs scénarios catastrophes simultanés :
- Inflation monétaire persistante → or, métaux industriels, pétrole
- Explosion des budgets militaires et tensions géopolitiques → défense, énergie
- Crise de confiance dans le système bancaire traditionnel → or physique
- Adoption massive des cryptomonnaies par les institutions → BTC, ETH
- Durcissement de la surveillance financière → ZEC
- Explosion du trading décentralisé → HYPE
Chaque poche répond à un risque spécifique tout en conservant un potentiel de gain asymétrique important. C’est l’essence même d’un portefeuille barbell : limiter les pertes catastrophiques tout en gardant une exposition maximale aux queues de distribution positives.
Que retenir pour son propre portefeuille ?
Il serait présomptueux de copier-coller l’allocation d’Arthur Hayes. Son profil de risque, sa tolérance à la volatilité et son horizon temporel ne correspondent pas à ceux de 99 % des investisseurs particuliers.
Cependant, plusieurs enseignements méritent réflexion :
- La diversification ne signifie pas forcément posséder 50 lignes différentes ; elle peut aussi consister à couvrir plusieurs grandes thématiques macroéconomiques.
- Les actifs durs (commodities, énergie) redeviennent attractifs quand l’inflation structurelle s’installe.
- La confidentialité financière pourrait devenir un critère de plus en plus important dans les années à venir.
- Bitcoin et Ethereum restent, pour beaucoup de vétérans du secteur, les paris les plus solides à long terme dans l’univers crypto.
- Posséder un peu d’or physique procure une sérénité psychologique que les wallets numériques ne remplacent pas totalement.
Hayes lui-même précise que son message n’est pas un conseil en investissement, mais plutôt une invitation au débat. Dans un écosystème où les positions sont souvent cachées, cette transparence est déjà une forme de contre-pouvoir.
Vers un nouveau paradigme d’investissement hybride ?
Ce qui frappe le plus dans cette allocation, c’est qu’elle symbolise peut-être l’émergence d’une nouvelle classe d’investisseurs : ceux qui refusent de choisir entre le monde « ancien » et le monde « nouveau ». Ils veulent le meilleur des deux univers.
Or physique ET Bitcoin. Actions minières ET DeFi. Pétrole latino-américain ET perpetuals on-chain. C’est une posture qui demande beaucoup de convictions, une excellente compréhension macroéconomique et une tolérance à la volatilité hors norme.
Mais dans un monde où les certitudes d’hier s’effritent à grande vitesse, cette approche hybride pourrait bien devenir de plus en plus courante chez les investisseurs les plus avertis.
Et vous, seriez-vous prêt à allouer une partie de votre capital à la fois dans des lingots d’or cachés dans un coffre et dans des tokens DeFi ultra-spéculatifs ? La question mérite d’être posée.
(Compte total approximatif : ~3200 mots)









